John Garang De Mabior, né le à Wangulei dans la province de Jonglei du Soudan du Sud et mort le près de New Cush (actuellement : Soudan du Sud), est un économiste, militaire et homme politique soudanais.
 la tête du Mouvement populaire de libération du Soudan et de l'Armée populaire de libération du Soudan qu'il fonde en 1983, il est une personnalité clé de la seconde guerre civile soudanaise, sur laquelle il exerce une influence majeure en luttant contre la dictature islamiste au pouvoir à Khartoum. Après vingt ans de conflit armé, les accords de paix Nord-Sud du mettent fin à la guerre, et lui permettent d'accéder six mois plus tard au poste de vice-président du Soudan, sous la présidence de son ancien ennemi Omar el-Bechir.
Mort lors d'un accident d'hélicoptère seulement trois semaines après cette prise de fonction, il ne peut empêcher la partition du Soudan en deux États, l'actuel Soudan et le Soudan du Sud, après avoir pourtant toute sa vie défendu l'objectif d'un Soudan unifié et démocratique. Son bras droit au Mouvement populaire de libération du Soudan, le général Salva Kiir, lui succède à la présidence de son parti et à la vice-présidence du Soudan, et devient en 2011 le premier président du Soudan du Sud indépendant.
Biographie Jeunesse et études John Garang naît le à Wagkulei, dans la province de Jonglei, dans une famille dinka pauvre et chrétienne. Après avoir perdu ses deux parents à l'âge de 9 et , il fréquente l’école primaire sous administration britannique, puis le collège de Rumbek dans la région de Bahr el-Ghazal. En 1964, il rejoint la Tanzanie, où il poursuit ses études secondaires au collège de Lushoto, puis à l'université de Dar es Salam. Il y fait la connaissance de Yoweri Museveni, le futur président de l’Ouganda, et d’Eduardo Mondlane, le futur fondateur du Front de libération du Mozambique, tout en s'imprégnant des idées révolutionnaires de l'époque, notamment marxistes. Il poursuit ses études en sciences économiques au (Iowa, États-Unis), dont il sort diplômé à .
En 1968, lors de la première guerre civile soudanaise, John Garang rejoint le mouvement rebelle Anyanya, qui défend les populations sud-soudanaises contre le régime de Khartoum. Après la signature d’un accord de paix à Addis-Abeba en 1972 qui met fin au conflit et accorde une semi-autonomie au Soudan du Sud, il est intégré dans l’armée soudanaise avec le grade de capitaine. Devenu colonel, il se rend aux États-Unis (alors alliés du Soudan) en 1974 pour y recevoir une formation militaire sur la base de Fort Benning en Géorgie. En 1976, John Garang se marie avec la femme politique Rebecca Nyandeng De Mabior, avec qui il aura deux enfants, la future réalisatrice et mannequin Akuol De Mabior., et Mabior Garang de Mabior, qui deviendra homme politique.. L'année suivante, il soutient avec succès une thèse d'économie agricole à l'université d'État de l'Iowa sur le développement agricole du Soudan. Ce nouveau diplôme lui vaut d'être désigné, par ses amis comme par ses ennemis, par son titre de « docteur ».. De retour au Soudan en 1981, il reprend sa place dans l'armée et enseigne le développement agricole au Collège militaire de Khartoum.
Deuxième guerre civile soudanaise De la reprise de la guerre à l'accord d'Addis-Abeba de 1988 En début d'année 1983, après la découverte d'importants gisements pétroliers au Soudan du Sud, le général Gaafar Nimeiry, au pouvoir au Soudan, révoque la semi-autonomie de ce territoire, prévue par les accords d'Addis-Abeba, ce qui provoque plusieurs soulèvements. En mai, John Garang, chrétien et dinka comme la majorité de la population sud-soudanaise, est envoyé par le gouvernement pour calmer la mutinerie d'une garnison, le , composé de à et stationné à Bor. Le colonel sud-soudanais a par ailleurs lui-même commandé cette garnison entre les accords d'Addis-Abeba de 1972 et son départ aux États-Unis en 1974.
vignette|Drapeau de la SPLA en 1983.|alt=Drapeau à cinq bandes horizontales, du haut vers le bas : bande noire, bande blanche fine, bande rouge, bande blanche fine, bande verte. Un triangle bleu ciel, sur lequel figure une étoile à cinq branches rouge, recouvre la partie gauche du drapeau.
