vignette|300px|Carte fantaisiste de l'Atlantide (1678) d’Athanasius Kircher, Mundus Subterraneus (le nord est en bas).

L’Atlantide (du grec ancien / ) est une île mythique évoquée par Platon dans deux de ses Dialogues, le Timée puis le Critias.

Cette île, qu’il situe au-delà des Colonnes d'Hercule, est dédiée à Poséidon et, après avoir connu un âge d'or pacifique, évolue progressivement vers une thalassocratie conquérante dont l'expansion est arrêtée par Athènes, avant que l'île ne soit engloutie par les flots dans un cataclysme provoqué à l'instigation de Zeus.

Si le mythe a été peu commenté et a eu peu d'influence durant l'Antiquité, il a suscité un intérêt croissant à partir de la Renaissance. Au-delà de sa portée philosophique et politique, il a depuis donné naissance à de nombreuses hypothèses. Certains auteurs affirment que l'Atlantide est un lieu qui aurait réellement existé et qu'il serait possible de localiser. Dans le même temps, l'Atlantide inspire de nombreuses interprétations ésotériques, allégoriques ou encore patriotiques qui ont donné lieu à une abondante littérature.

Au début du , les chercheurs restent partagés, entre les partisans d'une Atlantide de pure fiction (majoritaires dans la recherche scientifique) et ceux d'une lecture du récit de Platon basée sur des événements réels, dont la pratique, parfois nommée atlantologie, relève le plus souvent d'une démarche pseudoarchéologique.

L'Atlantide demeure un thème fertile dans l'art et la littérature ou encore les jeux vidéo, en particulier de nos jours, dans les genres liés au merveilleux et au fantastique, comme la fantasy, le péplum ou la science-fiction.

Sources Prise de vue vignette|upright=0.75|Platon, copie du portrait exécuté par Silanion pour l'Académie vers 370 av. J.-C., Centrale Montemartini. L'histoire de l'Atlantide puise son origine dans deux des Dialogues du philosophe athénien Platon (–), le Timée et le Critias, qui sont présentés comme une suite de La République. et ont pour objet d'illustrer, à travers ce récit, les vertus des citoyens idéaux suivant Socrate, montrant comment une Athènes vertueuse est venue à bout d'un ennemi malfaisant..

Platon, de l'Atlantide., y confronte deux images de la Cité au travers de l'affrontement de deux d'entre elles, en des temps immémoriaux. L'une vouée à la justice (, l'autre à la démesure (.. Situé au-delà des colonnes d'Héraclès, Atlantis ( est une île gigantesque que Poséidon, dieu des océans, reçoit lorsque les dieux se partagent la Terre. C'est une région fabuleuse, aux contours indéterminés, bordée par le royaume Cimmérien au Nord et par le jardin des Hespérides ou l'île des Bienheureux au Sud..

Poséidon s'y unit avec Clitô, une jeune mortelle autochtone, qui enfante cinq lignées de jumeaux masculins qui se partagent l'île, dessinée et organisée par leur géniteur divin en dix royaumes dont ils deviennent les premiers souverains. L'île tire elle-même son nom de l'aîné d'entre eux, Atlas, tout comme la mer qui l'entoure, l'Atlantique. Gouvernés par des souverains sages et modérés, les Atlantes, justes et vertueux, connaissent sur leur île un âge d'or qui les amène à édifier une cité idéale. Mais, progressivement, les descendants des premiers Atlantes deviennent de plus en plus expansionnistes et, pris d'une frénésie de conquêtes, multiplient les invasions ..

Athènes met fin à cette expansion et libère les peuples soumis à leur joug, tandis que Zeus punit les Atlantes, incapables de rester fidèles à leur origine divine, en engloutissant Atlantis dans les flots. Ainsi, la cité vouée à la mer périt par la mer, laissant place à .

Récit du Timée

vignette|Johann Christian Bock, De Atlantide ad Timæum atque Critiam Platonis, 1685. Dans le Timée, Platon (–) raconte l'origine de l'Univers, l'origine de la Cité et l'origine de l'Homme.. Dans ce cadre, il évoque l'Atlantide au cours d'un récit fait par Critias, riche Athénien disciple de Socrate et parent de Platon.

