En droit français, la protection des sources d'information des journalistes, est affirmée depuis la loi du . Au-delà, elle représente la base de la déontologie du journalisme et de la liberté de la presse, avec la vérification des faits. Elle permet aux journalistes de vérifier leurs informations auprès de personnes qui acceptent de leur parler bénévolement à condition que leur identité ne soit pas divulguée.

La déontologie donne aux journalistes professionnels le devoir de prendre toutes les précautions pour que leurs sources ne puissent être identifiées contre leur gré, afin de protéger la liberté de parole de ces sources d'information. Ils doivent respecter strictement l'anonymat demandé, quitte à subir des tracasseries de la part de ceux qui souhaiteraient y mettre fin.

Garanti en outre par l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme, ce droit et ce devoir ont fait l'objet d'une jurisprudence des plus protectrices de la Cour européenne des droits de l'homme, qui le définissent comme une Recommandation 1950 (2011) : La protection des sources d’information des journalistes - Conseil de l'Europe..

La déontologie professionnelle commande au journaliste de , en protégeant les sources bénévoles, sans se limiter aux lobbys dotés de budgets de communication.

Le téléphone mobile, l'enregistreur numérique et le mail donnent accès à plus de sources fiables qu'autrefois, et plus rapidement, à condition de privilégier la qualité de la relation avec ces sources, pour mieux les sélectionner, les identifier et les recouper. Les sources d'information donnent parfois de simples indices, charge aux journalistes d'en trouver d'autres puis de vérifier et recouper.

Histoire Le combat pour la protection des sources a près d'un siècle et demi d'histoire. À Bruxelles en 1870, Gustave Lemaire (journaliste), du quotidien L'Étoile belge, avait refusé de donner ses sources d'information sur « le vol commis au préjudice du changeur Philips et sur le meurtre présumé de Blondine Peeters ». Il a demandé la cassation de deux ordonnances rendues le par deux juges qui l'avaient condamné chacune à d'amende. Son pourvoi en cassation n'a pas abouti mais témoigne de la professionnalisation des journalistes belges dans les années 1870, constatée par les historiensLe journalisme "déguisé" en Belgique francophone (1870-1910), par Florence Le Cam* et Pierre Van Den Dungen ..

La déontologie professionnelle : un droit et un devoir à la fois Le secret des sources était jusqu'en 2011 le principal point de différence entre les deux codes de déontologie professionnelle, très proches l'un de l'autre, la Charte de Munich et la Charte 1918/1938/2011. Ces deux textes assurent l'essentiel de la protection d'un informateur. Tous deux commandent aux médias de prendre toutes les précautions nécessaires pour que son identité, après avoir été authentifiée par le journaliste, ne puisse pas être divulguée ou retrouvée.

Le « secret professionnel » de la charte 1918/1938 La « protection des sources » est discrète dans la première Charte des devoirs professionnels des journalistes français, rédigée en juillet 1918, qui sera révisée en janvier 1938. En 1918, le principal souci était encore l'énormité de la censure durant la Première Guerre mondiale. Le téléphone était alors encore peu répandu. Les journalistes se déplaçaient pour visiter leurs sources d'information : rencontre dans les cafés, assistance aux réunions. Leur protection est résumée dans l'expression « garder le secret professionnel », maintenue dans la version de 1938. Un autre « séisme médiatique » occupe alors les esprits, l'Abominable Vénalité de la presse Les 450 pages de lettres d'Arthur Raffalovitch, d'après les archives russes sur la période 1897-1917, révélée dans un livre d'archives en 1931, révèlent la corruption de nombreux journalistes par l'ambassade russe pour les inciter à faire la promotion des emprunts russes..

La simple mention de « garder le secret professionnel » dans le code de déontologie devient ensuite insuffisante. Entre-temps, toutes sortes de règlements ont créé d'autres « secrets professionnels » que celui des journalistes, plus souvent destinés à limiter la circulation de l'information et la connaissance des dossiers qu'à les encourager. Parallèlement, les progrès technologiques ont suscité de nouveaux sujets d'information d'intérêt général : risques industriels, sociaux, financiers, santé publique. Les journalistes doivent désormais faire appel à des experts, pour recouper et vérifier la communication émanant des entreprises ou des ministères, sans forcément divulguer les noms et précisions permettant de remonter jusqu'à ces sources d'information, lorsqu'elles souhaitent la couverture de l'anonymat.

Les amendements de 1971 et 2011 Renforcer la protection des sources est le principal souci, en 1971, quand la Fédération européenne des journalistes présente un nouveau code de déontologie : la Charte de Munich. Le nouveau texte reprend dans son article 7 les quatre mots de la phrase de 1918 et 1938 () mais y ajoute : Texte de la Charte de Munich.. Méticuleusement rédigée par Paul Parisot, secrétaire du Syndicat des journalistes français et journaliste au France-Soir de Pierre Lazareff, cette charte est peaufinée en concertation avec tous les syndicats de journalistes, dans tous les pays de l'Union européenne (de l'époque).

Le premier des cinq droits des journalistes alors édictés est de . La protection des sources devient la base et le point le plus important de cette nouvelle charte.

Démarche similaire en 2011, en France : le congrès du Syndicat national des journalistes (SNJ) adopte une version rénovée de la Charte des devoirs professionnels des journalistes français. Elle reprend aussi les quatre mots de 1918 et 1938 , en ajoutant , sans même placer de restrictions liées aux seules informations obtenues confidentiellement. Il s'agit désormais de protéger les sources d'information quoi qu'il arrive, pour leur offrir la sécurité maximum. Cette protection n'est plus un simple devoir. Elle devient un droit, vital. Du coup, ce qui s'appelait en 1918 et 1938 la « Charte des devoirs professionnels des journalistes français », est rebaptisé par le SNJ, « Charte d’éthique professionnelle des journalistes »Texte de la Charte 1918/1938/2011 du SNJ., pour leur donner le droit d'accéder .

