L’Hôtel-Dieu de Paris est un établissement hospitalier édifié vers 650 et reconstruit de 1867 à 1878L'Hôtel-Dieu fut mis en service à partir du et solennellement inaugurée par Mac-Mahon le , dès avant son achèvement complet (1878) ( de l'AP-HP en ligne). sous la conduite des architectes Émile Jacques Gilbert (1793-1874) et Arthur-Stanislas Diet (1827-1890). Il se situe sur l'île de la Cité, en bordure nord du parvis Notre-Dame dans le de Paris.

L’Hôtel-Dieu, qui aurait été fondé par l'évêque parisien saint Landry, est l’hôpital le plus ancien de la capitale. Symbole de l'hospitalité et de la charité chrétienne, il est aussi, au départ, comme son nom l’indique, un hôtel : comme tous les Hôtel-Dieu de France, il héberge les pèlerins qui vont prier pour le salut des âmes de tous, malades comme bien-portants, dans les lieux saints, Jérusalem, Saint-Jacques de Compostelle.

L’Hôtel-Dieu est tenu par des sœurs Augustines qui ont quelques compétences d’infirmières, mais – pas plus que dans les autres hôpitaux de France – il n’y a de médecins. Ceux-ci ne commencent qu’au à officier dans les hôpitaux. Précédemment, ils soignaient les malades riches, solvables, à domicile, alors que les malades pauvres, indigents, étaient pris en charge gratuitement dans les hôpitaux.

Alors que l'Hôtel-Dieu était resté, depuis sa création, entièrement destiné à sa mission hospitalière, il est prévu qu'un tiers de sa surface soit consacré à l'accueil de commerces et d'incubateurs d'entreprises liées à la Santé, après une rénovation des locaux confiée en à l'entreprise Novaxia. Par ailleurs, le président Macron a exprimé son souhait que s’y installe un musée consacré à la cathédrale Notre-Dame et à sa restauration.

Ce site est desservi par la station de métro Cité.

Histoire de l'Hôtel-Dieu de Paris Au Moyen Âge : une œuvre sociale L’histoire des hôpitaux parisiens commence au Moyen Âge à une époque où la pauvreté est extrême. La charité envers les pèlerins, les malades et les « miséreux » (handicapés, enfants abandonnés, mendiants, vieillards, aliénés) devient une occasion de rédemption pour beaucoup de bourgeois et de nobles. L’Église chrétienne est toute-puissante, tant du point de vue de l’administration que du traitement des maladies. L’Hôtel-Dieu lie indissolublement la piété, l’accueil et les soins médicaux.

Si la tradition, en réalité établie au , fait remonter la fondation de cet hôpital à saint Landry, vers 650, les premiers corps de logis avérés affectés aux soins ne remontent qu'à 829 ; ils se situent en face de l'ancienne « église Saint-Étienne ». En 1157, des lettres patentes mentionnent un « Hôtel-Dieu-Saint-Christophe », en raison d'une chapelle dédiée à ce saint. Peu de temps après, en 1165, Maurice de Sully, évêque de Paris, entreprend la reconstruction de cet hôpital : en 1195, les anciens bâtiments sont détruits et la nouvelle construction, la salle Saint-Denis avec sa chapelle est achevée..

Développement Une deuxième salle, la salle Saint-Thomas, est construite en 1210, puis la salle de l'Infirmerie au bord de la Seine de 1225 à 1250, les communs le long de la rue des Sablons (rue disparue) en 1226, la salle Neuve avec la chapelle Sainte-Agnès jusqu'à la Rue du Marché-Palu de 1250 à 1260. Une nouvelle extension eut lieu en 1531 à proximité du Petit-Pont par la « salle du Légat », construite à la place d'une maison donnée par le chancelier Antoine Duprat, légat du pape.

Aux : intervention de l'État vignette|redresse|gauche|Hôtel-Dieu sur le plan de Truschet et Hoyau (vers 1550) ; à cette époque, l'hôpital se trouve au sud du parvis Notre-Dame. vignette|redresse|Gravure du . À la demande des sœurs, des barbiers viennent réaliser certaines opérations, comme des amputations. Jusqu’à la Renaissance, il est le seul hôpital de Paris.

