L'histoire de l'intelligence artificielle (IA) trouve ses origines intellectuelles jusqu’à l’Antiquité. En ces temps, il ne s’agissait évidemment pas d’une intelligence artificielle au sens technologique moderne, mais plutôt d’un ensemble de réflexions philosophiques, mythologiques et techniques qui témoignent d’une interrogation ancienne sur la possibilité de créer des entités artificielles dotées de comportements semblables à ceux attribués aux humains. Ainsi, si l’Antiquité ne connaît pas l’intelligence artificielle en tant que discipline scientifique, elle en préfigure certains aspects fondamentaux comme le rêve de créer des êtres artificiels ou la formalisation du raisonnement (tel le syllogisme d'Aristote). Ces éléments constituent un héritage intellectuel qui, bien des siècles plus tard, nourrit le développement de l’intelligence artificielle moderne.

Après la Seconde Guerre mondiale et l'invention des ordinateurs programmables, l'IA prend son essor. L'intelligence artificielle, nommée ainsi par John McCarthy, est établie en tant que discipline scientifique lors de la conférence de Dartmouth en 1956. Elle connaît des périodes d'enthousiasme, notamment dans les années 1980 autour des systèmes experts, mais aussi deux périodes de désillusion et de gel des financements appelées « hivers de l'IA » (de 1974 à 1980, et de 1987 à 1993)..

À partir des années 2010, l'IA connaît des progrès spectaculaires à travers l'avènement de l'apprentissage profond, permis par l'augmentation des données disponibles et l'utilisation de processeurs graphiques qui décuplent les capacités de calcul., puis l'introduction de l'architecture transformeur.

Introduction

Les premiers jalons historiques de l'intelligence artificielle datent de la protohistoire, où mythes et rumeurs dotent des êtres artificiels, réalisés par des maîtres-artisans, d'une intelligence ou d'une conscience ; comme l'écrit Pamela McCorduck, l'IA commence avec ..

La conférence de Dartmouth, en 1956, met en avant le terme , proposé par John McCarthy, et établit l'intelligence artificielle en tant que discipline de recherche à part entière.. À la suite de cette réunion, certains participants s'investissent dans le sujet. Certains utopistes pronostiquent qu'une machine aussi intelligente qu'un être humain existera en moins d'une génération et des millions de dollars sont alors investis pour réifier cette prédiction. Avec le temps, il apparaît que les difficultés inhérentes à cette annonce ont été grossièrement sous-estimées. En 1973, en réponse aux critiques des scientifiques, notamment de James Lighthill, et aux pressions continuelles des parlementaires, les gouvernements britannique et américain stoppent les subventions à la recherche en intelligence artificielle sans orientation. Sept ans plus tard, à la suite de l'initiative prophétique du Cabinet du Japon, les gouvernements et l'industrie réinvestissent dans l'intelligence artificielle, mais à la fin des années 1980 les décideurs désabusés retirent à nouveau leurs fonds. Ce cycle en dents de scie, où alternent périodes de gel et de dégel, caractérise le soutien à l'intelligence artificielle.

Malgré ces hauts et ces bas, l'intelligence artificielle progresse. Les progrès de l'algorithmique permettent de résoudre des problèmes que les heuristiques ne pouvaient traiter et jugés inaccessibles en 1970 ; ces solutions sont commercialisées. Aucune machine dotée d'une intelligence artificielle forte n'est encore construite, contrairement aux prévisions optimistes de la première génération de chercheurs. , concède Alan Turing dans un article célèbre de 1950 préfigurant la recherche moderne sur les machines pensantes. Certains idéalistes formulent néanmoins des prédictions osées, par exemple Raymond Kurzweil maintient en 2005 que des machines ayant une intelligence comparable à celle de l'homme existeront en 2029.