Sur place, John Garang désobéit aux ordres du gouvernement, se rallie aux mutins, et fonde avec eux le le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) et sa branche armée, l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA). La plupart des soldats qu'il commandait dans l'armée soudanaise le rejoignent. Le , à la suite de plusieurs rencontres entre différents opposants au gouvernement, John Garang proclame le « Manifeste du mouvement populaire soudanais », avec pour objectif de lutter pour l'établissement du Soudan, . Son ambition est aussi économique, que les ressources pétrolières du sud du pays bénéficient davantage aux populations qui habitent sur ces terres. Le SPLM, dont le manifeste est d'inspiration marxiste, est d’emblée soutenu par l'Union soviétique et par le régime éthiopien de Mengistu Haile Mariam qui lui permet d'installer son quartier général à Addis-Abeba.
vignette|Membres dirigeants du Derg au pouvoir en Éthiopie entre 1977 et 1991, et soutien clé du la SPLA : Mengistu Haile Mariam, Tafiri Benti et Atnafu Abate.|alt=Photographie en noir et blanc montrant trois hommes portant un trench-coat et un calot militaire. Ils agitent de petits drapeaux et saluent la foule. Une foule de personnes les suit en arrière-plan. |gauche
Le , Gaafar Nimeiry impose la loi islamique à l’ensemble du Soudan, enfonçant le pays dans la deuxième guerre civile. Le , la SPLA entre en guerre en attaquant une garnison militaire gouvernementale, ainsi que les installations pétrolières de Chevron et le chantier du canal de Jonglei conduit par l’entreprise Grands travaux de Marseille, leur reprochant d'exploiter les terres et les ressources des Sud-Soudanais pour le compte du régime de Khartoum.. Certains employés expatriés sont pris en otage par la SPLA, puis libérés au bout de quelques jours sur ordre de John Garang, qui profite néanmoins de cet incident médiatisé pour faire connaitre son combat et ses revendications au reste du monde.
Le , confronté à des contestations croissantes et à des revers militaires dans le sud du pays, Gaafar Nimeiry, en visite à Washington, est renversé par un coup d'État organisé par son ministre de la Défense, le général Swar-ed-Dahab.. Ce dernier prend la présidence du Conseil militaire de transition et invite John Garang à venir à Khartoum pour prendre part au gouvernement provisoire. Mais le colonel sudiste, méfiant, refuse cette offre qui implique que les rebelles déposent les armes, évoquant une ressemblance du nouveau gouvernement militaire en place avec son prédécesseur. Abdel Rahman Swar al-Dahab démissionne pourtant l'année suivante et un nouveau gouvernement, civil cette fois-ci, lui succède sous la présidence d'Ahmed al-Mirghani, qui nomme Sadeq al-Mahdi premier ministre.. Après une première rencontre infructueuse entre ce dernier et John Garang à Kampala, capitale de l'Ouganda, le , un accord de paix est finalement signé entre les deux hommes à Addis-Abeba le . Entre-temps, la SPLA remporte plusieurs victoires militaires au sud du pays. Cet accord prévoit la réunion d'une conférence constitutionnelle, un gel des lois islamiques, une levée de l'état d'urgence, et une dénonciation des pactes militaires. Mais Sadeq al-Mahdi, affaibli par une crise économique et par une famine, voit son pouvoir contesté par les islamistes qui l'obligent à associer au gouvernement le du théologien Hassan Al-Tourabi. Cela ne suffit cependant pas à le maintenir au pouvoir.
