Moka (prononciation en créole mauricien : [moka]) est un village de l'île Maurice, chef-lieu du district de Moka au centre de l'île. Selon le recensement effectué par Statistics Mauritius en 2011, la population était de . La partie ouest du village se trouve également dans le district de Plaines Wilhems. Le village est administré par le Conseil du village de Moka sous l'égide du Conseil de district de Moka. L'altitude est de 203 mètres et peut aller jusqu'à 425 mètres à certains endroits. Le village est bordé par la chaîne  de Moka comprenant notamment les montagnes emblématiques du Pouce et de Pieter Both. Réduit est une banlieue du village où se trouvent la State House et l'Université de Maurice. Le village abrite également la Mauritius Broadcasting Corporation et le Mahatma Gandhi Institute.

Historiquement village agricole, Moka s’est graduellement transformée depuis 2008 en l’une des régions résidentielles les plus prisées du pays. Depuis 2017, le groupe ENL y développe une ville intelligente sous le cadre légal du Smart City Scheme.

Géographie Située à environ d'altitude, de l'autre côté de la chaîne de Moka qui coupe l'île du nord-est au sud-ouest, et donc protégée des vents d'est dominants, Moka bénéficie d'une température plus fraîche que sur les côtes du nord et de l'ouest.

Origine du nom En 1714, le Francais Guillaume Dufresne d’Arsel se voit confier le commandement du Chasseur afin de participer à la troisième expédition de Moka. C’est en 1708 qu’est organisée une première expédition de la compagnie des Indes orientales, pour ramener du café de Moka, une ville portuaire du Yémen, connue pour la qualité de son arabica.

La cour de France ayant découvert et apprécié le goût du café, Dufresne d’Arsel est chargé d’implanter sur l’île Bourbon (Réunion) des plants de caféier. Les navires Le Chasseur et La Paix partirent donc de Saint-Malo le . Guillaume Dufresne d’Arsel remplit efficacement sa mission et quitte le Yémen.

En vertu d’ordres royaux reçus par un autre bateau le , il doit prendre possession de la voisine de Bourbon, alors inoccupée, l’île Maurice. Il aborde l’île le à la rade des Moluques (futur Port Louis) et y plante symboliquement la Croix aux Lys d’or. En 1719, Dufresne d'Arsel rentre en France, honoré du titre de gouverneur de Moka. La Compagnie Française des Indes Orientales prend possession de l’Isle de France où elle s’installe à partir de 1721.

Ce contexte explique l’attribution du nom de ‘Moka’ au lieu de cultures du café. D’après le dictionnaire toponymique de l’Ile Maurice publié par la Société de l’Histoire (1998), le nom ‘Moka’ vient de la présence de plants de café importés du Yémen au début de la colonisation.

Culture du café Sous le régime de la Compagnie française des Indes orientales (1715-1767) et celui du gouvernement royal de Louis XV (1767-1774), l’objectif est d’encourager la culture de produits exotiques prisés en Europe (notamment celle du café), de manière à amenuiser le monopole des Hollandais sur le commerce des épices. À Maurice, la compagnie introduit des plants de café arabica importés de Moka vers 1721. La culture du café ne se développe pas comme à Bourbon où les plantations de café deviennent la culture principale jusqu’en 1815.

Le café se cultive à l’ile de France jusqu’à l’interdiction émise par le Gouvernement Royal de Louis XV aux rênes de la colonie dès 1767, au profit de la culture des céréales, grains et de l’élevage (Rouillard, 1974). Cette interdiction s’est faite sans doute pour assurer une culture exclusive à Bourbon et délimiter les cultures coloniales de manière à faciliter et optimiser leur gestion depuis la métropole.

Toutefois, la culture du café est présente avec un million de pieds de café dans la colonie jusqu’en 1776, date à laquelle un grand nombre de plants sont détruits par une maladie. Par la suite, les cyclones comme celui de 1824 sont particulièrement dévastateurs pour les cultures de café qui déclinent.