Au départ, deux approches se confrontent : d'une part l'approche logiciste ou symbolique, qui vise à recréer les « lois universelles » de la pensée et s'inspirent du concept de machine de Turing, et d'autre part l'approche neuronale, incarnée par Frank Rosenblatt, qui essaie d'imiter les processus biologiques cérébraux. Si l'approche logiciste, inspirée des travaux de Russell, Frege, du cercle de Vienne, de logique mathématique, l'emporte à la DARPA, principal organisme finançant les recherches en intelligence artificielle, l'approche neuronale refait surface dans les années 1980, inspirant les travaux sur le connexionnisme.

L'intelligence artificielle ayant, à ses débuts, surtout émergé aux États-Unis, cet article se focalisera essentiellement sur ce pays.

Quelques précurseurs Pamela McCorduck écrit en 2004 que , que l'on retrouve dans les mythes, légendes, histoires, spéculations et automates anthropomorphes de l'humanité..

Mythes, fiction et spéculation

Les hommes mécaniques et les êtres artificiels sont présents dans la mythologie grecque, ainsi les robots dorés d'Héphaïstos, Pygmalion et Galatée ; ..

Tandis qu'au Moyen Âge, circulent des rumeurs de secrets mystiques ou de techniques alchimiques pour imprégner des esprits, tels que le Takwin de Geber, les homoncules de Paracelse et le Golem de MaHaRaL ; (Golem) ; (Paracelse) ; (Takwin).

Au , l'idée d'hommes artificiels et de machines pensantes prend corps dans des œuvres de fiction, telles que Frankenstein de Mary Shelley ou encore R. U. R. (Rossum's Universal Robots) de Karel Čapek., et des essais de spéculation, comme Darwin among the Machines de Samuel Butler..

L'IA est un élément important de la science-fiction.

Automates

thumb|215x215px|left|L'automate programmable d'Al-Jazari (1206 ) Des automates anthropomorphes réalistes ont été construits par des artisans de toutes les civilisations, dont Yan Shi qui travaillait pour Ji Man., Héron d'Alexandrie., Al-Jazari. et Wolfgang von Kempelen ; .. Les plus vieux automates sont les statues sacrées d'ancienne Égypte et de Grèce antique. Les croyants étaient persuadés que les artisans avaient imprégné ces statues avec des esprits réels, capables de sagesse et d'émotion — Hermès Trismégiste a écrit qu'« en découvrant la vraie nature des dieux, l'homme a été capable de le reproduireCité dans . et traitent des statues sacrées.D'autres automates importants ont été construits par Hâroun ar-Rachîd , Jacques Vaucanson et Leonardo Torres Quevedo , sans oublier la compagnie de théâtre contemporaine Royal de luxe. ». L'automate de Vaucanson du qui représente un canard est une mise en œuvre saisissante d'un être artificiel réalisant certaines fonctions du vivant, tandis que le turc joueur d'échec de Wolfgang von Kempelen est une supercherie.

Raisonnement formel L'intelligence artificielle se fonde sur l'hypothèse que le processus de pensée humaine peut être mécanisé. L'étude du raisonnement mécanique — ou « formel » — a un long historique. Les philosophes chinois, indiens et grecs ont tous développé des méthodes structurées de déduction formelle au cours du premier millénaire Leurs idées ont été développées à travers les siècles par des philosophes comme Aristote (qui a donné une analyse formelle du syllogisme), Euclide (dont les Éléments ont été un modèle de raisonnement formel), Al-Khawarizmi (auquel on doit l'algèbre et dont le nom a donné « algorithme ») et les philosophes scolastiques européens comme Guillaume d'Ockham et Duns Scot..

Une des premières tentatives de formalisation de la pensée connue est le zairja, mécanisme qu'utilisaient les astrologues arabes pour générer des idées supposées logiques, dont l'invention est attribuée à Abu al-Abbas as-Sabti au . Raymond Lulle s'en est probablement inspiré pour mettre au point son Ars Magna.. Missionnaire, philosophe, et théologien espagnol du , il essaya lui aussi de générer des idées grâce à un système mécanique. Il combinait aléatoirement des concepts grâce à une sorte de règle à calcul, sur laquelle pivotaient des disques concentriques gravés de lettres et de symboles philosophiques. Il fondait sa méthode sur l’identification de concepts de base, puis leur combinaison mécanique soit entre eux, soit avec des idées connexes. Raymond Lulle l'appliqua à la métaphysique, puis à la morale, à la médecine et à l’astrologie. Le travail de Lulle a une grande influence sur Leibniz, qui a redéveloppé ses idées..

thumb|Gottfried Wilhelm Leibniz, qui spéculait qu'on pouvait réduire la raison humaine à des calculs mécaniques.

