Le château de Fromont, dit aussi anciennement château de Frémont, est situé sur la commune de Ris-Orangis, dans le département de l'Essonne, en France.
Historique Commanderie templière de Fromont Le plus ancien propriétaire connu d'un château à Fromont, vers 1150, est Gui de Trousseau.
En 1173, l'ordre du Temple, qui possède alors des biens à Fromont, installe une Commanderie dans ce qui n'est alors qu'une imposante maison fortifiée.
Le roi Philippe VI de Valois fait don des terrains acquis par l'ordre du Temple à l'abbaye Saint-Magloire de ParisDumontier, Sur les pas des Templiers en Ile-de-France, ..
Jusqu'en 1246, les acquisitions de terres sur Fromont furent faites au nom des Templiers de Paris ; ensuite elles furent faites pour le compte de ceux de la maison de Fromont. Après la chute des Templiers, le roi de France, Philippe de Valois, en fit don à l'abbaye de Saint-Magloire. Laissé longtemps à l'abandon, il servit de carrière de pierres aux Rissois qui venaient y chercher les matériaux pour la construction de leur maison.
XVIe et XVIIe siècles : Jacques de Thou et François-Auguste de Thou
En 1564 (ou 1574 ?), le Grand-Prieur de France afferma Fromont au marquis Jacques de Thou moyennant un fermage de cent livres. Jacques de Thou, historien, était conseiller du roi Charles IX et premier président du Parlement de Paris. Il est mort le . Après sa mort, de 1617 à 1642, le château passe à son fils, François-Auguste de Thou (1604-1642). Celui-ci est exécuté pour crime de lèse-majesté, après avoir participé à la conspiration du marquis de Cinq-Mars.
Milieu du XVIIe : Arnoul de Nouveau et son fils Jérosme de Nouveau (de 1642 à 1665), puis les héritiers de ce dernier (de 1665 à 1687)
Après François-Auguste de Thou, le domaine de Fromont fut acheté par Arnoul de Nouveau.
Son fils, Jérosme de Nouveau (1613-1665), hérita de Fromont. Il porta le titre de baron de Lignières, seigneur de Fromont, il était également Conseiller du roi en tous ses Conseils, Commandeur et Grand trésorier de l’Ordre de Saint-Louis, Grand maître des Courriers et surintendant général des Postes et relais de France. Il fit exécuter des travaux et embellissements au château où Louis XIV coucha le . Par la suite, le roi s’y arrêtera six fois pour déjeuner, en 1678, 1679, 1680, 1694, 1695 et 1697. Le roi reviendra à Fromont en 1702, alors que le château appartenait à Philippe de Lorraine. La marquise de Sévigné connaissait bien MM. de Nouveau et en parla fréquemment dans ses Lettres, ainsi que des personnages qui étaient reçus à Fromont.
Tallemant des Réaux évoqua, dans ses Historiettes, les frasques de Jérosme de Nouveau :"Jérôme de Nouveau est grand dissipateur des revenus considérables qu’il tient de la Poste; il aime le panache et se tient à l’affût de tout ce qui peut flatter sa vanité de parvenu. « Madame de Nouveau est la plus grande folle de France. Pour un deuil de six semaines on lui a fait six habits; elle a eu des jupes de toutes les couleurs qu’elle ne se prive pas de montrer... ». « Estant grosse, elle a retenu deux nourrices de peur d’en manquer... » « Une autre fois elle ne voulut pas d’un laquais parce qu’il estoit laid, et que si elle devenoit grosse, il y auroit du danger à le regarder.".Jérôme de Nouveau qui avait tiré profit de sa fonction par les ventes et reventes des offices de Maîtres des Courriers dont il était le dispensateur eut bientôt à répondre de ses exactions devant la Chambre de Justice. Sa charge lui fut reprise et revint au domaine du Roi. La fille de Jérôme, Catherine hérita à son tour du domaine et son mari, messire Charles de Boudeville se fit appeler « Seigneur de la terre de Fromont ». Les héritiers vendent finalement le domaine au chevalier de Lorraine en 1687.