En 1817, une surface de ( produites), dont 41 à Moka, était cultivée en caféiers à Maurice. Cette surface est réduite à ( produites) en 1830.

Ce serait le développement de la canne à sucre qui aurait poussé les planteurs à abandonner la culture du café à Moka vers 1827 (Rouillard, 1974). En effet, la culture de la canne à sucre prend son essor à partir de 1825, date à laquelle les Britanniques abolissent les taxes sur le sucre mauricien. Désormais au même tarif que les sucres antillais, le sucre mauricien est en mesure de conquérir le marché mondial.

Limites territoriales Au départ, le nom ‘Moka’ se réfère au district décrit dans le règlement du Conseil Supérieur en 1762, date à laquelle l’ile est divisée en 8 quartiers. Le district de Moka se compose du Réduit, de l’Ilot du Réduit et du Quartier Militaire, et le quartier de la Montagne à partir de 1773 (Rouillard, 1974). vignette|Quartier de Moka y compris la Terre Rouge, 1773 (source : BnF). Le ‘quartier de Moka’ regroupe celui de Moka et de Terre Rouge et devient une municipalité pendant la Révolution française en 1790 et un district sous l’administration britannique en 1875. Ce qui correspond à la ville de Moka aujourd’hui est le résultat d’une subdivision du district par le gouverneur Decaen (époque napoléonienne) au début du . Elle est l’un des quatre cantons du quartier de Moka (Rouillard, 1974) :

les Pailles (l’enfoncement de l’Anse Courtois) Moka commençant à Montagne Ory et s’étendant jusqu’à la tête de la rivière profonde La Terre Rouge Le Quartier Militaire.

Le dictionnaire toponymique nous donne une description des limites du district de Moka aujourd’hui (1998 :22): « Au nord, la ligne de chemin de fer, du viaduc qui traverse la Grande Rivière jusqu’à l’entrée Sud du pont franchissant la Rivière St Louis, et de là, une ligne droite jusqu’au sommet de la montagne des Pailles. Ensuite, la ligne de la crête de la Montagne jusqu’à l’Escarpement, puis par le commet du Pouce, le Pieter Both, les Deux Mamelles et les montagnes de Calebasses jusqu’à la Rivière du Rempart dans les montagnes de la Nicolière. A l’Est, la ligne de partage des eaux, de la Rivière du Rempart jusqu’au sommet de la Motte-à-Thérèse. De là, une ligne droite tirée vers le somment de la colline la plus orientale située sur l’établissement St Julien puis vers le signal de triangulation à l’extrémité occidentale de la Montagne Blanche. Ensuite, la ligne droite s’étendant vers le pic de la Table à Perrot, à l’angle sud-ouest de la concession Dufay de la Branchère. Au sud, la crête des montagnes, du sommet du pic de la Table à Perrot, au long des montagnes Laselle, Lagrave et d’Hauvillard au Mont Ebène jusqu’à l’intersection de la Ligne Tout Court. A l’Ouest, par la Ligne Tout Court du sommet de la Montagne d’Hauvillard au Mont Ebène jusqu’à l’intersection de la Rivière Terre Rouge. De là, le long de la Rivière Terre Rouge jusqu’au Pont de la cascade, sur la route de Rose Hill à Moka, et le long de la Grande Rivière jusqu’au viaduc du chemin de fer. »

Histoire

Moka se développe notamment avec l’installation de plusieurs concessionnaires qui se consacrent à l’agriculture. Ces concessions deviennent des fermes où sont élevés des animaux essentiels à la survie des habitants comme le rappelle Magon : vignette|253x253px|Le Château du Réduit vers 1880. (1839 :54)

