Tommaso Francini, en français Thomas Francine est un ingénieur hydraulicien florentin, né à Florence le /1572Note : Année 1571 dans le calendrier de style florentin dont le jour de l'an commençait le 25 mars jusqu'en 1750, ce qui correspond à l'année 1572 dans le calendrier actuel.Voir : Émile Coüard, (lire en ligne)., mort à Saint-Germain-en-Laye le .
Les Francini, Tommaso et son frère Alessandro, maîtres d'œuvre dans la réalisation des fontaines dans les chantiers royaux et parisiens, ont exercé une influence capitale sur l'aménagement hydraulique des jardins en France au .
Il est seigneur de Grandmaisons, à Villepreux.
Biographie Il est le fils de Pietro Francini, citoyen de Florence, et de Clemanza Pagni. Il fait son testament le dans lequel il a donné des informations sur sa carrière auprès des rois Henri IV, Louis XIII et Louis XIV. Tommaso Francini, ingénieur du grand-duc de Toscane, à la villa de Pratolino Il était ingénieur auprès du grand-duc de Toscane Ferdinand de Médicis quand il a été demandé par le roi de France Henri IV au grand-duc de Toscane de l'autoriser à venir en France, ainsi que ses frères Alessandro et Camillo et son cousin OrazioNote : Peut-être Horace de Francini (École nationale vétérinaire d'Alfort : Francini Horace (de)), signalé par Auguste Jal, rédacteur d'un traité intitulé Hippiatrique du sieur Horace de Francini dont il a envoyé une dédicace à « Roger de Bellegarde, grand escuyer de France »., en 1599. Le roi avait lancé les travaux des jardins du château Neuf de Saint-Germain-en-LayeNote : Henri IV obtient l'annulation de son mariage avec la reine Marguerite en décembre 1599. Il épouse à la cathédrale Saint-Jean de Lyon, le , Marie de Médicis, fille de et de Jeanne d'Autriche, et nièce de . thumb|300px|La villa Médicis de Pratolino. On ne connaît pas la formation de Tommaso Francini. En Toscane, Tommaso Francini avait travaillé sur la Villa de Pratolino aux côtés de Jehan de Boulogne où ils avaient réalisé plusieurs automates fonctionnant à l'énergie hydrauliqueLuigi Gallo, La présence italienne au , , dans Paris et ses fontaines. De la Renaissance à nos jours, Délégation à l'action artistique de la Ville de Paris, Paris, 1995 comme l'indique Agostino del Riccio, dans le manuscrit Del giardino di un re. Le , il est désigné responsable des eaux de la villa de Pratolino pour deux années. Sa création de nouveaux théâtres d'automates à Pratolino lui a donné une certaine notoriété.
La villa de Pratolino a été visitée par Montaigne le . Il en fait une description dans le Journal de voyage en Italie : « Il y a de miraculeux une grotte à plusieurs demeures et pièces : cette partie surpasse tout ce que nous avons vu ailleurs.... Il y a non seulement de la musique et harmonie qui se fait par le mouvement de l'eau, mais encore le mouvement de plusieurs statues que l'eau ébranle et porte à divers actes, plusieurs animaux qui s'y plongent pour boire, et chose semblables. À un seul mouvement toute la grotte est pleine d'eau, tous les sièges vous rejaillissent l'eau aux fesses.... La beauté et la richesse de ce lieu ne se peut représenter par le menu »Michel de Montaigne, Journal du voyage de Michel de Montaigne en Italie, avec des notes de M. de Querlon, Tome 1, , Rome, 1774 (lire en ligne). Le 24, il est à Florence et visite l'après-midi la villa nommée Castello dans laquelle il admire les différents jeux d'eau. Le , il visite Tivoli et la villa d'Este. Il fait des comparaisons entre le jardin de la villa d'Este avec celui de la villa de Pratolino.
