Le Regina cæli est une antienne mariale, prière chrétienne chantée en latin, dédiée à la Vierge Marie et associée à la joie de la Résurrection de Jésus. Il s'agit de l'une des quatre antiennes mariales du catholicisme. Le texte, qui se trouve dans le chant vieux-romain, est vraiment ancien alors que la mélodie en usage est une composition tardivement révisée.

Le Regina cæli remplace l'Angélus pendant le temps pascal, à savoir à partir des complies du Samedi saint jusqu'à la célébration de none du samedi après la Pentecôte, c'est-à-dire avant le dimanche de la Trinité. thumb|upright=0.8|Vitrail Regina cæli de la cathédrale Saint-Brendan de Loughrea créé par Michael Healy († 1941).

Le texte de la prière

latin françaisRegína cǽli, lǽtáre, allelúia :Quia quem meruísti portáre, allelúia :Resurréxit, sicut dixit, allelúia :Ora pro nobis Deum, allelúiaLiturgie latine, mélodies grégoriennes, p. 104 - 105, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, 2005.

Versicule, répons et texte, ci-dessous, viennent compléter l'antienne afin d'obtenir la prière du même nom remplaçant l'Angelus pendant la période pascale :

℣. Gaude et laetare, Virgo Maria, allelúia. ℟. Quia surrexit Dominus vere, allelúia.

Oremus.

Deus, qui per resurrectionem Filii tui, Domini nostri Jesu Christi, mundum laetificare dignatus es, praesta, quaesumus, ut per ejus Genitricem Virginem Mariam, perpetuae capiamus gaudia vitæ.

Per eumdem Christum Dominum nostrum. AmenRéjouis-toi, Reine du ciel, alléluia,car celui que tu as mérité de porter, alléluia,est ressuscité comme il l'avait annoncé, alléluia ;prie Dieu pour nous, alléluia.

℣. Soyez dans la joie et l'allégresse, Vierge Marie, alléluia. ℟. Parce que le Seigneur est vraiment ressuscité, alléluia.

Prions.

Dieu, qui, par la Résurrection de Votre Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, avez bien voulu réjouir le monde. Faites-nous parvenir, par la prière de la Vierge Marie, sa Mère, aux joies de la Vie éternelle.

Par le Christ notre Seigneur. Amen.

N.B. : il existe deux orthographes pour le terme génitif singulier ciel en latin, cæli et cœli , vraisemblablement à la suite d'une confusion ou d'une hésitation. Toutefois, l'usage dans la littérature ancienne et classique employait cæli tandis que, de même, c'était cette orthographe que le Vatican fit imprimer pour la célébration de Pâques en 2019 (voir ci-dessous). Benoît XVI aussi employait cæliSite Vatican.

Partition

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voir aussi : libretto Domenica di Pasqua Resurrezione del Signore, Messa del giorno, celabrata dal santo Padre Francesco, p. 81 (le , Place Saint-Pierre) ;avec verset et répons (Académie de chant grégorien) écouter en ligne avec partition :

center|upright=1.8 écouter en ligne avec partition : (Chœur de l'abbaye Sainte-Cécile ainsi que celui de l'abbaye de Pluscarden au Royaume-Uni)

Corpus antiphonalium officii

Composition ancienne, le Regina Cæli est classifié comme antienne grégorienne authentique. Dom René-Jean Hesbert donna, dans son grand catalogue Corpus antiphonalium officii, sa notification CAO4597Académie de chant grégorien. La mélodie de cette version grégorienne devint de nos jours hors d'usage.

Historique

Origine

Texte

La légende affectait l'auteur de l'antienne à saint Grégoire le Grand († 604) ou à Grégoire V († 998). En ce qui concerne saint Grégoire, il entendit, d'après la légende, à la basilique Santa Maria in Aracoeli trois anges chanter les trois premiers versets et composa lui-même le dernierMembres de l'Institut de l'académie des inscriptions et belles-lettres, Histoire litéraire de la France, tome XXII, p. 119, 1852 . Cette histoire était mentionnée par Guillaume Durand, dans son œuvre Rationale diuinorum officiorum (Lyon, 1565) : « Beatus Gregorius ... aidotæ dicuntur tres voces angeloru canentiu : Regina cæli lætare, allelu Ia : quia quem meruisti portare, allelu Ia : resurrexit sicut dixit allelu Ia : statimque beatus Greg. adiunxit : Ora pro nobis Deum allelu Ia. » (Ia est le diminutif de Yahvé) Gulielmo Durando (Guillaume Durand), Rationale diuinorum officiorum, p. 376, Lyon 1565 .

