Le gouffre de Padirac, ou puits de Padirac, est l'entrée monumentale d'une cavité naturelle, situé dans le Lot en France, d'une dimension de de diamètre environ. Au fond du puits, à de profondeur, coule une rivière souterraine qui a creusé et façonné des galeries depuis un à deux millions d'années et qui parcourt une partie d'un grand réseau karstique de plus de cartographiés en 2025Le gouffre de Padirac. Dossier de presse, 2025, p.10.
Fleuron du tourisme souterrain français, il est la deuxième cavité la plus visitée en Europe, après celle de Postojna en Slovénie.
Géographie vignette|gauche|Carte hydrogéologique du nord du causse de Gramat. Le gouffre de Padirac est situé dans la commune de Padirac, dans le département du Lot, dans la région Occitanie, en France. Il se trouve au nord de Gramat, dans la région historique du Quercy et s'ouvre dans les calcaires jurassiques du causse de Gramat.
Formation géologique La formation du calcaire La rivière souterraine de Padirac s’écoule au cœur d’un immense plateau calcaire : les causses du Quercy. L’omniprésence du calcaire dans la région s’explique par une transgression marine généralisée au cours de la période Jurassique. Pendant cette période, le paysage local s’apparentait à des lagons tropicaux permettant l’accumulation d’une grande quantité de sédiments marins à l’origine du calcaire.. Plus précisément, les galeries de Padirac recoupent deux unités d’âges différents : une unité inférieure datant du Bajocien supérieur et une unité supérieure datant du Bathonien inférieur Couches « Cartes IGN classiques » et « Cartes géologiques » activées. Vous pouvez bouger la carte (cliquer et maintenir, bouger), zoomer (molette de souris ou échelle de l'écran), moduler la transparence, désactiver ou supprimer les couches (= cartes) avec leurs échelles d'intensité dans l'onglet de "sélection de couches" en haut à droite, et en ajouter depuis l'onglet "Cartes" en haut à gauche..
La formation du réseau karstique et du gouffre de Padirac Les galeries sont beaucoup plus jeunes que la roche. Après la mise en place de la vallée de la Dordogne, le creusement karstique a pu commencer au cours de la période Quaternaire, il y a seulement 1 ou 2 millions d’années, grâce à des circulations d’eaux d’infiltration (pluie ou pertes) dans un réseau de fissures connectées. Une rivière souterraine s’est mise en place, creusant la roche de haut en bas, essentiellement par dissolution (érosion chimique). Actuellement, l'érosion n'est plus active. La rivière souterraine de Padirac, affluent de la Dordogne, s’écoule en direction du nord-ouest, vers Montvalent. Mesurant environ de long, elle rejoint le fleuve, qui constitue son niveau de base.
vignette|Intérieur du gouffre. Le cône d'éboulis qui encombre son fond est la marque d'un effondrement en terrain calcaire.|gauche|alt= Le gouffre de Padirac s’est formé après la mise en place des galeries souterraines, il y a certainement plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’années (c’est une estimation, il n'existe actuellement aucun moyen de savoir exactement quand s’est ouvert le plafond du gouffre). Le gouffre est une ancienne salle souterraine fermée par un plafond, un système annexe à la rivière, creusé également par des circulations d’eaux. L’érosion de surface a effectué un décapage des couches calcaires les unes après les autres par le haut jusqu’à recouper l’immense salle du gouffre. Le plafond s’est effrité et la salle s’est ouverte sur l’extérieur. Ce plafond s’est certainement ouvert à la suite d'une succession de climats très froids (périglaciaires) favorisant l’érosion de la roche.
Légendes Une légende christianisée raconte que saint Pierre (ou saint Martin) cheminait sur sa mule, en quête d'âmes à sauver, sur la voie romaine allant d'Autoire à Montvalent. Soudain, Satan apparait et lui propose une épreuve avec comme enjeu les âmes des damnés qu'il emporte en enfer. Le diable frappe le sol de son talon et un gouffre apparaît. La mule et son cavalier franchissent l'obstacle d'un bond extraordinaire dont il subsiste toujours les marques laissées par les sabots sur une dalle penchée vers le gouffre. Le diable furieux retourne dans les entrailles de la terre par le trou béant qui devient dans l'imaginaire collectif une ..
