vignette|Vladimir Propp en 1928. Historien soviétique de littérature, professeur d'université, linguiste, écrivain et philologue. La narratologie (science de la narration) est la discipline qui étudie les techniques et les structures narratives mises en œuvre dans les récits, et notamment les textes littéraires. Les premiers travaux en narratologie des études littéraires modernes proviennent du formalisme russe, et tout particulièrement des travaux de Victor Chklovski et de Boris Eichenbaum.

L'étude systématique de la morphologie des contes russes par Vladimir Propp connait une bonne diffusion en France, parallèlement aux travaux (en particulier le schéma actantiel) d'Algirdas Julien Greimas. En Allemagne, la narratologie s'est développée sous l'impulsion de Franz Karl Stanzel et de Käte Hamburger.

Comme la sémiologie, la narratologie s'est développée en France à la fin des années 1960, grâce aux acquis du structuralisme. En 1969, Tzvetan Todorov forgeait le terme dans Grammaire du Décaméron et, en 1972, Gérard Genette définissait certains de ses concepts fondamentaux dans Figures III. On constate toutefois, à l'origine, quelques hésitations quant à l'objet de la narratologie : certains travaux mettent l'accent sur la « syntaxe » des histoires, tandis que d'autres privilégient la forme (les « figures » du discours). À ceci s'ajoute la question des récits non verbaux (par exemple, les films)Michel Mathieu-Colas, « Frontières de la narratologie », Poétique 65, Paris, Le Seuil, 1986, pp. 91-110 ..

Cependant, la narratologie est presque aussi ancienne que la littérature : la Poétique d'Aristote ( avant notre ère) est ainsi considérée comme « le premier traité de narratologie ». (bien que restreint aux intrigues des drames, comme les tragédies, et autres récits en vers, comme les épopées homériques).

Les acteurs du récit

Un récit est composé de plusieurs acteurs, notamment : un personnage, c’est-à-dire celui qui participe à l’histoire ; le narrateur, celui qui raconte l’histoire, et, enfin, un auteur, celui qui l’écrit. Il ne faut pas confondre le narrateur et l’auteur : le narrateur n’est, en fait, qu’un rôle joué et inventé par l’auteur. Donc, le narrateur narre l’histoire et l’écrivain l’écrit.

De même, tout comme une œuvre contient un auteur implicite, il existe aussi un lecteur et une personne construite à qui on destine le récit, c’est-à-dire son destinataire : « Le texte, objet de communication, ne se conçoit pas sans destinataire implicite ».. Selon Vincent Jouve, à la suite de l’analyse du destinataire, on peut théoriquement mettre au jour les réactions du « lecteur réel », c’est-à-dire le sujet bio-psychologique qui tient le livre entre ses mains lors de sa lecture du texte.

En narratologie, on appelle « narrateur » celui qui émet le message, et « narrataire » celui à qui s’adresse ce message. Le narrataire n’a pas plus une existence réelle que le narrateur : ils n’existent que sous la forme textuelle. Le narrataire existe sous trois formes : narrataire intradiégétique (qui a toutes les caractéristiques d'un personnage), narrataire invoqué (qui n'a de caractéristique fictionnelle que l'apostrophe du narrataire intradiégétiqueFrank Wagner, « Analogons (de quelques figures de lecteurs/lectrices dans le texte et de leurs implications pragmatiques) », in Revue d'études culturelles (Lecteurs et lectrices, théories et fictions), Dijon, Association bourguignonne d’Études Linguistiques et Littéraires, 3, automne 2007, 11-33.), narrataire extradiégétique (qui correspond à une figure de lecteur postulée par le texte lui-même et à laquelle tout lecteur s'identifie en lisant l'histoire)Vincent Jouve, La Lecture, Hachette, coll. « Contours littéraires », 1993..

