Le phénix, parfois écrit phœnix ou phoenix (du grec ancien , au sens probable de ), est un oiseau mythique, doté d'une immense longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître soit de son propre cadavre, soit des flammes de son bûcher. Il symbolise un cycle de mort et de résurrection. Il est appelé par une périphrase moderne « l'oiseau de feu » (à ne pas confondre cependant avec la créature de la légende slave).
Appartenant à l'antiquité gréco-romaine, le phénix est plus ou moins comparable à des oiseaux fabuleux de la mythologie perse (le Simorgh ou Rokh), chinoise (l'Oiseau vermillon et le Fenghuang), japonaise (le hōō), amérindienne (l'Oiseau-tonnerre) ou aborigène d'Australie (l'oiseau Minka).
Selon l'historien grec Hérodote, le phénix est originaire de Basse-Égypte et rattaché au culte du Soleil dans la cité d'Héliopolis, en Égypte, où il était vénéré : il le décrit comme une sorte d'aigle au plumage rouge et or. D'autres auteurs le montrent multicolore, tel le savant romain Pline l'AncienHistoire naturelle, 10, 3..
Il n'existait qu'un seul phénix à la fois, qui vivait de cinq cents ans à des milliers d'années selon les auteurs.
Il se reproduit lui-même à l'identique : sentant sa fin venir, il construit un nid d'aromates, cannelle, encens et autres, où il se consume. Des cendres, renaît un oisillon. Dans la tradition la plus ancienne (chez Hérodote), il renaît de son cadavre, sans nid ni aromate.
Étymologie vignette|gauche|redresse=1.25|Le phénix surmontant la Maison de la Louve sur la Grand-Place de Bruxelles. Le terme grec possède plusieurs sens : il désigne l'oiseau lui-même, mais aussi la couleur rouge« Dans le vocabulaire grec des couleurs, phoînix connote le rouge pourpre, un pourpre qui, en l'occurrence, tend vers l'or et signifie l'éclat lumineux le plus intense. » Marcel Detienne, Les Jardins d'Adonis, (citant Louis Gernet). Cf. Hérodote, II, 73, qui décrit ainsi la couleur des plumes du phénix : « les unes sont couleur d'or, les autres d'un rouge vif »., le toponyme et l'ethnonyme « phénicien », et encore phoenix dactylifera, le palmier-dattier à l'article , .. Son étymologie reste discutée : on a proposé une origine égyptienne — le nom du héron sacré bnu (prononcé *boin- ?), adapté en phoînix par le grec — ou une origine sémitique, plus particulièrement phénicienne, ou encore une origine grecque (« rouge sang »). Les Phéniciens étaient les producteurs réputés d'une teinture pourpre fabriquée à partir du coquillage murex, abondant sur les côtes de Méditerranée, et leur pays était fameux pour sa production de dattes.
Par régions et époques Dans les Mythes hébraïques
Le phénix est mentionné comme faisant partie des animaux sauvés par Noé et embarqué dans l'arche lors du Déluge. Mais le phénix pour ne pas causer de tracas à Noé qui doit nourrir tous les animaux ne réclame rien. Noé alors le bénit et fait cette prière "Dieu veuille que tu ne meures jamais".
Grèce antique La première mention se trouve dans un fragment énigmatique attribué à Hésiode :
Hérodote, dans le Livre dHistoires (vers 445 av. J.-C), est le premier à donner le nom de phénix à un des oiseaux sacrés de l'Égypte : le benou. Ce héron perché sur la pierre benben ou sur le saule d'Héliopolis, est la manifestation des dieux solaires Rê et Osiris. L'historien grec fournit quelques éléments du mythe :
Hérodote, qui pourrait tirer ses informations d'Hécatée de Milet, considère le phénix comme un oiseau réel, et certains détails ne cadrent pas avec les conceptions égyptiennes, telle l'apparition tous les 500 ansArpád Miklós Nagy, « Le Phénix et l'oiseau-benu », actes du colloque international de Caen, et suivantes. Cité par Gosserez, .. On a suggéré une mauvaise compréhension du symboleMarialouise Walla, Der Vogel Phoenix in der antiken Literatur und der Dichtung des Laktanz, Vienne, 1969, . Cité par Gosserez, . : l'historien grec aurait interprété comme une filiation physique la relation entre le bénou et les divinités dont il est le bâ (la manifestation temporaire)Nagy, op. cit., . Cité par Gosserez, .. On a aussi pensé que ce phénix serait issu du mythe oriental de l'oiseau du soleil, symbolisant la « grande année », c'est-à-dire la durée nécessaire à un cycle équinoxial complet ; son association à la période sothiaque égyptienne serait postérieure, datable de l'empire romain, sous les AntoninsVan den Broek, ..