Une autre légende voudrait qu'à la fin de la guerre de Cent Ans, les Anglais aient enfoui dans le gouffre un riche butin cousu au préalable dans une peau de veau. Lorsque Édouard-Alfred Martel acheta les terrains situés au-dessus de la rivière souterraine, les propriétaires exigèrent l'insertion d'une clause leur réservant une part de l'éventuel trésor.
Histoire En 1907, il existait encore un petit mur en pierres sèches et les restes d'un foyer sur le sol du talus détritique du gouffre. Armand Viré pensait que ces vestiges avaient été laissés par des vaincus de la guerre de Cent Ans. Des cendres, des charbons, des débris de cuisine et des armes y ont été trouvés et furent par la suite exposés au public dans une vitrine à l'entrée du gouffre. Il fut habité à la fin du ainsi qu'en fin du .
En 1595, d'après François de Chalvet de Rochemonteix, les hommes profitent des conditions climatiques du lieu pour en extraire « un fort bon salpêtre ».
En 1867, la justice fit remonter le corps d'une jeune fille assassinée..
Édouard-Alfred Martel rapporte que vers 1865 - 1870, le comte Murat et de Salvagnac descendirent dans le puits d'entrée dans un grand panier retenu par des cordes. Le fils de de Salvagnac confia à Martel que son père y était descendu par curiosité ou à la suite d'un pari. Mais ils ne remarquèrent pas le petit orifice qui conduit à la grande galerie où s'écoule la rivière souterraine.
En 1889, le spéléologue Édouard-Alfred Martel fut le découvreur de la rivière souterraine du gouffre de Padirac. Les premières équipes d'exploration furent financées par le mécène Georges Beamish, héritier des bières irlandaises qui s'associa avec Martel pour créer en 1898 la Société d'Exploitation du Gouffre de Padirac.
Exploration spéléologique Le gouffre a servi de refuge aux habitants du causse de Gramat pendant la guerre de Cent Ans et au cours des guerres de Religion, mais il semble que ce soit seulement vers la fin du , à la suite d'une violente crue de la rivière, qu'une communication praticable se soit ouverte entre le fond du puits et les galeries souterraines.
Dans les années 2010, le gouffre de Padirac est l'une des entrées d'un réseau souterrain de plus de de développement pour plus de de dénivelé. Il est classé parmi les cent plus longues cavités souterraines naturelles. De nombreuses parties de ce réseau restent encore à explorer et à topographier. alt=Rivière de Padirac|centré|vignette|640x640px|Tracé approximatif de la rivière de Padirac.
Les explorations d'Édouard-Alfred Martel vignette|right|Les bâtiments d'accueil des visiteurs, et le gouffre au premier plan. L'exploration du gouffre de Padirac (le « trou du diable ») a été menée par Édouard-Alfred Martel à partir de 1889 avec l'appui du curé du village, l'abbé Joseph de Laroussilhe, un homme érudit, qui faisait le lien avec les villageois et facilitera l'achat de terrains par E-A. Martel lorsque celui-ci entreprendra d'ouvrir l'accès du site au public.
Arrivés à midi, le , Martel, Gaupillat, Armand, Foulquier, assurés par six hommes de manœuvre, descendent les du puits d'entrée à l'aide d'une échelle de corde de 180 échelons combinée à une escarpolette. Martel et Foulquier lèvent la topographie pendant que Gaupillat prend des photographies. Ils explorent vers l'amont la galerie de la grande arcade puis, bloqués par un siphon, rebroussent chemin et découvrent une brèche d'accès (l'entrée actuelle) qui mène vers l'aval la rivière (- ). Ils s'arrêtent à plus de du puits d'entrée sur de l'eau profonde.
