Jacob Leon Rubenstein, qui changea son nom en Jack Leon Ruby, né le à Chicago (Illinois) et mort le à Dallas (Texas), était le propriétaire d'une boîte de nuit à Dallas. Il assassina Lee Harvey Oswald le , deux jours après que ce dernier fut arrêté pour suspicion d'assassinat du président Kennedy et du policier J. D. Tippit.

Biographie En 1903, Joseph Rubenstein et Fannie Turek Rutkowski, d'origine juive polonaise, futurs parents de Jack Ruby, émigrent aux États-Unis. Le , à Chicago, naît leur fils Jacob Leon Rubenstein (futur Jack Ruby), cinquième enfant d'une fratrie qui en comptera huit.

Jacob Leon Rubenstein a une enfance troublée notamment à la suite du décès de sa mère dans un hôpital psychiatrique. En parallèle, son père alterne sorties et séjours en milieu carcéral. En 1922 il est envoyé dans un centre pour enfants difficiles et quitte le système scolaire à l'âge de 16 ans. Dans les années 1930 il est employé comme « garçon de course » dans le gang de Daniel Miller à Chicago. En 1937 il est l'homme de main du président du syndicat des ferrailleurs et en 1939 est soupçonné d'être mélé à l'assassinat d'un syndicaliste. Il s'occupe dès cette époque de boîtes de strip-tease. En 1943, il sert dans l'US Air Force durant la Seconde Guerre mondiale mais reste cantonné sur une base sur le sol américain.

En 1946, démobilisé, Jacob Leon Rubenstein s'établit à Dallas, où il rejoint sa sœur Eva Grant, tenancière de bar, et où ses frères et lui changent leur nom en Ruby.

Après diverses activités, Jack Ruby devient le patron de diverses boîtes de nuit et de strip-tease, fréquentées aussi bien par la police et des magistrats que par la pègre locale. Son établissement le plus connu, le « », accueillait à l'occasion des notables de la ville. Il a des contacts suivis avec , chef de la pègre locale et lieutenant du parrain de la Nouvelle-Orléans, Carlos MarcelloThierry Lentz, L'Assassinat de John F. Kennedy : histoire d'un mystère d'État, nouveau monde éditions, 2013, ..

Il pratique à l'occasion un numéro de claquettes sur scène.

Assassinat de Lee Harvey Oswald, assassin présumé de John F. Kennedy

Dans les mois qui précèdent l'attentat Durant les six mois qui ont précédé l'attentat contre Kennedy, Jack Ruby a multiplié les appels téléphoniques avec les lieutenants de Carlos Marcello comme Joseph Civello et également les hommes de main de Jimmy Hoffa, le tout-puissant dirigeant du syndicat des camionneurs en guerre ouverte avec Robert F. Kennedy, Santos Trafficante, l'ancien parrain de Cuba emprisonné puis expulsé par le régime de Fidel Castro, et également Sam Giancana, le tout-puissant parrain de l'Outfit de Chicago. Il eut également des contacts avec Robert Maheu, qui dirigeait, comme l'activiste anticommuniste Guy Banister, une agence de détective privé qui camouflait les activités illégales de la CIA sur le sol américain. Créée en 1947, la CIA avait en effet l'interdiction formelle d'agir à l'intérieur des frontières des États-Unis, rôle dévolu exclusivement au FBI de J. Edgar Hoover.

Ruby justifie ces contacts par les difficultés rencontrées dans ses affaires et ses démêlés avec l'American Guild of Variety Artists, mais ces explications ont été rejetées par les conseillers du HSCA qui insistèrent au contraire sur le manque de recherches effectives de la part des autorités fédérales à ce sujet et notamment de la part du FBI en 1963.

Ruby a également rencontré deux fois John Roselli, représentant de l'Outfit de Chicago dirigé par Giancana, dans un motel de Miami à l'automne 1963, selon une révélation du New York Times en 1977 issue des rapports de surveillance du FBI.

Le 22 novembre 1963 Selon ses dires, Jack Ruby se trouvait à Dallas le jour de la visite du président Kennedy, dans les locaux du Dallas Morning News, non loin de Dealey Plaza.. Le matin même, il avait demandé à un informateur du FBI s'il voulait « regarder les feux d'artifice », selon des documents du FBI datés de 1977 et divulgués en 2017..

