L’Anima Christi ou en traduction Âme du Christ est une prière chrétienne adressée à Jésus-Christ. Sans doute composée au début du , elle cherche à obtenir une union mystique intense à la personne du Christ. Cette prière visait, à l’origine, à l’obtention d'indulgences, puis elle fut introduite dans la liturgie au moment de l’élévation.
Texte refrain latin français verset latin français On peut réciter ou chanter sans refrain.
Autres langues AllemandAnglaisChinoisEspagnolItalienJaponaisPolonaisPortugaisRusseSuédoisSeele Christi, heilige mich,Soul of Christ, be my sanctification;基督的靈魂聖化我Alma de Cristo, santifícame.Anima di Cristo, santificami,キリストの魂よ わたしを聖化してくださいDuszo Chrystusowa, uświęć mnie.Alma de Cristo, santificai-me.Душа Христа, освяти меняKristi ande, helga mig.Leib Christi, rette mich,Body of Christ, be my salvation;基督的身體拯救我Cuerpo de Cristo, sálvame.Corpo di Cristo, salvami.キリストの体よ わたしを救ってくださいCiało Chrystusowe, zbaw mnie,Corpo de Cristo, salvai-me.Corpus Christi, спаси меня.Kristi lekamen, fräls mig.Blut Christi, tränke mich,Blood of Christ, fill all my veins;基督的聖血陶醉我Sangre de Cristo, embriágame.Sangue di Cristo, inebriami,キリストの血よ わたしを酔わせてくださいKrwi Chrystusowa, napój mnie.Sangue de Cristo, inebriai-me.Кровь Христа, алкоголиков мнеKristi blod, upptänd mig.Wasser der Seite Christi, reinige mich,Water of Christ’s side, wash out my stains;基督肋旁的水滌淨我Agua del costado de Cristo, lávame.acqua del costato di Cristo, lavami.キリストの脇腹の水よ わたしを清めてくださいWodo z boku Chrystusowego, obmyj mnie.Água do lado de Cristo, lavai-me.Вода со стороны Христа, омой меня.Vattnet ur Kristi sida, rena mig.Leiden Christi, stärke mich,Passion of Christ, my comfort be;基督的苦難堅強我Pasión de Cristo, confórtame.Passione di Cristo, fortificami.キリストの受難よ わたしを強めてくださいMęko Chrystusowa, pokrzep mnie.Paixão de Cristo, confortai-me.Страсти Христовы, укрепите меня.Kristi lidande, styrk mig.O guter Jesus, erhöre mich.O good Jesus, listen to me;良善的耶穌俯聽我¡Oh, buen Jesús, óyeme!Oh buon Gesù, esaudiscimi.慈しみ深いイエスよ わたしの願いを聴き入れO dobry Jezu, wysłuchaj mnie.Ó bom Jesus, escutai-me.Благий Господи, услышь меня.O gode Jesus, bönhör mig.Birg in deinen Wunden mich,In Thy wounds I fain would hide;隱藏我在祢的聖傷中Dentro de tus llagas, escóndeme.Nelle tue piaghe, nascondimi.あなたの傷のうちに わたしをかくまいW ranach swoich ukryj mnie.Dentro de Vossas feridas escondei-me.В ваших ран спрячь меня.I dina sår du gömme mig.von dir lass nimmer scheiden mich,Ne’er to be parted from Thy side;不要讓我離開祢No permitas que me aparte de ti.Non permettere che io sia separato da Te.あなたから離れることのないようにしてくださいNie dopuść mi oddalić się od Ciebie.Não permitais que me separe de Vós.Не дай мне быть отделен от вас.Från dig må intet skilja mig.vor dem bösen Feind beschütze mich.Guard me, should the foe assail me;保護我於狡猾的魔鬼Del enemigo maligno, defiéndeme.Dal nemico maligno difendimi.悪魔のわなから わたしを守りOd złego ducha broń mnie.Do exército do maligno defendei-me.От злокачественного врага защитить меня.För den onde fienden beskydda mig.In meiner Todesstunde rufe mich,Call me when my life shall fail me;在我死的時候召喚我En la hora de mi muerte, llámameNell’ora della mia morte chiamami,臨終のときに わたしを呼びよせW godzinę śmierci wezwij mnie.Na hora da Morte chamai-me.В час моей смерти, зовут меня.Uti min dödsstund kalla mig.zu dir kommen heiße mich,Bid me come to Thee above,令我來到祢臺前y mándame ir a ti,e comandami di venire a Te,あなたのみもとに行かせてくださいI każ mi przyjść do siebie,E chamai-me para ir a Vós,И повели мне придти к Тебе,Och låt mig komma hem till dig,mit deinen Heiligen zu loben dichWith Thy saints to sing Thy love,好偕同祢的諸聖讚美你para que con tus santos te alabe,Perché con i tuoi Santi ti lodi,すべての聖人とともにいつまでもAbym z świętymi Twymi chwalił Cię,Para que com Vossos santos Vos louve.спасибо вам все вашиatt jag må lova och prisa digin deinem Reiche ewiglich. Amen.World without end. Amen.直到世世无穷。阿们por los siglos de los siglos. Amén.nei secoli dei secoli. Amen.あなたを賛美することができますように アーメンNa wieki wieków. Amen.Pelos séculos dos séculos. Ámen.Мир без конца. Аминь.med dina helgon evinnerligt. Amen.
