La cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille de Lille est une cathédrale dans le département français du Nord en région Hauts-de-France. De style néogothique, elle est située dans le quartier du Vieux-Lille, à l'emplacement de l'ancienne motte castrale.
Élevée en l'honneur de la Vierge Marie sous le vocable de Notre-Dame-de-la-Treille, du nom d'une statue miraculeuse qui fait l'objet d'une dévotion particulière à Lille depuis le , la cathédrale n'est à l'origine qu'une chapelle votive. Le projet de son édification, porté par une commission qui réunit des représentants du clergé et de la haute bourgeoisie industrielle créée en 1853 par Charles Kolb-Bernard, véritable chef laïc du catholicisme lillois, répond à un double objectif.
D'abord, reconstruire une grande église au cœur de la ville, après la destruction pendant la Révolution française de la collégiale Saint-Pierre qui abritait la statue de Notre-Dame-de-la-Treille depuis plus de six cents ans. Ensuite, promouvoir la création d'un siège épiscopal à Lille, qui appartient alors à l'archidiocèse de Cambrai, création jugée indispensable pour asseoir le statut de capitale religieuse de la ville et disposer des ressources nécessaires à la moralisation d'une population ouvrière qui ne cesse de croître sous les effets de la révolution industrielle. C'est pourquoi l'édifice est conçu d'emblée par ses commanditaires comme une future cathédrale.
Sa construction, qui s'est étalée sur près de cent cinquante ans, a débuté symboliquement en 1854 par la pose d'une première pierre et le lancement d'un concours international pour la conception d'un édifice inspiré du « gothique de la première moitié du ». Parmi les déposés, les deux premiers prix sont attribués à des projets anglais. Mais l'idée de confier la construction d'une église en l'honneur de la Vierge Marie à des architectes étrangers de confession anglicane soulève de telles objections que la réalisation du projet échoit finalement à l'architecte lillois Charles Leroy.
Engagée en 1856, la construction de l'église rencontre ensuite de nombreuses difficultés, en particulier pour réunir les financements nécessaires à la poursuite des travaux. Ils sont réalisés par tranche, sous la direction de plusieurs générations d'architectes, de 1856 à 1975, pour s'achever en 1999 par la pose d'une façade très moderne, une partie du programme initial, qui comportait notamment un massif ouest constitué de deux grandes tours encadrant une rosace, ayant été abandonnée.
Simple chapelle à l'origine, Notre-Dame-de-la-Treille se voit conférer le titre de basilique mineure par le pape en 1904. Le , après plusieurs décennies d'activisme des milieux catholiques lillois, l'archidiocèse de Cambrai est divisé en deux pour donner naissance au diocèse de Lille et Notre-Dame-de-la-Treille devient cathédrale. En 2008, à la suite du remaniement des provinces ecclésiastiques de France engagé à la fin des , Lille est élevée au rang d'archevêché et la cathédrale devient cathédrale métropolitaine, siège de l'archevêque qui a autorité sur les diocèses d'Arras, Cambrai et Lille.
Histoire Le culte de Notre-Dame de la Treille vignette|redresse|Photographie de la statue de Notre-Dame de la Treille (fin ).|alt=Photographie en noir et blanc d'une statue de la Vierge couronnée, avec un sceptre et portant Jésus enfant, sur un piédestal au treillis de bois.
La cathédrale doit son nom à une statue de la Vierge du dernier quart du déposée dans la collégiale Saint-Pierre au début du et qui a fait depuis l'objet d'une dévotion particulière à Lille. La statue est décrite par Charles Bernard, curé de l'église Sainte-Catherine de Lille, comme une statue de pierre peinte .
Il mentionne que et précise que l'ancienne grille, ou treille, en fer doré, a été perdue en 1792 lors de la destruction de la collégiale Saint-Pierre.. Il fait l'hypothèse que la « treille » qui entourait la statue servait à y attacher les vœux des fidèles et lui aurait donné son nom, mais il est plus vraisemblable qu'il lui vienne de Treola, nom de lieu attesté au à proximité de ce qui n'était pas encore Lille..
