Paul Coze, né le à Beyrouth (Liban) et mort le à Phoenix (États-Unis) est un peintre, illustrateur, ethnologue et écrivain français, qui participa à la fondation des Scouts de France et contribua à la reconnaissance des cultures amérindiennes.

Biographie La jeunesse de Paul et la fondation du scoutisme en France

Paul Coze est né à Beyrouth le , de père français, Édouard Coze (1861-1942), ingénieur, et de mère russe, Sonia Dabiša-Kotromanić (dite aussi Sophie Wassillevna Dabija-Cotromanitch, 1870-1919), princesse russo-moldave descendante d’un roi de Serbie.

Son père avait été envoyé à Beyrouth pour y construire une usine à gaz. En 1912, il fut envoyé à Alexandrie, en Égypte comme directeur de la Banque ottomane.

L'Égypte étant à cette époque sous mandat britannique, le jeune mouvement scout y était déjà implanté, favorisé par la rotation des unités avec la métropole. À Alexandrie, la communauté italienne avait, à l'imitation des Britanniques, sa propre troupe de boys scouts. C'est à leur contact que Paul et son jeune frère Marcel (1904-1990), admiratifs, demandèrent à intégrer l'unité. En 1912, ils prononçaient leur promesse, puis décidèrent de fonder leur propre troupe française. Une première patrouille, le « Coq » vit le jour bientôt rejointe par celle du « Chêne », fonctionnant toutes les deux avec les Italiens.

En 1914, à cause de la Première Guerre mondiale, la famille Coze regagna la France et s'établit dans le de Paris. Les deux frères ne rêvaient que d'une chose, vivre le scoutisme. Ils trouvèrent un appui en la personne du chanoine Cornette, vicaire de Saint-Honoré d'Eylau, leur paroisse. Le , Paul Coze tenait une conférence sur le scoutismeSouvenirs personnels de Paul Coze. devant des paroissiens et leurs enfants. Ainsi fut fondée l'une des toutes premières troupes scoutes catholiques en France, Les Entraineurs de Saint-Honoré d'Eylau, avec Édouard de Macedo, leur chef. Environ quatre ans plus tard, la Fédération des scouts de France naissait et les Entraineurs devenaient alors les troupes Saint-Louis.

L'essor du scoutisme et la découverte de la culture amérindienne Depuis son enfance, Paul Coze avait rêvé à la lecture des romans de Mayne-Reid ou de Fenimore Cooper aux mystères des terres de l'Ouest, peuplées par des tribus indiennes fières et sauvages. Une rencontre allait déclencher en lui une véritable vocation qui allait faire du jeune homme un spécialiste de la culture amérindienne. En 1920, au cours d'un camp inter-fédéral près de Compiègne, il fait la connaissance d'un Peau-rouge, instructeur dans une patrouille scoute américaine, qui lui transmet l'art d'utiliser le bois, de se camoufler, de lire une piste, etc. Paul Coze est pris alors d'une soif dévorante de connaissance des Amérindiens et de leur culture, fasciné par la richesse de la philosophie et de la spiritualité amérindienne, transmise de génération en génération par des chants et des danses d'une beauté magique.

Il est le premier détenteur du badge de bois au cours du premier camp-école de Chamarande en 1923 et devient commissaire national des Scouts de France au jamboree mondial de 1929 à Birkenhead.

Paul Coze conserva des responsabilités au sein du nouveau mouvement, qui connut une extension rapide sous l'impulsion du père Sevin. Premier rédacteur de la revue Scout, il embaucha et encouragea Pierre Joubert comme dessinateur en 1927.

Les arts décoratifs : l'illustrateur et le peintre Étudiant à l'École nationale des arts décoratifs de Paris, Paul Coze imagine un spectacle peau-rouge avec des costumes, des danses et des chants devant des parents et amis médusés mais curieux. Un certain nombre se joignent à lui et créent le Club Wakanda (« Grand Esprit » en sioux). Ensemble, ils s'instruisent sur les Amérindiens et montent de nouveaux spectacles.

Au milieu des années 1920, il illustre des romans scouts, comme ceux de Pierre Delsuc et devient directeur artistique de l'éditeur Henry Étienne, 53 rue Réaumur.