Historique Origine Dans les archives européennes, on ne trouve aucun manuscrit antérieur au tandis qu’il existe de nombreux livres de la liturgie des Heures de ce siècle, qui contiennent le texte d’Anima Christi. En dépit de plusieurs indices dans ce siècle, il n’est pas facile d'identifier son origine.
L’un des manuscrits les plus anciens en latin est le manuscrit Harley 2253 du British Museum, copié dans la seconde moitié de ce siècle, folio 54vbBritish Library . Toutefois, selon Aude MaireyNotice Bnf (2019), le manuscrit remonte à une date située entre 1330 et 1340Aude Mairey, Une Angleterre entre rêve et réalité, , note , Éditions de la Sorbonne, 2019 . On y voit déjà un texte quasiment complet. À la fin de la prière, le copiste ajoutait : Qui hanc orationem devote dixerit iiim dies veniam possidebit, accordant aux fidèles trois mille jours d’indulgenceUniversité de Rochester .
La bibliothèque de l’université de Groningue possède un manuscrit particulier. Il s’agit du manuscrit 405 sur le folio 219r duquel on trouve une traduction en moyen néerlandais : Goeds ziele heyle mi. Goeds lichame behuede mi. Goeds bloet drenke mi... Si le manuscrit fut copié par trois mains, le calendrier de Pâques entre 1339 et 1377 apparaît sur le folio 121, ce qui suggère que la traduction fut réalisée vers 1340. Il est à remarquer que ce texte fut associé à une indulgence importanteKathryn Rudy, Rubrics, Images and Indulgences in Late Medieval Netherlandish Manuscripts, , 2016 . Il est cependant peu probable que ce manuscrit fût à l’origine de l’Anima Christi. L’existence de versions en langue vulgaire indique la possibilité de la fusion entre rite officiel et coutume populaire.
Il est à noter que le texte trouvé par James Mearns au est, selon la détermination de son manuscrit, un peu tardif. Dans la même collection de la Bibliothèque britannique, le manuscrit Harley 1260, qui contient l’Anima Christi sur le folio 158, est désormais daté du British Library.
En résumé, on présume que cette prière est apparue au début du .
Alcazar de Séville En 1880, lors de la restauration de l’Alcazar de Séville, une inscription importante fut découverte, dans l’une des galeries, rebâtie par Pierre de Castille en 1364 et restaurée par Charles Quint en 1524 ; voir aussi son image entre et 633, inséréeConstant J. Mews et Anna Welch, Poverty and Devotion in Mendicant Cultures 1200 - 1450, , 2016 . première bande verticaleANIMA CRISTE / SANTIFICA ME CORPUS / CRISTE / SALVA ME / SANGUIES CRIST(e) bande horizontale(crist)E / LIBERA ME / ACA LATAS / CRISTE / LAVA ME / PASOS CRISTE / CONFORTA ME / O BENES seconde bande verticaleIHESUS / SAUDE ME / I NI PRIMITA / SEPARARE / TE / APOSTOL / MADINO DEFENDE ME. Il semble que l’inscription n’ait pas été parfaitement achevée. Ce latin, c’est un latin espagnolisé du Moyen Âge, tel le latin vulgaire, et avec la caractéristique des lettres, on identifia exactement sa date à l’époque de Pierre de Castille. Le était en effet marqué par des phénomènes hétérogènes, non seulement dans le domaine social, mais aussi dans la liturgie. Or, on constate une ressemblance entre ce texte et la prière actuellement en usage et l'on peut situer cette inscription vers 1364, lors de la reconstruction de l’Alcazar.
