L'église Saint-Pierre est une église catholique paroissiale située à Jaux, dans le département de l'Oise, en France.
L'édifice se compose de deux parties très hétérogènes, à savoir une courte nef de deux travées accompagnée de deux bas-côtés, et un vaste chœur-halle gothique flamboyant de trois fois trois travées, au chevet plat. Le clocher roman de la première moitié du , mutilé, s'élève au-dessus de la première travée du vaisseau central du chœur, qui correspond à l'ancienne croisée du transept. La façade occidentale et les murs du bas-côté sud sont probablement aussi romans. À l'intérieur, la nef est toutefois flamboyante. Ses voûtes n'ont jamais été construites, et elle doit être considérée comme inachevée. La quasi-absence de fenêtres latérales est frappante. Ce sont les parties orientales de l'église qui font son intérêt. Elles ont été presque entièrement rebâties à partir du début du , sauf le clocher, dont les piles ont été reprises en sous-œuvre. Les trois vaisseaux sont homogènes et voûtés à la même hauteur. Ils se distinguent par leur architecture flamboyante très pure, ce qui n'exclut pas une certaine diversité des formes des piliers. Les larges fenêtres de la dernière travée affichent un remplage élégant, mais les trois baies du chevet sont malheureusement bouchées. Les fenêtres latérales conservent des fragments de vitraux de 1541, dont les plus intéressants sont fortement restaurés. Parmi le mobilier de l'église, la poutre de gloire un peu postérieure à sa construction est l'élément le plus remarquable, mais il convient également de signaler les tableaux de retable provenant du Carmel de Compiègne. Elles représentent des souvenirs des seize bienheureuses Carmélites de Compiègne, martyrisées en juillet 1794, et patronnes de la paroisse de Compiègne à laquelle Jaux est affilié. L'église a été classée monument historique par arrêté du ..
Localisation
L'église est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans l'agglomération de Compiègne, près de la rive droite de l'Oise, sur la commune de Jaux, rue Charles-Ladame / rue de la République (RD 13). Cette route constitue le principal axe de communication au sein du village, qui présente la physionomie d'un village-rue. Le chevet donne directement sur la rue. L'élévation méridionale est bordée par un parking, et l'école se situe à côté. L'élévation septentrionale donne sur le parvis de la mairie. Un petit parvis existe devant le portail occidental, rarement utilisé, et faisant face à un coteau boisé. Ainsi l'église est bien dégagé d'autres bâtiments, et l'on peut en faire le tour.
Historique thumb|upright|left|Vue depuis l'ouest.
En haut du coteau qui domine l'église, se trouve une fontaine bouillonnante dédiée à saint Pierre, qui donne naissance à un petit ruisseau. Pour cette raison, François Callais et Philippe Bonnet-Laborderie se posent la question s'il y a eu . Louis Graves écrit en 1850 qu'. Il doit bien être question de la même fontaine, et puisque le vocable de l'église est le même que celui de la chapelle, cette dernière devait être bien antérieure. Saint Paul a dû être ajouté ultérieurement comme second patron : au moins Louis Graves affirme-t-il que l'église soit placée sous l'invocation de saint Pierre et de saint Paul. Les origines de l'église actuelle remontent à la première moitié du , époque à laquelle sont construites la nef et le clocher, fortement remaniés depuis. Le collateur de la cure est l'abbé de l'abbaye Saint-Corneille de Compiègne. Sous tout l'Ancien Régime, la paroisse relève du doyenné de Coudun, de l'archidiaconé de Breteuil, et du diocèse de Beauvais...
L'histoire de la paroisse et de l'église sont mal connues, et ont seulement fait l'objet de publication succinctes. Le plan de l'église romane n'a pas encore été mis en évidence par des sondages ou des fouilles archéologiques, mais la position du clocher à l'est de la nef permet d'affirmer qu'il s'agissait toujours d'un clocher central s'élevant entre nef et abside. L'existence de bas-côtés médiévaux donne à penser que la base du clocher était flanquée de croisillons, et tenait lieu de croisée du transept, même si cette disposition ne doit pas nécessairement dater d'origine. Jean-Pierre Bétégnie fait état de l'hypothèse de remaniements effectués au cours du . Jaux étant l'un des lieux ou prend naissance la Grande Jacquerie en 1358, l'on suppose que les dévastations sous la Guerre de Cent Ans sont considérables. La reconstruction totale du transept et le remplacement de l'abside médiévale par un vaste chœur-halle à partir de 1500 environ peut être déduite de l'analyse archéologique de l'édifice actuel, et peut être interprétée comme une conséquence de la Guerre de Cent Ans. Si l'on ignore les circonstances de la reconstruction, la date de la fin des travaux est fournie par le millésime de 1541 qui se lisait encore au milieu du sur les fragments des vitraux...
Sous le concordat de 1801, le diocèse de Beauvais et annexé au diocèse d'Amiens, mais est rétabli en 1822 dans les limites définies sous la Révolution française : Son territoire correspond désormais au département de l'Oise. — L'église est classée monument historique par arrêté du . — Jaux n'est plus une paroisse indépendante depuis longtemps. En 1996, les quarante-cinq paroisses qui forment actuellement le diocèse de Beauvais sont définies, et Jaux est affilié à la paroisse des Seize bienheureuses Carmélites de Compiègne - paroisse de Compiègne-sud..