Après l'assassinat du président Kennedy, Jack Ruby téléphone à plusieurs proches. Il se rend ensuite à l'hôpital Parkland où John Fitzgerald Kennedy avait été admis après les tirs sur Dealey Plaza. Il y rencontre le journaliste Seth Kantor dont le témoignage ne fut pas retenu par la Commission Warren.

Le soir, vers 19 heures, il est vu au commissariat de police où était interrogé Lee Harvey Oswald, tentant même de rentrer dans la pièce où était interrogé le suspect. Repoussé par les policiers en faction et ayant assisté à un office religieux, il revient à partir de minuit, distribuant des sandwichs avec les nombreux policiers présents et qui le fréquentent depuis de nombreuses années grâce à son club le Carousel. vignette|Jack Ruby tirant sur Lee Harvey Oswald. À minuit, il participe à la conférence de presse donnée par le procureur Henry Wade. Ruby intervint alors pour corriger les propos tenus par ce dernier sur les activités politiques de Lee Harvey Oswald : celui-ci ayant affirmé aux journalistes qu'Oswald faisait partie du Free Cuba Committee (organisation anti-castriste), Ruby rectifie : le suspect appartenait au Fair Play for Cuba Committee (organisation pro-castriste) dont Lee Harvey Oswald était l'unique membre.

Dans la nuit du 22 au , Jack Ruby se rend dans les locaux d'une radio, puis d'un journal.

Le 23 novembre 1963 Le transfert de Lee Harvey Oswald est fixé le samedi à 16 h. Il est cependant annulé et repoussé au lendemain.

L'emploi du temps de Jack Ruby révèle qu'il est présent au City Hall à 12 h, puis à nouveau à 17 h, recherchant des informations pour connaître l'horaire de transfert de Lee Harvey Oswald. À cette occasion, il distribue ses cartes de visite aux journalistes présents sur place, dont Philippe Labro, qui travaillait alors pour France-Soir. Il passe alors plusieurs coups de fil vers un hôtel de Galveston, ville où se situait alors David Ferrie, puis à l'Hôtel Cabana situé à Dallas.

Le 24 novembre 1963, assassinat de Lee Harvey Oswald Le matin du dimanche , le transfert de Lee Harvey Oswald vers la prison doit se faire à 10 h. Le transfert est cependant retardé tout d'abord par un interrogatoire d'une heure mené par l'inspecteur en chef de la poste (qui a décidé de ne pas aller à l'église ce jour-là afin de tenter d'aider la police), ensuite par Oswald lui-même qui demande à la dernière minute de pouvoir passer son pull noir pour passer à la télé.

Pendant ce temps, une des danseuses de Ruby, Karen CarlinÂgée de 20 ans, elle fut interrogée le 24 novembre 1963 par le FBI et parut effrayée que Lee Harvey Oswald et Jack Ruby soient impliqués dans l'assassinat de John F. Kennedy. Elle décéda au cours du mois d'août de l'année 1964 sous les balles d'un tireur resté inconnu à ce jour., l'appelle afin de lui demander de lui verser pour de la nourriture et son loyer. Avec son chien favori, Sheba, dans la voiture, Jack Ruby quitte son domicile une heure après l'heure à laquelle Lee Harvey Oswald aurait dû être transféré. Jack Ruby se rend d'abord à son club le Carousel, puis au centre-ville pour virer l'argent. Il effectue son versement à 11 h 17 au bureau de la Western Union et retourne au poste de police à l'extérieur duquel il a remarqué une petite foule.

À son arrivée, un camion monte la rampe vers le garage en distrayant le garde ; Jack Ruby en profite pour entrer dans le sous-sol. C'est la version de la Commission Warren, mais le comité d'enquête de la Chambre des Représentants (HSCA) conclura que Ruby est probablement entré par une porte latérale, avec la complicité d'un membre de la police..