Trois séries de faits miraculeux sont associées à la statue, en 1254, de 1519 à 1527 et de 1634 à 1638.. Le miracle du est une vertu de guérison pour les malades recourant à son intercession.. Ceux du sont très variés. , la Vierge à la Treille délivre des possessions et guérit des maladies incurables, hernies, cécité, paralysie ou peste..
Dès 1254, une confrérie de Notre-Dame-de-la-Treille est établie canoniquement par le pape . et, en 1269, une procession annuelle en l'honneur de Notre-Dame de la Treille est instaurée et se perpétue jusqu'à la Révolution. En 1634, Jean Le Vasseur, mayeur de Lille, consacre la ville à Notre-Dame de la Treille. et c'est devant elle qu'en 1667, , qui vient de prendre la Flandre, prête serment de respecter les libertés des Lillois..
Après la destruction de la collégiale Saint-Pierre, fortement endommagée lors du siège autrichien de 1792 avant d'être livrée aux démolisseurs., la statue tombe dans l'oubli. Elle est achetée par un sacristain, Alain Gambier, qui la fait déposer à l'église Sainte-Catherine de Lille entre 1797 et 1802, où elle est reléguée dans une obscure chapelle.. Ce n'est qu'en 1842 que le père Charles Bernard, devenu curé de la paroisse Sainte-Catherine, rétablit le culte de Notre-Dame de la Treille et rêve de lui redonner toute sa vigueur : il institue le mois de Marie, patronne de Lille et fait placer la statue dans la chapelle de la Très Sainte Vierge de l'église Sainte-Catherine..
La célébration en grande pompe du jubilé séculaire des premiers miracles de Notre-Dame de la Treille, en 1854, constitue une étape décisive de cette œuvre de restauration.. D'autant qu'elle est marquée par un signe de la Providence, le dénouement de l'acquisition, , du terrain sur lequel doit être bâtie une église en l'honneur de Notre-Dame de la Treille, qui permet de poser sa première pierre avant le terme de l'octave jubilaire, ..
Le projet de création d'un diocèse vignette|redresse|Le député Charles Kolb-Bernard.|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme glabre représenté à mi-corps vêtu d'une redingote un poing sur la hanche.
Au milieu du , en dépit de la dimension de la ville et de l'importance croissante des communes environnantes, Lille n'est pas le siège d'un évêché et se trouve appartenir à l'archidiocèse de Cambrai. De fait, lorsque, à l'époque du Bas-Empire romain, des évêques s'installent dans les civitates d'Arras, Cambrai, Thérouanne et Tournai, Lille n'existe pas encore. Lors de sa fondation, au , elle relève du diocèse de Tournai. Un diocèse de Lille aurait pu voir le jour entre 1559 et 1561, lorsque décide de créer de nouveaux diocèses aux Pays-Bas pour endiguer la Réforme protestante.. Dès cette époque, l'importance économique et démographique de la ville aurait justifié qu'elle devienne l'un d'entre eux, mais la proximité de Tournai, amputé des archidiaconés de Gand et de Bruges érigés en diocèses indépendants, ne le permet pas..
En 1667, prend Lille et, en 1713, les traités d'Utrecht tracent de nouvelles frontières qui coupent en deux les diocèses d'Ypres, Tournai et Cambrai. Pour résoudre ce problème de juridictions différentes au sein d'un même diocèse, l'intendant de Flandres, Charles d'Esmangart, propose en 1785 la création d'un évêché s'étendant de Dunkerque à Saint-Amand-les-Eaux, dont le siège serait établi à Lille. Les mémoires se succèdent jusqu'en 1788, mais la survenue de la Révolution ne permet pas au projet d'aboutir et, en 1790, c'est le diocèse de Cambrai, amputé de sa partie belge, qui est profondément remanié pour épouser les contours du département du Nord créé la même année..
