Le cinéma hindi (), parfois surnommé Bollywood () et anciennement cinéma de Bombay (), désigne l'industrie du cinéma indien basée à Bombay, dont les films sont réalisés en langue hindi.. Elle est l'industrie régionale la plus importante du cinéma indien en nombre de films réalisés. Ceux-ci, diffusés dans la majeure partie de l'Inde, s'exportent dans le monde entier, notamment en Asie du Sud-Est, en Afrique du Nord et au Proche-Orient.
Bollywood entre en concurrence avec le cinéma américain et forge en langue anglaise un mot-valise composé de l'initiale B de « Bombay » ajoutée à « Hollywood » sans la lettre « H ». En anglais, « » désigne également plusieurs espèces d'arbres de la famille des lauracées. En Occident, « Bollywood » est souvent utilisé pour désigner le cinéma indien en général.
Le genre cinématographique de Bollywood se caractérise généralement par la présence de plusieurs séquences chantées et dansées, sur fond de comédies musicales.
En Inde, le cinéma est bien plus qu'un art ou une industrie, c'est une culture, un art de vivre et il fait partie intégrante de la vie de nombreux Indiens, qui s'identifient aux acteurs (« héros ») et aux valeurs qu'ils diffusent. « C'est comme se brosser les dents »., aurait déclaré l'acteur et producteur Shahrukh Khan,
Histoire Cinéma muet vignette|redresse|Affiche dAlam Ara (1931).
Dès le , soit quelques mois après la première projection publique payante des frères Lumière au Salon indien du Grand Café de l'hôtel Scribe à Paris, Marius Sestier, leur assistant, présente au à Bombay quelques-unes de leurs œuvres parmi lesquelles L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat et La Sortie de l'usine Lumière à Lyon. L'accueil du public à ces premières projections est enthousiaste et les salles sont combles..
À la suite de pionniers comme , dont le film The Wrestlers (1899) est considéré comme le premier film indien tourné par un réalisateur indien., dans la première décennie du , Dadasaheb Phalke réalise Raja Harishchandra qu'il présente à Bombay le . Ce moyen-métrage, inspiré d'une histoire tirée du Mahabharata, est généralement considéré comme le premier film de cinéma indien.. Il rencontre beaucoup de succès mais pendant quelques années, Dadasaheb Phalke, installé à Nashik à au nord-est de Bombay, reste presque le seul réalisateur du sous-continent..
La production cinématographique augmente significativement au tournant des années 1920 grâce à l'émergence de studios de cinéma tels que Kohinoor, Imperial puis Ranjit Films à Bombay, mais aussi Madan Theatres à Calcutta. Les thèmes abordés se diversifient avec l'apparition de sujets plus modernes s'éloignant de l'inspiration mythologique ou religieuse qui prévalait alors. Un véritable star-system se met également en place avec des vedettes telles que Sulochana ou Gohar..
Le cinéma est muet mais la musique se fait entendre. Les projections sont accompagnées par un orchestre qui couvre le bruit du projecteur et permet aux spectateurs de retrouver l'ambiance familière du théâtre.. Dès 1921, Bhakta Vidur dispose même d'une bande originale jouée en direct. ainsi que d'une chanson interprétée pendant la représentation et reprise en chœur par le public.. Des danses sont également présentées dans le cinéma muet des années 1920. Une danse particulière de Sulochana dans Madhuri (1928) est ainsi tellement populaire qu'elle est retenue pour être sonorisée en 1930..
Premier âge d'or vignette|gauche|redresse|Affiche dAchhut Kanya (1936).
Le premier long-métrage indien parlant, Alam Ara, produit et réalisé par Ardeshir Irani, est projeté au cinéma Majestic de Bombay le .. C'est un grand succès qui jette les bases du format cinématographique spécifiquement indien où les séquences chantées et dansées sont d'une importance capitale. Les acteurs se doivent donc de chanter, ce qui propulse au firmament des acteurs-chanteurs comme K. L. Saigal ou un peu plus tard Noor Jehan. Des courtisanes chanteuses telles que Jaddan Bai, Ratan Bai ou Jehanera Kajjan deviennent actrices. Dans le même temps, les actrices-danseuses telles qu'Azurie ou Sitara Devi font leur apparition aux génériques. L'invention du playback en 1935 à l'occasion du tournage de Dhoop Chhaon favorise l'émergence de chanteurs professionnels. et va permettre à des acteurs avec peu de voix tels que Raj Kappor et Nargis d'entamer une carrière dès le début des années 1940.
