André Derain, né le à Chatou et mort le à Garches, est un peintre français, connu pour être l'un des fondateurs du fauvisme. Il est également peintre de décors et costumes de ballets et de théâtre, graveur, illustrateur, sculpteur et écrivain.
Salué comme le pionnier d'un nouvel art, le fauvisme, avant la guerre de 1914, il s'oriente après 1918 vers un réalisme au classicisme renouvelé où s'exprime son goût du théâtre et des lettres qui en fait l’une des figures majeures de l'entre-deux-guerres. Mis en cause à la Libération comme collaborateur, il est blâmé et apparaît ensuite comme le survivant d'un ancien monde « pour qui la violence a donné l'illusion de la force »Selon le mot de Pierre Francastel, cité dans le Grand Larousse, article « Derain », 1973, ..
Biographie vignette|gauche|Premier Salon d'automne, 1903, couverture du catalogue. André Derain naît à Chatou (Seine-et-Oise, aujourd'hui Yvelines), dans une famille aisée.. Son père Louis-Charlemagne, crémier-glacier au 87, rue Saint-GermainPierre Cabanne, André Derain, Somogy, Paris, 1990, . est conseiller municipal. Sa mère, Clémentine Angélique Baffé, a perdu plusieurs enfants en bas âge, seul restait un frère aîné, René (1870-1890 Conférence de Geneviève-Javotte Taillade, semestre 2014.). André Derain est placé dans une famille nourricière à Orgeval. Elève au lycée Chaptal, c'est vers l'âge de 15 ans qu'il commence à peindre. À 18 ans, il entre à l'académie Camillo, dirigée par Eugène Carrière, un ami de Pierre Puvis de Chavannes. En 1900, il rencontre Maurice de Vlaminck dans un train de banlieue. En 1901, c'est en effectuant des copies au Louvre qu'il fait la connaissance d'Henri Matisse.
Jeunes peintres démunis avec Vlaminck, ils partagent un atelier dans la Maison Levanneur à Chatou. Il effectue son service militaire entre 1901 et 1904. Il commence à peindre ses premiers paysages et illustre les premiers romans de Vlaminck dont D'un lit dans l'autre. Il rencontre le poète et critique Guillaume Apollinaire qui lui dédiera un poème de son recueil Alcools.. Autodidacte, il fréquente assidûment les musées et nourrit sa réflexion esthétique d'un grand nombre de lectures (Zola, Nietzsche…). À l'influence déterminante de Vincent van Gogh, qu'il découvre en 1901, s'ajoute celle des néo-impressionnistes et surtout l'œuvre de Paul Cézanne qu'il voit au premier Salon d'automne en 1903.
L'invention du fauvisme vignette|Affiche officielle de l'exposition Armory Show (New York, 1913). Après avoir suivi les cours de l'académie JulianDictionnaire Delarge., Derain rejoint Matisse à Collioure en 1905. Ensemble ils créent la première révolution esthétique du : le Fauvisme (couleurs vives, dessin simplifié, etc. ; cf. Collioure, h/tHuile sur toile., , 1905, Metropolitan Museum of Art, New York).
Il expose cinq huiles sur toiles et quatre pastels au Salon d'automne, en 1905, dans la Salle aux fauves avec Matisse, Vlaminck, Braque, Camoin, Marquet, Girieud ; il signe la même année son contrat avec Ambroise Vollard (Bougival, h/t, , 1905, musée du Havre). En 1905 et 1906, il voyage à Londres (Londres, Westminster, Regent Street, Londres, h/t, , 1906, Metropolitan Museum of Art, New York). Il est alors considéré comme un des meilleurs représentants du fauvisme.
En 1906-1907, il est bouleversé par la découverte des arts « primitifs » à Londres et commence avec Vlaminck à collectionner ce que l'on appelle alors, l’« art nègre ». Il achète un masque Fang. En étroite relation avec Matisse, il poursuit sa réflexion sur les liens entre décoration et expression. Il s'intéresse aux arts décoratifs : céramique, bas-reliefs en bois, sculpture qu'il pratique sur pierre. Il réalise de grands panneaux sur le thème de l'âge d'or, de la danse ou des baigneuses. Après 1906, l'influence de Paul Gauguin décroit sur sa peinture, sa palette change. Puis l'année suivante, il déménage à Montmartre pour se rapprocher de ses amis Pablo Picasso, Braque, Apollinaire, Kees van Dongen et Max Jacob… Il fréquente le Bateau-Lavoir, est influencé par Picasso. Il rencontre alors à Montmartre Alice Géry, la femme de Maurice Princet, mathématicien et théoricien du cubisme. Elle se sépare de son mari et épousera André Derain en 1926 ; ce dernier peindra à de nombreuses reprises son visage sévère et élégant..
Alice Géry (1884-1975) Alice Géry est une fille d'ouvrier qui ressemblait à une « Madone aux cheveux libres », suivant la description que fait d'elle Gertrude Stein dans ses mémoires : Elle est un des modèles de Picasso de la période bleue (Jeune fille accoudée, dessin, 1903). , selon Gertrude Stein, qui dit l'avoir toujours aimée.. Alice Géry a un caractère trempé ; elle et Derain assumeront l'éducation de sa nièce Geneviève, née en 1919. organise la vie et supporte les aventures de son mari André. Elle pose pour Charles Despiau en 1922Voir répertoire de la sculpture française..