Pratique avec indulgence L’origine d’une tradition légendaire, qui était affectée au pape Jean XXII († 1334), n’est pas vraiment ancienne. Une publication distinguée, c’était un livre de la liturgie des Heures, publié en 1510 chez Thielman KerverData Bnf, en faveur de la cathédrale de Salisbury. L’Anima Christi y était précédée d’une rubrique : « Our holy Father the pope John XXII hath grauted to all them that devoutly sayg this prayer after the elevacyon of our lorde Jesu cryste iij thausande days of pardon for deedly synnes. » (Notre Saint-Père Jean XXII accorda à tous ceux qui récitent avec dévotion cette prière, après l’élévation de notre Seigneur Jésus-Christ, trois mille jours d’indulgence de péchés mortels.) En réalité, dans les documents plus anciens, il s’agissait d’une indulgence de trois cents jours : « Alia oratio post elevationem de qua concenduntur CCC (300) dies indulgentiarum a Joanne Papa XXII. » Dans ce livre (bibliothèque royale de Bruxelles manuscrit 8840, ) aussi, la prière Anima Christi suit tout de suite. On comprend que la pratique de l’Anima Christi fût évoluée et promue avec cette indulgence.
Ce qui demeure sûr est que Jean XXII était l’un des premiers papes qui avaient encouragé l’usage des prières indulgenciées, en accordant une indulgence à la récitation de l’Angélus, avec la bulle datée du ainsi que sa confirmation du Charles-François Chevé, Dictionnaire des papes, ou Histoire complète de tous les souverains pontifies, , 1857 . Au contraire, il n’est pas certain que l’usage d’Anima Christi fut réglé ou recommandéL'attribution hypothétique de l'auteur pour le pape Jean XXII était faite par G. M. Dreves, qui considérait que la prière Anima Christi fut officialisée en 1330 en faveur de l'indulgence. Mais de nos jours, cette hypothèse est contestée.. Or, il est assez possible, par circonstance, que Jean XXII autorisait cette utilisation pour l’indulgence. En 1854, le pape Pie IX dénoncera à nouveau cette indulgence avec précision de texte.
Encore faut-il remarquer un indice qui présente le lien de cette prière avec la papauté d’Avignon. La bibliothèque municipale d’Avignon conserve un livre de prière, manuscrit 207. Ce dit livre de prières du bienheureux cardinal Pierre de Luxembourg (1369 - † 1387), livre personnel, contient celle d’Anima Christi. Avec sa vie très courte, son usage peut être identifié dans les années 1380Georges Fréchet, Le livre de prières du bienheureux cardinal Pierre de Luxembourg, , 2009 .
À la Renaissance thumb|upright=0.8|À partir du , l’Anima Christi était très fréquemment réservée à l’élévation. Dans le rite romain, l’hymne Ave verum corpus était en multiusage jusqu’à la fin du , tant dans la messe que lors de la liturgie des Heures. Sa fonction s’illustrait surtout pour le Saint-Sacrement. À la suite du mouvement de la Renaissance, le texte liturgique fut diversifié. Dorénavant, avec l’hymne Ave verum corpus, l’Anima Christi était très fréquemment exécutée, déjà au , en faveur du Saint-Sacrement. Notamment, c’était au moment de l’élévation de l’hostie dans la messe. Cas particulier, il s’agissait parfois du texte à la communion du prêtre. Un exemple intéressant est le manuscrit latin 13300 de la Bibliothèque nationale de France, qui est un livre de la liturgie des Heures, dans lequel l’hymne Ave verum corpus était réservée à l’élévation de l’hostie. Lors de l’élévation du sang du Christ, c’était l’Ave vere sainguis. L’Anima Christi, quant à elle, était récitée lorsque le célébrant divisait l’hostie ainsi que la Salve sancta caro pour la communion, note . Dans une publication de Thielman Kerver pour Cambrai (1500), l’éditeur fit réserver l’Anima Christi, insérée, à l’élévation du Sang, tandis que l’Ave verum gardait la tradition ancienne, pour l’Hostie. Cet Anima Christi devint très connu et très populaire, en Angleterre, en Espagne, en France, en Espagne, en Italie et aux Pays-Bas (Belgique), jusqu’au .
À la suite de l’invention de l’impression, la pratique et la diffusion de l’Anima Christi furent accélérées. En 1503 à Venise, Ottaviano Petrucci publia son recueil Motetti de Passione, de Cruce, de Sacramento, de Beata Virgine et huiusmodi B qui contient le motet Anima Christi de Gaspar van Weerbeke. Musicien méconnu auparavant, mais les études récentes établirent qu’il s’agissait de l’un des compositeurs les plus importants dans la deuxième moitié du Éditions Brepols 2019 . Grâce à la célébrité de ce musicien, cette prière devint plus universelle dans toute l’Europe. Il faut noter que ce texte demeure quasiment identique au manuscrit Harley 2253 en Angleterre, un des plus anciens.