Le Blé tendre ou Froment (Triticum aestivum subsp. aestivum) est une espèce de plantes monocotylédones de la famille des Poaceae (Graminées), sous-famille des Pooideae.

Domestiquée dans le Croissant fertile il y a environ , cette plante cultivée (ou cultigène) comme céréale est actuellement l'espèce de blé la plus cultivée dans le monde (environ 95 %)Source : Statistiques FAO, consulté 28-03-2011, notamment en France, tant pour ce qui est de la surface que du tonnageAGPB, [www.agpb.fr/fr/chiffre/recolte_france.asp Chiffres de récolte pour la France], consulté le 10-11-2010.

Origine Le Blé tendre Triticum aestivum subsp. aestivum est une espèce hexaploïde qui résulte d'une double hybridation : Le croisement spontané, il y a environ , de deux Poacées sauvages, Triticum urartu forme sauvage de Triticum monococcum ( 14) et une égilope non encore identifiée mais proche dAegilops speltoides ( 14), a donné l'Amidonnier sauvage Triticum dicoccoides ( 28), qui par domestication et sélection des premiers agriculteurs du proche Orient a engendré l'Amidonnier domestique Triticum turgidum, le premier blé domestique tétraploïde ( 28) ; les génomes des deux céréales se sont retrouvés fonctionnels dans le noyau de l'hybride, lequel s'est avéré fertile ; Le croisement, il y a moins de , de cet hybride tétraploïde avec une autre égilope diploïde ( 14), Aegilops tauschii, a engendré le blé tendre Triticum aestivum subsp. aestivum hexaploïde ( 42).

Le Blé tendre possède ainsi trois génomes différents dans son noyau. Les genres des deux espèces fondatrices, Triticum et Aegilops, s’étaient dissociés de leur ancêtre commun il y a environ Pour la Science décembre 2018 ..

Génome Avec 42 chromosomes et environ de paires de bases, le génome du Froment n'a pu être décrit complètement. qu'en 2018, par un groupe de créé en 2005.. Le blé tendre, globalement hexaploïde ( avec 7), résulte de la réunion de trois génomes diploïdes ( avec 7). Sa formule peut s'écrire AABBDD, où : A représente un génome haploïde de blé (genre Triticum), celui d'une espèce proche de Triticum urartu ; B un génome haploïde d'égilope (Aegilops), proche d'''Aegilops speltoides (égilope faux-épeautre) ; D un génome haploïde d'une espèce proche dAegilops tauschii, qui résulte elle-même d'une hybridation entre Triticum urartu et Aegilops speltoides.

Le génome du Blé tendre comporte (à comparer aux d'''Homo sapiens), équitablement répartis entre A, B et D. Les travaux publiés en 2018 incluent une description fine des gènes, des séquences régulatrices et des transposons.

Histoire et appellation

Le philosophe Théophraste de Eresós (vers 371 av. J.-C. - vers 288), pendant l'époque hellénistique de Grèce antique, expliquait dans son ouvrage Histoire des plantesLivre VII que le froment des contrées de la mer Noire avait la réputation de mieux supporter le transport et de se conserver plus longtemps que tout autre.

L'expression « blé tendre » s'oppose à celle de « blé dur » qui désigne la céréale méditerranéenne par excellence, prisée pour la confection de semoules et de pâtes. Le blé tendre est, bien avant les temps médiévaux, la céréale de la partie septentrionale de la France, autrefois le blé par excellence dont le broyage des grains donnait la farine blanche et les sons. Les champs céréaliers de la Lorraine en produisaient au début des années 1990.

Il existe aujourd'hui plus de cent variétés connues. Les noms vernaculaires suivants se rencontrent : blé, blé tendre, blé ordinaire, blé d'été, blé barbu de printemps, blé d'hiver, blé pour farine panifiable, fromentrevue Science & Vie, septembre 2012, , touselle ou touzelle..