En réalité, l'auteur de texte reste inconnuJohn Flader, Question Time : 150 Questions and Answers on the Catholic Faith, p. 271, 2010 . Il n'existe aucun document sûr pour l'attribution à Grégoire V. Au regard de saint Grégoire, selon les manuscrits contemporaines de ce pape, non plus, il n'y eut aucun témoignage en tant qu'auteur des œuvres liturgiques, y compris du dit chant grégorien (l'attribution comme compositeur était une création dans la Vita Gregorii Magni (vers 872)). Néanmoins, ce docteur de l'Église était un grand réformateur de la liturgie, celui qui avait fait chanter l'alléluia, même après la PentecôteAuparavant, l'alléluia était chanté entre Pâques et la Pentecôte. Ce qui concerne, un décret, est présenté par Daniel Saulnier, ancien professeur de l'Institut pontifical de musique sacrée : voir Alléluia.. On considère, toutefois, que la légende de l'attribution à un pape Grégoire était issue de la pratique de cette antienne auprès du Saint-Siège. Il est certain, en effet, que le texte, qui possédait une mélodie différente et une composition assez simple, se trouve dans la tradition du chant papal, qui disparut au .

Regina cæli dans le chant vieux-romain

À la différence d'autres antiennes mariales, le Regina cæli a un témoignage important et particulier, qui est l'un des seuls cinq manuscrits du chant vieux-romain. Celui-ci fut copié, après l'invention de la notation en lignes, tenue vers 1030 par Dom Guido d'Arezzo : Bibliothèque apostolique vaticane, Archives de Saint-Pierre, manuscrit B79 (Antiphonale officii, ), folio 110r - antienne du Magnificat de l'octave de Pâques- dans une rubrique du folio 114v Regina cæli aussi, antienne pour saint Jean l'Évangéliste Ce chant vieux-romain fut celui qui était utilisé, avec le privilège, à la chapelle pontificale de Rome, jusqu'à ce que le pape Innocent III († 1216) ou Nicolas III († 1280) ordonne son remplacement par le chant grégorien, en favorisant la pratique des Franciscains. Son origine est plus ancienne que celle du chant grégorien, lequel avait été composé dans l'optique de remplacer le vieux-romain dans le royaume carolingien, à partir du .

Si l'on trouve donc l'origine hypothétique de le Regina cæli dans cette tradition selon le rite romain, il existe une immense difficulté pour l'identifier, à savoir manque de manuscrits. En effet, jusqu'à l'invention de Guido d'Arezzo, ce chant était transmis, singulièrement par l'enseignement oral. D'autre part, le chant vieux-romain ne compte que cinq exemplaires, car Innocent III aurait demandé de détruire tous les livres de ce chant, en faveur du chant grégorienSelon Daniel Saulnier (2005), Innocent III, et Nicolas III d'après Michel Huglo (1996) p. 75 . D'où, l'origine reste floue. Il est vraisemblable que l'auteur était un personnage inconnu, tout comme ceux du Moyen Âge qui voulaient rester anonymes, même si l'on peut imaginer que soit son vrai auteur l'un des papes mentionnés au-dessus, notamment saint Grégoire . Aucun découvert de manuscrit vieux-romain, après 1890 et 1952.

Mélodie

Si la mélodie en monodie, qui demeure largement en usage, est classifiée comme celle du sixième mode, elle perdit quasiment la modalité grégorienne. En fait, il s'agirait d'une mélodie révisée au Eugène de Montalembert et Claude Abroment, Guides des genres de la musique occidentale, p. 48, 2010 ou plus tard. Le problème demeure pour les chercheurs, car, dans les manuscrits les plus anciens, on ne peut pas trouver la version actuelle.

