Les Chantiers de l'Atlantique sont un chantier naval situé à Saint-Nazaire, dans l'estuaire de la Loire, en France.
Héritiers des chantiers qui se sont succédé dans le port de Saint-Nazaire depuis 1862, celui de John Scott, les Chantiers de Penhoët et les Ateliers et chantiers de la Loire, ils prennent leur nom actuel après la fusion de ces deux dernières entités en 1955. Ils ont également porté le nom de Alsthom Atlantique après 1976 et l'acquisition du chantier par le groupe Alsthom. Entre 2006 et 2008, ils sont renommés Aker Yards France, puis STX France entre 2008 et 2018, au gré des groupes industriels ayant possédé le site industriel. Ce chantier naval fait partie intégrante du patrimoine maritime français, il s'agit du dernier grand chantier naval en France depuis la fermeture du Chantier naval de La Ciotat en 1989.
Avec une superficie de plus de , il s'agit de l'un des plus grands sites de construction navale au monde. Au cours de son histoire, le chantier a construit un grand nombre de navires, dont les célèbres paquebots Normandie, France, Queen Mary 2 et Wonder of the Seas, ainsi que le pétrolier géant Batillus. Il est aujourd'hui axé sur son marché historique : la construction de paquebots. Dans une moindre mesure, des navires de guerre y sont aussi construits ainsi que des installations en mer destinées à l'exploitation des énergies marines.
Histoire
Fondation par John Scott (1862-1870) thumb|Impératrice Eugénie, lancé en 1864, premier paquebot transatlantique construit en France et premier navire issu de la construction navale à Saint-Nazaire. Le , John Scott, industriel écossais, signe un contrat avec les frères Pereire de la Compagnie générale transatlantique (CGT), s'engageant sur la livraison de huit paquebots à voiles et roues à aubes, dont cinq construits en France.. John Scott possède déjà des chantiers navals à Greenock, dans l'estuaire de la Clyde, en Écosse. À Penhoët, hameau de Saint-Nazaire situé en bord de Loire et proche du nouveau port, quatre cales de construction sont réalisées. John Scott assure directement sur site, avec son équipe de quinze contre-maîtres anglais, la formation d'une main d’œuvre recrutée localement, majoritairement en Brière. Ces chantiers serviront à la construction d'une partie des navires (essentiellement la coque) de la flotte de la CGT qui a obtenu en 1861 un accord avec l'État français en signant un contrat de convention postale pour assurer pendant vingt ans une liaison maritime entre Le Havre et New York et entre Saint-Nazaire et PanamaHubert Chémereau, « Scott and Co of Penhoët », Chasse-Marée, ..
Le premier paquebot, l'Impératrice Eugénie est lancé le , suivi par les quatre autres aux cours des deux prochaines années : le France, le Nouveau Monde, le Panama et le Saint-Laurent. Mais la CGT connait des déboires financiers et la banqueroute est prononcée le . Le chantier, qui emploie environ mille huit cents personnes, doit fermer. L'activité sera reprise sous le nom des Chantiers de l’Océan entre 1869 et 1870, sans succès, malgré la réalisation du Ville de Brest, premier navire à hélices construit en France.
Chantiers de Penhoët (1881-1955)
Plusieurs facteurs vont permettre aux chantiers nazairiens de prendre leur essor durablement. thumb|left|Les Chantiers de Penhoët, fondés en 1881. Les forges de Trignac, fondées à proximité en 1879, vont permettre de fournir plus facilement le chantier naval en plaques d'acier constitutives de la coque des paquebots. Un décret du permet aux constructeurs de navires français d'obtenir des primes, afin d'écarter la concurrence étrangère. Enfin, en 1881, le bassin de Penhoët est agrandi par l'ingénieur René Kerviler et inauguré par le ministre des Travaux Publics et le ministre des Postes le .. De 1881 à 1900, ces Chantiers de Penhoët construiront principalement des paquebots pour la CGT, dont La Bretagne (1886), La Touraine (1891), La Navarre (1893) et La Savoie (1900).