Lorsque Lee Harvey Oswald apparaît devant les caméras de télévision, à 11 h 21, Jack Ruby se porte en avant et l'abat d'une seule balle tirée au niveau de l'abdomen. Gravement blessé et transféré à l'hôpital Parkland, Lee Harvey Oswald meurt à 13 h 07 sans avoir repris connaissance. vignette|Jack Ruby après son arrestation, le 24 novembre 1963. Le tireur est alors maîtrisé et arrêté par les forces de l'ordre présentes qui révèlent son identité à la presse présente en grand nombre. Jack Ruby est placé en détention. Sa défense est assurée dans les premières heures par Tom Howard, avocat qui fut soupçonné par les autorités d'appartenir à la pègre et failli être radié du barreau pour proxénétisme. C'est avec ce dernier qu'il met au point sa version d'un acte de coup de folie.

Position des autorités Le soir même, le procureur Wade donnait une conférence de presse pour indiquer que l'action publique contre Lee Harvey Oswald s'éteignait en raison de sa disparition. Le capitaine de police Fritz indiquait également : « L'instruction relative à la mort du président Kennedy est à présent terminée ».

Le lendemain, le , l'attorney général (l'équivalent du ministre de la Justice) Robert F. Kennedy, le propre frère du président Kennedy répondait aux autorités texanes : « L'enquête n'est pas close parce que l'assassin présumé a été tué. Nous ne considérerons l'affaire comme close que lorsque nous aurons obtenu les preuves que nous désirons. »

Le New York Times s'interrogeait également dans un éditorial : « La honte que tous les Américains ressentent devant l'explosion de folie et haine qui a abattu le président Kennedy est multipliée par le meurtre monstrueux de son assassin présumé, alors qu'on le transportait d'une prison à une autre. Les autorités de Dallas, encouragées et aidées par la presse, la radio et la télévision ont foulé aux pieds tous les principes de la justice, en traitant Oswald comme elles l'ont fait. Maintenant, le procès qui aurait prouvé l'innocence ou la culpabilité d'Oswald selon des critères de justice impartiale, qui sont les piliers de notre démocratie, n'aura jamais lieu ».

Mobiles de Jack Ruby Jack Ruby affirme plus tard qu'il a tué Lee Harvey Oswald sur un coup de folie survenu au moment même, alors qu'après son arrestation, il affirme à plusieurs policiers que sa mort épargne à l'épouse du président, Jacqueline Kennedy, la souffrance de devoir paraître au procès de l'assassin de son mari. En fait, cette version du meurtre d'Oswald par sympathie pour la veuve de Kennedy serait le fruit d'une concertation entre Ruby et son avocat Tom Howard, selon un billet publié en 1967 par Newsweek..

En outre, cet argumentaire est contrebalancé par le fait, non connu à l'époque, que le crime organisé dont faisait partie Jack Ruby souffrait des attaques répétées menées par le frère de John Fitzgerald Kennedy, Robert F. Kennedy, nommé au poste de procureur général. Du fait de la surveillance accrue du FBI, le nombre d'accusations fédérales contre le crime organisé passa de 19 actes en 1960, à 96 en 1961, 101 en 1962, et plus de , principalement sous forme de procédures fiscales, furent menées par l'IRS.

L'historien Lamar Waldron estime qu'il y a eu conspiration, et explique que Jack Ruby a tué Lee Harvey Oswald sur ordre de Carlos Marcello pour empêcher Oswald de se défendreL'Assassinat de JFK, affaire classée, éd. de l'Homme, 2014.. Au départ il y aurait eu un chantage, Ruby ayant été surpris en train de prendre dans la caisse de son employeur. Selon Chuck et Samuel Giancana, respectivement frère et neveu de Sam Giancana, ancien patron de l'Outfit de Chicago : « Un type dans la situation de Ruby devait tout faire pour tuer Oswald, qui détenait des informations susceptibles d'exposer toute l'opération au grand jour »..

William Kunstler, avocat de Ruby, a attesté que celui-ci lui déclara avoir agi « pour le peuple juifWilliam Kunstler, My Life as a Radical Lawyer, Carol Publishing, 1994, . ». Selon le rabbin Hillel Silverman, cité dans un article publié de son vivant, Ruby lui fit la même déclarationSteve North, « Lee Harvey Oswald's Killer 'Jack Ruby' Came From Strong Jewish Background », Forward, 17 novembre 2013, en ligne..