Les gravures du château de Frémont (première moitié du XVIIe siècle)
Au milieu du , Israël Silvestre et / ou Israël Henriet (son oncle) viennent dessiner le château et les jardins. La notice d'une de ses représentations indique : « Fromont est à cinq lieues de Paris sur le chemin de Fontainebleau. Son assiette est très belle pour estre ornée de plusieurs costeaux qui forme[nt] un très beau paysage. La rivière de Seine en est le principal ornement, se trouvant en parallèle des allées du jardin, qui est délicieux par les excellens fruits que produisent ses espalliers, par le bois et le couvert le plus agréable du monde, estant orné de fontaines et bordé d'une cascade de cent toises de long. Enfin, par les parterres en terrasse terminez par une demye lune d'eau de de face, animée d'un très grand jet dans son milieu, et de douze bouillons sur le gazon qui l'environne. »
La restitution 3D des jardins du château de Frémont, première moitié du thumb|Restitution du plan du jardin du château de Frémont, première moitié du thumb|gauche|Restitution de la cascade du château de Frémont, vers 1640.
En suivant les informations données par la gravure des jardins de Frémont, il est possible de restituer les lieux durant la première moitié du . La modélisation en 3D du site, d'après la topographie conservée, permet de retrouver le plan précis du jardin, qui avait été conçu d'une manière particulièrement soignée, avec des jeux d'optique conçus de manière rationnelle, et d'une assez grande modernité. On trouvait d'abord le château et sa majestueuse cour intérieure à l'ombre, puis grâce à un escalier en fer à cheval, on accédait au premier parterre situé sur une autre terrasse, orné en son centre d'un rond de pelouse, des broderies de part et d'autre, ainsi que deux bassins circulaires de part et d'autre également. De là on arrivait à un deuxième escalier, qui permettait d'accéder au grand parterre, orné en son centre d'une fontaine quadrilobée. Ce grand parterre était organisé en suivant une légère pente. Des broderies prenaient place dans les quatre compartiments autour de la fontaine centrale. Enfin, on arrivait vers les cascades basses. Elles s'organisaient autour d'un grand bassin demi-circulaire, entouré d'une palissade ornée de niches au sein desquelles prenaient place des statues, probablement des allégories. De grands vases de pierre, ornés de jets d'eau, animaient cet espace final grandiose, qui devait surprendre le visiteur par son organisation rationnelle et son échelle monumentale. Ces jardins s'intégraient dans le paysage mais faisaient de Frémont une sorte de jardin abstraction, dont s'inspireront les jardins de Versailles.
1687-1702 : "Frémont", la "maison de chasse et de plaisance" du chevalier de Lorraine
Des embellissements peu documentés par les archives
Le chevalier Philippe de Lorraine acquiert donc le château en 1687. Amant et favori du frère de Louis XIV, Philippe d'Orléans, il dépense des sommes importantes, offertes par son protecteur, pour embellir le château et les jardins. Le jardin descend par niveaux successifs jusqu'à la Seine toute proche. Louis XIV s'arrête souvent à Frémont (on disait alors Frémont et non pas encore Fromont), puisque le domaine est situé sur la route reliant Versailles à Fontainebleau.
Le prince de Lorraine adore la chasse, et possède une meute de chien réputée, qu'il prête souvent à Louis XIV ou au Grand Dauphin.
Un plan daté du début du XVIIIe siècle thumb|Plan du côté de l'entrée du château de Frémont (ou Fromont), des communs et des jardins attenants (Potager au sud), en 1704 ou 1709?).
