vignette|redresse=1.2|Carte du Mexique et de la Nouvelle-Espagne, fin du , où apparaît le territoire actuel du Guatemala.
L'histoire du Guatemala traite de l'histoire des territoires et des peuples réunis aujourd'hui sur le territoire actuel du Guatemala, peuplé en 2023 d'environ de Guatémaltèques.
Les premières traces de civilisation au Guatemala viennent des Mayas vers 1000 À la suite de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, en 1492, débute une période de lutte entre les populations autochtones et les conquistadors espagnols, qui tourne en faveur de ces derniers. La région du Guatemala est ainsi placée sous le gouvernement de la Nouvelle-Espagne, jusqu'à son indépendance en 1821.
Au cours du , le pays subit de nombreuses péripéties politiques, dont une longue période de guerre civile, entre 1960 et 1996. Le marque un tournant démocratique, non sans être entaché toutefois de problèmes de pauvreté, de corruption et d'insécurité publique.
Avant 1500 : période précolombienne, civilisation maya La civilisation maya apparaît environ avant l'ère chrétienne. Elle se développe dans presque tout le Guatemala. Toutefois, la plupart des villes de l'époque classique de la région de Petén, située dans les plaines du nord, sont abandonnées vers l'an 1000 après Jésus-Christ. En revanche, les États installés dans les plateaux du centre du pays continuent à prospérer jusqu'à l'arrivée des Espagnols. Les troupes espagnoles menées par Pedro de Alvarado détruisent et soumettent brutalement ces États entre 1523 et 1524, grâce à leur supériorité technologique et aux antagonismes entre royaumes mayas des Hautes-Terres du GuatemalaRobert J. Sharer, The Ancient Maya ( éd.), Stanford University Press, 2006, .. Protégé par son relatif isolement dans la jungle du Petén, le dernier État maya, le royaume itzá de Tayasal, succombe aux Espagnols seulement après la deuxième guerre du Tayasal, en 1697David Drew, The Lost Chronicles of the Maya Kings, Phoenix, 2000, ..
Les indigènes habitant les hautes terres du Guatemala, comme les Cakchiquels, les Mam, les Quichés et les Tz'utujils, constituent encore une part importante de la population nationale.
Période coloniale espagnole : la Nouvelle-Espagne (1502-1821)
Les Espagnols conquièrent toute l'Amérique centrale, et placent la majeure partie de l'actuel Guatemala sous la dépendance de la capitainerie générale du Guatemala, au sein de la Nouvelle-Espagne (1535-1821, capitale Mexico).
En 1524, Pedro de Alvarado (1485-1541) fonde Santiago de los Caballeros, aujourd'hui nommée Ciudad Vieja (littéralement la Vieille ville). Santiago de los Caballeros - qui devient la première des trois capitales que va connaître le Guatemala - est détruite par des inondations et un tremblement de terre en 1542.
Les survivants fondent, en 1543, une nouvelle ville, qu'ils nomment Guatemala, et qui porte aujourd'hui le nom d'Antigua. Elle devient l'une des capitales les plus riches du continent au . Elle est à plusieurs reprises frappée par des éruptions volcaniques, inondations et tremblements de terre. Deux de ceux-ci détruisent la ville en 1773. Certaines ruines datant d'avant la destruction sont conservées et sont aujourd'hui considérées comme des monuments nationaux.
En 1776, Matías de Gálvez y Gallardo (1717-1784), le président de l'Audiencia ordonne d'abandonner Antigua Guatemala, la jugeant trop dangereuse, et fait construire la troisième et actuelle capitale du Guatemala : Ciudad de Guatemala.
Indépendance (1821) et court Le Guatemala devient indépendant le . Le Guatemala fit partie de l'empire du Mexique pendant quelque temps puis intégra les République fédérale d'Amérique centrale ou Provinces unies d'Amérique centrale. L'ensemble est démantelé à l'issue de la guerre civile de 1838-1840. Rafael Carrera (1814-1865) est l'un des personnages clés de la révolution contre le gouvernement fédéral et du morcellement du pays. Soutenu par les conservateurs, les grands propriétaires fonciers et l'Église, il demeure dictateur du Guatemala de 1844 jusqu'à sa mort en 1865.
Miguel García Granados (1809-1878) devient le leader de la révolution libérale contre le gouvernement du général Vicente Cerna Sandoval. Il fait fonction de président provisoire de 1871 à 1873 après la victoire libérale. Il entreprend de développer les infrastructures du pays et met en place une Assemblée constituante en 1872. Après sa démission, Justo Rufino Barrios (1835-1885) est élu président du Guatemala, poursuit la politique de modernisation des infrastructures du pays et mène une politique économique entièrement centrée sur la production de café afin de développer les exportations. Soucieux de favoriser l'instruction, il veut l'école primaire gratuite, obligatoire et sans éducation religieuse. L'école normale est créée, et la vieille université San Carlos est nationalisée. Il proclame par ailleurs la liberté de culte et procède à l'expropriation des biens de l'Église..
Il instaure un style de gouvernement très personnel qui conduit à l'apparition d'une dictature libérale. La liberté d'expression est fortement restreinte. Nombre d'intellectuels progressistes qui le soutenaient au départ, comme José Martí (1853-1895), prennent leurs distances ou s'exilent. En 1875, durant la guerre pour l'indépendance de Cuba, toujours colonie de l'Espagne, il reconnaît officiellement l'indépendance de l'île. Fervent partisan de la réunion des pays d'Amérique centrale en une seule entité, il est tué en 1885 à la bataille de Chalchuapa en tentant d'imposer par la guerre son projet.
