Le royaume de Koukou (en kabyle : Tagelda n Kuku) est un royaume kabyle de l'époque moderne qui régna sur une grande partie de la Grande Kabylie, fondé par Sidi Ahmed ou el Kadhi vers , descendant d'une illustre lignée de lettrés et savants religieux. À son apogée, l'autorité du royaume s'étend des montagnes de l'Atlas à Alger. De 1520 à 1527, le royaume de Koukou contrôle Alger et exerce une influence sur une bonne partie du nord de l'Algérie : il reçoit l'allégeance de Cherchell et de Annaba, maintient l'alliance avec les Zianides à la faveur de sa victoire contre Khayr ad-Dine Barberousse à la bataille des Issers. Cette période a marqué la toponymie d'Alger où une montagne s'appelle Djebel Koukou. Khayr ad-Din Barberousse reprend progressivement le terrain perdu et le royaume de Koukou se restreint alors à un domaine montagneux correspondant à l'actuelle Grande Kabylie.

Sa capitale est Koukou, qui s'établit sur un promontoire, avec environ 15 000 habitants. Koukou était l'un des deux grands royaumes kabyles, l'autre étant le royaume concurrent des Aït Abbas. À son apogée, le royaume de Koukou entretient des rapports cordiaux avec l'Espagne et intrigue lors de l'expédition manquée de Charles Quint contre Alger en 1541.

Le royaume de Koukou, siège de la confédération tribale des zouaouas, prend part à des expéditions de la régence d'Alger et fourni également des mercenaires dont les services sont recherchés à Alger, mais également à l'étranger, à Tunis ou par les Saadiens au Maroc comme lors de la Bataille des Trois Rois (1578).

L'histoire du royaume de Koukou s'inscrit dans une période qui a vu péricliter le pouvoir des dynasties zianides et hafsides face à l'hégémonie espagnole, ce qui a eu pour conséquence la naissance de seigneuries locales (royaume des Aït Abbas en Kabylie, Sultanat de Touggourt et diverses confédérations du Sahara et des Hauts Plateaux), ainsi que la mise en place de la régence d'Alger.

Historiographie La désignation comme « royaume » Le terme de « royaume » n'est pas strictement adéquat dans la mesure ou l'entité administrative et régalienne n'était pas structurée autour d'un roi, mais se rencontre dans des textes français sur la Kabylie. Par exemple, Lucien Leclerc :

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Louis Rinn écrit en 1891 dans une note de son ouvrage sur l'insurrection de 1871, dite Révolte de MokraniLouis Rinn, L'insurrection de 1871, page 10, note de bas de page. :

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Longévité Louis Rinn estime que cet État décline à partir du début du :

Camille Lacoste-Dujardin estime que le royaume de Koukou a duré pendant deux sièclesCamille Lacoste-Dujardin, Le Voyage d'Idir et Djya en Kabylie : Initiation à la culture kabyle, Éditions L'Harmattan, 2003 , ..

Contextes culturel et historique vignette|185x185px|Koukou, capitale du royaume du même nom. vignette|Une élection à Koukou Étant donné que le sujet concerne la Kabylie, les noms ont parfois deux versions, berbère et arabe. C'est ainsi que « Ahmed ou el Kadhi » est une forme en partie berbère, la forme arabe étant « Ahmed ibn el Qadi » ou « Ahmed ben El Qadi », prononcée « Ahmed Belkadi ». On a aussi le couple Aït Abbas/Beni Abbes, etc. (à quoi s'ajoute le problème des transcriptions de l'arabe en français).

Sur le plan historique, le royaume de Koukou fait partie de l'histoire de la partie est du Maghreb (Tunisie, Constantinois, Algérois) avec, au , la disparition des dynasties hafsides et la mise en place de la régence d'Alger, puis de la régence de Tunis, toutes deux sous la tutelle de l'Empire ottoman ; un phénomène secondaire mais non négligeable est constitué par l'expansion espagnole sur le littoral algérien (Oran, Béjaïa, etc.).

Histoire La fin de l'époque hafside et la fondation Deux hypothèses sont en concurrence pour expliquer la fondation du royaume de Koukou.

L'une voudrait qu'il ait été fondé avant la prise de Béjaïa par les Espagnols en 1510 ; dans un contexte d'affaiblissement du pouvoir hafside. Cette hypothèse est peu soutenue du fait qu'il est peu probable que les Hafsides tolèrent la constitution de cette principauté avant la prise de Béjaïa.