Un plan daté de 1704, (ou 1709 ?) établi par suite de l'échange qui a eu lieu entre "M. de Ris et Mme de Clérambault", les Clérambault succédant au chevalier de Lorraine à Frémont, nous indique l'aménagement précis de la moitié haute du domaine, du côté de l'entrée, à la mort du prince survenue quelques années auparavant. On y découvre le plan du château, en U ouvert du côté du jardin et de la Seine. Une allée y mène depuis la grande route de Paris à Fontainebleau.
Jardins hauts : La "grande pièce d'eau" servant de réservoir (et l'ancienne cascade ?)
Sur la partie haute au nord, se trouvait un bois, au-dessus duquel on trouvait un grand canal, appelé "la grande pièce d'eau" (environ de large sur de long), servant de réservoir pour alimenter tous les jets d'eau en contrebas, au niveau des parterres, sur le modèle du bassin réservoir haut du château de Juvisy voisin. Au-dessus de ce canal se trouvait une belle pelouse. On peut supposer que la cascade de Frémont représentée par une gravure, et existante dès le milieu du , pouvait se situer finalement non pas dans l'axe du château en contrebas, mais plutôt dans ce bois nord, juste en-dessous de ce grand canal pouvant justement servir de réservoir. En effet, à cet endroit la topographie permet de créer une cascade du fait du dénivelé. D'ailleurs le dessin de 1704 semble décrire le tracé d'une construction dans le haut de l'allée axée justement en perpendiculaire au milieu du canal. Mais la cascade du milieu du n'a pas forcément été conservée, du fait de sa fragilité, au temps du chevalier de Lorraine. Cette localisation de la cascade du milieu du , en lien avec l'emplacement de ce réservoir, et couplé avec la topographie, paraît être la plus logique.
Les trois cours des communs, le potager et l'Orangerie
Au sud de cette partie haute du jardin se trouvaient les trois cours des communs du château : une première grande cour donnait accès de l'autre côté au potager, orné d'une fontaine en son centre. La seconde cour, celle des bâtiments des communs (écurie et Orangerie ?), était disposée en U de la même manière que le château. Enfin une troisième petite cour voisinait tout proche du château. Une belle avenue latérale, nommée "l'allée royale", ouvrait la perspective depuis la petite façade de l'aile sud du château, en direction du château de Trousseau.
Le château et les intérieurs
thumb|Schéma du château de Frémont (ou Fromont) du côté de la terrasse, vers le jardin et la Seine, .
L'inventaire après décès offre bien le nom et la description des pièces intérieures au temps du chevalier de Lorraine en 1702. Mais en l'absence de plan précis des intérieurs, la distribution ne peut pas encore être concluante. On sait toutefois d'après les gravures que le corps central devait disposer de neuf baies du côté de la terrasse, et l'aile nord de six baies en retour. La position dominante de Frémont et cette belle cour intérieure, dite "la Terrasse", devait constituer un endroit charmant, d'où la vue sur le paysage devait être éblouissante.
On peut tout de même localiser la pièce principale du château, il s'agit du grand salon dit des portraits, où le chevalier de Lorraine avait souhaité décorer les lieux de près d'une cinquantaine de portraits, ainsi que deux tableaux généalogiques, qui rappelaient la gloire et l'ancienneté de la famille des Guise Lorraine. Cette grande pièce, la plus grande du château certainement, était située dans l'aile nord en retour, dans l'angle sud-est. C'est dire que cette pièce servait de salle de réception et était aménageable pour toutes soirées, pour des représentations théâtrales ou des soirées de jeux, bal ou autres. La vue était fort belle depuis le salon des portraits du chevalier de Lorraine : on découvrait la Seine qui traçait une longue ligne droite. Ce salon des portraits était le pendant plus modeste du grand salon de Nocret au château de Saint-Cloud, puisqu'elle possédait la même disposition plein sud et le même type de décors, tout un ensemble de portraits de famille.
Jardins bas : le grand parterre, les bosquets, les pelouses et la grande terrasse du bord de l'eau, parallèle à la Seine thumb|gauche|Restitution de la vue sur le château de Frémont, vers 1690, depuis le bas du grand parterre.