Selon Critias, son arrière-grand-père Dropidès, 20. s'est vu confier par le législateur Solon () une confidence que lui-même tenait d'un prêtre égyptien du temple de Saïs au cours d'un voyage d'études qu'il entreprit en Égypte en . sous domination perse à cette époque.

Le prêtre égyptien donne quelques indications géographiques, puis entreprend de narrer la lutte des Hellènes menée par Athènes, puis d'Athènes seule, contre les soldats atlantes venus des îles , événements qu'il situe avant son époque. Peu après la victoire, des tremblements de terre surviennent à Athènes ainsi que dans l'Atlantide. Le Timée donne ensuite une description générale de la civilisation atlante, de son expansion, de la guerre contre Athènes et de la destruction finale de l'Atlantide.

Extrait du Timée :

Récit du Critias

Le Critias entre davantage dans les détails, contant l'origine des habitants (nés de l'union de Poséidon et d'une mortelle prénommée Clitô, elle-même fille d'un autochtone) et leurs mœurs, la géographie de l'île, son organisation sociale et politique. La fin du Critias est perdue. Le récit s'interrompt au moment où Zeus décide de punir les Atlantes décadents.

Si la légende nous semble transmise par Platon, celui-ci ne l'utilise néanmoins qu'accessoirement pour illustrer son propos, qui est le devenir d'Athènes. Un nombre croissant de spécialistes de l'Antiquité et de Platon considère aujourd'hui que le récit de l'Atlantide n'est qu'une fiction entièrement élaborée par Platon à partir de références mythologiques nombreuses et de ses idées politiques et philosophiques (voir infra).

Platon a décrit de façon précise l'Atlantide, qu'il présente comme un monde idyllique. On peut en résumer les détails comme suit : L'île est située au-delà des Colonnes d'Hercule, où se trouvent des fonds vaseux, restes de l'île disparue. Depuis cette île, on a accès au continent situé plus loin. À l'époque de Platon, les Colonnes d'Hercule étaient positionnées de part et d'autre du goulet de l'actuel GibraltarVoir ainsi la reconstitution tardive de la carte du monde, aujourd'hui perdue, d'Hécatée de Milet (carte) du .. Le roi éponyme de l'Atlantide est Atlas, un fils du dieu de la Mer Poséidon et d'une jeune mortelle Clitô.. L'île est divisée en dix royaumes gouvernés par Atlas et ses neuf frères puis par leurs descendants. Chaque royaume possède sa propre capitale, copiée sur la cité-mère, capitale du royaume d'Atlas, dessinée par Poséidon lui-même. La cité-mère est située autour d'un mont. Elle est circulaire et entourée de fossés navigables. L'île est riche en ressources naturelles, parmi lesquelles figure un métal mystérieux, l'orichalque, mais doit aussi importer des produits, ce qui suppose des relations commerciales avec des peuples voisins. La religion des Atlantes était centrée sur Poséidon, le père des dynasties royales, et incluait le sacrifice annuel d'un taureau que l'on devait capturer pour ensuite l'égorger sur un autel en forme de colonne. Les Atlantes deviennent corrompus au fil du temps. Ils fondent par les armes des colonies des deux côtés de leur île, conquérant une partie de l'Afrique jusqu'à l'Égypte, et de l'Europe jusqu'à l'Italie. Athènes est le seul État capable de s'opposer à leur expansion. L'Atlantide, ainsi que l'armée athénienne, ont été engloutis lors d'un immense raz-de-marée associé à des tremblements de terre, en un jour et une nuit. Platon ne donne pas d'explication géologique à cette catastrophe. Ces événements ont lieu avant l'époque de Solon.

Dans les autres textes anciens Contrairement à une idée reçue, l'Atlantide en tant que telle apparaît peu dans les anciens textes grecs ou latins de l'Antiquité païenne : on trouve mention de l'Atlantide seulement chez StrabonStrabon, Géographie 2.3.6 ( 64 av. J.-C. — v. 25) qui, relayant l'avis de Posidonios (v.135 — 51 av. J.-C.), pense « que la tradition relative à cette île pourrait bien ne pas être une pure fiction »..