Les manuscrits les plus anciens du catalogue CAO4597 (de l'antienne grégorienne) sont : Bibliothèque Vallicelliane, manuscrit C5 (antiphonaire bénédictin, entre 1100 et 1125), folio 154r : - pour la Toussaint Bibliothèque du chapitre de Lucques, manuscrit 601 (antiphonaire monastique bénédictin (antiphonaire camaldule), entre 1100 et 1150), folio 215 : publié par Dom André Mocquereau en 1906 (Paléographie musicale, tome IX) - pour rendre hommage à la Sainte Marie Bibliothèque du chapitre de Bénévent, manuscrit V-21 (antiphonaire monastique, ou ) : - pour la Pentecôte Une variante se trouve en Espagne : Bibliothèque du chapitre de Tolède, manuscrit 44.2 (antiphonaire, vers 1095), folio 139v : - pour la Nativité de Sainte Marie

La version qui peut être comparée avec celle de nos jours se trouve dans un manuscrit conservé en Autriche, qui possède un alléluia très développé. Il s'agit d'un antiphonaire, issu du monarchisme cistercien que saint Léopold III d'Autriche († 1136) adopta selon le conseil de son fils Otton de Freising. L'antienne, cependant ajoutée, se trouve sur le dernier folio : Bibliothèque nationale autrichienne, manuscrit 1799** (antiphonaire cistercien, entre 1225 - 1249), folio 249v (vraisemblablement ajoute du Catalogue Manuscripta Mediævalida ) : - pour l'office de la Sainte Marie

L'addition tardive dans d'autres manuscrits aussi indique que l'usage fut plus largement établi vers le aux monastères : Bibliothèque de l'abbaye de Saint-Gall, manuscrit 388 (antiphonaire bénédictin de Saint-Gall, ), folio 472 (ajoute du ) : - pour la Sainte Vierge La plupart des manuscrits, qui avaient été copiés dans ces siècles, sont ceux d'antiphonaires franciscains et bénédictins.

En résumé, ceux que ces manuscrits indiquent sont qu'une part, l'antienne connaît beaucoup de variété, tant de la mélodie que de l'usage liturgique. D'autre part, il y avait deux traditions, celle du Vatican (chant vieux-romain) et celle des monastères (chant grégorien). C'était cette dernière qui devint l'antienne de nos jours, avec une version plus simple.

Au Moyen Âge

L'origine des quatre antiennes mariales (Regina cæli, Salve Regina, Alma Redemptoris Mater et Ave Regina) pour la liturgie des Heures se trouve dans le décret du chapitre général des Franciscains, qui fut à Metz en 1249Archivum franciscanum historicum, p. 411 - 414, 1972 (Centre des monuments nationaux et Université Nancy-II)Casa de Veláquez, Mélanges de Casa de Veláquez, tome XV, p. 592, 1979 . Il semble que le pape Clément VI ait adopté cette façon pour le rite romain cent ans plus tard, en 1350Marina Warner, Alone of All Her Sex : The Myth ans the Cult of the Virgin Mary, p. 119, Oxford University Press 2016 , mais ce qui reste hypothétique.

Dans les archives, se trouve l'œuvre de John Dunstaple († 1453), en principal auprès de bibliothèques italiennes, celles d'Aosta, de Bologne et de Florence, ce qui est une particularité de ce compositeur britannique. Il s'agit de la composition la plus ancienne en polyphonie pour l'antienne Regina cæli. Or, l'œuvre de Marchettus de Padoue († 1318), une Ave Regina, suggère qu'il y aurait des pièces plus anciennes et perdues.

Il est à noter que, dans le codex Las Huelgas, qui fut copié vers 1400 ou avant, on compte trois antiennes mariales (motet double Ave Regina et Alma Redemptoris Mater (folio 113v), conduit Ave Maria (folio 151v)), mais il manquait le Regina cœli. Au regard d'une autre antienne mariale, il s'agissait d'une variante Salve Regina glorie mater stella maris en prose, ce qui signifie qu'au l'utilisation de quatre (cinq) antiennes n'était pas encore établie en Espagne, en dépit de la réforme du pape Clément VI.

À la Renaissance