Le Minitel (pour « Médium interactif par numérisation d'information téléphonique ») est un type de terminal informatique destiné à la connexion au service français de Vidéotex baptisé Télétel, commercialement exploité en France entre et le . Il est le premier service au monde à donner accès à des services variés préfigurant ceux du futur Internet, et le plus développé en 1990. Il utilise pour cela le réseau français X.25 Transpac qui lui-même préfigure la future infrastructure de transmission d'Internet. Il connaît un succès considérable et reste longtemps en usage, y compris en concurrence d’Internet.
Par métonymie, le mot « Minitel » désigne aussi l'ensemble du service Vidéotex en France ainsi que les éléments de réseau (Télétel, concentrateurs, points d'accès) destinés à rendre ce service, mais ils se terminent réellement dans les années 2000.
Historique Le Minitel est créé par le ministère des Postes et Télécommunications et il est utilisé en France des années 1980 aux années 2000..
Contexte Dans un article du Monde paru en et titré « Une nouvelle révolution industrielle », le directeur général de la CERCI Philippe Sahut d'Izarn considère qu', et que ces derniers prendront la forme de terminaux installés chez les particuliers et reliés en réseau à des ordinateurs plus puissants. Dans ce même numéro, Le Monde estime que le , sera un téléphone, dont le cadran serait remplacé par un mini-clavier, pour communiquer avec un ordinateur, dont et qui pourrait être expérimenté auprès des particuliers.
Le même article relate que l'année 1972 a selon les professionnels français, car , mais le principal problème est celui des programmesArticle de Martine Leventer, repris dans "L'impensé informatique. Au miroir du quotidien Le Monde, 1972/1980", thèse en sociologie de l'information et de la communication soutenue en 1994 par Pascal Robert à la Sorbonne sous la direction de Philippe Breton "Les exemples américains et japonais" par Martine Leventer, dans Le Monde du 20 septembre 1973 . En France, une expérimentation est prévue à L'Isle-d'Abeau. Plus généralement, une étude du BIPE évalue alors le marché français des terminaux de tout type à de francs en 1975, et prévoyait une multiplication de ce nombre par 6 sous les cinq prochaines années.
En 1977, la remise au président de la République française, Valéry Giscard d'Estaing du rapport sur l'informatisation de la société rédigé par Simon Nora et Alain Minc accélère la prise de conscience par les dirigeants et par l'opinion française d'une révolution technologique, baptisée « télématique » : la connexion à distance de terminaux permet la visualisation de données informatiques stockées dans des ordinateurs, à travers les réseaux de télécommunications.
De TITAN à Minitel
Les ingénieurs du Centre national d'études des télécommunications (CNET), qui ont depuis la fin des années 1950 développé des systèmes de transmission et de commutation téléphonique, puis dans les années 1960 réalisé des ordinateurs, contribuent dans les années 1970 à former une vision de la télématique du futur. Ils sont soutenus pour cela par les moyens financiers considérables investis dans le plan de rattrapage téléphonique lancé en 1975. Dans ce cadre, le Centre commun d'études de télévision et télécommunications (CCETT) élabore les spécifications du réseau Transpac puis, sous la direction de Bernard Marti, spécifié le Minitel qui utilisera Transpac via des points d'accès spécialisés. vignette|Antiope, le système de télétexte qui servira de base au Minitel, exposé à Moscou en 1976 D'après Bernard Marti, c'est à Moscou, lors de la formation des ingénieurs russes à la technologie télétexte Antiope précédemment inventée au CCETT, que ces derniers demandent si cette technologie peut fonctionner via le téléphone. Les ingénieurs du CCETT élaborent alors une simulation de services interactifs (dont l'annuaire téléphonique) qui sera présentée en à Berlin sous le nom de TITAN (Terminal interactif de télétexte Antiope). La démonstration convainc alors Gérard Théry, directeur de la DGT, de développer ce qui deviendra le réseau Télétel.
En 1978, la France décide de tirer parti de Transpac, son réseau de transmission de données, en lui ajoutant des points d'accès, via le réseau téléphonique, pour des terminaux peu onéreux, les Minitels. Cette décision est rendue publique par Gérard Théry, à l' de Dallas (Texas) qui réunit le gratin mondial des télécommunications. Il y annonce avec une certaine emphase le déclin de l'ère du papierSource ..
Le projet d'ensemble « Annuaire électronique et Minitel » (1979-1985) est supervisé par Jean-Paul Maury, directeur du projet. Le nom « Minitel » est trouvé par Roger Tallon, designer du TGV Atlantique et d'un prototype de terminal Télétex « VTX 120 » pour la Compagnie générale de constructions téléphoniques, qui ne sera pas retenu.. D'après Bernard Marti, le nom « Minitel » serait l'acronyme de « Médium interactif par numérisation d'information téléphonique »Propos de Bernard Marti dans un reportage d'I-Télé du 29 juin 2012..
Hors de France À l'étranger, dans une ambiance d'émulation internationale, les ingénieurs américains, anglais ou allemands accompagnent les recherches des ingénieurs du Centre national d'études des télécommunications. Ainsi en Europe d'autres systèmes sont étudiés, tous fondés sur la norme Vidéotex : , le Ceefax, le Bildschirmtext.
En , Le Monde rapportait que le Japon comptait en 1972 plus de à clavier répartis entre Tokyo et Osaka, dont 60 % permettant d'accéder au réseau mis au point par le ministère des télécommunications pour consulter une bibliothèque d'une centaine de programmes scientifiques, mais que la concurrence des calculettes, déjà limite le nombre de consultations à par jour en moyenne. Le Japon veut alors investir de yens dans un réseau de transmission par câble coaxial reliant -test à un centre de télévision et d'informatique pour faire du télé-shopping, suivre des cours, lire leur journal, .