Au , l’Hôtel-Dieu connaît une crise financière car il est financé uniquement par les aides, les subsides ou les privilèges. Cette crise occasionne la création, en 1505, d’un conseil de huit gouverneurs laïcs : les présidents du Parlement, de la Chambre des Comptes, de la Cour des Aides, et le prévôt des Marchands. L’État intervient progressivement, d’abord par l’intermédiaire du lieutenant général de la police du roi créée par Louis XIV, qui devient, en 1690, membre du Bureau de l’Hôtel-Dieu de Paris. Puis, sous Louis XVI, le ministre Necker, crée, en 1781, la charge d’« inspecteur général des hôpitaux civils et maison de forces » et celle de « commissaire du Roi pour tout ce qui a trait aux hôpitaux »..

L'Hôpital général, un lieu de réclusion À cette période, l’image du « miséreux » change : il est perçu comme socialement dangereux car marginal. À partir du , une série de réformes de l'assistance publique est mise en place afin de réprimer et de contrôler davantage les mendiants et les vagabonds parisiens. Mais face à l'inefficacité de ces réformes, Louis XIV décide, en , sous l'influence du Parlement et de la compagnie du Saint Sacrement, de créer l'hôpital général. Celui-ci est alors un lieu de réclusion, permettant par la même occasion d’assainir le monde urbain. Il ne faut pas le confondre avec l’Hôtel-Dieu : l'Hôpital général est de nature à la fois carcérale, manufacturière et conventuelle ; il est destiné, entre autres, aux mendiants, aux vagabonds, aux prostituées, aux débauchés et aux enfants abandonnés. L’Hôtel-Dieu garde son indépendance et sa spécificité de soin des malades pauvres. Les malades de l'Hôpital général (hormis les vénériens) sont d'ailleurs systématiquement envoyés à l'Hôtel-Dieu pour y être soignés.

Extension de l'hôpital aux et En 1606, une annexe de l'Hôtel-Dieu, la salle Saint-Charles, est construite sur la rive gauche. Le sous-sol de cette annexe formait un ensemble de caves voutées, « les cagnards », servant au stockage des approvisionnements de l'hôpital qui furent ensuite occupées par des vagabonds. Ce bâtiment fut relié à l'autre rive par le pont au Double construit en 1626 comprenant deux salles superposées, les salles Saint-Cosme et du Rosaire et un passage piétonnier accolé à cette construction. Le pont fut doublé en 1654 par le pont Saint-Charles, voie privée de l'hôpital, lieu de promenade des malades, entre le pont au Double et le Petit-Pont.

L'hôpital est prolongé en 1714-1719 par de nouvelles salles, la « salle Saint-Antoine » et la « salle du Rosaire » le long de la rue de la Bûcherie jusqu'au Petit-Châtelet.

Celui-ci est démoli en 1782 et les salles de l'Hôtel-Dieu de la rive gauche sont prolongées sur une partie de son emplacement.

Tous ces bâtiments, depuis l'origine et jusqu'en 1878, occupent le côté sud du parvis Notre-Dame actuel, entre le Petit-Pont et le pont au Double. Le choix de cette implantation sur une île est en partie déterminé par la proximité de l'eau du fleuve qui est utilisée pour les besoins de l'hôpital, à savoir le lavage des draps et des effets des contagieux, le jet de pansements et de viscères, le rejet des eaux usées..

Au : un lieu de bienfaisance

Les conditions d'accueil des malades pauvres dans l'Hôtel-Dieu sont encore assez précaires. Les lettres patentes de 1781 recommandent de mettre un seul malade par lit, pour éviter la transmission des maladies. En 1768, Voltaire écrit à un ami : « Vous avez dans Paris un Hôtel-Dieu où règne une contagion éternelle, où des malades entassés les uns sur les autres se donnent réciproquement la peste et la mort ».. En effet, on trouve trop souvent un vivant et un mort dans le même lit.. Le rapport de Jacques Tenon sur les hôpitaux de Paris, publié en 1788, indique que l'Hôtel-Dieu ne dispose que de lits pour hospitalisés et que la salle Saint-Pierre Saint-Paul, prévue pour les opérations dispose de 111 lits pour 345 personnes.. Mais les malades sont bien nourris par les religieuses, contrairement à ceux des hôpitaux généraux. Les médecins en viennent se plaindre des rations trop copieuses servies aux malades pauvres : elles affecteraient la santé de leurs patients, et réduiraient l’« efficacité » des saignées. En 1787 de nouveaux règlements sont mis en place.