En 1852, le député lillois Charles Kolb-Bernard relance le débat en faveur de la création d'un diocèse qui couvrirait les arrondissements de Lille, Dunkerque et Hazebrouck dans un rapport public intitulé Intérêts communaux de la ville de Lille. Anti-républicain, légitimiste, porte-parole de la haute bourgeoisie protectionniste, véritable chef du catholicisme lillois, Charles Kolb-Bernard est lié par alliance à la famille Bernard, l'une des plus anciennes de la grande bourgeoisie lilloise, à laquelle appartient également l'abbé Charles Bernard. Voué à la moralisation de la classe ouvrière alors que les tensions sociales s'exacerbent avec l'arrivée massive d'immigrants belges et la paupérisation d'une part croissante de la population suscitées par la révolution industrielle, il voit dans l'érection d'un évêché le moyen privilégié de une population largement privée du secours de la religion.
Si elle gagne en acuité tout au long du siècle, la question sociale n'est pas nouvelle. Dès 1822, défendant une délibération sur l'érection d'un évêché à Lille que le conseil municipal adopte à l'unanimité, son rapporteur, Gaspard Charvet-Defrenne, s'exclame : ..
À cet égard, l'avocat Armand Prat, qui reprend les arguments développés par ses prédécesseurs dans un mémoire de 1856 intitulé Considérations sur la création d'un évêché à Lille, assure que .
Enjeu de reconnaissance du statut de capitale religieuse de la ville, la création d'un siège épiscopal à Lille relève aussi de considérations linguistiques et financières. En effet, le diocèse de Cambrai, tout en longueur, couvre deux aires linguistiques, le flamand étant très présent dans la partie nord occidentale, très éloignée du siège. Or, ..
De fait, quelques décennies plus tard, le dénombrement de 1896 fait état de près de 25 % de résidents étrangers dans l'arrondissement de Lille, ces derniers étant à plus de 98 % de nationalité belge., dont la plupart viennent de Flandre.. Dès les , les Flamands représentent deux cinquièmes de la population de Wazemmes et la moitié dans des quartiers comme Moulins et Fives ou des villes comme Roubaix.. Quant au point de vue matériel, d'une part, , tandis que d'autre part .
Le projet de construction d'une cathédrale À la même époque, au début de 1853, Charles Kolb-Bernard et son cousin l'abbé Charles Bernard, ancien curé de Sainte-Catherine devenu vicaire général de Cambrai en 1845, sont à l'initiative de la création d'une commission, l'« Œuvre de Notre-Dame-de-la-Treille et Saint-Pierre », dont l'objet est la construction de la plus somptueuse des églises en l'honneur de Notre-Dame de la Treille. Réunissant des représentants du clergé et de la bourgeoisie industrielle lilloise qui soutiennent vigoureusement le projet d'érection d'un évêché à Lille, la commission conçoit d'emblée l'église votive comme une future cathédrale. En vue de sa construction, elle acquiert un terrain au cœur même du Vieux-Lille, sur le site de l'ancienne motte castrale de Lille récemment arasée, pour la somme de ..
Un concours international est lancé en 1854 pour la conception d'un édifice de style néogothique, inspiré du « gothique de la première moitié du », dont la première pierre est posée le , au cours des fêtes de célébration du jubilé séculaire de Notre-Dame de la Treille., par René-François Régnier, archevêque de Cambrai, en présence de dix évêques, du maire, du préfet et d'une immense foule, avant même qu'un projet architectural n'ait été retenu. Le cahier des charges du bâtiment mis au concours est très explicite : il s'agit de proposer la cathédrale idéale du Moyen Âge dans toutes ses dimensions, la construction mais aussi l'ornementation et l'ameublement du futur édifice.
D'une longueur de 100 à de long, l'église élevée sur un plan en croix latine doit notamment comprendre une ou deux tours surmontées de flèches, trois portails à voussures profondes, trois nefs, un transept, un chœur, un sanctuaire et des chapelles absidiales séparées du sanctuaire par le bas-côté. Le budget pour le gros œuvre est fixé à trois millions de francs, non compris le terrain, les verrières et l'ameublement. Les vitraux et la décoration intérieure font l'objet de dessins et de devis séparés et d'une adjudication particulière..