Le lendemain, dès 4 heures du matin, ils redescendent avec un bateau de type Osgood baptisé le Crocodile. À 10 heures, Martel et Gaupillat embarquent, passent le lac de la pluie, la grande pendeloque, le rétrécissement du pas du Crocodile, le lac des grands gours (terminus actuel des touristes), le passage des étroits, les tunnels. Ils rebroussent chemin au , à environ du puits d'entrée.
Le à 14 heures, Martel, ses compagnons de 1889 et Louis de Launay, professeur à l'École des mines, sont de retour, entourés par plus de mille personnes. À minuit, trois bateaux sont sur la rivière. Un peu avant le lac des grands gours, ils grimpent une pente et découvrent une grande salle de par dont la voûte s'élève à plus de au-dessus du petit bassin qui en occupe le sommet (dans le circuit touristique actuel). Ils la baptisent salle des sources du mammouth. Ils reprennent ensuite la navigation vers l'aval et à 5 heures du matin, ils dépassent le terminus de 1889. plus loin, exténués, à 7 heures, ils buttent sur la grande barrière : une coulée stalagmitique de qui barre la rivière. À 16 heures, ils ressortent du gouffre aérienLes abîmes de E. A. Martel, Chapitre XV, « Le causse de Gramat - Padirac »..
La troisième exploration a lieu le samedi . Martel et ses deux passagers font naufrage et s'en sortent de justesse..
En 1896, Martel descend avec l'ingénieur Fontaine pour étudier l'aménagement touristique du gouffre et de la rivière.
En 1898, Giraud parcourt à la nage, éclairé par une bougie, une galerie de au niveau du lac près du terminus actuel des touristes. Armand Viré reconnaît, sur , une galerie affluente qui porte son nom.
Le , Edmond Albe et Armand Viré escaladent la grande barrière et élargissent au marteau et à la pointerolle le laminoir à son sommet. La rivière profonde se poursuit derrière. Le , ils atteignent l'amont des terrasses, un énorme empilement de strates, que Martel franchit les 13 et .
Les 29, 30, et , après avoir évincé peu élégamment Albe et Armand Viré, accompagné de quatre guides, Martel gagne et s'arrête devant la barrière du fuseau. Il estime alors que son terminus est la « fin humainement possible », il interdira alors toute expédition ultérieure à Padirac.
Martel a parcouru et topographié de galerie dont pour la principale. Il estimait, à tort, que l'exsurgence se situait à Gintrac (voir exploration de 1947).
Les explorations de Guy de Lavaur Reprise des explorations en 1937 En , William Beamish, président de la Société d'exploitation du Gouffre de Padirac, abroge l'interdiction de Martel pour remercier Guy de Lavaur de l'avoir fait descendre à l'igue de Saint-Sol (galerie amont des grottes de Lacave). Deux jours plus tard, Guy de Lavaur et Raymond de Candolle aperçoivent une suite après une escalade au terminus Martel de , à la Barrière du Fuseau. De retour le lendemain avec William Beamish et Toussaint, ils progressent de et bloqués par une coulée stalagmitique, observent un orifice au-dessus de leurs têtes. Les 14 et , de Lavaur revient avec Robert de Joly. Ce dernier franchit une nouvelle barrière qui porte son nom et prolonge de la reconnaissance du cours de la rivière souterraine.
La Seconde Guerre mondiale empêche toute exploration jusqu'en 1947.
Colorations des eaux Martel avait déjà tenté à plusieurs reprises, mais sans succès, d'effectuer des colorations par quelques centaines de grammes de fluorescéine pour déterminer où ressortaient les eaux du réseau. De même, en 1938, Guy de Lavaur , mais la quantité est trop faible pour être détectée aux exsurgences supposées.
Le , de fluorescéine ( dilués à 50 %), fournis par la Commission de spéléologie du CNRS, sont versés au Lac des Grands Gours visible du terminus des touristes. Le colorant ressort près de la Dordogne sous Montvalent à l'exsurgence du moulin du Lombard le et à la fontaine Saint-Georges le . Les échantillons sont collectés par M. Delmas, secrétaire de mairie de Montvalent et leurs concentrations en fluorescéine sont déterminés par Félix Trombe. Après un épisode pluvieux, toute trace de fluorescéine disparait le .