Au XVIII siècle, la France s’enrichit, le niveau de vie moyen progresse. Les idées des Lumières se propagent. À la charité chrétienne contrainte (pour aller au paradis) et parfois condescendante se substituent les valeurs humanistes de fraternité, d’empathie, de solidarité, d’égalité. On voit même apparaître des maisons de convalescence. La femme de Necker, riche banquier, crée une fondation de bienfaisance qui collecte des jouets pour les enfants hospitaliséshttps://archive.wikiwix.com/cache/20230217042130/http://musee-collections.aphp.fr/app/photopro.sk/aphp/detail?docid=50086..

En 1772, un incendie détruit une grande partie de l’Hôtel-Dieu. D’autres plans sont alors conçus et de nombreuses modifications sont apportées.

Ensevelissement et lieux d'inhumation

C'est d'abord le cimetière des Innocents qui recueille les malades morts à l'Hôtel-Dieu. Lorsqu'il est saturé, en 1348 au cours de la Grande peste, les morts sont amenés au cimetière de l'hôpital de la Trinité situé rue Saint-Denis.. En 1673, l'Hôtel-Dieu et l'hôpital de la Trinité ouvrent le cimetière de Clamart sur une parcelle acquise l'année précédente à la limite des faubourgs Saint-Victor et Saint-Marcel (Saint-Marceau), située au sud-ouest de la place sur laquelle s'élevait alors la croix de Clamart (actuelle Place de l'Émir-Abdelkader) et à l'ouest du marché aux chevaux du faubourg Saint-Victor.

Dans son Tableau de Paris, écrit en 1782, le moraliste Louis Sébastien Mercier fait une description des conditions d'ensevelissement des corps à l'Hôtel-Dieu, ainsi que de celles de leur transport et de leur inhumation au cimetière de ClamartLouis Sébastien Mercier, Tableau de Paris Tome 3, chapitre CCLXX, et suivantes. :

Révolution et Empire : création de l’AP-HP En , alors qu’un nouvel édifice est en construction, l’Assemblée constituante vote la confiscation des biens de l’Église, pour financer ses grandes réformes et la création d’une armée révolutionnaire. Les congrégations religieuses sont dissoutes et certains biens, notamment les couvents, sont réquisitionnés ou mis vente par l’émission d’assignats. Les hôpitaux, dont l’Hotel-Dieu (en cours de reconstruction), échappent à ces mesures. En 1800, le premier consul Napoléon Bonaparte réorganise en profondeur le système médical et hospitalier français. Les hôpitaux ne dépendent plus de l’Église catholique, ils doivent être gérés par les maires des villes. À Paris, l’AP-HP (Assistance Publique - Hôpitaux de Paris) voit le jour. Elle embauche les anciennes religieuses volontaires et de jeunes infirmières civiles. Progressivement, elles recevront une formation de qualité : en 1907, l’AP-HP ouvre la nouvelle école d'infirmière de l'Assistance publique de la Salpêtrière.

Par ailleurs, le premier consul crée l'Internat des hôpitaux. afin de faire venir des médecins dans les hôpitaux. Les futurs praticiens y entrent sur concours ; ils reçoivent une formation en leurs seins puis ils y exercent. L’Hôtel-Dieu devient un lieu de pratique de la médecine et de la science, ainsi qu'un lieu d’enseignement et de recherche médicale.

Au : des lieux spécialisés

En 1801, les hôpitaux parisiens se dotent d’un cadre administratif nouveau : le Conseil général des hôpitaux et hospices civils de Paris. La volonté d’une meilleure gestion conduit à la création de nouveaux services : bureau d’admission et pharmacie centrale, par exemple.

D'autre part, à cette époque, l’Hôtel-Dieu prône la pratique de la vaccination. Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt en est un fervent partisan. Les découvertes de René-Théophile-Hyacinthe Laennec permettent d’affiner les méthodes de diagnostic, l’auscultation et l’étiologie des maladies.