Chroniques de la Canongate (en anglais Chronicles of the Canongate) est le titre collectif sous lequel sont édités deux nouvelles et deux romans de l'auteur écossais Walter Scott. La publication se fait en deux séries. La première, comprenant La Veuve des Highlands, Les Deux Bouviers et La Fille du chirurgien, paraît le . La seconde, constituée de La Jolie Fille de Perth, paraît le .
Les nouvelles La Veuve des Highlands et Les Deux Bouviers sont considérées comme deux des chefs-d'œuvre de Scott. Le roman La Jolie Fille de Perth est l'une des plus belles réussites de sa période tardive.
Première série Contexte éditorial vignette|alt=Gravure. Portrait, de face.|gauche|redresse=1|Archibald Constable, l'habituel éditeur écossais de Walter Scott.
L'année 1826 est terrible pour Walter Scott. Touchés par la crise de 1825 Dan Morgan, James Narron, « The Panic of 1825 and the Most Fantastic Financial Swindle of All Time », sur libertystreeteconomics.newyorkfed.org, (consulté le )., ses éditeurs Constable et Ballantyne font faillite. L'écrivain, qui est leur associé, devient insolvable « Financial Hardship », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, (consulté le )..
Le roman Woodstock paraît le « Woodstock or The Cavalier », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, (consulté le ).. Scott a maintenant un projet d'« histoire orientale ». Il n'a pas encore défini le titre. Un ancien associé de Constable venant de se mettre à son compte, Robert Cadell, est intéressé. Mais Constable a offert en garantie les droits futurs d'un roman en trois volumes (en même temps que ceux de Woodstock et d'une biographie de Napoléon). Pour éviter que les droits ne soient saisis par les syndics de faillite de Constable, Cadell préfère donc ramener le projet d'histoire orientale à deux volumes. À ce moment-là, Scott ne demande pas mieux que de travailler sur des histoires courtes « Chronicles of the Canongate (First Series) », sur walterscott.lib.ed.ac.uk (consulté le ).. Il s'abîme en effet depuis juin 1825 dans une entreprise d'envergure, une Vie de Napoléon BuonaparteWalter Scott, Vie de Napoléon Buonaparte : précédée d'un tableau préliminaire de la Révolution française, Paris,Treuttel et Würtz, Gosselin, 1827, in-8. Notice bibliographique FRBNF31339954, sur catalogue.bnf.fr (consulté le ). qui lui laisse des plages de répit lorsqu'il est en attente de documentation. Ces plages conviendraient à l'écriture d'histoires courtes. L'épouse de l'écrivain meurt le « Chronology », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, (consulté le )..
Écriture
Le , Scott entreprend d'écrire les Chroniques de la Canongate. Il commence non par l'histoire orientale (qui sera écrite en dernier, sous le titre La Fille du chirurgien), mais par La Veuve des Highlands. Il interrompt deux fois les Chroniques au profit de sa biographie de Napoléon. La publication des Chroniques, prévue en novembre 1826, est repoussée.
Le nom de Walter Scott a été prononcé au moment de la faillite de ses éditeurs. Le mystère entourant l'auteur n'en est plus un. Aussi, en février 1827, dans un banquet, Scott reconnaît-il être le célèbre « auteur de Waverley ».
Il ne termine la Vie de Napoléon Buonaparte que le de cette année-là. Il se tourne aussitôt vers un autre projet, les Contes d'un grand-père, une histoire d'Écosse pour enfants. Le , il revient aux Chroniques. Il s'interrompt encore deux fois. Il termine la première série le . En deux ans et demi, il vient d'écrire de mots, soit quelque . Ce rythme de travail effarant détériore sa santé.
Publication
La première série de Chronicles of the Canongate (Chroniques de la Canongate) paraît en deux volumes le à Édimbourg, chez Cadell and Co. Elle paraît à Londres chez Simpkin and Marshall.
Scott a renoncé verbalement à l'anonymat huit mois plus tôt. Il officialise l'aveu en signant de son vrai nom l'introduction. Mais les Chroniques de la Canongate portent encore la traditionnelle et vendeuse signature « par l'auteur de Waverley ».
