Grandfontaine est une commune française située dans la partie septentrionale du massif des Vosges dans la circonscription administrative du Bas-Rhin et, depuis le , dans le territoire de la Collectivité européenne d'Alsace, en région Grand Est.

Cette commune, héritière lointaine de deux communautés de l'ancien comté de Salm et de l'abbaye de Senones, le village de Grandfontaine et la terre admodiée ou ferme des mines, fourneaux et forges de Framont, encore agrandie à la Belle Époque allemande du glacis militaire prussien, se trouve aujourd'hui dans la région historique et culturelle d'Alsace (malgré une appartenance historique à la Lorraine). L'habitat prépondérant de la commune se situe sur le versant oriental du massif du Donon, sommet de plus de .

Géographie Localisation Grandfontaine est située à l'ouest du Bas-Rhin à la limite avec la Moselle. À de Molsheim et de Schirmeck, le village s'étire le long de différents ruisseaux (Framont, ruisseau des Minières, goutte Ferry, Grand Goutty) qui viennent alimenter la Bruche. Dans ce village de moyenne montagne, les habitations s'étagent de 400 à 700 mètres d'altitude et se concentrent dans le fond des vallons, le reste du territoire est occupée quasi exclusivement par la forêt. Quelques sommets environnants : le Donon (), la Tête des Blanches Roches (916 m), la Corbeille (899 m), la Maxe (863 m), le Rond Perthuis (849 m), la Tête Mathis (838 m), le Haut de la Charaille (758 m). Un des points géodésiques du réseau géodésique français se trouve dans la commune, à proximité du col du DononVoir et faire un zoom sur la zone concernée.. Il constitue même l'un des vingt-trois points du Réseau de référence français..

Depuis les ajustements territoriaux, à la suite du traité de Francfort et municipaux, après l'abandon progressif du glacis militaire prussien vers 1880, la superficie de la commune s'est accrue essentiellement d'espaces forestiers lorrains, incluant les anciennes chaumes du Donon et leurs maisons ou hameaux proches, en réalité des territoires spoliés aux communes de Raon-lès-Leau et Raon-sur-Plaine après la guerre de 1870. Ainsi deux rivières lorraines emblématiques – la Plaine et la Sarre blanche – prennent effectivement leur source sur la commune de Grandfontaine, la première sous le col dit "Entre les Deux Donons", au nord du Donon et à l'ouest du Petit Donon, et la seconde à l'ouest du col de la Côte de l'Engin, massif qui prolonge grossièrement au nord le Petit Donon.

La commune est accessible par la route départementale 392 qui, depuis Schirmeck, mène au col du Donon et, par delà, à la Lorraine. La route nationale 420 et la ligne de chemin de fer TER (Strasbourg-Molsheim-Saales-Saint-Dié-Épinal) assurent le désenclavement de la commune vers les grands centres de la plaine par la vallée de la Bruche.

Écarts et lieux-dits Framont, Haut-Fourneau et le Haut-Pré, les Minières, village et mairie etc. La Plate-forme du Donon, Le Haut-Donon, Le Bas-Donon, Glacimont, les Oberlés sur les anciennes hauteurs de Raon-sur-Plaine Maisons forestières de Saint-Pierre (sous la Côte de l'Église) et du Windeck (Basse-de-Réquival) dans l'ancienne forêt de Raon-lès-Leau.