Thomas Francini au château neuf de Saint-Germain-en-Laye thumb|Portrait des châteaux royaux de Saint-Germain-en-Laye en 1614 (BnF)Alessandro Francini (dessin)Michel Lasne (graveur). Le château de Saint-Germain-en-Laye est une maison de chasse construite par François . Elle a l'avantage d'être proche de Paris mais l'architecture paraît triste au roi. Henri II avait fait construire un casino, ou « maison du théâtre et baignerie », par Philibert Delorme, en 1557. En 1594, il décide de profiter du site pour aménager un château neuf autour du casino avec des jardins descendant vers la Seine. Henri IV n'ayant jamais visité l'Italie, il n'a pu s'inspirer des sites comme la villa d'Este ou les villas Médicis. C'est probablement par l'architecte et paysager Étienne Dupérac qui connaissait la villa d'Este qu'il va imaginer l'aménagement du site et créer la féerie du château neufJean-Pierre Babelon, Henri IV, , Fayard, Paris, 2009 ; Emmanuel Lurin, Le Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye, Saint-Germain-en-Laye, Les Presses franciliennes, 2010.Alessandro Francini (dessinateur), Michel Lasne (graveur), Portrait des Chasteaux Royaux de Sainct Germain en Laye (voir). Tommaso et Alessandro Francini vont amener en France leur connaissance de l'aménagement hydraulique des jardins italiens.
Avec la venue des Francini, l’art des aménagements hydrauliques, fontaines, grottes, jeux d'eau, a connu un développement extraordinaire en France sous les règnes d’Henri IV, de Louis XIII et Louis XIV.
En 1599 est créée la surintendance des fontaines des Bâtiments du roi. Les Francini vont créer des fontaines, des jeux d'eau, des cascades artificielles, des automates, hommes et animaux, qui se meuvent dans les grottes grâce à la circulation de l'eau sous pression, des jeux d'orgue, des musiques harmonieuses, des jeux d'eau fantaisistes arrosant par le dessous les visiteurs, donnant aux visiteurs les mêmes sentiments que décrivait Montaigne en visitant les villas italiennes.
Thomas Francine a agrémenté de fontaines les grandes terrasses du château descendant vers la Seine dont les jeux d'eau d'automates installés dans les grottes du jardin faisaient le plaisir du jeune roi Louis XIII et des autres enfants d'Henri IV et Marie de Médicis. Sept grottes sont construites entre 1599 et 1608 : grotte du Dragon, celle de Neptune, celle de la Demoiselle qui jouait des orguesGrotte de Saint-Germain-en-Laye : La Demoiselle qui joue des orgues Thomas de Francine, dessinateur, Abraham Bosse, graveur qui est décrite par André Du Chesne au début du : « Près de là, il y a une nymphe eslevée à demy-bosse en face riante, belle et bonne grâce, qui, laissant emporter ses doigts au branle que donne l'eau, fait jouer des orgues... Il y a un Mercure près la fenestre qui a un pied en l'air et l'autre planté sur un appuy, sonnant et entonnant hautement une trompette. Le coucou s'y fait entendre et recognoistre à son chant... »Sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos, Guide du patrimoine Île-de-France, , Hachette, Paris, 1992 . À la quatrième terrasse, il y a la grotte d'Hercule, au centre, celle de Persée et d'Andromède, au nord, et d'Orphée, au sud. Puis la grotte des Flambeaux qui contenait plusieurs attractions grâce à des machineries qui permettaient des changements de décor. Ces aménagements utilisaient l'énergie hydraulique grâce à l'eau captée dans les sources de la colline et du plateau de Saint-Germain-en-Laye. Un aqueducNote : Un aqueduc a été construit dès 1528 par les fontainiers de François , réutilisant probablement un ancien réseau de canalisation dont l'origine pourrait remonter au règne de Charles V. Régulièrement entretenu, il assurait l'alimentation des deux châteaux et fournit à Francini l'eau nécessaire. amenait l'eau dans un réservoir de pression situé près de la fontaine de Mercure, d'où l'eau descendait dans les grottes, puis alimentait les jets d'eau et les fontaines des jardins inférieurs.
Jean Bologne a réalisé six grands bronzes pour les fontaines et les grottes de Saint-Germain-en-Laye. Alessandro Francini a été chargé de la grotte d'Orphée en 1604, Tommaso de celle de Persée en 1606. Il est alors qualifié d'ingénieur ordinaire des fontaines et grottes des châteaux du roi. En 1607, ce même Tommaso passe un marché avec Didier Humbelot pour un Persée de cuivre, tous les personnages étant pourvus de mouvements, entourés de monstres dans un décor de coquilles et de congélations. Le sculpteur florentin Francesco Bordoni (Francisque Bourdon), élève de Pietro Francavilla (Pierre de Francqueville), a collaboré avec les Francini sur les chantiers royaux de Saint-Germain-en-Laye et Fontainebleau.