La langue parlée et chantée dans Alam Ara est l'hindi. Ce sera le cas pour 24 des 28 films parlants produits en 1931. Les autres langues régionales indiennes percent peu à peu dans les années qui suivent, mais l'hindi reste largement dominant. Ainsi, au moment de la partition, en 1947, 185 des 280 films produits cette année-là sont en hindi. Dans le même temps, les années 1930 voient les studios qui avaient fait les belles heures du cinéma muet s'effondrer et de nouveaux studios apparaître. Kohinoor, Madan Theatres, Imperial et d'autres ferment leurs portes tandis que Bombay Talkies, Prabhat ou New Theatres émergent. Au tournant des années 1940, la production des films en hindi se concentre à Bombay.
La révolution technique du parlant est à l'origine d'un tel renouveau de créativité qu'on appelle parfois la décennie des années 1930 le premier âge d'or du cinéma indien.. Le parlant permet d'aborder des sujets plus profonds et parfois même militants. Les spectateurs pourront ainsi pleurer à l'amour impossible de Devdas (1935), s'émouvoir du sacrifice de la jeune fille intouchable dans Achhut Kanya (1936) ou s'interroger sur le sens de la justice dans Pukar (1939). Cette époque est aussi celle de l'apparition d'une nouvelle génération d'actrices comme Durga Khote, Devika Rani ou Leela Chitnis. Les acteurs ne sont pas en reste avec K. L. Saigal, Ashok Kumar ou Sohrab Modi.
En 1937, Ardeshir Irani réalise le premier film en couleur en hindi, Kisan Kanya, suivi par Mother India en 1938. Malgré le succès de ces films, la couleur met du temps à s'imposer avant les années 1950. Très vite, des dynasties se mettent en place, comme celles des Kapoor ou des Mukherjee.
Deuxième âge d'or
vignette|alt=Production Bollywood 1931-1950|Évolution de la production de Bollywood dans les deux premières décennies du parlant.
Au lendemain de la Partition, de nouveaux visages émergent sur les écrans, dont certains viennent de Lahore. La période allant des années 1940 aux années 1960 correspond à l'âge d'or du cinéma de Bollywood avec notamment les films de Guru Dutt, l'Orson Welles indien : Pyaasa (1957), Kaagaz ke pool (1959), ou ceux de Raj Kapoor appartenant à la dynastie des Kapoor (surnommé « The showman ») : Awaara (1951), ou encore de Dilip Kumar (« The tragedy king »).
Les acteurs en vogue à l'époque sont alors Dev Anand, Dilip Kumar et Raj Kapoor et les actrices Nargis, Meena Kumari, Nutan et Madhubala. Durant cette époque, les actrices s'habillent plutôt à l'occidentale et la qualité scénaristique est reconnue à travers le monde. Le film La Ville basse (Neecha Nagar) gagne par exemple le Grand prix du Festival de Cannes en 1946.
À partir des années 1960, les mélodrames laissent place aux romances et aux films d'action. avec des films culte comme Sangam, évoquant le « triangle amoureux » (Raj Kapoor), ou encore un peu plus tard des acteurs comme Rajesh Khanna, considéré comme la première « superstar » du cinéma indien, et Dharmendra, le « he-man ». Les années 1970-1980 voient paraître nombre de films noirs et à message politique avec notamment des films comme Deewar (1975), qui voit la consécration d'Amitabh Bachchan, qui incarne le jeune homme révolté (« angry young man »), ou Manoj Kumar, tiraillé entre l'amour de son pays et ses conditions de vie miséreuses (faible insertion dans le monde du travail et ce, malgré les diplômes) dans Roti Kapada Aur Makaan (1974).
Il y a aussi des romances d'adolescents comme avec Bobby, une comédie sentimentale dans laquelle de jeunes amoureux se battent contre l'opposition de leur famille. Ce film ouvre aussi la voie à un cinéma plus sensuel, où la sexualité est toujours implicite (en raison de la censure), mettant en scène des actrices filmées dans des poses suggestives.
