La psychologie expérimentale est le champ de la psychologie basé sur la méthode scientifique expérimentale. Elle a pour objet l'étude des comportements directement observablesMichèle Robert, Fondements et étapes de la recherche scientifique en psychologie, 1988, Maloine S.A., p. 37.. Les psychologues expérimentaux usent de diverses méthodes : descriptives (comme les observations systématiques, les observations des corrélations, les relations entre variables, les études ex-post-facto…) ou encore la méthode expérimentale pureMichéle Robert, Fondements et étapes de la recherche scientifique en psychologie, 1988, Maloine S.A., p. 57..
Histoire de la psychologie expérimentale Genèse Au , certains psychologues, notamment allemands, entreprirent d'étudier la psychophysique, c'est-à-dire la relation entre un stimulus physique et la perception que l'on en a. Ces travaux permirent l'introduction de la mesure en psychologie, et furent à l'origine de la Loi de Weber-Fechner sur la discrimination entre deux stimuli..
Wilhelm Wundt (1832-1920) fut un des précurseurs de la psychologie expérimentale. Il chercha ainsi à montrer les rapports entre les phénomènes psychiques et substrats organiques, particulièrement dans le système nerveux et cérébral. Il écrivit dans ses Éléments de psychologie biologique (Grundzüge der physiologischen Psychologie, 1874), une description minutieuse du système nerveux, de sa nature, sa structure et son fonctionnement.
En 1875, Wundt est nommé à la chaire de philosophie de l'université de Leipzig, il y établit ce qui deviendra le premier laboratoire de psychologie expérimentale, le Psychologische Institut. La même année, aux États-Unis, le premier « laboratoire » de psychologie est fondé par William James à Harvard mais il s'agit plutôt d'un lieu d'enseignement que de recherche expérimentale et c'est en fait Stanley Hall qui, après avoir passé deux ans à Leipzig auprès de Wundt, établit le premier laboratoire de psychologie expérimentale nord-américain, à l'université Johns-Hopkins de Baltimore en 1883. Dans ces premiers laboratoires, de nombreux étudiants européens et nord-américains se forment aux méthodes de la psychologie expérimentale.
Le terme de « psychologie expérimentale » est consacré en France lors de la création d'un des premiers « Laboratoire de Psychologie et de Linguistique Expérimentale » à Rennes par le philosophe et psychologue Benjamin Bourdon en 1896. Très influencé par Théodule Ribot, Bourdon suivit des cours de psychologie et, après avoir obtenu la à l'agrégation de philosophie en , bénéficiant d'une bourse d'études d'une valeur de , il se rendit en Allemagne où il suivit les cours de psychologie expérimentale de Wilhelm Wundt à Leipzig. Chargé de cours à l'université de Rennes, il donna pour la première fois en 1891 un cours de « psychologie expérimentale », au cours duquel il annonça le divorce entre philosophie et psychologieArnold, Wilhelm et al, Lexikon der Psychologie, éditions Bechtermünz, 1996 , col. 547 et http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1998_num_98_2_28594..
On peut enfin citer la création, en 1894, de la toute première revue consacrée à la psychologie scientifique et expérimentale : L'Année psychologique, fondée par Alfred Binet.
La psychologie sociale
La psychologie sociale trouve sa source dans de nombreux courants de recherche, dont la psychologie des foules de Gustave Le Bon. Les premiers usages de l'expérimentation en psychologie sociale remontent à la fin du . Certaines expériences ont pour sujet la facilitation sociale, d'autres la suggestibilité.
En 1898, Triplett démontre que des enfants devant accomplir une action simple (enrouler des moulinets de canne à pêche) étaient plus efficaces en groupes que seuls. En 1894, Binet et Henri montrent que des enfants en groupes sont moins sensibles à la suggestion que seuls, et que le pouvoir de la suggestion diminue avec l'âge.