Aux États-Unis est élaboré le système NAPLPS. Conçu comme vecteur de vente à domicile, il met l'accent sur un affichage en couleurs de qualité photographique. Mais la déception est sévère en raison du coût des composants et du faible débit des lignes de l'époque — surtout aux États-Unis : l'affichage de certaines pages pouvait prendre une durée de six minutes. Le mélange de texte et graphiques, qui ne posait pas de problème avec les caractères semigraphiques élémentaires du Minitel, n'était pas possible sans faire monter le coût de réalisation du terminal à des valeurs prohibitives en mémoire vive et en mémoire morte.
Expérimentations En France, la phase d'expérimentation de Télétel et du Minitel commence en 1980 à travers plusieurs opérations sur le terrain.
Expérience de Saint-Malo vignette|L'un des terminaux, à clavier ABCD, distribués à Saint-Malo montre un plan des remparts (l'Intra-muros).
Alors qu'il est prévu de fabriquer de Minitels, Valéry Giscard d’Estaing, devant le lobby de la presse qui voit un concurrent dans cette nouvelle technologie, se ravise et décide de lancer des expérimentationsLe monde du Minitel se paye Le Monde, Michel Puech, dans Mediapart, 20 juin 2010..
En , à Saint-Malo, les utilisateurs de l'annuaire électronique sont équipés ( et 35 particuliers). L'expérience de Saint-Malo s'achève en .
Parallèlement, en 1981, sont distribués en Ille-et-Vilaine. Il s'agit de tester ce nouveau service chargé de remplacer l'annuaire papier. Il doit aussi alors alléger le service traditionnel des renseignements, passablement saturé devant la croissance du parc téléphonique fin des . Il se justifie aussi par l'efficacité d'un service de renseignements recouvrant l'ensemble des abonnés au téléphone en forte croissance. Les publications des annuaires papier, constamment dépassées, créent une forte demande sur les renseignements téléphoniques alors assurés par des fonctionnaires des PTT.
Expérience Télétel 3V vignette|gauche|Terminal Vidéotex Thomson utilisé lors de l'expérience Télétel de Vélizy en 1980.
Afin de désamorcer tout contentieux éventuel avec la presse quotidienne nationale et régionale face aux inquiétudes déontologiques, économiques et juridiques l'Administration des PTT organise une autre expérience incluant d'autres services (petites annonces, informations, messageries) qui se déroule à Vélizy. À l'automne 1980, volontaires de Versailles, Vélizy-Villacoublay, Jouy-en-Josas, Buc, Bièvres et Les Loges-en-Josas reçoivent un terminal Vidéotex. Du côté des services, près de participent à l'expérience, se donnant ainsi l'occasion de tester ce nouveau moyen de communication auprès du public. Les services remportant la plus large adhésion sont les annuaires téléphoniques pages blanches et pages jaunes (services gratuits), la presse, la vente par correspondance, la SNCF, les banques ainsi que la messagerie.
Si l'expérience de Vélizy reste un symbole dans le monde de la télématique, c'est que cette expérience est la source de la création de la formule « kiosque télématique » qui permet de répartir les revenus entre l'opérateur et les fournisseurs de services, notamment à travers le 3615. En effet, si les éditeurs de presse comprennent progressivement l'intérêt de cette expérience, ils veulent en tirer des revenus. Conséquemment, d'après des discussions auxquelles participent notamment (le Parisien Libéré), (Hachette Filippacchi), la DGT a l'idée d'utiliser le système de surtaxation utilisé pour le réveil téléphoné. Cela donne lieu, en , à la création du kiosque mis en priorité et en exclusivité à la disposition de la presse.
À Vélizy, le premier terminal n'a pas d'écran et se glisse sous le téléviseur : simple décodeur, il permet de consulter une vingtaine de services sur l’écran du téléviseur.. La télécommande est élémentaire : juste un clavier alphanumérique en majuscules. Un groupe d'utilisateurs passionnés fonde l'AATEL (Association des abonnés à TéléTEL), qui devient une véritable interface entre les testeurs et la DGT. De leur côté, les entreprises offrant des services pour Minitels créent l'AFTEL (Association française des fournisseurs de services télématiques). L'accès à leurs serveurs se font via le réseau Transpac par le numéro d'..
La toute première messagerie, uniquement par boîtes aux lettres, est baptisée M3V. On peut y échanger des messages privés, ou par l'intermédiaire de groupes de discussion thématiques. À l'époque, la DGT et les fournisseurs de services pensent qu'il ne s'agit que d'un gadget ludique : pour eux l'avenir de la télématique réside dans l'information, et non la communication. Il est même question de supprimer cette messagerie. Mais l'AATEL se bat pour la conserver et démontrer qu'elle est une motivation primordiale des utilisateurs, ce que confirme le développement de la télématique grand public en France. L'expérience est définitivement arrêtée au printemps 1984.
Expérience Gretel À l'hiver 1981, les Dernières Nouvelles d'Alsace lancent le service expérimental GretelMinitel: comment les Dernières Nouvelles d'Alsace ont inventé l'Internet social par Vincent Glad, Slate.fr, 18 novembre 2011. sur un quartier pilote à Strasbourg. L'expérience débute avec 80 foyers, Dossier de Presse de Vivement Lundi pour , 2004., puis est progressivement étendue.
Les premiers services proposés sont des consultations des actualités, des programmes de télévision et de cinéma, et de la météo, ainsi que quelques jeux. On trouve aussi un service de messagerie électronique de type courriel avec une notion de boîtes aux lettres.