Antoine Charles Louis de Lasalle, comte de l'Empire, est un général de cavalerie du Premier Empire, né à Metz le et mort au combat lors de la bataille de Wagram le . Il s'engage très jeune dans l'armée royale. Sous la Révolution française, il devient officier, puis participe aux campagnes d'Italie et d'Égypte où il se fait remarquer par son audace et ses coups d'éclat.
Nommé colonel du de hussards à son retour en France en 1800, il est fait général de brigade à l'aube des guerres napoléoniennes. À la tête d'une brigade de cavalerie qui devient l'« Infernale », Lasalle accumule les victoires contre les Prussiens pendant la campagne de 1806 — notamment avec la prise de la forteresse de Stettin — puis en Espagne en tant que divisionnaire à Medina de Rioseco, Burgos et Medellín. Rappelé en 1809 pour prendre part à la campagne d'Autriche, après s'être distingué une nouvelle fois à Essling, le général Lasalle meurt frappé d'une balle en plein front aux dernières heures de la bataille de Wagram.
Lasalle reste connu aussi bien pour ses nombreux faits d'armes que pour ses frasques en tout genre. Tour à tour coureur de jupons, buveur et fumeur invétéré, il fait preuve sur le terrain d'un remarquable sens tactique et d'une bravoure légendaire qui lui vaut l'admiration de ses soldats. Sa mort à Wagram, à l'âge de trente-quatre ans, est durement ressentie par la troupe et par Napoléon qui déclare à son sujet : Il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands généraux de cavalerie de son temps.
Biographie Famille Antoine Charles Louis de Lasalle naît le à Metz dans une famille originaire de Castelnaudary (Aude), installée en Lorraine au où elle donna des magistrats au parlementLe Bulletin héraldique de France, 1890, page 467.. Il est le fils de Pierre-Nicolas de La Salle commissaire-ordonnateur des guerres et de Suzanne Dupuy de la Garde.
Carrière À 11 ans, il choisit la carrière des armes, et le il entre comme sous-lieutenant de remplacement dans le régiment d’infanterie d’Alsace.
Le , alors que la Révolution française bat son plein, Lasalle passe sous-lieutenant dans le de cavalerie.. Face à la répression qui s'exerce contre la noblesse, Lasalle doit quitter son régiment pour rejoindre Paris où sa famille a déménagé au cours de l'année 1792. Il est admis dans la section des Piques. et fait partie, dès l'année suivante, des unités de volontaires en partance pour l'armée du Nord.. Le il intègre le de chasseurs à cheval et gagne très vite ses premiers galons puisqu'il est fait maréchal des logis le de la même année.
Avec son nouveau corps il assiste à plusieurs combats contre les coalisés et se signale pour ainsi qu'en témoigne sa demande de promotion au grade de lieutenant auprès du Comité de salut public. Ce grade lui est accordé le .
La campagne d’Italie
vignette|upright|La cavalerie de l'armée d'Italie, par Louis Bombled. Dix-huit hommes du de cavalerie suivent Lasalle dans son expédition sur Vicence.
Peu après Lasalle devient aide de camp du général François Christophe Kellermann, général en chef de l'armée des Alpes ; sa mère, qui a longtemps connu le général à Metz, a chaudement appuyé cette nomination. Après un voyage qui n'exclut pas quelques prodigalités — écrit Hourtoulle — le jeune officier rejoint l'état-major de Kellermann où ce dernier l'emploie comme secrétaire à l'administration du corps. Il est ensuite l'adjoint de l’adjudant-général François Étienne Kellermann, le fils du général qui sert à l'armée d'Italie. Une mésaventure inaugure son arrivée au pays lorsqu'il est capturé par les Autrichiens dans la ville de Brescia. Conduit auprès du maréchal Wurmser pour être interrogé, ce dernier demande à Lasalle : ce à quoi Lasalle répond fièrement . Il est relâché peu après et est affecté cette fois à l'état-major du général André Masséna. Le , à l'âge de 21 ans, il est nommé capitaine.