L'eau va devenir un élément obligé de l'aménagement des jardins pour leur beauté, l'art des fontaines un des intérêts de la noblesse française pour leurs châteaux.
Il est naturalisé français le Commission des antiquités et des arts du département de Seine-et-Oise, 1895 (lire en ligne) ainsi que ses frères. Camillo a aussi reçu le droit de devenir ecclésiastique en France.
Il a été nommé intendant général des eaux et fontaines de France.
Il a acheté une maison avec jardin à Saint-Germain-en-Laye, en 1604. Il est probable qu'il avait alors décidé de rester en France contrairement à ce qu'il avait écrit dans une lettre à Emilio de' Cavalieri. Le , il avait écrit une lettre à B. Vinta, secrétaire du grand-duc de Toscane, pour lui annoncer qu'Henri IV s'est opposé à son voyage à Florence. Celui-ci lui avait répondu que le grand-duc considérait que son travail pour Henri IV était un service rendu à sa patrieVoir : Enciclopedia Treccani..
Autres travaux Il a amené le goût du maniérisme florentin et va travailler pour le milieu italien présent à Paris. Le marquis Jérôme de Gondi fait aménager les jardins bas de sa maison de Saint-Cloud entre 1577 et 1604. Les travaux sont poursuivis par son cousin, Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, propriétaire du lieu en 1625. Ce dernier a entrepris une vaste campagne de travaux dans les jardins bas, entre 1628 et 1636, avec la création d'un système d'adduction d'eau et la création de pièces d'eau. Thomas Francini réalise la cascade et la grotte du Parnasse, séjour d’Apollon et des Muses pour le parc de Saint-CloudDomaine national de Saint-Cloud : la petite maison de la famille Gondi, qui émerveillait les visiteurs de Saint-Cloud au , et une fontaine dans le jardin de son hôtel parisien, à l'emplacement de l'ancien hôtel de Condé.
Il a peut-être participé à la réalisation d'une grotte dans les jardins du château de Noisy-le-Roi qu'Albert de Gondi avait fait aménager, entre 1582 et 1599, par des artistes italiens.
Il est aussi intervenu à Cormeilles-en-Parisis, Lésigny, Bagnolet, Wideville, peut-être à Rueil et Liancourt. Dans sa propriété de Villepreux, il a créé une scénographie aquatique autour d'une statue de Marie de MédicisVoir conférence du centre André Chastel du 27 novembre 2014 : Autour de Tommaso et Alessandro Francini : Hydraulique et fontaines ornementales en France (vers 1590-1640).
Thomas Francine et le château de Fontainebleau thumb|Plan du château et du parc de Fontainebleau avec les fontaines réalisées par les Francini dans le Grand jardin et la cour du Cheval blancAlessandro Francini (dessin)Abraham Bosse (graveur). Thomas Francine a réalisé le canal de de long, entre 1606 et 1609, et l'aménagement hydraulique du parc du châteauAlessandro Francini (dessinateur), Michel Lasne (graveur), Portrait de la Maison Royale de Fontainebleau (1624) (voir)Château de Fontainebleau : le parc. Alessandro Francini signe le un marché pour faire quatre fontaines dans les quatre compartiments du Grand jardin et deux fontaines contre le fossé de la cour du Cheval blanc, sur les dessins de Tommaso FranciniCatherine Grodecki, Liste chronologique des actes 1527-1610, , dans Le château de Fontainebleau de François à Henri IV. Les bâtiments et leurs fonctions, Éditions A. et J. Picard (collection De architectura), Paris, 1998 . Alessandro Francini est qualifié de sculpteur fontainier du roi, en 1609, d'ingénieur des fontaines de Fontainebleau dans un contrat de 1613. Il loge alors à Fontainebleau. En 1631, Alessandro Francini signe un contrat pour rétablir la fontaine du Tibre, au château de FontainebleauArchives nationales : Documents du minutier central des notaires de Paris : peintres, sculpteurs et graveurs au (1600-1650).