Description Le Blé tendre est une plante herbacée annuelle, cespiteuse, de taille moyenne, formant au niveau du sol un plateau de tallage, dont les bourgeons axillaires se transforment en tiges feuillées. Celles-ci, appelées chaumes, sont dressées et longues de 60 à 100 cm. Elles comptent en général cinq à sept nœuds ainsi que trois ou quatre feuilles véritables. La feuille la plus haute, ou feuille-drapeau, sous-tend l'inflorescence. Les entrenœuds sont creux. Les feuilles sont composées d'une gaine glabre ou pubescente en surface, munie d'auricules falciformes, d'une ligule membraneuse de de long, et d'un limbe plat, pubescent en surface, de 10 à 60 cm de long sur 10 à 15 mm de large..

L'inflorescence est formé d'un racème, ou « épi », simple, linéaire ou oblong, bilatéral, de 5 à 18 cm de long. Les épillets fertiles, ovales, comprimés latéralement, de 10 à 15 mm de long sur 9 à 18 mm de large, comprennent de 2 à 4 fleurons fertiles, avec des fleurons réduits à l'apex. Ils sont persistants sur la plante.

Les épillets sont sous-tendus par une paire de glumes similaires, ovales, coriaces, de 6 à 11 mm de long, plus courtes que l'épillet. La glume supérieure est aussi longue que la lemme fertile adjacente. Les deux glumes présentent deux carènes et 5 à 9 nervures, divergentes vers l'apex chez la glume supérieure. Elles sont glabres, pubérulentes ou villeuses en surface. Leur extrémité est mutique ou aristée, dans ce cas l'arête peut atteindre 40 mm de long..

Les fleurons fertiles sont sous-tendus par deux glumelles (lemme et paléole). La lemme ovale, cartacée, de 12 à 15 mm de long, présente 5 à 9 nervures. L'apex de la lemme est aigu, mutique ou aristé, l'arête pouvant atteindre 150 mm de long. La paléole présente deux nervures et des carènes ailées. Les fleurons apicaux stériles ressemblent aux fleurons fertiles mais sont moins développés. Les fleurons fertiles comptent trois anthères et un ovaire, pubescent à l'apex, avec un appendice charnu sous le point d'insertion du style.

Le fruit est un caryopse oblong, de 5 à 7 mm de long, au péricarpe adhérent, sillonné sur le côté du hile, et poilu au sommet. Le hile est linéaire.

Triticum aestivum est une espèce hexaploïde au génome de type AABBDD, composé de 42 chromosomes (2n=6x=42). Le nombre chromosomique de base de base est x=7..

Taxonomie

L'espèce Triticum aestivum a été décrite par Linné et publiée en 1753 dans son Species plantarum 1: 85. 1753.. Désormais, le blé tendre est considéré comme la sous-espèce Triticum aestivum subsp. aestivum.

Synonymes Selon :

thumb|Triticum aestivum subsp. aestivum - MHNT

Diversité Pour répondre aux besoins d'une agriculture dite durable, et afin de retrouver des agrosystèmes plus résilient face aux changements globaux, la diversité génétique des espèces agricoles devient un enjeu majeurGoffaux R, Goldringer I, Bonneuil C, Montalent P & Bonnin I (2011), Quels indicateurs pour suivre la diversité génétique des plantes cultivées ? Le cas du blé tendre cultivé en France depuis un siècle. Rapport FRB, Série Expertise et synthèse, 2011, 44 pages. .