Les différents modèles d'interprétation des œuvres Le modèle sémiotique De prime abord, la sémiotique est la science des processus de signification. La sémiotique n'a pas d'objet propre, mais constitue une grille d'analyse des phénomènes affectant le vivant et représente donc un lieu où peuvent converger de nombreuses sciences comme la linguistique, l'anthropologie, la sociologie, etc. Peu importe son objet d'étude particulier, elle approche les différents phénomènes qui le constituent en se demandant quel est leur sens.

La sémiotique narrative, voire la sémiotique greimassienne, s'intéresse aux structures de l'histoire qui composent le récit, soit au « contenu ». Sur ce plan, l'histoire peut se définir comme un enchaînement d'actions prises en charge par des acteurs. Par définition, l'acteur est l'instance chargée d'assumer les actions qui font fonctionner le récit. En effet, il ne peut y avoir de récit sans actions.

En ce qui concerne les actants, on se réfère surtout au schéma actantiel tel qu'établi par A.J. Greimas. Selon lui, dans un premier temps, les rôles actantiels (ou actants) sont au nombre de six : le sujet ; l'objet ; l'opposant ; l'adjuvant ; le destinateur ; le destinataire.

Cependant, au moins dès Sémiotique. Dictionnaire raisonné de la théorie du langage (Hachette 1979, avec Joseph Courtés), il apparaît que l'opposant et l'adjuvant ne sont pas des actants, mais des acteurs (voir ci-dessous), que Greimas nomme des « auxiliants », renvoyant au pouvoir-faire (adjuvant) ou au non-pouvoir-faire (opposant) du Sujet. À partir de là, la théorie actantielle de Greimas va fonctionner avec seulement trois actants : le Sujet, « bloqué » avec le destinataire, qui disparaît en pratique de ce schéma-là, l'Objet et le Destinateur : on ne saurait donc affirmer que la réorganisation actantielle de Jean-Claude Coquet (Le discours et son sujet, Klincksieck 1984), en prime actant, second actant et tiers actant, réduit le nombre des actants ; c'est dans la modification de leurs relations et de leur contenu modal (pouvoir, savoir, vouloir) que se trouve l'apport spécifique, ici, de sa sémiotique.

Finalement, le rôle thématique désigne l'acteur qui est porteur de sens, notamment au niveau figuratif. Il renvoie donc à des catégories (psychologiques, sociales) permettant d'identifier le personnage sur le plan du contenu. Selon Vincent Jouve, « si le rôle actantiel assure le fonctionnement du récit, le rôle thématique lui permet de véhiculer du sens et des valeurs. De fait, la signification d'un texte tient en grande partie aux combinaisons entre rôles actantiels et rôles thématiques »La poétique du roman, Éd. Armand Colin, 1997, 53..

Le modèle sémiologique Une approche est qualifiée de sémiologique lorsqu'elle choisit d'étudier un aspect (par exemple le personnage) sur le modèle du signe linguistique. Ainsi, le personnage devient le « signe » du récit et se prête à la même qualification que les signes de la langue. De ce fait, on peut classer les personnages d'un récit en trois catégories : les personnages référentiels : ils reflètent la réalité (personnages historiques, mythologiques, personnages types) ; les personnages embrayeurs : ils dessinent la place de l'auteur ou du lecteur dans la fiction (narrateur-témoin, observateur) ; les personnages anaphores : ils rappellent des données importantes ou préparent la suite du récit (historien, enquêteur, biographe, devin, prophète).

Philippe Hamon retient aussi trois champs d'analysePour un statut sémiologique du personnage, Paris, Seuil, coll. Point, 1977. : l'être (le nom, le portrait physique, la psychologie, etc.) ; le faire (les rôles thématiques et les rôles actantiels) ; l'importance hiérarchique (statut et valeur).

Le modèle sémio-pragmatique Dans la lignée des travaux effectués par Umberto Eco dans Lector in fabula (1985), une approche sémio-pragmatique étudie le personnage comme « effet de lecture ». En d'autres termes, la narration (la manière dont le narrateur effectue sa présentation, sa mise en scène) influence l'image que retient le lecteur d'un personnage et les sentiments qu'il lui inspire.