En 1900, sous une nouvelle direction, les chantiers deviennent la « Société des Chantiers et Ateliers de Saint-Nazaire - Penhoët »
Ateliers et chantiers de la Loire (1882-1955)
thumb|upright=0.5|Le paquebot Normandie en cours de construction à Saint-Nazaire. Les Ateliers et chantiers de la Loire, qui possèdent plusieurs sites de fabrication et de réparation de bateaux à Nantes, ouvrent un nouveau chantier à Saint-Nazaire en 1882, en amont du bassin de Penhoët. Ce chantier se spécialise dans la réalisation de navires de guerre, dont le Condorcet et le Diderot, lancés en 1909.
Les Ateliers et Chantiers de la Loire se sont aussi intéressés à l'aéronautique, produisant les avions Loire-Gourdou-Leseurre, Loire Aviation et Loire-Nieuport. Nationalisée en 1937 pour devenir la Société nationale des constructions aéronautiques de l'Ouest, l'activité de construction aéronautique dans la région de Saint-Nazaire continue aujourd'hui avec le site Airbus de Montoir-de-Bretagne.
À plusieurs reprises, et dès la fin du , les deux chantiers de Saint-Nazaire ont uni leurs efforts pour réaliser de grandes unités, comme le paquebot Normandie en 1931 ou le cuirassé Jean Bart en 1938.
Seconde Guerre mondiale Le Jean Bart devait être lancé en . Sous la conduite de Pierre-Jean Ronarc'h, le navire inachevé parvient à quitter Saint-Nazaire le , avant l'arrivée des Allemands, et à rallier Casablanca par ses propres moyens.
Saint-Nazaire, non seulement avec ses chantiers de construction et de réparation navale, mais aussi avec sa base sous-marine allemande et son port de commerce, constitue un centre névralgique du dispositif militaire du Troisième Reich. À ce titre, la ville devient une cible pour les forces Alliées.
Le , un commando britannique détruit la forme Joubert lors de l'opération Chariot, ce qui handicape durement le fonctionnement du port et des chantiers navals.
Le bombardement américain du entraîne la mort de , parmi lesquels de l'école d'apprentissage des chantiers de Penhoët, âgés de . Les chantiers navals sont détruits.
Chantiers de l'Atlantique (1955 - aujourd'hui) Au début des années 1950, les commandes des pouvoirs publics français de flotte civile et commerciale cessent. Parallèlement, une nouvelle donne économique se dessine : le marché de la construction navale s’internationalise. Les chantiers de Saint-Nazaire apparaissent comme peu compétitifs face aux nouveaux chantiers navals du Japon, de Corée et autres pays. Une réorganisation de la construction navale s’impose alors, avec pour mots d’ordre : compétitivité, production en série pour les navires de charge et intégration de nouvelles techniques pour réduire les temps de construction...
Les Chantiers de l'Atlantique sont directement issus de la fusion des Ateliers et Chantiers de la Loire et des Chantiers de Penhoët en 1955. Après cette réorganisation, l’activité des chantiers est de nouveau florissante, avec notamment la construction de paquebots, cargos, pétroliers et méthaniers.
À partir de 1956, les chantiers s’attellent à la construction du grand paquebot France. Ce navire d’exception mythique a nécessité soixante-deux mois de travail. Il est inauguré en 1960 par le général de Gaulle.
Au début des années 1960, la construction navale est confrontée à une situation nouvelle, où on assiste à la disparition des commandes de paquebots et de navires militaires, alors que les pétroliers et méthaniers, nouveaux navires gigantesques font leur apparition sur le marché. Parallèlement, la concurrence internationale est féroce, notamment avec le Japon qui prend une place prépondérante..