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Orientée irrégulièrement vers le sud-est du côté du chevet, l'église répond à un plan symétrique mais se compose de deux parties bien distinctes. La nef ne compte que deux travées, et est bordée de bas-côtés qui portent bien leur nom. Cette partie de l'église est inachevée et très sombre. Elle est dans les faits sans usage, sauf pour les portails latéraux dans la deuxième travée des bas-côtés ; pour la sacristie aménagée dans la première travée du bas-côté nord ; et pour les fonts baptismaux dans la première travée du bas-côté sud. En effet, le chœur-halle de trois fois trois travées offre largement assez de place pour tous les fidèles. Cette partie de l'église est d'un style raffiné, élevée et lumineuse. Elle se compose de trois vaisseaux parallèles, qui ont la même largeur et sont voûtés à la même hauteur. La première travée de chacun des vaisseaux est peu profond, et la première travée du vaisseau central sert de base au clocher. Ces trois travées se substituent au transept roman. Le chœur liturgique commence symboliquement par la poutre de gloire à l'entrée de la seconde travée du vaisseau central, mais il est aujourd'hui limité à la dernière travée. En raison de leur largeur importante, les collatéraux abritent un grand nombre de bancs de fidèles. Au chevet, trois hauts retables se côtoient.
Intérieur Ancien transept thumb|upright|Vaisseau central, base du clocher, vue vers l'est. thumb|upright|Collatéral nord, , vue vers le sud sur la base du clocher.
L'ancien transept fait partie du chœur-halle, mais l'ancienne croisée du transept et base du clocher était destinée à devenir la troisième travée de la nef, comme l'indiquent la position de la poutre de gloire et la construction de grandes arcades dans le même style que dans les travées orientales du chœur, au sein de la nef. De ce fait, les travées issues de la transformation du transept méritent d'être considérées à part, et la différence des supports le justifie également. Il convient de parler de la transformation du transept, car le clocher roman s'élevant au-dessus de l'ancien carré du transept a été conservé moyennant une astucieuse reprise en sous-œuvre. Il est impossible de savoir si les piles comportent des noyaux du , ou si elles datent entièrement de la période flamboyante. Rares sont les reprises en sous-œuvre totales à cette époque ; l'église de Champagne-sur-Oise offre l'exemple d'une reprise moins audacieuse, avec maintien de la composition initiale des supports. Pendant la première moitié du , les bases des clochers romans de Rully et Sarcelles ont été reprises en sous-œuvre si habilement que les parties orientales se présentent dans un style gothique rayonnant tout à fait homogène. À Frémécourt et Villers-sous-Saint-Leu, des reprises sans égards pour l'aspect esthétique ont été effectuées à la période gothique.
Depuis le , le clocher de Jaux repose sur des piles tréflées, dont le plan correspond à quatre hémicycles disposés autour d'un noyau carré. Pour rester dans la même logique, les supports engagés dans les murs latéraux sont des demi-piliers cylindriques. Les bases sont des simples plinthes moulurés. Sous le clocher, les socles ont la même forme que les piles ; le long des murs, ils sont polygonaux. La pile nord-est du clocher comporte une irrégularité du côté nord, où elle est plus épaisse ; en même temps, l'arc-doubleau correspondant, entre la première et la seconde travée du collatéral nord, est situé plus bas que les voûtés, et la retombée au droit du mur nord s'effectue sur un massif de maçonnerie de plan rectangulaire. En dépit de cette exception, les huit doubleaux de l'ancien transept sont tous moulurés de la même façon, et se fondent directement dans les piliers, sans interposition de chapiteaux. Ce principe des arcades et nervures pénétrantes s'applique par ailleurs dans l'ensemble de l'église, à de rares exceptions près. Le profil des doubleaux cités est d'un gros boudin entre deux gorges et deux fines rainures, comme à Armancourt, Survilliers, Vauréal et Saint-Firmin, ou sans les moulures concaves, dans les chœurs de Boran-sur-Oise et Jagny-sous-Bois. Les voûtes sont établies sur des croisées d'ogives simples, et les ogives et affectent un profil prismatique aigu caractéristique de l'apogée de l'architecture flamboyante. Au droit du mur gouttereau, près des doubleaux vers la seconde travée, les ogives retombent sur des culots cylindriques non décorés. Comme particularité, les voûtes des trois travées de l'ancien transept sont pourvues de formerets dans le sens transversal, ce qui habituellement n'existe que long des murs, où c'est également le cas.
Dans la première travée du vaisseau central et du collatéral sud, les clés de voûte sont des disques agrémentés de découpages flamboyants et entourés d'un cordon tressé, qui arborent en leur milieu un écusson martelé à la Révolution. La clé de la première travée du nord affiche un visage humain, entouré d'un cordon tressé et d'une couronne. Pour venir aux fenêtres, elles sont en tiers-point élevées. Une gorge et d'autres moulures les entourent. Le seuil est en forme de doucine. Le remplage se compose de deux formes en plein cintre qui se terminent par des têtes trilobées, comme à la même époque à Saint-Firmin, et qui sont surmontées d'un losange et de deux soufflets dissymétriques disposés obliquement. Au nord, le meneau central manque. Au sud, tous les meneaux, même ceux qui sont engagés dans les jambages, sont pourvus de bases polygonales. Les allèges présentent un appareil de moellons, ce qui n'est pas le cas dans le reste du chœur et ce qui donne à penser que ces murs pourraient subsister du Moyen Âge. À l'ouest de la première travée du collatéral sud, l'on observe une petite porte bouchée par un mur de briques, et à sa droite, un pilastre avec stylobate, qui bute contre un bandeau mouluré horizontal, un peu en dessous de la retombée des voûtes.
Chœur-halle thumb|upright|Vaisseau central, vue vers l'est. thumb|upright|Dernière travée, vue transversale nord-sud.