Sources et preuves des affirmations d'un journal Loin d'être incompatible avec la nécessité de s'appuyer sur des éléments solides pour publier une information (le terme de « preuves » est réservé au domaine judiciaire), la protection des sources d'information des journalistes permet au contraire d'acquérir ces éléments et de les recouper, mais sans divulguer à n'importe qui la façon dont ils sont parvenus jusqu'aux journalistes.

La loi de 1881, qui encadre la liberté de la presse, permet à quiconque estime excessives et erronées les affirmations d'un journal contre lui de se défendre par une procédure en diffamation. Le juge vérifiera alors si ce journal a effectué une enquête sérieuse et mesurée, mais sans non plus divulguer les sources d'information.

Grands domaines d'enquête concernés Relations internationales L'enlèvement du chef de l'opposition marocaine Mehdi Ben Barka, en plein Paris le par des « Brigades spéciales », est raconté dans le détail, trois mois après, par Jacques Derogy et Jean-François Kahn journalistes à L'Express, qui ont recoupé trois témoignages anonymesLes étranges coïncidences de l'affaire Ben Barka - Jacques Derogy et Jean-François Kahn, L'Express, 2 mars 2006.. Le , Julijana Mojsilovic, journaliste de l'agence de presse Reuters à Sarajevo, apprend que le président serbe Milan Milutinovic a effectué un voyage secret à Belgrade avant la conférence de Rambouillet, où il rejette systématiquement toute présence de l’OTAN. Par des sources non-divulguées, elle en obtient confirmation à Belgrade, Rambouillet et jusqu’au sein de la délégation serbe. Un mois plus tard, les premières bombes de l’OTAN tombent sur les ministères de Belgrade, où le , un million de manifestantsMichael Palmer, Quels mots pour le dire : correspondants de guerre, journalistes et historiens face aux conflits yougoslaves], Éditions L'Harmattan, 2003, page 114 . contraindront Slobodan Milošević à partir ..

Santé publique et risques industriels La presse spécialisée a dévoilé peu de grands scandales, les sources d'information réservant leurs révélations à la presse généraliste, mieux armée pour protéger leur anonymat. Dans l'affaire du Mediator, c'est grâce à la protection de ses sources que Le Figaro publie le l'étude confidentielle de la Cnam révélant 500 à Le Mediator serait responsable de 500 à en France - Anne Jouan, Le Figaro, 13 octobre 2010., alors que Quotidien du médecin et le Quotidien du pharmacien avaient donné en juin 2010 la priorité au communiqué du laboratoire ServierCommuniqué déclarant : réagissant à l'étude du Irène Frachon, attaquée en justice par le même ServierLe livre Mediator, combien de morts ? attaqué en justice. Décision le 7 juin - Le Télégramme, .. , avait confié peu avant au Figaro un , sous le couvert de l'anonymat. Dans l'affaire du sang contaminé, des sources à l'identité vérifiée mais non divulguée ont donné à la presse des documents prouvant que des lots de sang contaminé avaient été sciemment distribués aux hémophiles.

, faute de révélations, a expliqué Louis-Marie Horeau, rédacteur en chef du Canard enchaînéBlog du journaliste Olivier Bonnet .. Dans le Kentucky, l'affaire Jeffrey Wigand a vu cet ex-directeur de la recherche du cigarettier Brown & Williamson se confier à Lowell Bergman, producteur de l'émission 60 Minutes sur la télévision CBS. Le journaliste a multiplié les précautions pour protéger sa précieuse source d'information, que Brown & Williamson a cependant poursuivi pour violation des clauses de confidentialité de son contrat, avant d'abandonner en 1997. L'affaire a inspiré le film Révélations, avec Al Pacino et Russell Crowe. En Californie, l'affaire de pollution des eaux potables à Hinkley a été révélée par l'avocate Erin Brockovich, interprétée par Julia Roberts dans le film homonyme de Steven Soderbergh. Le succès de cette dénonciatrice dans les médias, via le Challenge America with Erin Brockovich sur la chaîne ABC et Final Justice sur Lifetime, a incité le droit américain à mieux protéger les sources anonymes des médias révélant des cas de corruption.

Presse économique et boursière Dans la presse économique et boursière, la communication à sens unique a posé des problèmes d'éthique aux journalistes, car elle les privait des moyens de prendre du recul par rapport aux recommandations officielles d’analystes, alors que celles-ci témoignent de conflits d'intérêts : les banques récompensent par des salaires très élevés les analystes dont les recommandations officielles font monter le cours de Bourse des grandes sociétés clientes.

En France, les recommandations officielles des analystes financiers ont soutenu Michel Bon, PDG de France Télécom, et Jean-Marie Messier, PDG de VivendiJean Montaldo, Lettre ouverte aux bandits de la finance, Albin Michel, 2009, page 364, lors des acquisitions spéculatives de la période 1999-2001, qui ont lourdement endetté leurs sociétés. Au printemps 2000, une étude d'analyste sur France Télécom affirmait avec complaisance que le cours de Bourse, déjà au sommet historique de , pouvait encore monter à Étude reproduite dans Le Marché aux Voleurs (de Jean Montaldo, chez Albin Michel, 2003).. Douze ans après, il a été divisé par dix et l'effectif de la société par deux, malgré les nouveaux débouchés dans l'Internet et le téléphone mobile.

Informations sociales Avec les Lois Auroux, le nombre de sources d'information syndicales dans les entreprises a augmenté, permettant aux journalistes, si elles sont bien protégées, de recouper leurs informations et mieux connaitre les entreprises.