Le fringant officier entretient alors une relation amoureuse avec la marquise de Sali, qui habite Vicence.. Une offensive autrichienne oblige les Français à abandonner la ville mais Lasalle n’hésite pas à prendre des risques pour aller voir celle qu’il aime. Dans la nuit du , avec 18 hommes du de cavalerie, il franchit discrètement les lignes adverses et après avoir caché son peloton, court chez la marquise qui a rassemblé pour lui des renseignements relatifs à la force et à l'organisation des armées autrichiennes.. Alors que l'alarme vient d'être donnée, Lasalle repart en sens inverse en direction du pont sur le Bacchiglione, bouscule un détachement de 36 hussards autrichiens rangés à proximité et parvient à atteindre la rive opposée avec sa petite troupe. Une quinzaine d'Autrichiens sont tués ou capturés tandis que Lasalle ne perd que quatre hommes. Il rapporte à Napoléon Bonaparte des renseignements militaires d’une importance telle que le général en chef de l'armée d'Italie ferme les yeux sur son incartade et le nomme aussitôt chef d'escadron le ..
vignette|gauche|Le chef d'escadron Lasalle à la bataille de Rivoli, par Victor Huen.
En , l'armée autrichienne du général Alvinczy prend l'offensive et menace d'accabler la division Joubert qui a pris position à Rivoli. Bonaparte se porte au secours de Joubert avec la cavalerie de Leclerc, suivi par les divisions Rey et Masséna. Lasalle est également de la partie avec un escadron du à cheval. Après une période de flottement dans la ligne française, l'arrivée de Masséna retourne la situation et l'attaque devient générale. Désigné pour stopper la progression des colonnes autrichiennes sur la droite, le chef d'escadron Lasalle lance la charge avec 26 chasseurs et refoule les assaillants au bas de la pente, puis avise un bataillon isolé et le contraint à la reddition. La défaite d'Alvinczy est consommée. La légende raconte qu'à la fin de la bataille, un Lasalle épuisé se présente à Bonaparte qui, désignant au sol les drapeaux pris à l'ennemi, lui dit : . Plus tard, ce dernier confirme le rôle décisif joué par Lasalle lors de cette journée en disant : .
Alors que les troupes françaises font mouvement contre l'archiduc Charles aux abords du Piave, le jeune Mosellan poursuit ses exploits à l'armée d'Italie. Brusquement attaqué dans le village d'Ospedaletto par des hussards autrichiens, il s'abrite derrière une charrette en compagnie d'un brigadier et tient les assaillants en respect jusqu'à ce que ses dragons, partis en fourrageurs, se regroupent pour lui prêter main-forte. Une mêlée s'engage, à l'issue de laquelle Lasalle capture presque en entier le détachement autrichien. Peu après il s'illustre sur les rives de la Piave contre la cavalerie autrichienne et reçoit trois coups de sabre ; juge Kellermann qui observe la scène en spectateur. Lasalle exécute son dernier fait d'armes de la campagne au passage du Tagliamento au mois de : accompagné d'une poignée de guides, il entre en trombe dans Valvasone occupée par un escadron de cavaliers autrichiens et les force à évacuer la ville puis à repasser précipitamment le Tagliamento. Les opérations s'achèvent, les Autrichiens demandent la paix. Bonaparte écrit lui-même à Lasalle au sujet de son fils : .
À présent chef d'escadron au bis de hussards, Lasalle vaque de garnison en garnison : Mantoue, Peschiera, Rome… Là-bas, la troupe menace de se rebeller contre ses généraux car la solde n'est pas payée depuis des mois. Masséna se montre incapable de rétablir l'ordre malgré l'appui de ses subordonnés — dont Lasalle et son chef de corps, le colonel Champeaux — et doit être remplacé. La tension retombe et c'est à cette période que le brillant chef d'escadron rencontre Joséphine d’Aiguillon, la femme du général Victor Léopold Berthier, qui devient sa maîtresse. Entretemps, le de hussards est affecté à l'aile gauche de l'« armée d'Angleterre », destinée à être la future armée d'Orient.
La campagne d’Égypte
vignette|La bataille des Pyramides, le 21 juillet 1798, vu par Wojciech Kossak. Au cours des combats, Lasalle coupe la retraite des mamelouks avec 60 cavaliers.
