La Route de l'esclave : résistance, liberté, héritage est un projet international de l'Unesco lancé en 1994 à Ouidah, au Bénin, sur proposition d'Haïti. Il vise à documenter l'histoire de l'esclavage, des traites négrières, des résistances des personnes réduites en esclavage, ainsi que leurs héritages culturels, sociaux et politiques.

Le projet s'inscrit dans une démarche de mémoire, de recherche historique, d'éducation et de dialogue interculturel. Il porte sur les traites transatlantiques, les traites de l'océan Indien, les traites transsahariennes et les formes contemporaines d'esclavage.

vignette|Marques de fouet sur le dos de Gordon, ancien esclave ayant fui derrière les lignes de l'Union pendant la guerre de Sécession, aux États-Unis, en 1863.

Historique Le projet est officiellement lancé en 1994 à Ouidah, au Bénin, à l'initiative de l'Unesco, sur proposition d'Haïti.

Le choix d'Ouidah renvoie à l'importance de cette ville dans l'histoire de la traite négrière transatlantique en Afrique de l'Ouest. Le projet est ensuite développé comme un programme international consacré à la recherche, à la transmission de la mémoire et à la valorisation des sites associés à l'esclavage et aux traites négrières.

Objectifs Le projet poursuit plusieurs objectifs : améliorer la connaissance scientifique de l'esclavage et des traites négrières, faire connaître les résistances des personnes réduites en esclavage, préserver les archives et les sites de mémoire, encourager l'enseignement de cette histoire et contribuer au dialogue interculturel.

Le terme « route » renvoie aux circulations forcées de populations, mais aussi aux mouvements de civilisations, de cultures et de mémoires. Le terme « esclave » renvoie à l'esclavage comme phénomène historique mondial, ainsi qu'aux traites négrières transatlantiques, transsahariennes et de l'océan Indien.

Axes de travail Le projet s'articule autour de plusieurs axes : la recherche historique, l'identification des lieux de mémoire, la production de ressources éducatives, la coopération avec les États membres de l'Unesco et la valorisation des patrimoines matériels et immatériels liés à l'esclavage.

Il aborde aussi les héritages contemporains de l'esclavage, les discriminations raciales, les diasporas africaines, les cultures issues des sociétés esclavagistes et les formes de résistance à l'oppression.

Traites négrières

Traite transatlantique La traite négrière transatlantique constitue l'un des principaux champs d'étude du projet. Elle concerne la déportation forcée de millions d'Africains vers les Amériques entre le et le .

Les travaux liés au projet s'intéressent aux ports d'embarquement en Afrique, aux ports négriers européens, aux routes maritimes, aux conditions de transport, aux lieux de débarquement dans les Amériques et aux sociétés formées par les populations déportées.

Traite dans l'océan Indien Les sociétés de l'océan Indien, comme les Comores, Madagascar, l'île Maurice, La Réunion et les Seychelles, sont également concernées par l'histoire des traites esclavagistes. Ces sociétés se sont formées à partir de circulations anciennes entre l'Afrique, l'Asie et l'Europe.

Le projet comprend aussi des recherches archéologiques et patrimoniales, comme les travaux liés au naufrage de L'Utile sur l'île Tromelin, associé à l'abandon de captifs originaires de Madagascar.

Traite dans le monde arabo-musulman Le projet prend également en compte les traites transsahariennes et orientales, qui ont concerné différentes régions d'Afrique, du Proche-Orient, de la péninsule Arabique et de l'océan Indien.

Sites et territoires associés

Guadeloupe La Guadeloupe rejoint le programme en 2010. Dix-huit sites sont reliés dans un parcours de mémoire, comprenant des vestiges de sucreries, de poteries, d'indigoteries, de caféières, de lieux d'enfermement, de cimetières, de forts, ainsi que le monument de la Liberté de 1849 à Petit-Canal et le musée Schœlcher de Pointe-à-PitreMatthieu Dussauge, « Les Patrimoines de la traite négrière et de l'esclavage », dans Le Patrimoine de la Guadeloupe, éditions Hervé Chopin, 2019, ..

La Rochelle vignette|Le port de La Rochelle à la fin du .

La traite négrière à La Rochelle occupe une place importante dans l'histoire portuaire française. Les premières traces d'expéditions négrières rochelaises apparaissent à la fin du , mais l'essor principal intervient après 1716, lorsque la traite est ouverte aux armateurs privés.

En 1789, La Rochelle devient le deuxième port négrier français après Nantes. Les négociants rochelais investissent dans les plantations de Saint-Domingue et cherchent à contrôler à la fois la production coloniale, les circuits d'échange et la traite des captifs africains.

Entre 1717 et 1793, les archives conservent la trace de 427 voyages négriers rochelais. Environ captifs africains auraient été transportés par des navires rochelais durant cette période.

Parmi les navires négriers rochelais figurent Le Solide, La Reine de Podor, Les Trois Frères, La Rosalie et L'Amitié.

vignette|Routes de la traite rochelaise.

Le navire La Reine de Podor, construit en 1784, quitte La Rochelle le pour l'Afrique puis Saint-Domingue. Le capitaine Gauvin atteint le Sénégal le . Le navire rentre en France en , après un voyage de dix-sept mois.

Résistances et abolitions vignette|Vote de la loi d'or abolissant l'esclavage au Brésil en 1888.

Le projet met en avant les résistances à l'esclavage, les révoltes, le marronnage, les luttes abolitionnistes et les processus politiques ayant conduit aux abolitions.

Parmi les figures associées aux résistances et aux abolitions figurent : Toussaint Louverture ; Henri Grégoire ; Harriet Tubman ; Frederick Douglass ; Victor Schœlcher ; William Wilberforce.

Commémorations Plusieurs journées internationales sont liées à la mémoire de l'esclavage, des traites négrières et de leur abolition : la Journée internationale en souvenir des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique est célébrée le ; la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition est célébrée le ; la Journée internationale pour l'abolition de l'esclavage est célébrée le .

Formes contemporaines d'esclavage Le projet établit également un lien entre l'histoire de l'esclavage et les formes contemporaines d'exploitation. Ces formes comprennent le travail forcé, la traite des êtres humains, l'exploitation sexuelle, l'esclavage domestique et certaines formes de servitude pour dettes.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Esclavage Traites négrières Traite négrière transatlantique Marronnage (esclavage) Abolition de l'esclavage Mémoire de l'esclavage Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition Ancien port d'embarquement des esclaves de Loango Port négrier de Bimbia Traite négrière à Nantes Traite négrière à Bordeaux Traite négrière à La Rochelle

Liens externes

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