L'autre l'attribue aux Belkadi, des imrabden (un lignage maraboutique), une famille de lettrés au service du sultan de Béjaïa (dissident des Hafsides de Tunis) et originaires du village d'Achallam des Aït Ghoubri (Grande Kabylie). Ils seraient d'ailleurs les descendants d'un illustre grand cadi de Béjaïa du , Abu Abbas El Ghoubrini. Au service des Hafsides il est donc complexe d'imaginer qu'ils auraient pu constituer leur principauté avant la chute de Béjaïa.

vignette|307x307px|Flissa est un sabre traditionnel originaire du savoir faire de la tribu kabyle des Iflissen lebhar, au British Museum. Lors de la chute de Béjaïa (1510) et lors de la reprise de Jijel par les Barberousse en 1514, les Hafsides (morcelés entre un sultan à Tunis et un autre à Constantine) confient à Ahmed Belkadi la charge de défendre la partie occidentale de leurs États avec le titre de khalifa et non d'émir car il n'est pas un Hafside. Si ce titre de khalifa est incertain (la tradition locale affirme qu'il aurait occupé les fonctions de gouverneur de Annaba à l'époque hafside), ces responsabilités au niveau de la partie occidentale des possessions hafsides après la prise de Béjaïa lui donnent son rôle politique de premier plan. En réalité, Ahmed Belkadi est un chef qui coalise les forces locales dans une « guerre sainte » face aux Espagnols qui ont pris Béjaïa. Les Barberousse qui sont devenus souverains à Alger et possèdent la ville de Jijel, comptent s'implanter au Maghreb central. Arudj Barberousse est lié d'une profonde amitié avec Ahmed Belkadi avec lequel il mène les campagnes contre les places tenues par les Espagnols : Belkadi et ses contingents kabyles attaquent par la terre et Arudj Barberousse par la mer. En 1512, l'émir local de Bougie, en exil, fait appel au corsaire pour le débarrasser des Espagnols, il promet à Arudj, en cas de succès, non seulement de le rémunérer, mais de le faire seigneur de Béjaïa, dont le port lui assurerait sécurité toute l'année. Cependant, le siège de Béjaïa est un échec, Arudj perd de plus son bras gauche.

Arudj va se réserver comme territoire propre les environs d'Alger et définir deux territoires, un à l'est et l'autre à l'ouest. Il laisse celui de l'est comme fief héréditaire à Belkadi et part en campagne à Tlemcen contre le sultan Zianide allié aux Espagnols. Pour les Barberousse cette campagne est un désastre et se solde par la mort d'Arudj. Les Belkdadi ont pour principal soutien la tribu des Aït Ghoubri dont ils sont originaires ; ils sont dès lors désignés, notamment dans l'historiographie espagnole, comme rois de Koukou (reyes de Couco) et des Zououas (los Azuagos).

D'après Hugh Roberts, il faut voir le royaume de Koukou comme une subsistance de l'ancien ordre hafside qui s'est employé à défendre ses positions dans la région. Confronté à l'effondrement de ces derniers, puis à une politique plus agressive de la régence d'Alger il se rapprochera ensuite des Espagnols pour conclure une allianceHugh Roberts, op.cit, .

Entrée en conflit avec la régence d'Alger vignette|330x330px|Les conflits entre royaumes de Koukou, de Beni Abbès et la régence d'Alger du au .