Empire romain vignette|upright| Chez Ovide (Les Métamorphoses, 15)Lire le texte d'Ovide ici., chez Pline l'Ancien (Histoire naturelle, passim)Lire les textes de Pline ici, ici, ici, ici, ici et ici. et chez Tacite (Annales, 6, 28)Lire le texte de Tacite ici., le phénix se décompose pour renaître, comme chez Hérodote ; puis, chez Martial (Épigrammes, 5)Lire le texte de Martial ici. et Stace (Les Silves, 2, 3 et 5)Lire les extraits du texte de Stace (en latin) ici, ici et ici. apparaît le thème du bûcher et de ses épices, sans doute par analogie avec les pratiques funéraires des Romains. L'effigie du phénix comme symbole de l'âge d'or, de la félicité ou du renouvellement des temps, figure ensuite sur les monnaies impériales, de Hadrien à Constantin et ses fils.
Culture juive Le Midrach RabbaGenèse Rabba Chapitre 19 Paragraphe 5., commentaire rabbinique de la Genèse, rapporte que, lorsqu'Adam et Ève mangèrent de l'arbre de la connaissance, tous les animaux mangèrent eux aussi du fruit interdit et ainsi la mort fut décrétée pour tous ; cependant un seul oiseau appelé Khôl (עוף החול) ne mangea pas de ce fruit. Il en fut récompensé par une vie éternelle. Et Rabbi Yanay explique que sa vie se déroule ainsi : il connaît une période de mille ans au terme de laquelle le feu jaillit de son nid et le consume, ne laissant qu'un œuf dont il grandit de nouveau. Il ne se confond pas avec la créature Ziz de la mythologie juive.
Culture chrétienne vignette|droite|Phénix ornant un chapiteau, Abbaye aux Dames, Saintes, .
Au , Clément de Rome, troisième évêque de Rome après saint Pierreselon Irénée, Adversus haereses, III, iii., parle de cet oiseau au chapitre de la première des Épîtres aux CorinthiensLe symbolisme du Phénix sur Interbible. qui lui sont attribuées. Le phénix y devient le symbole de la résurrection du Christ., à une époque où il est sur le point de devenir aussi un emblème de l'Empire romain. L'interprétation chrétienne s'est largement inspirée du mythe païen où le phénix renvoie à un cycle astrologique immanent, à l'inverse de la transcendance et du temps linéaire chrétiens.
Le Physiologos, bestiaire anonyme chrétien du ou livrant des interprétations moralisatrices sur les animaux qu'il décrit, voit lui aussi en la résurrection du phénix un exemple naturel de la possibilité de celle du Christ..
Au , Brunetto Latini, dans le premier livre de son Li livres dou trésor, consacre une rubrique de son bestiaire au phénix, reprenant ce qu'en disaient ici et là les auteurs antiques :
vignette|gauche|Phénix renaissant de ses cendres, enluminure du Bestiaire d'Aberdeen. Jean de Mandeville décrit l'Égypte dans son Livre des merveilles du monde (1357) et, notamment, la ville d'Héliopolis, ce qui lui permet d'évoquer le phénix :
Point de vue ornithologique Georges Cuvier (1769-1832) voyait en lui le faisan doré (Chrysolophus pictus). Le phénix a également été identifié avec l'oiseau de paradis et le flamant rose.