Extension communale et communes limitrophes Sur son flanc oriental, la commune de Grandfontaine préserve la frontière médiévale entre le comté de Salm et les terres alsaciennes de l'évêché de Strasbourg, échue à la commune de Schirmeck dès la période contemporaineLa description du territoire municipal proposée prend appui sur la carte IGN du secteur du Donon Granfontaine, carte citée et éditée en 1985. Les bases cartographiques se trouvent sur géoportail.gouv.fr. L'ancienne rivière Wacon, devenue ruisseau de Grandfontaine ou de Framont, en forme une limite de principe au niveau de son thalweg, par ailleurs fortement remanié par des aménagements millénairesLes habitants au fond de cette vallée, comme des vallons adjacents, qu'ils soient paysans, éleveurs, mineurs, forgerons ou ouvriers du fer, ne dépendaient que des comtes de Salm. Par contre, la rive évêchoise était gardée jalousement pour préserver ses ressources forestières.. La limite remonte ensuite la "goutte du Marteau" des cartes IGN récentes pour finalement atteindre le "col entre les deux Donons" à 822 m d'altitude : le Grand Donon appartient à la commune, comme autrefois au comté de Salm sous l'égide du grand évêché lorrain de Metz, alors que le Petit Donon, chaume autrefois alsacienne, dont une fraction de la base méridionale reste sur la forêt de Schirmeck, appartient au domaine forestier de Wisches, ainsi que la côte de l'Engin au nord. Il faut signaler que sur ces hauteurs, ainsi que dans les environs du col du Donon, Grandfontaine a hérité vers 1880 du glacis militaire prussien, forêts, chaumes sommitales, prés de fauche et diverses fermes, auberges et écarts, pris aux territoires communaux de Raon-lès-Leau et de Raon-sur-Plaine, dont une modeste proportion, à plus faible altitude, est restée française en 1871. Ce fait historique, en particulier l'annexion des hauteurs de Raon-lès-Leau, explique facilement les limites communales inédites, en pleine Lorraine ancienne, avec Turquestein-Blancrupt en Moselle, Saint-Sauveur, Val-et-Châtillon et l'espace forestier de Bertrambois en Meurthe-et-Moselle.

Les autres limites communales proviennent d'anciennes divisions internes au comté de Salm. D'abord en amont de Haymonrupt, écart de Vacquenoux (commune de La Broque), les vastes forêts associées aux Forges de Framont commençaient, sur le flanc septentrional et occidental de la hauteur de Bouhonville, mais cette césure communautaire au sein du ban de Salm s'abaissait vite vers le Grand Gouttys et son haut vallon, qui commençaient en amont du Haut-Fourneau et au sud de la colline de Grasse Terre, deux entités autrefois associées qui ressortaient de Framont, et donc aujourd'hui de Grandfontaine. La limite communale, toujours avec La Broque, remonte ensuite ce vallon jusqu'au col placé à l'orient des chaumes de la Haute Loge, dominant autrefois le grand ban de Senones. L'au-delà du col appartient aujourd'hui au Saulcy et les sommets désormais forestiers, dits "La Haute loge", "Les hautes Chaumes", "Tête des Blanches Roches" et "Tête de Bipierre" demeurent, d'abord en totalité, puis en partage, sur les hauts de Moussey. Le col de Prayé et son auge glaciaire mitoyenne, entre Moussey à l'ouest et Grandfontaine à l'est, conclut cette remontée sinueuse de la limite entre l'ancien ban de Salm (Grandfontaine) et l'ancien ban de Senones (Moussey) vers le nord. La prise de possession de l'ensemble du massif de La Corbeille, autrefois partagé en ligne de crête avec Raon-sur-Plaine, a permis une double limite, d'abord en amont avec Vexaincourt et en contrebas avec Luvigny, même si cette dernière limite se prolonge vers la dépression de Croix Brignon qu'elle remonte, puis sur le massif de la Hazelle.