Ahmed Belkadi meurt à une date indéterminée et est remplacé par son fils qui porte également le nom de Ahmed Belkadi. A la différence de à son père, qui fut un ami des frères Barberousse, le fils se laisse influencer par le sultan hafside de Tunis, hostile à Barberousse, ce qui causera une série de conflits armées entre le nouveau Belkadi et le sultan d'Alger. Kheireddine, à la tête de la régence d'Alger, entre dès-lors en campagne contre les Belkadi. Le sultan hafside de Tunis fait parvenir des troupes de renfort aux Belkadi et inflige une très lourde défaite à Kheïreddine sur l'oued Isser dans le territoire des Aïth Aïcha. Kherreddine, privé des appuis intérieurs (tribus kabyles, revers en 1518 à Tlemcen) et sous pression espagnole, décide de demander l'appui du sultan Sélim Ier. Il se joue donc une rivalité entre Kheïreddine, sa régence d'Alger avec l'appui des Ottomans, et Belkadi, appuyé par les Hafsides de Tunis. Dans les années qui suivent, le fils Belkadi va s'emparer d'Alger (1520) et dans les faits être à la fois roi de Koukou et d'Alger de 1520 à 1525/1527Hugh Roberts, op.cit, . En 1527, les habitants d’Alger, excédés par les exactions commises par les hommes du fils Ahmed Belkadi, sollicitèrent l’aide de Kheireddine, alors réfugié dans la ville de Jijel. En plein milieu des hostilités, le fils Ahmed Belkadi fut soudainement assassiné dans sa tente par ses propres hommes, dans la région des Aïth Aïcha. À la suite de cet événement, Khayreddine fit son entrée à Alger sous les acclamations de la population. Par la suite, il conclut la paix avec le frère d’Ahmed (fils), auquel il restitua le titre de seigneur de Koukou. En contrepartie, ce dernier s’engagea à lui verser un tribut.

Durant leur alliance avec les Barberousse (avant 1518), les Belkadi régnaient sur les terres allant du Djurdjura à Sétif et Constantine. Depuis la rupture avec les Barberousse en 1518, l'essor d'un royaume berbère concurrent sur la rive orientale de la Soummam, celui des Beni Abbes et l'influence croissante des Turcs de la régence d'Alger dans l'est (prise de Jijel, Collo, Constantine...) va réduire leur domaine à un territoire correspondant globalement à la Grande Kabylie qu'il conservera au cours des siècles suivants.Durant tout le , les Aït El Cadi jouèrent un rôle politique régional important en s'alliant avec les Espagnols contre les Turcs ou avec les Turcs contre les Espagnols, selon les opportunités politiques et les enjeux du moment. Koukou fut alors considérée comme une puissance des plus redoutables de la Méditerranée.

En 1546, Si Amar Oulkadhi succède à son père. Il régnera jusqu’en 1618, date de son assassinat par son frère Mohamed, qui s’empare du pouvoirIl s'agit probablement de Si Ahmed Boukhetouche, qu'un acte arabe indique comme étant émir en 1625-1626.. Sa veuve, Aïcha, enceinte, se réfugie chez ses parents, dans la famille royale des Hafsides de Tunis vers 1618. La même année, elle donne naissance à un garçon. Surnommé Boukhtouche (), Si Ahmed Atounsi Boukhtouche, encore adolescent, retourne en Kabylie, à la tête d'une troupe de soldats mis à sa disposition par le Sultan Hafside de Tunis, il renverse l’usurpateur, reprend le trône de son père, et s'installe à Aourir. Durant son règne, il repousse les incursions des janissaires et réussit à sauvegarder l’indépendance du royaume. À défaut de soumettre les Koukou, les Turcs se contentent de les contenir.

À la mort de Si Ahmed Atounsi, en 1696, la famille est déchirée par une sanglante guerre de succession. Le second fils de Si Ahmed Atounsi, nommé Si Ali, lui succède en 1696, il est le chef du Sod Tahtani. Fragilisée par les divisions, la Kabylie devient une proie accessible aux visées turcs, et, au début du , les Turcs fondent un bordj à Tazarart sur la rive droite de Sébaou. Celui ci, situé en plaine, est rapidement détruit par les Kabyles.

En 1720Nous ne connaissons pas exactement l'époque de l'arrivée de ce chef turc en Kabylie: la seule pièce portant une date, où il est cité, est de 1720-21., Ali Khodja fonde un bordj dans la vallée du Sébaou, et en 1724, dans celle de l'oued Boghni. Le chef de la résistance est Si Ali Boukhtouche ; il est vaincu à Draâ Ben Khedda, puis plus tard à Boulzazen. En 1730, Ali Khodja organise le makhzen des Amraouas (tribu de la Kabylie), puis restaure le bordj de Tazarart. Les pachas d'Alger ne cherchent pas à établir directement leur autorité sur la Grande Kabylie, mais créent un grand commandement dans la partie du pays qui n'obéissait plus aux pouvoir central kabyle, les Turcs mirent à sa tête des hommes des grandes familles du pays, ayant déjà de l'influence personnelle sur les populations.