Selon Vincent Jouve, les personnages peuvent induire trois types différents de lectureL'effet-personnage dans le roman PUF, coll. Écriture, 1992. :

Les actions et l'intrigue Selon Paul LarivailleL'analyse morpho-logique du récit, in Poétique n°19, 1974., l'intrigue (l'histoire) se résume dans toute œuvre selon un schéma quinaire : Avant - État initial - Équilibre ; Provocation - Détonateur - Déclencheur ; Action ; Sanction - Conséquence ; Après - État final - Équilibre.

Bref, selon ce schéma, le récit se définit comme le passage d'un état à un autre par la transformation (étapes 2, 3 et 4) :

(Tzvetan Todorov, Qu'est-ce que le structuralisme?, tome 2, « Poétique », Paris, Éd. du Seuil, 1968, 82)

La narratologie post-classique (Baroni 2007) est venue redéfinir les notions de schéma narratif et d'intrigue en insistant sur l'actualisation du récit par un interprète et sur les émotions (suspense, curiosité, surprise) générées par la « mise en intrigue » des événements. La séquence narrative repose dès lors sur l'alternance entre un nœud textuel qui agit comme un inducteur d'incertitude chez l'interprète, un retard qui entretient la tension narrative par une narration réticente et enfin un dénouement textuel qui viendra éventuellement répondre aux questions engendrées par le nœud. Cette conception de la séquence narrative fait ressortir deux modalités alternatives de l'intrigue suivant le type de nœud textuel : l'interrogation peut porter soit sur le développement ultérieur d'un événement sous-déterminé (alors les pronostics de l'interprète accompagnent un sentiment de suspense), soit sur la nature d'un événement mystérieux actuel ou passé (alors les diagnostics de l'interprète accompagnent un sentiment de curiosité) (Baroni 2007: 110-152). Cette approche renouvelée permet de définir l'intrigue non seulement en tant que logique de l'action ou structure immanente de l'histoire, mais également en tant que dispositif textuel et fonctionnel dont dépend en partie l'intérêt anthropologique de la narrativité et ses effets passionnels ou « thymiques » sur un auditoire (cf. catharsis). Il devient en outre possible de tisser des liens entre narratologie thématique (Bremond, Larivaille, etc.) et narratologie modale (Genette) en insistant sur la nécessaire interdépendance entre histoire (fabula) et discours (sujet).

L'analyse de Gérard Genette Le temps narratif Il est important de toujours bien distinguer ce qui relève ou non de la narratologie, c'est-à-dire ici le temps de l'univers représenté et les temps du discours.

La narratologie peut analyser le temps du récit. Il en existe plusieurs : l'ordre, la durée, la fréquence, etc. L'ordre du récit est l'ordre des faits. Il peut y avoir rétrospection ou anticipation, l'ordre peut être linéaire, mais aussi anachronique. La durée quant à elle est le temps que durent les faits, le rythme de la narration. Aussi, la fréquence est le nombre de fois qu'un événement s'est passé.

On peut distinguer : L'ellipse : certains événements dans la narration sont passés sous silence et à ce moment on utilise une ellipse temporelle pour que le lecteur puisse se situer dans le texte. Exemple : « Le jour J (ellipse temporelle) arriva ». On peut supposer que les jours précédents n'ont pas été narrés ; Le sommaire : on résume en quelques lignes des événements de longue durée, le récit va plus vite que l'histoire ; La scène : le temps de l'histoire est égal au temps du récit. On raconte les événements tels qu'ils se sont passés. Exemple : dans un dialogue ; La pause : le récit avance, mais l'histoire est suspendue, on omet une période de l'histoire. Exemple : lors d'une description.

Les moments de la narration On distingue au moins quatre moments différents dans la narration : Ultérieur : on raconte après ce qui s'est passé (analepse) ; Antérieur : on raconte ce qui va se passer (prolepse ou amorce) ; Simultané : on raconte directement ce qui se passe ; Intercalé : on mélange présent et passé.

Les modes narratifs et les points de vue