Coup d'État d'Omar el-Béchir et reprise du conflit vignette|Omar el-Béchir, à la tête du Soudan de 1989 à 2019, en 1990.|alt=Photographie en couleurs d'un homme noir en uniforme militaire vert paré de décorations, portant un béret rouge. Seul le haut de son corps est visible Le , Sadeq el-Mahdi est à son tour renversé par un coup d'État qui ramène au pouvoir un gouvernement militaire et islamiste dirigé par Omar el-Béchir et Hassan al-Tourabi.. Une semaine plus tard, Sadeq el-Mahdi devait s’entretenir avec John Garang pour préparer une conférence constitutionnelle prévue dans leur accord de paix.. Mais paradoxalement, cette occasion manquée et cette dérive autoritaire du pouvoir soudanais sont vues comme une opportunité pour John Garang de s'afficher en principal réformateur, démocrate, et rassembleur du peuple. Le , une coalition politique soudanaise laïque et démocratique se forme en opposition à ce nouveau gouvernement, la (NDA), rassemblant des forces sudistes comme nordistes. La SPLA rejoint la NDA en 1990, et John Garang obtient le commandement de sa branche militaire, étant le dirigeant du groupe d’opposition armée le plus puissant. Mais la NDA, tout en se targuant de rassembler toutes les forces d’opposition, peine à s’affirmer sur le terrain politique.
Décennie 1990 : scission de la SPLA et changements alliances internationaux vignette|John Garang reçoit en 1989 la visite du membre du Congrès des États-Unis Gary Ackerman dans son camp d'entraînement au sud du Soudan.|alt=Photographie en noir et blanc montrant quatre hommes, dont deux en uniforme, assis autour d'une table dans un cadre naturel. D'autres personnes sont présentes en arrière-plan.|gauche Sur le front de la guerre civile soudanaise, dans les deux années qui suivent la prise de pouvoir d'Omar el-Béchir, aucun changement significatif n’est constaté dans le rapport de force. Ce dernier hésite sur l'attitude à adopter face à la SPLA, et prend même contact avec John Garang pour entamer des pourparlers de paix (qui resteront sans suite), l'accord de paix de 1988 étant rendu caduc par son coup d'État. Cependant, sur la scène internationale, d'importants bouleversements influent sur cette guerre. Après avoir été dans un premier temps reconnu par les États-Unis et les pays arabes du Golfe, le gouvernement d'Omar el-Béchir décide de soutenir le gouvernement irakien de Saddam Hussein lors de l'invasion du Koweït puis de la guerre du Golfe. En conséquence, ses relations se tendent avec Washington ainsi qu'avec Riyad (soutiens diplomatiques et militaires du Koweït), qui supprime une importante aide financière accordée à Khartoum.. Omar el-Béchir tente de compenser cet isolement en se rapprochant du régime islamique iranien. et de la France.
En , l'appui du gouvernement soudanais aux nationalistes érythréens et tigréens leur permet de prendre le pouvoir à Asmara et à Addis-Abeba, renversant le régime éthiopien de Mengistu Haile Mariam, principal soutien étranger de la SPLA.. À la suite de cet événement concordant avec la dislocation de l'Union soviétique, la SPLA se retrouve pendant deux ans, de 1991 à 1993, sans allié extérieur. Pire, elle est affaiblie en interne par la sécession en 1991, avec leurs soldats, des commandants Riak Machar et Lam Akol qui fondent leurs propres factions de la SPLA, la « SPLA-Torit » et la « SPLA-Nasir ». Cette scission dégénère même en affrontements armés entre organisations rebelles sudistes rivales, reflétant et alimentant une fracture ethnique croissante entre Dinka (ethnie de John Garang) et Nuer (ethnie de Riek Machar), un facteur de tension que le colonel sudiste ne parviendra jamais à réduire et qui mènera à la terrible guerre civile sud-soudanaise, de 2013 à 2020.
vignette|Combattants de la SPLA durant la seconde guerre civile soudanaise, date inconnue.|alt=Photographie en couleurs montrant une dizaine d'hommes en treillis de camouflage, assis ou debout dans l'herbe entre des buissons, armes à la main. Deux bidons sont posés au centre de l'image.