Carl von Linné, dans sa classification des êtres vivants, évoque les créatures mythologiques telles que le troglodyte, le satyre, l'hydre, le phénix (Amoenitates academicae, 1763). Il dit de ce dernier : « Espèce d'oiseau dont il n'existe qu'un seul individu au monde, et qui, quand il est décrépit, renaît rajeuni, selon la légende, d'un bûcher de plantes aromatiques, pour revivre les temps heureux d'autrefois. »
Dans les arts et la culture Héraldique
thumb|right|131px|Phénix en héraldique, armes des Maurocordato et des Malet de Lussart. Le phénix, figure héraldique imaginaire, est un oiseau sur un bûcher en flammes. Il ressemble beaucoup à l'aigle héraldique et il est même parfois défini comme une de ses variantes. Il est représenté de face, tête de profil, ailes étendues, sur son bûcher, appelé « immortalité ». Ci-contre les armes des Malet de Lussart : « d'azur à un phénix sur son immortalité, regardant le soleil, le tout d'or », qui illustre bien la parenté avec l'aigle, réputé seul capable de regarder le soleil en face dans la mythologie grecque. Un autre exemple du phénix est le blason de la commune de Sermaize-les-Bains.
Le Fénix figure également sur le blason de la naçào, la nation portugaise juive à Amsterdam, qui avait dû fuir l'Inquisition espagnole, puis portugaise, en y « laissant des plumes », pour se réfugier sur les terres plus tolérantes des Provinces-Unies, dès le J. Blamont, op. cit., p. 84..
Le phénix est aussi l'emblème de villes américaines, comme San Francisco en Californie, ou Atlanta en Géorgie, qui ont été détruites par les flammes au cours de leur histoire.
L'Université de Caen-Normandie, en France, a choisi le Phénix comme emblème pour sa rentrée universitaire de 1944, dans une ville réduite en ruines, lors de la Bataille de Caen, opposant l'armée allemande aux forces alliées du Débarquement de Normandie en juin/juillet 1944.
Littérature thumb|right|220px|Semis de roses et phénix. Mosaïque de pavement romaine trouvée à Daphnée (actuelle Turquie). . Musée du Louvre. De nombreux auteurs anciens en parlent à des époques et dans des genres divers, d'Hésiode et Hérodote pour les Grecs, aux Romains, dont Pline l'Ancien et Tacite (voir supra). Deux grands poèmes latins lui sont consacrés, l'un chrétien, l'autre païen : le Carmen de ave phœniceLire le poème de Lactance ici., attribué à Lactance (qui vécut de 250 à 325), puis le Phoenix de Claudien au siècle suivant (l'oiseau est présent aussi dans plusieurs autres de ses oeuvres).
Dante Alighieri évoque le phénix au chant XXIV de l'Enfer (1304-1307 au plus tôt), première partie de sa Divine ComédieLire le texte de Dante ici..
À la Renaissance, Guillaume Du Bartas lui consacre un long développement dans le Cinquième Jour de La Sepmaine ou la Création du monde (v. 551-598) :
Puis Rabelais le mentionne dans Le Cinquième Livre (V, 29, Comment nous visitasmes le pays de Satin), publié en 1564 : Au , le phénix alimente l'imaginaire de plusieurs auteurs de récits fantastiques ou merveilleux, par exemple Voltaire dans le conte philosophique de La Princesse de Babylone : un phénix âgé de 26.900 ans explique à l'héroïne qu'il naquit à l'époque où tous les animaux pouvaient parler et converser en paix avec les hommes ; plus tard, mourant, il lui demande de porter ses cendres en Arabie heureuse et de lui préparer un bûcher, pour qu'il puisse renaîtreLire les extraits de La Princesse de Babylone ici, ici, ici et ici..
Dans Le Livre des êtres imaginaires (1957), l'écrivain argentin Jorge Luis Borges consacre une entrée au phénix, listant les évocations de cet animal dans différentes œuvres à travers les siècles. Il en dédie une autre au phénix chinois.
J. K. Rowling, dans son best-seller Harry Potter (1997 – 2007), fait d'un phénix nommé Fumseck le compagnon du professeur Dumbledore. Une plume de cet animal a servi à la fabrication des baguettes de Harry et Voldemort, son rival. LOrdre du Phénix (titre du tome 5) tire ses origines de distinctions honorifiques en Allemagne et en Grèce.