Géologie vignette|gauche|Esquisse cartographique des mines connues dans les années 1970, projet touristique du sentier minier en 1981 Les appellations des principales mines de l'époque moderne et contemporaine sont souvent marquées par des couleurs : jaune, rouge, verte, grise, noire etc. Le terme mine ou myne est d'ailleurs ambigu, il désigne d'abord le minerai avant de s'appliquer aux percements, galeries, puits ou trous aménagés et à l'installation minière sur le carreau, propre à l'acception françaiseCe sens de minerai ou mine de fer se rencontre encore dans les rapports du naturaliste bruyérois Mougeot, responsable appliqué du musée de la société d'Émulation des Vosges. Rapport sur les objets concernant l'histoire naturelle déposés au musée vosgien, de septembre 1845 à septembre 1846, Annales de la Société d'Émulation du département des Vosges, année 1846, p.74-97. en particulier, p. 92 sur la mine de fer à Framont.. D'une part, les mines jaunes, la mine rouge, la mine noire ainsi que la haute mine grise d'autrefois, situées dans des terrains fort accidentés, au large voisinage du vallon des Minières sur sa partie nord, parfois atteignant le sommet de la Tête Mathis, ont nécessité un long et délicat voiturage, d'autre part la mine de Metzger, les mines des Engins, les mines dite de Grandfontaine ou les plus récentes mines du Bois de la Chapelle ou du Bois de l'Évêché semblent avoir été les plus proches des hauts-fourneaux. Le terme engin indique une machine ou pompe à eau, avec laquelle l'on tiroit les eaux, en 1735. La première mention d'engin remonte ici à 1640.. L'engin, ou engine en anglais technique, peut être transformé en machine élévatrice du minerai dans des cuveaux semblables à ceux d'eau. Les éboulements miniers, imprévisibles et mortels, sont rares du fait de la nature des roches dures et des techniques d'exploitation, signalons d'abord l'éboulement du dans une minière de Grandfontaine, écrasant six mineurs, dont un corps ne fut retrouvé que deux ans plus tard, et ensuite l'éboulement du à la mine noire, apparemment sur le même secteur soixante ans plus tardLes accidents parfois graves ou mortels du type noyade, chute, heurts de mobiles, chariots ou cuveaux etc. par mégarde ou erreur technique sont plus fréquents. . Les deux éboulements majeurs de 1775 et de 1835, mentionnés par les archives locales, au niveau du traitement juridique des victimes, seront abordés en rubrique histoire générale et sociale..

Notons que les carrières de marbre dite de Framont ou de l'Évêché se situent en face de Framont, sur le territoire de la section schirmeckoise de WackenbachRapport à la société géologique de France sur les roches des Vosges travaillées pour la décoration dans les ateliers de M. Colin (Épinal), Annales de la Société d'émulation du département des Vosges, 1853, p. 878 à 890. en particulier, p. 879..

Au moment du déclin ou de l'abandon des vieilles installations minières de Framont, à la fin des années 1840, géologues et minéralogistes, souvent des amateurs vosgiens, observent leurs surfaces de coupe en profondeur encore accessibles, et le docteur déodatien Carrière, en marge de ses tournées médicales, rédige sa description des principales espèces minérales et partage ses analyses en amateur de sciencesDocteur Carrière, travaux cités infra.. Entre 1850 et 1853 existe un engouement, stimulé par la recherche des sulfures par l'éphémère branche chimie lourde, initiée par la seconde société anonyme des Forges de Framont, pour la scheelite et les divers sulfures de fer et de cuivre que contiennent les mines de fer de FramontDocteur Mougeot, Rapport sur les objets concernant l'histoire naturelle déposé au musée vosgien pendant l'année 1852, Annales de la Société d'Émulation du département des Vosges, 1853, p. 143 à 164. En particulier, sur les mines de Framont en géologie, p. 157-162 avec un développement sur la scheelite décrite par le docteur Carrière.. Un minerai à base de chalcosite massive mélangée à de l'érubescite à cassure jaune roséeAlfred Lacroix, Minéralogie de la France etc., Tome 2, partie 2, chapitre Chalcosite dans les gîtes métallifères, en particulier Vosges p. 514. a pu être extrait des filons.. En 1853, le docteur Carrière met l'accent sur les grenats des mines jaunes et des mines de la ChapelleDocteur Carrière, Annales de la Société d'Émulation du département des Vosges, 1853, p. 100-143. en particulier, p. 140 sur les grenats de Framont.. La chalcopyrite serait peu abondante à Framont, elle est néanmoins présente à la mine du Donon, associée en veinules à la panabase, avec la blende et la galène dans la mine jaune, et enfin dans la mine de GrandfontaineAlfred Lacroix, Minéralogie de la France etc., Tome 2, partie 2, chapitre Chalcopyrite dans les filons métallifères, en particulier Vosges p. 685.. vignette|Minéral dur et transparent à base de silicate de béryllium ou phénacite noyé dans la limonite, qui lui donne sa principale couleur jaune.