Selon la littérature scientifique, le blé a subi une première perte majeure et historique de diversité génétique lors de sa domesticationvan de Wouw, M., Kik, C., van Hintum, T., van Treuren, R., et Visser, B. (2009), Genetic erosion in crops : concept, research, results and challenges. Plant Genetic Resources: Characterization and Utilization 8: 1-15. (réduction de 69 % de la diversité entre les formes sauvages tétraploïdes (Triticum dicoccoides) et l’espèce blé tendre hexaploïde (Triticum aestivum) qui en est issueReif, J.C., Zhang, P., Dreisigacker, S., Warburton, M.L., van Ginkel, M., Hoisington, D., Bohn, M., et Melchinger, A.E. (2005), Wheat genetic diversity trends during domestication and breeding. Theor Appl Genet 110: 859-864.Haudry, A., Cenci, A., Ravel, C., Bataillon, T., Brunel, D., Poncet, C., Hochu, I., Poirier, S., Santoni, S., Glémin, S., et David, J. (2007), Grinding-up wheat: a massive loss of nucleotide diversity since domestication. Mol. Biol. Evol. 24: 1506-1517.. Puis au , avec l'apparition des semenciers / sélectionneurs, le développement de la rationalisation des cultures et de leur intensification, est apparu un important travail de sélection variétale, en France dont l'impact sur l'évolution de la diversité génétique était à craindre. Des chercheurs de l'Institut national de recherche agronomique (INRA) ont mesuré l'évolution de cette diversité génétique à l'aide de l’index de variation génétique de Nei (H) et ont montré que la diversité génétique des blés français a été maintenue élevée (H = 0,7) au cours des 50 dernières années. Il existait encore au début du des variétés locales de blés (dites variétés de pays) cultivées dans certains terroirs et issues de semences paysannes. Elles semblent en France avoir disparu vers le milieu du Marchenay, P. (1987), À la recherche des variétés locales de plantes cultivées. Guide méthodologique, Porquerolles, PAGE-PACA ; Paris, Bureau des ressources génétiques, 211 p., avec la collaboration de M.F. Lagarde., au profit de variétés développées puis vendues par les semenciersBonneuil, C. et Thomas, F. (2009), Gènes, pouvoirs et profits. Recherche publique et régimes de production des savoirs de Mendel aux OGM, Paris, Ed. Quae-FPH.. En 2023, plus de sont inscrites au catalogue officiel français des espèces et variétés et plus de 6700 au catalogue européenConsultation en ligne des listes des variétés inscrites aux catalogues officiels sur le site de Semae.

Depuis quelques années, des paysans sélectionnent de nouveau des blés anciens, récoltés dans tous les endroits la planète.

Une méta-analyse faite sur la base d'analyses moléculaires par Van de Wouw et al.van de Wouw, M., van Hintum, T., Kik, C., van Treuren, R., et Visser, B. (2010), Genetic diversity trends in twentieth century crop cultivars : a meta-analysis. Theor Appl Genet 120. 1241-1252. sur les variations de la diversité génétique chez huit espèces de plantes cultivées dans le monde (dont le blé tendre) a montré que la perte de diversité par remplacement des variétés anciennes par des cultivars modernes (reproduits industriellement) qui caractérise le a été encore plus marquée à deux périodes : les débuts de la « révolution verte » née dans l'hémisphère nord, d'une agriculture industrielle, dopée par une forte croissance démographique et par les besoins de reconstruction des après-guerres) couplée à la disponibilité de moyens industriels de production de nitrates et de phosphore (usines d'explosifs reconverties) et de pesticides (qui ont bénéficié au début du de la recherche sur les armes chimiques). l'exportation vers les pays du sud de cette révolution verte, comme nouveau modèle agronomique et économique, avec des succès, comme des échecs.

Dans de nombreux pays, cette révolution passe d'une part par la forte intensification agricole dans les années 1960 (avec forte augmentation de la productivité, et recours massif aux remembrements, aux engrais et aux pesticides de synthèse et à l'irrigation et à la mécanisation qui ont dégradé les sols et désorganisé le tissu humain et social rural en favorisant l'exode rural et en supprimant des centaines de millions d'emplois agricoles) et, d'autre part, par la diffusion de quelques variétés sélectionnées à hauts rendements (souvent uniquement dans ces conditions intensives)Mazoyer, M. et Roudart, L. (1997), Histoire des agricultures du monde – Du néolithique à la crise contemporaine. Éditions du Seuil, 1997, 545 p.Goldringer, I. 2010. Histoire des blés : de la domestication à la sélection moderne. Livret des Résumées des XII Journées Scientifiques des chercheurs du réseau AUF – BIOVEG « Biotechnologies, amélioration des plantes et sécurité alimentaire »..