Dès 1880, une société de Boston, la , démontre un intérêt pour les terres chaudes du Guatemala. La future United Fruit Company (1899-1989, devenue Chiquita Brands International) débute ainsi son intégration, qui va s'étendre jusqu'à assurer une mainmise des États-Unis sur l'économie des pays d'Amérique latine. Quelque temps après, cette dernière achète l'ensemble des réseaux de chemins de fer du pays ainsi que le principal port, situé à Puerto Barrios. Durant près d'un siècle, nombre de dictateurs se succèdent et assureront l'intégrité incontestée du monopole américain sur le pays dans l'exportation de fuits : banane, ananas, avocat, mangue, orange, citron, noix de coco, fruits rouges, et autres produits exotiques.
Galerie présidentielle partielle
Le premier (1900-1954) Au début du , durant les longs mandats de Manuel José Estrada Cabrera et du général Jorge Ubico Castañeda, la United Fruit Company basée aux États-Unis poursuivit son contrôle de l'économie guatemaltèque.
Entre 1898 et 1920, la dictature de Manuel José Estrada Cabrera censure la presse, persécute l'opposition et favorise les membres des grandes familles du café. Enfin, elle octroie d'énormes avantages aux compagnies étrangères qui investissent dans le pays, en particulier l'United Fruit Company (UFC). L'implantation dans le pays des firmes étrangères s'effectue au prix de la dépossession des indigènes, de la destruction de leurs communautés (ayllu), et à la prolétarisation des paysans soumis à l'obligation de travail sur les plantations capitalistes nouvelles et à la misère des salaires de subsistance.
En 1930, mécontente du président en exercice Manuel María Orellana Contreras, l'UFC impose par un coup de force le général Jorge Ubico Castañeda à la tête de l'État.
Sous la dictature de Jorge Ubico, le pays s'ouvrit encore davantage aux investissements étrangers. Ubico accorda même des privilèges à United Fruit Company qui investit dans le pays en achetant des parts dans le chemin de fer, l'électricité, le télégraphe et 40 pour cent des meilleures terres du Guatemala. L'entreprise contrôla aussi de fait la seule infrastructure portuaire du pays. En conséquence, le gouvernement adopta souvent une position soumise devant la United Fruit Company. L'UFC contribua à la construction de quelques écoles, mais elle s'opposa aussi à la construction de peur de voir un concurrent à son monopole dans le chemin de fer. En 1933, Jorge Ubico, fait adopter une nouvelle Constitution qui retire le droit de vote aux illettrés (75 % de la population). Il instaure en 1934 une loi contre le vagabondage, chacun devant avoir un carnet de travail dans lequel il était indiqué les jours et le nombre d'heures par jour pendant lesquelles il travaillait ; en l'absence de celui-ci, les personnes sont réquisitionnés pour effectuer des travaux publics d'intérêt général. Lors de la guerre civile espagnole, le régime soutient sans ambiguïté le camp franquiste.
Galerie présidentielle partielle
Dix ans de printemps (1944-1954) Une série de mouvement populaires contre le général dictateur et les grandes compagnies nord-américaines débouchent sur un coup d'État d'officiers libéraux, qui portent au pouvoir un président de centre gauche, Juan José Arévalo, qui ouvre le pays à dix années de démocratie. Soutenu par la petite bourgeoisie, les ouvriers et les paysans, Arévalo élabore un code du travail annulant le travail forcé, autorise la création de syndicats, reconnaît le droit de grève, consacre un tiers du budget de l'État à des programmes sociaux et fonde un institut indigéniste. Au cours de ses six années de présidence, il doit faire face à vingt-huit tentatives de coup d'État, qu'il met toutes en échec. En quittant le pouvoir, il met implicitement en cause les États-Unis dans les troubles survenus sous sa présidence.. Les tensions sont alors particulièrement fortes entre grands propriétaires d’une part, syndicats et Parti communiste du Guatemala d'autre part.
Son ministre de la Défense, Jacobo Árbenz Guzmán (1913-1971), colonel de trente-sept ans, est élu au suffrage universel en 1951 avec une large majorité de voix. Il lance plusieurs programmes de santé, d'alphabétisation et fait adopter le Décret 900, ou la loi de la réforme agraire, qui oblige les riches propriétaires fonciers à payer des impôts. Celle-ci, qui force la United Fruit Company à céder une partie importante de ses terres en friche (ou inutilisées) aux paysans, a un effet foudroyant à Washington. Le Directeur de la CIA, Allen Dulles, siège au conseil d’administration de la UFC, tandis que son frère, John Foster Dulles, dirige, à partir de janvier 1953, le Département d'État. Il avait autrefois rédigé les contrats de la UFC avec le dictateur Manuel José Estrada Cabrera..
Opération PBSUCCESS (1954) Les États-Unis, après avoir déclaré qu'Arbenz faisait le jeu de l'Union soviétique, décident d'organiser un coup d'État. Au Nicaragua, des bases aériennes et terrestres sont installées en collaboration avec Anastasio Somoza García, où sont entraînés des exilés guatémaltèques et des mercenaires. La CIA orchestre parallèlement une campagne de propagande : une radio clandestine, Voice of Liberation est implantée au Honduras et des journalistes diffusent des articles alarmistes inspirés en sous-main par l'agence.