Marie Guillot, née le à Damerey et morte le à LyonArchives municipales de Lyon, arrondissement, année 1934, acte de décès , cote 2E2652, est une institutrice en Saône-et-Loire. Pionnière du syndicalisme dans l'enseignement primaire, elle associa le projet syndicaliste d'émancipation sociale à celui, sociétal, de l'émancipation des femmes. Syndicaliste révolutionnaire, elle est au début des années 1920 une militante de la Confédération générale du travail unitaire. Elle en est membre de la direction nationale en 1922-1923.
Biographie Originaire du département de Saône-et-Loire et plus exactement de la Bresse chalonnaise, où sa famille est enracinée, Marie Louise Guillot reste sa vie durant en symbiose avec cette zone de Bourgogne du sud"Bourgogne du sud" c'est ainsi que les responsables départementaux du tourisme renomment la Saône-et-Loire. Son père, journalier agricole meurt alors qu'elle n'est âgée que de trois ans. Pour nourrir la famille (Marie a une sœur) sa mère quitte la campagne bressanne pour travailler à la ville la plus proche, Chalon-sur-Saône, où elle trouve un emploi de laveuse à la journée. Bonne élève à l'école, l'enfant, poussée par une institutrice laïqueSlava Liszek Marie Guillot..., page 18, obtient le sésame qui ouvre l'accès à la petite fonction publique : le Brevet supérieur.
Institutrice rurale En 1899 elle devient institutrice dans l'enseignement primaire, emploi qui lui permet de prendre en charge sa mère. Après quelques années de suppléances et de stages dans des écoles du Mâconnais, de la région autunoise et en Bresse, elle obtient sa titularisation dans une école d'un petit village de la Côte chalonnaise Le village de Saint-Martin-d'Auxy compte avant la guerre de 1914-1918. J. Meyrat, Dictionnaire des communes de France, d'Alsace-Lorraine et d'Algérie, éditions Albin Michel, 1914. Elle y enseigne de 1904 à 1921. Elle reste célibataire, partagée entre l'enseignement et le syndicalisme. Elle fonde vers 1910 la section de Saône-et-Loire de la fédération des syndicats d'instituteurs et en assume le secrétariat dans un environnement administratif hostileLa "République radicale" des Clemenceau, Briand, Barthou, Viviani, unissait radicaux-socialistes, républicains-radicaux, socialistes dits "indépendants", dans une commune négation aux fonctionnaires du droit syndical commun à tous les salariés..
Syndicalisme Les dures conditions de vie de ses parents, ses propres conditions d'existence le traitement des instituteurs est faible et, en zones rurales l'apport pécuniaire de la tenue du secrétariat de mairie constitue une appoint indispensable. Jacques Ozouf, Nous les maîtres d'école, autobiographies d'instituteurs de la Belle Époque, collection Archives Julliard, 1967., les tracasseries hiérarchiques la convainquent en l'engagement syndical. S'ajoutent des facteurs plus idéologiques, les mêmes qui font d'elles une adhérente au Parti socialiste (probablement sous l'influence d'un autre instituteurSlava Liszek, ouvrage cité, . de Saône-et-Loire, Théo Bretin) : l'émancipation des travailleurs doit être celle des travailleurs par eux-mêmes. Comme les syndicalistes révolutionnaires elle voit dans le syndicat l'organisateur de la société future. Elle figure parmi les abonnés du petit organe La Vie ouvrière et entretient avec Pierre Monatte à partir de 1913, une correspondance de longue duréeQuelques-unes de ses lettres apparaissent dans Colette Chambelland et Jean Maitron, Syndicalisme révolutionnaire et Communisme ..... Lorsqu'en , La Vie ouvrière publie un article signé "Marie Guillot", c'est une militante expérimentée qui s'exprime le témoignage de Pierre Monatte, reproduit dans D. Cohen, V. Staraselski Un siècle de Vie ouvrière, page 14. L'organe syndical lui avait déjà laissé la parole dans son numéro de sous le pseudonyme transparent de "une abonnée de Saône-et-Loire". Elle notait alors dans un style clair et directSlava Liszek, : Ça manque de femmes à "La Vie ouvrière", vous savez ! Croyez vous donc faire la révolution ou opérer une transformation économique sans le concours des femmes ? (...) Est-ce dédain envers nous ? Vous seriez bien mal inspirés. Le mouvement féministe pénètre et pénétrera de plus en plus les masses et il faudra compter avec lui.