Au , Gottfried Wilhelm Leibniz, Thomas Hobbes et René Descartes ont exploré la possibilité que toute la pensée rationnelle puisse être aussi systématique que l'algèbre ou la géométrieIA et mécanisme du :

.. Dans le Léviathan de Hobbes, on retrouve la célèbre phrase : « la raison [...] n'est rien d'autre que le fait de calculerHobbes et l'I.A. :

. ». Leibniz imaginait un langage universel du raisonnement (sa characteristica universalis) qui assimilerait l'argumentation à un calcul, afin qu'« il n'y a[it] pas plus de besoin de se disputer entre deux philosophes qu'entre deux comptables. Car il leur suffirait de prendre leur crayon et leur ardoise en main, et de se dire l'un l'autre (avec un ami en témoin, au besoin) : Calculons !Leibniz et l'I.A. :

. ». Ces philosophes ont commencé à articuler les hypothèses d'un système de symboles physiques qui deviendra par la suite l'un des dogmes de la recherche en IA. Leibniz a toutefois mis en avant la difficulté liée à l’interconnexion des concepts, qui ne permet pas d’isoler une idée de toutes les autres pour simplifier le raisonnement.

Au , l'étude de la logique mathématique a fourni l'essentiel des avancées qui ont rendu plausible l'intelligence artificielle. George Boole a inventé la formulation mathématique des processus fondamentaux du raisonnement, connue sous le nom d’algèbre de Boole. Il était conscient des liens de ses travaux avec les mécanismes de l’intelligence, comme le montre le titre de son principal ouvrage paru en 1854 : Les Lois de la pensée. (The laws of thought), sur l’algèbre booléenne. Gottlob Frege perfectionna le système de Boole en formalisant le concept de prédicat, qui est une entité logique soit vraie, soit fausse (toute maison a un propriétaire), mais contenant des variables non logiques, n’ayant en soi aucun degré de vérité (maison, propriétaire). Cette formalisation eut une grande importance puisqu'elle permit de démontrer des théorèmes généraux, simplement en appliquant des règles typographiques à des ensembles de symboles. La réflexion en langage courant ne portait plus que sur le choix des règles à appliquer. Par ailleurs, l’utilisateur joue un rôle important puisqu'il connaît le sens des symboles qu’il a inventés et ce sensOn parle de sémantique. n'est pas toujours formalisé, ce qui ramène au problème de la signification en intelligence artificielle, et de la subjectivité des utilisateurs.

S'appuyant sur le système de Frege, Russell et Whitehead présentent un traitement formel des fondements des mathématiques dans Principia Mathematica en 1913. Inspiré par le succès de Russell, David Hilbert défie les mathématiciens des années 1920-1930 de répondre à cette question fondamentale : « Le raisonnement mathématique peut-il être entièrement formalisé ? » On répond à sa question par les théorèmes d'incomplétude de Gödel, la machine de Turing et le lambda-calcul de ChurchLe lambda-calcul est particulièrement important en IA, car il a inspiré le langage Lisp (le principal langage utilisé en IA). .. Leur réponse est surprenante à plusieurs titres. Tout d'abord, ils prouvent qu'il y a, en fait, des limitations dans ce que la logique mathématique peut accomplir.

Dans l'article « » en 1950, Alan Turing se demande si une machine peut « penser », et propose le (maintenant appelé test de Turing), où une machine doit tenter par écrit de se faire passer pour un humain en répondant à des questions.. Il développe ensuite cette idée dans plusieurs forums et conférences....