Moka fait état d’un lieu où il fait bon vivre, situé non loin du port de Port-Louis dans un climat agréable, moins chaud que celui de la capitale. La résidence du gouverneur, alors installée à Mon Plaisir à Pamplemousses, est délaissée au profit du Réduit en 1749, date à laquelle le gouverneur David s’y installe (Rouillard, 1974). C’est lui qui construit le château du Réduit, plus tard agrandi par le gouverneur Magon. Adrien d’Epinay nous dit au sujet de l’établissement du premier gouverneur à Moka en 1750 : « M. David pendant son administration, fait construire, à Moka en un lieu extrêmement pittoresque, une petite maison pour ‘offrir aux dames une retraite en cas de tentative de l’ennemi sur l’ile’. Il nomme cette petite maison le Réduit. Mais, c’est l’amour seul qui a fait construire ce Réduit. M. David voulait se rapprocher de l’objet de son cœur, qui habitait aux environs. C’est le seul souvenir que laisse cet administrateur « médiocre, mais aimable, bienveillant, probe et amoureux ! ». (d’Epinay, 1890:128) À cet instant, Moka est un lieu propice à l’agriculture. Il rassemble peu d’habitants (environ 1959 en 1767 sur l’ensemble du district - Kuczynzski, 1949), qui préfèrent souvent l’animation de Port Louis ou le district de Rivière Noire où réside une population plus importante. Dès lors, Moka se positionne comme une terre agricole où peu d’habitants résident en dehors des concessionnaires et du gouverneur octroyant à Moka une aura particulière, entre le lieu central du pouvoir et une campagne généreuse. C’est un quartier paisible et agréable que décrivent les différents voyageurs et résidents notoires de l’ile : “Ce quartier est considérable. Il est situé au centre de l’île, le terrain en est bon, propre aux riz et autres grains. Il produit du café fort bon, et les plantations de cet arbuste s’y multiplient. Il est propre à beaucoup d’autres objets, et fournit à la consommation journalière du chef-lieu, au moins en grains, partie en légumes et jardinage parce qu’une partie des habitations sont arrosées par des canaux. Les bois y sont passables et assez fournis." Pierre Poivre (1767).

"C’était “le quartier le plus gai et le plus agréable à vivre de la colonie, ses productions étant le café, le riz, le bled et le manioc”. Wilkinsky (1769)

"Ce quartier est plus agréable à la vue que productif. De jolies maisons de campagne, des routes commodes, le font paraître au premier abord l’un des plus beaux de l’ile ; mais s’il offre beaucoup d’agrément, il ne présente pas les mêmes ressources de fortune que plusieurs autres, dont l’aspect est beaucoup moins séduisant." D’Unienville (1817)

Industrie et développement économique L’exploitation des terrains en cultures marque la première étape vers le développement infrastructurel et économique de Moka. Plusieurs facteurs contribuent au développement du territoire de Moka notamment trois raisons principales :

l’impact des épidémies sur la population; le développement économique de l’industrie sucrière; le développement du réseau de transport.

À partir des années 1850, l’ile est particulièrement affectée par des épidémies comme le choléra et la malaria. Ces deux maladies se propagent particulièrement à Port-Louis, engendrant le déplacement de la population vers les hauts plateaux réputés pour leur climat plus sain. Les statistiques révèlent que 20 % de la population totale de Maurice est décimée par les épidémies à la fin des années 1860.

Développement économique agricole Dès l’époque française, le café, le coton et le manioc sont cultivés à Moka. D’après John Anderson (1858 :81), on cultive des bananes, pèches, citrons et autres fruits au pied du Pieter Both.

À l’époque britannique, les statistiques démontrent que les cultures de céréales et de manioc étaient les plus importantes. En revanche, à partir de 1830, c’est-à-dire au moment où la culture du sucre se développe de manière exponentielle sur l’île, la culture du sucre passe de 8,5 % en 1817 à 57 % des terres cultivées et devient la culture principale à Moka. Cela se vérifie également en examinant les chiffres faisant état de la superficie des terrains destinés à la culture de la canne et l’augmentation du nombre de ‘sucreries’ qui passent de 10 en 1789 à plus de 180 sur l’ensemble du territoire mauricien. Moka suit la tendance générale de l’île en participant activement au développement d’une économie qui reposera sur le monopole du sucre.