Laurence Olivier, né le à Dorking dans le Surrey et mort le à Steyning (Sussex de l'Ouest), est un comédien, metteur en scène, directeur de théâtre, réalisateur et scénariste britannique qui, avec ses contemporains Ralph Richardson et John Gielgud, faisait partie du trio d'acteurs masculins qui dominait le théâtre britannique du milieu du XXe siècle. Il apparaît également au cinéma tout au long de sa carrière, interprétant plus de cinquante rôles. À la fin de sa carrière, il connaît encore un succès considérable à la télévision.

La famille d’Olivier n’avait aucun lien avec le théâtre, mais son père, un ecclésiastique, décida que son fils deviendrait acteur. Après avoir étudié dans une école d’art dramatique à Londres, Olivier apprend son métier au fil des rôles qu’on lui confie à la fin des années 1920. En 1930, il connaît son premier succès important dans le West End avec la pièce Les Amants terribles de Noël Coward, et il apparaît dans son premier film. En 1935, il joue dans une célèbre production de Roméo et Juliette aux côtés de John Gielgud et Peggy Ashcroft. À la fin de la décennie, au théâtre comme au cinéma, c’est une célébrité établie. Dans les années 1940, avec Richardson et , il est co-directeur du théâtre Old Vic, dont il fait une salle de spectacle réputée. Là, ses rôles les plus célèbres sont Richard III de Shakespeare et Œdipe roi de Sophocle. Dans les années 1950, il est gérant indépendant, mais sa carrière d'acteur piétine jusqu'à ce qu'il rejoigne l'English Stage Company d'avant-garde en 1957 pour jouer le rôle-titre dans , un rôle qu'il tiendra plus tard au cinéma. De 1963 à 1973, il est fonde et dirige le théâtre national de Grande-Bretagne, compagnie résidente qui forme de nombreuses futures vedettes. Ses propres rôles comprennent le rôle-titre dans Othello (1965), et Shylock dans Le Marchand de Venise (1970).

Parmi les films d'Olivier figurent Les Hauts de Hurlevent (1939), Rebecca (1940) et une trilogie de films de Shakespeare en tant qu'acteur/réalisateur : Henry V (1944), Hamlet (1948) et Richard III (1955). Ses films ultérieurs comprennent Spartacus (1960), Les Souliers de saint Pierre (1968), Le Limier (1972), Marathon Man (1976) et Ces garçons qui venaient du Brésil (1978). Ses apparitions à la télévision comprennent une adaptation de The Moon and Sixpence (1960), (1973), Il neige au printemps (1975), La Chatte sur un toit brûlant (1976), Retour au château (1981) et (1983).

Parmi les honneurs et distinctions qu'il a reçus figurent le titre de chevalier (1947), une (1970) et l'Ordre du Mérite (1981). Pour son travail à l'écran, il a reçu deux Oscars, deux BAFTA, cinq Emmy Awards et trois Golden Globes. Le plus grand auditorium du théâtre national est nommé en son honneur et il est commémoré lors des Laurence Olivier Awards, décernés chaque année par la . Il s'est marié trois fois avec trois actrices : Jill Esmond de 1930 à 1940, Vivien Leigh de 1940 à 1960 et Joan Plowright de 1961 à sa mort.

Biographie droite|vignette|Laurence Olivier photographié par Carl van Vechten en 1939. Débuts Laurence Kerr Olivier naît dans le comté de Surrey, au sud de l'Angleterre, de Gerard Kerr Olivier (1869-1939), pasteur de l'Église anglicane, et d'Agnes Louise (née Crookenden) (1871-1920), la sœur cadette de George Pelham Crookenden, haut vicaire anglican. Elle meurt dans de terribles conditions alors que Laurence n'a que douze ans.

En 1916, il est inscrit à la All Saints' Choir School de Londres et joue son premier rôle — Brutus dans Jules César — à l'âge de neuf ans. La grande actrice Ellen Terry (tante de John Gielgud) lui prédit un grand avenir. L'année suivante, il joue Maria dans La Nuit des rois, puis Katherina dans La Mégère apprivoisée. À treize ans, il intègre la Saint Edward's School d'Oxford, où il ne joue qu'un seul rôle, celui de Puck (Le Songe d'une nuit d'été). « J'ai très bien joué, au grand dégoût des autres », note Olivier dans son journalFelix Barker, The Oliviers. London, 1953..