Il est à noter que les études en psychologie sociale ont souvent recours à la tromperie, sans laquelle l'étude serait biaisée. Un excellent exemple serait l'expérience de Milgram.
L'âge d'or du behaviorisme
Sur base des travaux de Pavlov sur le conditionnement, les psychologues du courant comportementaliste ont eu une approche et une méthodologie originale.
En effet, dans un premier temps, ceux-ci, à l'instar de Watson, rejettent toute interprétation mentaliste de la réalité psychique. C'est le behaviorisme méthodologique.
Dans son célèbre article marquant le début du behaviorisme, Psychology as the behaviorist views it, Watson réclame une psychologie faisant partie intégrante des sciences naturelles. Il axe la discipline sur l'étude du comportement et rejette tout recours à l'introspection. En effet, il considère l'esprit comme une boite noire inaccessible et impossible à étudierWatson, psychology as the behaviorist views it : Psychology as the behaviorist views it is a purely objective experimental branch of natural science..
Cette position sera renforcée par Skinner, le père du conditionnement opérant (ou instrumental). Si lui aussi rejette tout mentalisme, il ne considère pas qu'il soit impossible d'étudier les états internes. Pour lui, il ne s'agirait que d'autres types de comportement. C'est à ce titre qu'on le considère comme un behavioriste radicalcf. behaviorisme..
Vers la fin de sa vie, il a pourtant fortement attaqué les écoles cognitives et humanistes. Huit jours avant sa mort, se sachant malade, il tenait une conférence face à la société de psychologie américaine. Au lieu de nuancer ses propos, il a continué à critiquer la psychologie humaniste et cognitive.
La révolution cognitive Avec le mouvement interdisciplinaire des sciences cognitives, la psychologie cognitive va apporter un éclairage nouveau sur la méthodologie psychologique. En effet, elle tente d'inférer les fonctionnements mentaux qui sous-tendent les comportements en se basant sur des indices objectifs (temps de réponse, performances aux tâches, mais aussi variables physiologiques…).
Grâce à des méthodes de recherches novatrices, ils ont pu montrer les effets du niveau cognitif sur le comportement. Miller a ainsi mis en évidence le processus d'attribution causale. En 1975, il a effectué une expérience dans une école. Dans la classe A, on effectue une technique de persuasion classique (cours sur la propreté, mot du directeur sur la pollution, affiche…). Dans la classe B, on amenait les enfants à se percevoir comme soucieux de la propreté : le directeur vient en classe les féliciter, les locaux sont toujours propres… Ils s'attribuent donc une disposition personnelle à la propreté, et deviennent effectivement plus propresAlain Gagnon, Claude Goulet, Patrice Wiedmann (2007), Introduction à la psychologie, Canada : ERPI. . 339 pages, p. 306..
Cette révolution cognitive a permis un remodelage des champs de la psychologie scientifique. En effet, la logique du traitement de l'information permet à des spécialités jusque-là distinctes de parler un même langage. Ainsi, on a introduit le concept de cognition sociale en psychologie sociale. On a aussi pu réinterpréter le constructivisme piagetien et sa théorie génétique dans différents modèles de développement"Un remodelage du champ de la psychologie qui se traduit par une réunification conceptuelle de champs disciplinaires autonomes (psychologie générale, psychologie sociale, psychologie du développement, psychologie industrielle), qui acceptent de parler un même langage" C. Bonnet, R. Ghiglione, J.-F. Richard et al., Traité de psychologie cognitive. Perception, action, langage, Paris, Dunod, 1989..
Spécificité des études psychologiques Encore moins que les sciences de la vie ou de la nature, la psychologie ne peut, lors de ses expérimentations, tenir compte de tous les facteurs. En effet, à partir du moment où l'on étudie l'être humain, l'analyse se complique et de nombreux facteurs - biologiques, environnementaux, culturels et sociaux et autres - entrent en ligne de compte.