Peintre animalier, spécialiste des chevaux et des félins, Paul Coze se rend régulièrement au cirque pour y puiser ses sources d'inspirations. À cette occasion, il fait la connaissance d'Os-Ko-Mon, un Peau-Rouge vedette d'un numéro équestre. Le rejoignant dans sa loge, Coze lui amène un tambour et lui demande lui chanter un air authentique. Os-Ko-Mon lui apprend qu'il a tout oublié. Paul Coze lui laisse le tambour et il est surpris de recevoir, quelques jours plus tard, la visite du Peau-Rouge. Os-Ko-Mon s'installe, le tambour à la main et doucement, puis avec force, chante une mélopée d'une étrange beauté, plus émouvant que tout ce que Paul Coze avait imaginé ; en s'exerçant avec le tambour, il s'était souvenu de chansons entières.

Os-Ko-Mon retrouve peu à peu la mémoire et enseigne non seulement des chants à Paul Coze mais aussi des danses traditionnelles et des coutumes sacrées. Il lui apprend à réaliser une authentique coiffure amérindienne avec des plumes d'aigles. Parcourant tout Paris à la recherche de ces plumes rares, il déniche à un prix dérisoire tout un stock qu'avait commandé Buffalo Bill pour son spectacle de 1905.

Sur les traces des Peaux-Rouges Paul Coze fait son service militaire en 1923 à Mayence, en Allemagne, dans un régiment d'artillerie. Blessé dans un incendie de la caserne, il est réformé et pendant sa convalescence, il découvre une série d'articles sur l'extermination des Indiens d'Amérique. Paul correspond avec l'auteur, René Thévenin et lui propose de collaborer pour écrire un livre. L'ouvrage, Mœurs et histoire des Peaux-rouges (Payot, 1928) est immédiatement couronné par l'Académie française.

Premier voyage Remarqué au Canada grâce à son livre, Paul Coze est invité par la Compagnie de chemins de fer canadiens pour étudier les Indiens d'Amérique du Nord. Il arrive à Lorette, près de Montréal le , en uniforme scout et est accueilli par un groupe de Hurons. Paul est déçu car ils sont habillés comme des blancs et habitent des maisons en bois. Il poursuit son périple de l'Atlantique au Pacifique en train, mais à chaque arrêt la déception subsiste.

À Ottawa, il est invité par le surintendant aux Affaires indiennes à Fort Qu'Appelle, réserve sioux à l'écart de la ligne de chemin de fer. Paul Coze essaye de communiquer par signes avec les Amérindiens, qui demeurent impassibles. Las, il se met à crayonner des portraits sur son carnet. Aussitôt, les Amérindiens se pressent autour de Masina' Epiewasis (« l'homme qui sait faire une image »). Un vieil homme l'invite alors dans son tipi et c'est avec une grande joie que Paul Coze, comme le lui enseigna Os-Ko-Mon, se met à fumer le calumet.

De retour en France, il n'a qu'une idée, retourner en Amérique, persuadé que les Amérindiens de ses lectures sont encore vivants, loin des écoles et des réserves, dans les terres sauvages du Canada.

Il racontera ce premier voyage dans un livre, Wakanda (Rédier, 1929) et organisera de nombreuses conférences. Il expose aussi en 1929 au Salon des artistes français la toile Étude de nu, la sanguine Tête de Sioux et participe au Salon des indépendantsRené Édouard-Joseph, Dictionnaire biographique des artistes contemporains, tome 1, A-E, Art & Édition, 1930, .

Deuxième voyage Le professeur Paul Rivet, directeur du musée d'Ethnographie du Trocadéro (actuel musée de l'Homme), s'intéresse à Paul Coze et lui confie une mission d'ethnologie au Canada.

La « Mission Paul Coze » est un évènement dans le monde du scoutisme français de par son aspect officiel et scientifique, mais aussi parce que Coze choisit comme coéquipiers quatre anciens scouts : un médecin, un dessinateur, un historien, un étudiant et un photographe-opérateur, à savoir Henry Deschamps, Raymond Gid, Gabriel Eymonnet, Georges-Claude Beaudroit, ainsi que pour les films Baroncelli, Louis Chaix.