Le , Lasalle embarque avec le général Desaix sur la frégate La Courageuse dans le port de Civitavecchia. Son régiment, le de hussards, est à la brigade Mireur avec le . Le , les troupes françaises débarquent sur les côtes d'Alexandrie. La prise de la ville s'effectue sans grande résistance mais pour atteindre Le Caire l'armée doit entamer la traversée du désert sans eau, sans vivres et harcelée par les Bédouins. Lasalle voyage avec deux camarades de son régiment, le chef d'escadron Detrès et le lieutenant Desvernois. Après un premier affrontement contre les mamelouks à Chebreiss le , auquel Lasalle ne prend aucune part, les Français arrivent à proximité des Pyramides le . Face aux mamelouks qui se sont retranchés dans le village d'Embabeh pour bloquer l'avance française sur Le Caire, Napoléon forme ses cinq divisions en carrés et lance l'assaut. Les charges de la cavalerie égyptienne viennent se briser sur les formations françaises dont la progression est inexorable. Lasalle est à la tête de 60 hommes et s’empare de la sortie de la redoute d’Embabeh vers Gizeh, ce qui coupe la retraite de l’ennemi. Le soir même Bonaparte le nomme chef de brigade provisoire de la de chasseurs à cheval.
La route du Caire est ouverte, mais Bonaparte ne s'attarde pas. Le il se lance aux trousses du bey Ibrahim qui s'est enfoncé dans le désert après la bataille des Pyramides. Lasalle est en pointe avec deux escadrons, l'un du et l'autre du de hussards, suivi par les dragons de Leclerc. Après cinq jours de poursuite, la cavalerie française rattrape le convoi égyptien à hauteur de l'oasis de Salalieh. Une troupe de mamelouks se déploie sur la route pour couvrir la fuite mais Lasalle, qui n'a que 150 hommes à leur opposer, fait sonner la charge. Un combat furieux s'engage entre les deux adversaires : . L'affrontement est longtemps incertain mais l'arrivée des dragons de Leclerc force finalement les mamelouks au repli. Dans la troupe de Lasalle, 52 hommes sont hors de combat dont le chef d'escadron Detrès qui a reçu une vingtaine de blessures.
Le 14 nivôse an VII il se distingue au combat de Souagui. À l’affaire de Rémedieh, le 28 du même mois, il abat d’un coup de sabre les deux mains d’un mamelouk contre lequel se défend le général Davout. Il renverse plusieurs mamelouks, casse son sabre sur la tête d’Osman Bey, brise ses pistolets en se défendant, prend le sabre d’un dragon blessé, rentre dans la mêlée pour rallier sa troupe, et chasse ses adversaires dans le désert. Au combat de Samanhout, le 3 pluviôse suivant, il mène la charge. Enfin, le 11 ventôse de la même année, au combat de Gehemi, il défait complètement les Arabes de Yambo et leur tue plus de 300 hommes.
Lasalle continue de suivre avec son régiment les mouvements du corps commandé par le général Davout et il force Mourad Bey à se jeter dans le désert. Rentré au Caire, le de chasseurs est envoyé à Belbeys pour contenir le pays et pour assurer les communications entre Salahieh et Le Caire. Après la convention d'El-Arich, conclue entre le général Desaix et les plénipotentiaires turcs le 5 pluviôse an VIII, Lasalle quitte l’Égypte pour l'Italie.
Retour en France thumb|upright|La comtesse de Lasalle et sa fille, devant le buste du général. (Antoine-Jean Gros, 1812). En 1800, Lasalle revient en France. Alors qu’il reçoit des mains de Napoléon Bonaparte (décision du 17 thermidor 1800), une paire de pistolets et un sabre d’honneurDossier de légionnaire (cote LH/1489/56) sur la Base Léonore., il aurait eu ce mot célèbre : .. Devenu colonel, Lasalle fait figure d’« enfant terrible » dans la cavalerie légère et entretient soigneusement la réputation des hussards : grand amateur d’alcools forts, il fonde la Société des Assoiffés (ou des Altérés), une initiative qui fait jaser pendant un temps la bonne société parisienne.