Les trois récits
La première série comporte une introduction d'une centaine de pages, sorte de roman autobiographique d'un certain Chrystal CroftangryHenri Suhamy, Sir Walter Scott, Paris, Fallois, 1993, 391.. Ce narrateur fictif vit dans , quartier d'Édimbourg. Il se dit dépositaire de manuscrits de son amie Bethune Baliol, dont il tire trois histoires : la nouvelle La Veuve des Highlands ; la nouvelle Les Deux Bouviers ; le court roman La Fille du chirurgien (qui sera séparé des autres Chroniques dans l'édition dite Magnum Opus de 1832Xavier Legrand-Ferronnière, « Notes littéraires et bibliographiques », dans Walter Scott, La Veuve des Highlands et autres contes surnaturels, coll. « Terres Fantastiques », Rennes, Terre de Brume, 1999, 271. — L'ensemble des romans et nouvelles de Scott fait l'objet d'une réédition Magnum Opus en , chez , de 1829 à 1833. Sylvère Monod, note sur le texte du Talisman, dans Walter Scott, Ivanhoé et autres romans, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, 2007, 1594.).
Ces trois récits se déroulent ou débutent dans l'Écosse de la seconde moitié du , c'est-à-dire après la rébellion jacobite de 1745-1746. Scott évoque le formidable changement opéré dans le pays, le choc des mentalités, le destin des Highlanders vaincus, parfois contraints de chercher fortune sous d'autres cieux.
Accueil critique
Le roman Les Fiancés se passait dans les marches galloises, Le Talisman en Palestine et Woodstock en Angleterre. Les critiques expriment leur satisfaction de voir Scott revenir à sa terre d'inspiration privilégiée, l'Écosse. La Veuve des Highlands recueille la majorité des suffrages. Même si La Fille du chirurgien est jugée sévèrement, l'ensemble de la série est accueilli favorablement par les critiques.
Seconde série
Scott décide de continuer les Chroniques de la Canongate en produisant une deuxième série d'histoires courtes. Il écrit deux nouvelles, Le Miroir de ma tante Marguerite et La Chambre tapissée. Mais les ventes de la première série sont inférieures à celles des longs romans de Scott. Aussi, le , les deux nouvelles déjà écrites sont-elles refusées par CadellXavier Legrand-Ferronnière, , 273..
L'auteur étoffe alors une histoire prévue pour être courte, située en 1402, La Jolie Fille de Perth. Publié le , en trois volumes, ce roman constitue la seconde série des Chroniques de la Canongate (un chapitre préliminaire remet en scène Chrystal Croftangry et Bethune Baliol).
Quant aux deux nouvelles refusées, elles sont publiées à la fin de l'année 1828 par un autre éditeur dans The Keepsake for 1829, livre à offrir pour les fêtes de Noël. Elles sont accompagnées d'une troisième, La Mort du Laird's Jock, écrite spécialement pour The Keepsake. Ces trois nouvelles, connues sous le nom de The Keepsake Stories, sont groupées avec les Chroniques de la Canongate dans l'édition Magnum Opus de 1832Henri Suhamy, , 390..
La Veuve des Highlands
Résumé vignette|alt=Vue d'une montagne avec peu de verdure.|droite|redresse=1|Le Ben Cruachan.
Elspat, ou la femme de l'Arbre, est la veuve de Hamish MacTavish, dit Hamish MacTavish Mhor (le grand), un redoutable cateran — un gentilhomme highlander vivant du vol des troupeaux des « Saxons » (les Lowlanders). Après l'écrasement des jacobites à la bataille de Culloden, le cateran est tué par les habits rouges. Elspat parvient à s'enfuir entre les balles, emportant Hamish Bean, leur nouveau-né.