Il entre à la à l'âge de , puis rejoint la Birmingham Repertory Company en 1926. Il y commence par de la figuration. La compagnie effectue de nombreuses tournées en Angleterre, notamment à Londres. Avec celles-ci, Laurence obtient des rôles de plus en plus importants au fil du temps, dont le rôle-titre dans L'Oncle Vania de Tchekhov et dans Harold, pièce en vers (trois mille) de Tennyson.

Il évolue ainsi au théâtre, mais n'a pas le choix des pièces, la plupart ne tenant la scène que peu de temps. C'est pourtant pour lui l'occasion de jouer une grande variété de rôles. Quand Noël Coward lui propose un second rôle dans sa pièce Private Lives (1930), Olivier proteste. Coward lui répond alors : « Cela vous fera du bien de figurer dans une réussite pour une fois »L. Olivier, Confessions of an Actor. London, 1982.. Olivier joue un rôle Shakespearien important pour la première fois en 1937 : Roméo et Juliette, alternant les rôles de Roméo et de Mercutio avec John Gielgud, de trois ans son aîné et déjà vedette. De nombreux critiques condamnent son interprétation, les vers sont récités en prose, la mode à l'époque étant à la déclamation « chantée ». (« Monsieur Olivier ne récite pas incorrectement la poésie : il ne la récite pas du tout. »)A. Holden. Laurence Olivier. London, 1985.. Le comédien shakespearien commence alors à se tourner vers le cinéma.

C'est à cette époque que s'établiraient des relations intimes entre Laurence Olivier et Noël Coward, qui serait ainsi, selon le journaliste anglais Michael Thornton, son amant. Le journaliste nomme également l'acteur Danny Kaye, dont l'homosexualité est notoire. Il cite aussi les noms de Marlon Brando et Henry Ainley. Ces échos sur l'homosexualité de Laurence Olivier font polémique. Les informations distillées par des intimes du comédien, notamment sa dernière épouse et quelques familiers, sont vigoureusement niées par son fils, Tarquin Olivier.

The Old Vic Olivier est sociétaire de la troupe du théâtre Old Vic, situé près de la gare de Waterloo, dans un quartier délabré et mal fréquenté, à deux reprisesJ. Cottrell. Laurence Olivier. Londres 1975.. Il commence par le rôle de Hamlet, son premier vrai succès critique et populaire. Il joue ensuite Sir Toby Belch dans Twelfth Night, plutôt pour s'amuser selon la critique. L'année suivante, il joue Henry V. (« You ARE England! » lui dit Charles Laughton). Pour terminer la saison, the Old Vic Company s'en va présenter Hamlet à Elseneur avec Vivien Leigh dans le rôle d'Ophelia. En 1938, Olivier entreprend deux grands rôles shakespeariens : Macbeth et Coriolanus, très bien reçus par la majorité des critiques : « Un magnifique Macbeth : la voix sonne comme une trompette, avec une splendeur régale. » (The Daily Express). Selon le critique du Daily Telegraph « c'est le seul jeune acteur que nous avons qui se situe dans la grande tradition héroïque ». En , Olivier est engagé comme directeur de l'Old Vic, signant un contrat de cinq ans. Son ami et collègue Ralph Richardson et le producteur John Burrell sont ses assistants. Son premier rôle est celui, extrêmement court, du Mouleur de Boutons dans Peer Gynt d'Ibsen, suivi de Sergius dans Arms and the Man de Bernard Shaw et puis le rôle-titre dans Richard III de Shakespeare. Dans ce dernier rôle, il connaît son plus grand succès jusqu'alors. Des années plus tard, il dit: « J'ai senti l'odeur du succès. Elle est comme l'odeur de la mer et des huîtres à Brighton ». Son collègue et rival John Gielgud lui envoie en hommage l'épée portée par Edmund Kean dans ce même rôle. Début 1945, l'Oncle Vanya de Tchekhov est ajouté au répertoire avec Olivier dans le rôle du Docteur Astrov. À la Libération, la troupe part en tournée (Arms and the Man, Peer Gynt et Richard III) visitant Anvers, Bruxelles et Hambourg. Au cours de la saison 1945-46, Olivier joue dans quatre pièces : Henry IV ( et ) où il joue Hotspur et Justice Shallow, rôles relativement mineurs mais qui sont acclamés, et, au cours d'une même soirée, la tragédie de Sophocle Oedipus RexMichel Saint-Denis : Le Old Vic Centre 1945-1951, publié sur le site michelsaintdenis.net (consulté le )., suivi du burlesque The Critic de Sheridan. À la fin d’Oedipus Olivier quitte la scène le visage en sang et pousse un cri terrifiant (qu'il a dit plus tard inspiré de l'image d'un animal pris dans un piège). À la fin de chaque représentation, il est ovationné et ensuite acclamé dans la rue par des milliers d'admirateurs. La saison se termine par King Lear. Olivier jouit d'un grand succès populaire ; les critiques sont divisés.