Durant les années 1980 et au début des années 1990, on constate un déclin de la qualité scénaristique.
Puis dans les années 1990, des comédies romantiques et familiales reprennent le dessus, comme Hum Aapke Hain Koun..! (1994) et Dilwale Dulhania Le Jayenge (1995), introduisant une nouvelle génération d'acteurs tels Aamir Khan, Salman Khan, Shahrukh Khan et Akshay Kumar, et d'actrices telles Sridevi, Madhuri Dixit, Juhi Chawla, Kajol, Raveena Tandon, Manisha Koirala, Urmila Matondkar et Karisma Kapoor.
Les années 2000 correspondent à une occidentalisation et une mondialisation de Bollywood., qui retrouve ainsi l'aura de son âge d'or. De grandes sociétés de productions telles Yash Raj Films et Dharma Productions se lancent à la conquête du marché mondial avec des films « d'exportation » comme La Famille indienne (2001) de Karan Johar, Lagaan (2001) d'Ashutosh Gowariker et Devdas (2002) de Sanjay Leela Bhansali, qui marquent le retour des mélodrames que le public occidental apprécie.
Le cinéma indien évolue avec son temps, mais aussi avec le contexte politique. Dans les années 1980, la censure est devenue plus affirmée et les petites tenues sont devenues ainsi plus rares et l'« hindouïté » plus présente.
Conventions du genre
Musique
Les films, tournés en hindi, s'apparentent aux films musicaux voire à la comédie musicale. Ils comportent en effet généralement des clips musicaux, chantés (playback) et dansés, dont l'un est particulièrement soigné et osé (litem number).
La musique filmi a ses propres compositeurs attitrés, tels Rahul Dev Burman, Jatin Lalit, Anu Malik, Madan Mohan, A. R. Rahman et Nadeem-Shravan. Le style est un mélange de musique indienne et occidentale. Elle s'accorde avec précision au scénario et est toujours préenregistrée par des chanteurs de playback professionnels très prisés (tels Lata Mangeshkar, sa sœur Asha Bhosle, Mukesh, Mohammed Rafi, Sunidhi Chauhan, Geeta Dutt, Kishore Kumar, Udit Narayan, Sonu Nigam, Sukhwinder Singh, Kumar Sanu et Alka Yagnik et Shreya Ghoshal). Les acteurs, à quelques exceptions notables, se contentent de mimer le chant.
Certains acteurs chantent parfois eux-mêmes. C'est le cas par exemple d'Amitabh Bachchan dans Silsila ou d'Aamir Khan dans Ghulam. La bande originale du film est le plus souvent réalisée et distribuée avant même le tournage, qui dépend d'ailleurs de son succès. Il y a très souvent alors des scènes tournées à l'étranger pour accompagner ces clips ; les Alpes suisses ou les plages des Seychelles en sont des thèmes récurrents, symbolisant le rêve, l'évasion et la richesse.
Une nouvelle génération de chanteurs de playback fait son apparition dans les années 2000 : Atif Aslam, Mohit Chauhan, Shankar Mahadevan, Shaan, K.K, Neeraj Shridar, Javed Ali, Tulsi Kumar, Alisha Chinoy, Shreya Ghoshal.
Beaucoup de compositeurs travaillent avec des paroliers attitrés tels Javed Akhtar, Gulzar ou Sameer. Les chansons ont souvent des thèmes romantiques inspirés soit de la mythologie hindoue (Krishna, Radha ou autres figures), soit de la tradition moghole en ourdou empreinte de vocables arabo-persans.
Danse vignette|Spectacle de danse bollywood (Londres). Les danses sont très variées. Il s'agit d'un mélange de genres qui s'inspirent à la fois de danses folkloriques et classiques comme le bhangra, le bharata natyam, les danses de courtisanes, le kathak classique, et le tawaif. Depuis les années 2000, le style chorégraphique a largement évolué et s'est imprégné de danses modernes occidentales (disco, salsa, hip-hop, breakdance), qui se ressentent dans le rythme virevoltant de la danse indienne.
Contrairement à la danse indienne classique très codée, extrêmement rigoureuse et plus lente, la danse Bollywood est une danse rapide qui demande énormément de coordination dans les mouvements.