L'École émancipée Depuis 1910Le premier numéro paraît en octobre 1910. Madeleine Guilbert, Les femmes et l'organisation syndicale avant 1914 (voir bibliographie), , puis page 467. Madeleine Guilbert recense tous les articles écrits par des femmes dans la presse socialiste et syndicale : le passage qui suit se base sur cet inventaire., elle participe à la rédaction et à la diffusion de L'École émancipée, "revue pédagogique hebdomadaire" publiée par la Fédération nationale des Syndicats d'institutrices et d'instituteurs de France et des Colonies. Quatre articles d'elle (seule ou en collaboration) sont publiés par cette revue en 1911, cinq sont publiés en 1912, six en 1913, sept pour la seule période janvier-. À partir d'Slava Liszek, elle tient une rubrique dans cette revue : la Tribune féministe.
Militante féministe Le combat des femmes pour l'égalité requiert pour elle la même importance que ses engagements politiques et syndicaux. Elle dirige depuis 1906 l'Association des femmes de Saône-et-Loire pour la propagation des idées laïques. Elle s'appuie alors sur l'hebdomadaire Le Socialiste de Saône-et-Loire, pour diffuser les revendications féministes. L'École émancipée à son tour lui permet de populariser ses idées, d'autant plus que la situation des femmes dans la fonction publique est marquée par une différence de salaire, à grade et ancienneté équivalents, entre les hommes et les femmesEn 1912, la différence du traitement entre instituteurs et institutrices est de par an. Cette différence est du même ordre aux PTT entre les "commis" et les "dames employées". Quand le traitement annuel des uns est (exemple) de celui des unes est de .
Face à la guerre : pacifiste En , alors que les directions de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) et de la CGT, rallient le militarisme gouvernemental, alors que la plupart des plus "braillards" syndicalistes révolutionnaires oublient les ordres-du-jour antimilitaristes qu'ils défendaient dans les Congrès, Marie Guillot écrit à Pierre MonatteJ. Maitron, C. Chambelland Syndicalisme révolutionnaire et communisme, : Ce qui m'épouvante plus que tous les carnages, c'est la vague de haine qui se lève toujours plus haute et qui détourne de leur but les énergies ouvrières.
Elle va, durant les années du conflit, poursuivre le même chemin opiniâtre : partout où elle le peut elle intervient pour faire grandir les idées pacifistes. Elle est confortée par l'appel de Romain Rolland Au-dessus de la mêlée (), par l'attitude de Pierre Monatte avec lequel elle correspond durant toute la guerre, par les prises de position d'autres institutrices en faveur de la Paix. Plusieurs fois inquiétée, elle n'est toutefois pas arrêtée pendant la guerre.
1919-1924 : syndicaliste au niveau national L'agenda (fictif) de la militante montrerait son activité qui tend vers un engagement à 100 % de son temps. Du 7 au , elle participe à Tours, au Congrès de la Fédération nationale des syndicats d'instituteurs. Du 15 au , Marie Guillot participe au de la CGT (Lyon). Elle se situe dans la minorité "révolutionnaire" du syndicat.