Aristote (384 — 322 av. J.-C.), disciple de Platon, dénie - toujours d'après Strabon - toute validité au témoignage apporté par son maître, ainsi qu'en doute Ératosthène (276 — 194 av. J.-C.) au siècle suivantVidal-Naquet, « L'Atlantide et les Nations » dans La Démocratie grecque vue d'ailleurs, Champs-Flammarion, Paris, 1990, p.142. Théopompe de Chios (378 — 323 av. J.-C.) parodie, lui, le récit platonicien avec l'île imaginaire de Méropide..

Si Hérodote (v. 484 — 425 av. J.-C.) utilise le terme « Atlantes », c'est pour désigner les habitants de la région du mont Atlas - nommé d'après le titan Atlas - qui tirent leur nom de cette montagne (Enquête, , 184-185)« La montagne a donné son nom aux habitants du pays : on les appelle les Atlantes » traduction A. Barguet, Gallimard, folio, 1992, .. Pour Pierre Vidal-Naquet, Platon a pu s'inspirer du nom de la tribu libyenne donné par Hérodote - le dernier qu'il puisse citer vers l'ouest - pour nommer la cité fictive qu'il imaginaitPierre Vidal-Naquet, « Hérodote et l'Atlantide entre les Grecs et les Juifs. Réflexion sur l'historiographie du siècle des Lumières ». Quaderni di storia, 8, 1982, 16, .. Le Pseudo-Apollodore (), dans sa Bibliothèque (-5 –11 et -119-120), situe le mont Atlas au pays des Hyperboréens, c'est-à-dire au nord de la mer Noire mais là encore, il n'y a pas de raison de lier le mont Atlas à l'Atlantide. Chez Diodore de Sicile, historien grec du , dans sa Bibliothèque historique, on retrouve les « Atlantes » sujets d'Atlas, « père de sept filles qui furent toutes appelées Atlantides » dont « quelques barbares mais même plusieurs Grecs font descendre leurs anciens héros » dont les habitants de la cité de Cercène qui sont soumis par les Amazones..

Thucydide (v. 460 — 400 av. J.-C.), ne parle ni d'« atlante » ou d'« Atlantide » mais, parce que dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, il fait remonter l'histoire de la Grèce à la thalassocratie de Minos, certains ont voulu y voir une allusion à l'Atlantide.

Selon Proclus (412 — 485), le philosophe platonicien Crantor () avait vu de ses yeux l'histoire de l'Atlantide sur une inscription égyptienne. Selon H.-G. Nesselrath, professeur de philologie classique à l'université de Göttingen, il faut noter la contradiction entre le témoignage de Proclus et celui de Platon et surtout il faut se rappeler que Crantor ne connaissait pas la langue égyptienne ni ne savait lire les hiéroglyphes. Comme Hérodote, qui rapporte avant lui des interprétations erronées sur les monuments égyptiens, Crantor était dépendant de ses informateurs et de ses préjugés : son témoignage n'est ainsi pas probantH.-G. Nesselrath, "Atlantis auf ägyptischen Stelen? Der Philosoph Krantor als Epigraphiker", Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, 135, 2001, 33-35 lire en ligne.

Interprétations vignette|Olof Rudbeck dévoile la « vraie » Atlantide, entouré de ses prédécesseurs, Hésiode, Platon, Aristote, Apollodore, Tacite, Ulysse, Ptolémée, Plutarque et Orphée, gravure du Atland eller Manheim, v. 1680 Négligé au Moyen Âge, le thème de l'Atlantide n'a trouvé un écho réel qu'à partir de la Renaissance. et la redécouverte des auteurs anciens, suscitant notamment l'intérêt de l'humaniste Marsile Ficin qui traduit en latin les dialogues de Platon. Le Critias s'est singularisé et donne lieu à des interprétations spécifiques. Des auteurs s'attachent à le christianiser, recherchant ou créant des concordances entre celui-ci et l'Ancien Testament.

L'épisode devient le prétexte à fictions, parfois utopiques ou en soutien de la définition politique de la constitution parfaite. Francis Bacon publie ainsi La Nouvelle Atlantide en 1627 qui s'inspire du récit de Platon et met en scène une société philosophique de savants sur l'île imaginaire de Bensalem. À ces approches théologiques ou naturalistes s'ajoutent bientôt des interprétations symboliques, allégoriques, ésotériques, nationalistes.