Depuis, elle vit misérablement avec Hamish Bean dans une cabane isolée, au flanc du . Elspat s'imagine que le manque de considération dont elle souffre actuellement n'est que provisoire. Elle place tous ses espoirs dans son fils. Il deviendra un cateran aussi respecté que son père. Car Elspat ignore tout du grand changement opéré dans le pays après la défaite des jacobites. La loi s'est substituée aux ravages des pillards :
Hamish, lui, a tôt fait d'envisager les dangers et le déshonneur désormais attachés à la condition de cateran. Il lui devient chaque jour plus insupportable de rester prisonnier d'une mère possessive, dans une cabane où tous deux meurent de faim. Il s'engage dans un régiment hanovrien qui va partir combattre les Français en Amérique. Plus grave encore aux yeux de sa mère, le commandant de ce régiment est un Campbell, un membre du clan qui a trempé dans le massacre de Glencoe, où des aïeux d'Elspat figuraient au nombre des victimes.
Elspat fait boire à son fils un narcotique, afin qu'il ne rejoigne pas au jour dit son régiment. Car elle n'ignore pas le sort réservé aux déserteurs : les verges, , la punition qui déshonore . Elspat ne doute pas que, plutôt que de se soumettre à cette infamie, Hamish ne choisisse de déserter pour de bon et de marcher dans les pas glorieux de son père. Roches, lacs et montagnes, passages dangereux et sombres forêts lui permettront de déjouer toutes les recherches.
Mais Hamish refuse de fuir. Il attend, ne sachant encore quelle conduite il va tenir. Va-t-il tenter de s'expliquer ? Va-t-il résister, afin de se faire tuer sur place, évitant ainsi la punition dégradante ? Lorsque se présente un détachement de cinq soldats venus le chercher, Hamish tue leur sergent. Il est emmené à Dumbarton.
En vain son capitaine et un pasteur intercèdent-ils en sa faveur, faisant valoir qu'il n'y a pas meilleur soldat ni plus brave que lui, qu'il n'est en rien responsable de sa désertion, et combien son cœur eut peu de part au crime que sa main a commis. Le général est moitié lowlander, moitié anglais. Pour lui, les visions highlandaises . Hamish Bean est fusillé, .
S'il pleure Hamish Bean, le pasteur reconnaît que le caractère vindicatif de ses compatriotes .
Elspat disparaît peu après. Nul ne sait ce qu'elle est devenue.
Personnages Hamish MacTavish Mhor, gentilhomme brigand des Highlands. Elspat MacTavish, ou la femme de l'Arbre, veuve de MacTavish Mhor. Hamish Bean, fils de Hamish et d'Elspat. Miles MacPhadraick, tacksman (fermier du chef de clan et sous-bailleur, jouant par ailleurs le rôle d'officier-recruteur). Révérend Michael Tyrie, ministre de Glenorquhy. Green Colin Campbell, capitaine de Hamish Bean. Allan Break Cameron, sergent.
Les Deux Bouviers Résumé
Robin Oig, bouvier highlander, s'apprête à quitter Doune (au nord-ouest de Stirling, en Écosse) pour conduire un troupeau de bœufs en Angleterre. Sa tante Janet, douée de seconde vue, voit du sang anglais sur sa main et sur son poignard. Elle réussit à le convaincre de confier l'arme au conducteur d'un autre troupeau, le lowlander Hugh Morrison.
Robin se met en route. Il rejoint à Falkirk son ami, le bouvier anglais Harry Wakefield. Les deux hommes se connaissent depuis trois ans. Ils voyagent souvent ensemble, et fort joyeusement.
Ils arrivent en Angleterre, dans le Cumberland. En quête d'une pâture pour leurs troupeaux respectifs, les deux amis choisissent de se séparer pour tenter la chance chacun de son côté. Harry fait affaire avec le bailli d'un domaine. Le propriétaire, se méfiant de son bailli, a pourtant ordonné qu'un tel marché ne puisse être conclu que par lui-même. Comme il est absent, le bailli passe outre.
Robin de son côté fait affaire avec le propriétaire, M. Ireby, qui rentre précisément chez lui. Tous deux se rendent au champ, où ils ont la surprise de trouver Harry, son troupeau et le bailli. M. Ireby fait chasser Harry et son troupeau. Robin offre aussitôt à son ami de partager la pâture. Mais Harry est profondément blessé dans son orgueil. Il refuse avec dédain.