Par rapport aux lois déterministes sous-tendant le monde de l'inorganique - soit le domaine de la physique ou de la chimie, et le vivant - le biologique, celles qui guident les êtres humains sont de natures probabilistes. Elles sont donc plus difficiles à étudier.
Autrement dit, il est impossible de reproduire exactement de la même façon les expériences menées en psychologie - d'une part car les individus changent au cours du temps, d'autre part car les personnes diffèrent toutes les unes des autres..
Éthique
La psychologie expérimentale, à l'instar des sciences bio-médicales, use de sujets animaux ou humains. Ces sujets sont protégés par un code éthique, définissant les responsabilités du psychologue chercheur envers leurs objets d'études.
Inquiets des abus possibles, plusieurs groupements professionnels de psychologues ont publié des codes déontologiques, pour protéger sujets de recherches et patients cliniques. Ainsi, l'Association américaine de psychologie a approuvé en 1981 un code éthique basé sur 10 principes fondamentaux. Ces principes touchent à la responsabilité par rapport à la société civile, au respect de l'intégrité morale… Parmi ceux-ci, les deux derniers intéressent particulièrement le chercheur : ils concernent les sujets d'expérimentation humains et animaux.
Mais les psychologues ne sont pas les seuls à s'inquiéter des droits de leurs sujets de recherches. Ainsi, aux États-Unis, la Maison-Blanche publie à la fin des années 1960 un ensemble de directives pour des recherches respectant la déontologie, sous le titre Privacy & Behavioral Research.
On s'est également inquiété du sort des animaux de laboratoire qu'on utilise à des fins d'enseignement, d'expérimentation et de recherche. Des guides ont été publiés (par exemple par le Conseil Canadien de Protection des Animaux) à l'intention de ceux, dans les universités ou ailleurs, qui les manipulent tous les jours.
Laboratoire ou terrain Deux principales critiques peuvent être faites à propos de l'expérimentation en laboratoire : la trivialité de leurs résultats et leur caractère artificiel.
Une fois l'expérience faite, il est facile de crier à l'évidence et de considérer que la psychologie ne fait « qu'enfoncer des portes ouvertes ». Pourtant, il est beaucoup plus difficile de prédire ces résultats avant l'expérimentationLeyens & Yzerbyt, psychologie sociale, ed. Mardaga, p. 321.. Ainsi, avant sa célèbre expérience, Milgram demanda à des médecins psychiatres de prédire combien d'élèves iraient jusqu'à tuer la personne. Pour la plupart d'entre eux, seul 1 sur serait capable d'aller jusqu'à une telle extrémité… ce taux s'est révélé être supérieur à 60 %Leyens & Yzerbyt, psychologie sociale, ed. Mardaga, p.202.. Pourtant, de nombreux spécialistes ont après affirmé « qu'ils le savaient ».
CertainsFischhoff, 1975. ont déjà démontré cette « Sagesse rétrospective », qui nous fait surestimer la probabilité d'avoir pu prédire un évènementIntroduction à la psychologie, Gagnon, Goulet et Wiedmann, ed. ERPI, 2007..
Pour d'autres critiques, le laboratoire n'est pas la réalité. En effet, il comporte une dimension artificielle puisque le chercheur s'efforce de contrôler certaines variables, mission qui est souvent impossible en dehors du laboratoire. Pourtant, ce qui intéresse le chercheur est la généralisation possible des résultats, qui va lier la réalité du laboratoire et la réalité du monde extérieur. Un choix s'impose entre réalisme expérimental et mondain. Par exemple, une expérience dans lesquelles les sujets sont très impliqués et aux résultats aussi spectaculaires que celle de Milgram peut être facilement généralisée, même s'il n'a aucune chance de se reproduire en dehors du laboratoire. Par contre, les études dans lesquelles les sujets se sentent « à l'aise », ne donneront pas des résultats aussi importants, mais seront plus facilement généralisables de par la validité écologique importante.