thumb|Marie Guillot parmi les autres délégués révolutionnaires au congrès CGT de Lyon, septembre 1919
En , elle est élue secrétaire générale des Comités syndicalistes révolutionnaires de l'Enseignement. En août de la même année elle participe à Bordeaux au quatorzième congrès de la Fédération des syndicats d'instituteursMax Ferré, Histoire du mouvement syndicaliste révolutionnaire chez les instituteurs, .. Elle est l'une des 350 délégués représentant répartis en 68 syndicats. Cependant comme jamaisSelon M. Ferré, le droit syndical est dénié aux fonctionnaires. Le secrétaire de la fédération, Louis Bouët est révoqué depuis le . C'est la troisième fois dans l'histoire du jeune syndicalisme enseignant qu'un secrétaire fédéral est révoquéEn 1907, Marius Nègre avait été révoqué en compagnie des dirigeants du syndicalisme postier. En 1918, l'institutrice Hélène Brion était révoquée pour son action pacifiste. Au cours des années 1919-1921, plusieurs syndicalistes de l'Enseignement subissent aussi enquêtes et sanctions. Marie Guillot, dirigeante du Comité syndicaliste révolutionnaire de la Saône-et-Loire est traduite en conseil de discipline en . Défendue par tous les délégués du personnelIl existe à cette date, deux fédérations syndicales parmi les instituteurs et par son inspecteur primaire, cas peu courant, son cas dépend de l'Inspecteur d'Académie. Elle est révoquée le : Les actes de propagande révolutionnaire accomplies par Marie Guillot sont incompatibles avec les fonctions d'institutrice publiqueSlava Liszek op. cit., .
Pour faire bonne mesure, l'école de Saint-Martin-d'Auxy, vidée de ses élèves par le recul démographique et par de sombres intrigues locales, est fermée... Ses amis de La Vie ouvrière procurent un travail éditorial à celle qui se retrouvait sans salaire Une souscription de solidarité recueille l'équivalent de huit mois de son traitement d'institutrice, dont elle reverse une forte partie à son syndicat pour couvrir les frais d'une action en justice. Mais libre de son temps son militantisme s'exerce tous azimuts : en , le congrès départemental des syndicats CGT de la Saône-et-Loire l'élit secrétaire généraleLe rapport de forces entre les tenants de la majorité confédérale et la minorité révolutionnaire s'inverse par la première fois dans ce département; Marie Guillot est élue par contre 19 au secrétaire sortant Lucien Thomas, secrétaire du syndicat des métaux du Creusot ( Notice du Maitron)..
Secrétaire générale de la fédération de l'Enseignement Du 25 au au congrès de la CGT (Lille), Marie Guillot figure parmi les délégués qui votent la motion des syndicalistes révolutionnaires. Minoritaires, ceux-ci progressent de façon considérable. En , le (Orléans) se répartissait entre à la direction (Jouhaux), et aux révolutionnairesGeorges Lefranc, Le mouvement syndical sous la Troisième République, , vote de la motion d'orientation. Moins d'un an plus tard le document d'orientation est approuvé par , contre et 66 abstentionsibid . Cette progression laissait augurer un basculement de majorité au congrès suivant.
Au niveau de sa profession est réuni à Paris du 18 au , le de la Fédération des syndicats de l'Enseignement laïque. celle-ci se dote d'une nouvelle direction. Une femme est élue secrétaire généraleLe fait vaut d'être remarqué : c'est la première fois qu'une femme, à la Cgt, est élue secrétaire générale d'une Fédération., Marie Guillot. Elle se trouve secrétaire d'une Fédération à un moment clé du syndicalisme français. C'est par des mesures administratives d'exclusion que Léon JouhauxLes biographes du secrétaire général de la CGT notent que les décisions d'exclusion résultent du souci de remédier à la paralysie de la vie syndicale entrainée dans des débats sans fin : Bernard Georges, Denise Tintant, Léon Jouhaux, cinquante ans de syndicalisme, tome 1, PUF, Paris, 1962, pages 430-437.. Sont visées les organisations adhérentes aux comités syndicalistes révolutionnaires. Une partie des responsables minoritairesMichel Dreyfus, op. cit., aspire à la scission dans le but de créer une nouvelle centrale qui ne soit inféodée ni au réformisme ni "à Moscou". Bien qu'animatrice des Comités syndicalistes révolutionnaires, Marie Guillot est difficilement classable. En 23-25 décembre 1921, à Paris, rue de la Grange-aux-Belles les syndicalistes "minoritaires" organisent une assemblée des organisations exclues et des minorités fédérales. Elle ne figure pas dans la direction provisoire de la structure syndicale qui se met en place la Confédération générale du travail unitaire (CGTU), où dominent les anarchistes.