Le , the Old Vic Company part pour une tournée de dix mois en Australie et Nouvelle-Zélande. Olivier reprend Richard III et ajoute Sir Peter Teazle (dans School for Scandal de Sheridan) à son répertoire. La troupe est acclamée partout mais les choses se gâtent vers la fin du séjour : les relations entre Olivier et Vivien Leigh se détériorent (la dépression de celle-ci empire) ; Olivier est blessé au genou et a recours à des béquilles sur scène et, comble de l'ironie, il reçoit une lettre du comité directeur de l'Old Vic Company le renvoyant de ses fonctions.

Premiers succès au cinéma gauche|vignette|Laurence Olivier interprète Heathcliff dans Les Hauts de Hurlevent Il tourne dans son premier film shakespearien en 1936, As You Like It de Paul Czinner.

Il tourne ensuite dans The Mask of Virtue et rencontre Vivien Leigh avec qui il tourne dans L'Invincible Armada (Fire Over England) d'Alexander Korda (1937). Une liaison secrète naît entre les deux acteurs mariés, qui tournent deux autres films ensemble (21 Days et That Hamilton Woman). Ils se marient en 1940.

Laurence Olivier interprète alors son premier grand rôle au cinéma, celui d'Heathcliff dans l'adaptation des Hauts de Hurlevent de William Wyler (1939), en Amérique. Pendant le tournage, Wyler et Olivier ne s'entendent pas sur l'interprétation de l'acteur qui tient à conserver ses techniques théâtrales. À la longue, Olivier admet que Wyler a raison et lui reste toujours reconnaissant. Il obtient sa première nomination aux Oscars. Le comédien et le metteur en scène tourneront Carrie ensemble une nouvelle fois, en 1953. Olivier avait été auparavant évincé par Greta Garbo du tournage de La Reine Christine (sorti en 1933) qui lui préfère son ancien amant John Gilbert, au plus bas de sa carrière : cela retardant son explosion au cinéma de plusieurs années, il ne lui pardonne jamais et refuse quelques années plus tard d'être son Chopin dans la superproduction George Sand de George Cukor - le film est abandonné, comme tous les projets de retour de « la divine ». vignette|Vivien Leigh et Laurence Olivier en 1948. Le succès de son Heathcliff lui permet d'obtenir d'autres grands rôles, celui de Maxim de Winter dans Rebecca d'Alfred Hitchcock et celui de Darcy dans Orgueil et Préjugés de Robert Z. Leonard (tous deux en 1940). Acteur de génie, il collectionne les partenaires les plus séduisantes : après la brune et exotique Merle Oberon (il lui aurait préféré Vivien Leigh, qui aurait mieux convenu au rôle de la frémissante Cathy, mais le couple n'avait pas encore assez de poids à Hollywood), l'évanescente et blonde Joan Fontaine et la pétulante rousse Greer Garson, qui avait déjà été la partenaire d'Olivier dans la pièce Golden Arrow à Londres.

La Seconde Guerre mondiale éclate alors et Olivier s'engage dans la Royal Air Force. Il prend des cours de pilotage et sert deux ans. Il est nommé lieutenant dans la Fleet Air Arm mais ne voit jamais les combats.

Trilogie shakespearienne