Ils débarquent au Canada le et vont sillonner les réserves amérindiennes à bord d'une vieille Ford modèle 1905. Fin août, ils atteignent Big River en Saskatchewan, puis, au terme d'un parcours de vers le nord en canoë, ils parviennent dans une tribu de Cris. Le chef leur demande innocemment des nouvelles du roi de France : Paul a enfin trouvé la tribu qu'il cherchait !

Paul Coze offre aux Amérindiens, en signe d'amitié, les plumes d'aigles achetées à Paris, quelques années auparavant. Les Cris, de leur côté, les accueillent avec gentillesse et leur apprennent à fabriquer un canoë, à dépecer un animal, à peindre un tipi ou encore le secret des plantes médicinales. Mais ils ne répondent à aucune questions qui touche au domaine des croyances et des coutumes religieuses.

Pourtant, le vieux chef cri, Kamaïstit, peu de temps avant le départ de la mission, fait savoir à Coze qu'il désire en faire son fils adoptif. Les liens sont noués au cours de l'étrange cérémonie de la « loge à transpirer » dont Paul Coze ne révèlera que peu de choses dans ses ouvrages. Ils méditent ensemble et Kamaïstit l'initie alors au code moral et aux croyances de la tribu. Puis sous l'inspiration de Wakanda, annonce le nom qu'il a choisi pour Paul : Kanéo Kwaniow (« Quatre plumes d'aigle »), en souvenir du gage d'amitié de Coze à son arrivée. Ce jour-là, il comprend l'importance de la vie spirituelle des Amérindiens et de leur philosophie : Kamaïstit refusait de répondre à Paul Coze l'ethnologue, mais acceptait d'en parler à celui qui était devenu un fils.

Fin 1931, l'exposition Peaux-rouges d'hier et d'aujourd'hui s'ouvre au musée d'Ethnographie du Trocadéro.

Coze raconta cette expédition dans un livre, Cinq scouts chez les Peaux-rouges (Champs-Élysées, 1932). La même année, en avril, un film documentaire est produit et projeté à Paris : Peaux-rouges d'hier et d'aujourd'hui.

Troisième voyage Paul Coze entreprit une seconde expédition chez les Cris, accompagné de sa jeune épouse. Il rapportera de ces voyages plusieurs films (dont un de la loge à transpirer), des photographies, des enregistrements de chants sur rouleaux de cire qui sont aujourd'hui des documents uniques. Tout cela, avec plusieurs milliers d'objets, constitua une collection qui fit l'objet d'une exposition au musée du Trocadéro à Paris.

Paul Coze raconta ce troisième voyage dans un livre Quatre feux (Camping, 1935).

La passion de l'art amérindien En 1933, John Collier, le chef du Bureau des affaires indiennes à Washington, l'invite à venir découvrir les populations amérindiennes du sud-ouest des États-Unis. Pendant , Paul Coze viendra chaque année passer plusieurs mois en Arizona et au Nouveau-Mexique. Il séjourne alors régulièrement chez Chee Dodge, le dernier grand chef navajo, se liant d'amitié avec son fils Tom. Coze y découvre les richesse artistique du peuple amérindien : les fresques ornant les murs des Kivas, les temples souterrains, les peintures et tapis des Navajos, la poterie, la vannerie et les bijoux des Pueblos.

Paul Coze se passionne aussi pour la pratique du lasso, apprise des cow-boys. Il est d'ailleurs l'inventeur de la cholla, sorte de polo. En 1935, il crée en France le Cercle du lasso, se greffant sur le Club Wakanda. Il publie en 1934 un recueil de croquis, Rodéos de cow-boys et les jeux du lasso (SFLE, 1934).

Mais Paul Coze est sensible à l'agonie du peuple amérindien et décide d'encourager leurs activités artistiques. À cette époque, , une enseignante d'art américaine, ouvre le premier studio d'art amérindien à Santa Fé, au Nouveau-Mexique. Coze lui rend visite et lui propose de faire exposer les toiles de ses élèves amérindiens à Paris. Cette exposition eut lieu en , au musée du Trocadéro. La moitié des 200 tableaux exposés fut vendue : l'art amérindien était ainsi reconnu par la France.

Il continue de promouvoir la civilisation peau-rouge en France en donnant de multiples conférences. Il est d'ailleurs membre fondateur du Club des explorateurs en 1937 et y côtoie notamment Paul-Émile Victor et Guy de Larigaudie.