En 1964 pour faire face, à Saint-Nazaire les Chantiers de l’Atlantique se restructurent, la fonderie de Saint-Nazaire ferme ses portes, la totalité des est licenciée. De quoi donner lieu à une vaste grève générale, et à plusieurs semaines d’occupation de l’usine. Mais on assiste à la mise en place d’importants plans d’investissements structurels visant à créer un chantier moderne. Ces transformations permettent grâce à une meilleure utilisation de l’espace, de mener à bien la construction de plusieurs navires en même temps. C'est le début de l’ère de la préfabrication. La forme de montage se dote d’une forme profonde. L’automatisation des services est également en marche, avec les premières machines à commande numérique, les tables traçantes et la mise en place de l’ordonnancement.
Dans les années 1970, la fermeture du canal de Suez rend nécessaire la construction de pétroliers géants.. Les chantiers de Saint-Nazaire sont dotés d'un bassin d’armement à flot capable d’accueillir des pétroliers d’un million de tonnes, ce qui leur permet de livrer, entre 1976 et 1979, à la compagnie pétrolière Shell, les quatre plus grands pétroliers du monde (Batillus, Prairial, Bellamya, Pierre Guillaumat).
Parallèlement dans un contexte économique difficile, les chantiers sont confrontés à des difficultés économiques, la direction du chantier nazairien décide d'une introduction à la bourse de Paris, ce qui est effectif dès . La direction œuvre également pour la création de partenariats industriels, organisés selon le modèle japonais.
Dans le giron d'Alsthom (1976-2006) En , soit seulement deux mois après le début des négociations, la fusion entre les Chantiers de l’Atlantique et Alsthom est effective, donnant naissance au groupe Alsthom-Atlantique (qui deviendra la branche Alstom Marine).
Les chantiers navals continuent de souffrir de la concurrence mondiale et de la cyclicité de son activité. Les dirigeants du chantier de Saint-Nazaire font néanmoins le pari ambitieux de retourner sur le marché des navires de croisière. Le retour est amorcé en 1980 avec la commande de deux petits paquebots-jumeaux de pour la Holland America Line avec le Noordam et le Nieuw Amsterdam..
Le grand virage est amorcé en 1985 avec la signature de la commande du Sovereign of the Seas pour la Royal Caribbean. Confiée aux ingénieurs français, la construction de ce paquebot de croisière représente un véritable défi avec un temps de construction record pour l’époque (vingt-neuf mois). En parvenant à parfaitement maîtriser les délais de livraison serrés, les chantiers navals de Saint-Nazaire font leur retour sur le marché des paquebots géants. En 1988 un vaste mouvement social bloque les chantiers pendant plusieurs jours, les ouvriers dénoncent la suppression de par la direction.
Tout en poursuivant son activité de constructeur de paquebots, les chantiers signent en 1991, une spectaculaire commande pour cinq méthaniers pour le groupe malaisien Petronas, dont les livraisons s’échelonneront de à .thumb|Le SeaFrance Berlioz, construit en 2005 à Saint-Nazaire. Malgré un contexte économique souvent difficile et une concurrence accrue, le chantier de Saint-Nazaire poursuit son offensive sur le marché des paquebots. Le , les chantiers signent la construction du Queen Mary 2 pour la Cunard. Le chantier renoue ainsi avec ses origines et la construction de transatlantiques. Le Queen Mary 2, alors le plus grand paquebot du monde, est livré en .. Les chantiers enregistrent ainsi des commandes avec les plus grands armateurs au monde comme Mediterranean Shipping Company.
En 2001, dans le cadre du scandale de l'amiante, le tribunal de Nantes reconnaît une « faute inexcusable » de la direction. Les précautions n’ont pas été prises pour protéger les salariés et ont développé des maladies liées à l’amiante. Les plaignants, des salariés, seront indemnisés, et le montant de leurs dommages et intérêts sera majoré.
L'activité de construction de méthanier est transférée en Chine dans le cadre d'un transfert de technologie pour lequel des accords ont notamment été signés en 2001. Le premier méthanier chinois réalisé avec l'aide technique française a été lancé le et a été construit aux chantiers Hudong-Zhonghua de Shanghaï..
Difficultés financières et rachat par des entreprises étrangères (2006-2012)