Le retour au classicisme En 1906, Derain séjourne à l'Estaque où il travaille avec Braque. En 1907 il passe l'été à Cassis, où Matisse le visite.
En 1908, Derain séjourne à Martigues où Friesz, Braque et Dufy sont ses voisins. Il peint une série de paysages précubistes représentant la ville et ses environs puis avec Dufy à L'Estaque. Il illustre le premier livre de poésie de Guillaume Apollinaire, L'Enchanteur pourrissant (1909). Après avoir peint des paysages de Cagnes-sur-Mer, il rejoint Picasso en Espagne à Cadaqués en 1910.. Il participe avec Braque et Picasso à la première phase de l'invention du cubisme dite cézano-cubiste : 1908-1910 (Maisons au bord de l'eau, h/t, , 1910, musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg). Il s'installe au 13, rue Bonaparte dans le arrondissement. Dès 1911, il revient à une facture qui semble plus traditionnelle, amorce un retour à la perspective et au clair-obscur, à la suite d'un séjour dans le nord et le centre de la France. Il anticipe alors le retour au classicisme qui s'imposera après 1918 à Picasso, Braque et à la nouvelle génération des peintres. Cette période de son œuvre, dite gothique ou byzantine, d'une grande originalité, a fortement influencé la peinture métaphysique italienne d'après-guerre (De Chirico, Sironi, etc.) et la peinture allemande de la Nouvelle Objectivité. Elle a également beaucoup impressionné les futurs poètes surréalistes français (Breton, Aragon, Desnos…)..
En 1912, il séjourne à Vers (Lot), près de Cahors. Il loge dans le presbytère (Église à Vers, h/t, , 1912, musée de Cardiff). Plusieurs des toiles qu'il a peintes alors se trouvent aujourd'hui au MoMA à New York ou en Russie. Il participe à Londres à la Second Postimpressionnist Exhibition. Il illustre un recueil de poèmes de Max Jacob en 1912 : Œuvres burlesques et mystiques du frère Matorel mort au parloir. En 1913, il retrouve Vlaminck à Martigues et participe à l'exposition de la Toison d'Or à Moscou et de l'Armory Show à New York. En 1914, il expose dans les galeries de l'expressionnisme allemand, à la Neue Galerie de Berlin ; puis à Düsseldorf, enfin à Dresde. Pendant l'été il est à Montfavet près d’Avignon, avec Braque et Picasso, quand éclate la guerre. Il s'éloignera de Picasso à l'issue de la guerre, leurs liens s'étant distendus.
La Première Guerre mondiale Au début de la Première Guerre mondiale, Derain a 34 ans. Il est mobilisé dans l'artillerie, au régiment d'infanterie de Lisieux. Il sert en Champagne, dans la Somme, à Verdun, au chemin des Dames jusqu'en 1917, puis dans l’Aisne et les Vosges. Le , il écrit à sa femme Alice Derain : Il est donné une fois pour mort. À partir de 1915, Derain est mentionné dans diverses revues expressionnistes allemandes comme symbole d'amitié et de respect. En 1915, le peintre et poète allemand Carl Einstein fait paraître un long poème Gedenken des André Derain (Souvenir d'André Derain) dans la revue berlinoise et expressionniste Aktion ( du Liliane Meffre, Carl Einstein, 1885-1940. Itinéraires d'une pensée moderne, PUS, Paris 2002, .).
En 1919, Derain fournit des illustrations pour le premier livre d'André Breton, Mont de Piété. Il reste peu de dessins connus de la période, et le titre d'une seule toile perdue : Le Cabaret du Front, vue par André Breton en 1921 dans l'atelier du peintre« La couleur des larmes. Les peintres de la Grande Guerre », sur memorial-caen.fr.. Il est démobilisé en 1919 ; on peut lire sur son livret militaire : Derain est porté à l’ordre du jour du régiment en pour sa conduite sur la route de Bras à Douaumont..
Le retour à l'ordre vignette|André Derain en 1910 à côté de son Nu debout Gelett Burgess, The Wild Men of Paris, Architectural Record, mai 1910, sculpture Nu debout (Standing Woman), 1907..|gauche En 1919, Cocteau, dans son article « Au revoir, Derain », explique la rupture qu'opère Derain, par rapport au cubisme de Braque et de Picasso (période 1911-1912) dans lequel il n'a pas prolongé son engagement : , présentant ainsi l'idéal néo-classique de Derain en rupture avec l'avant-garde d'avant la Première Guerre mondiale.
Il se brouille avec Vlaminck. Et accueille définitivement sa belle-sœur, Suzanne Géry, avec sa fille Geneviève (née en 1919), que Derain adorait ; il la peindra une centaine de fois. (Le Peintre et sa famille, h/t, , 1939, Tate Gallery, Londres).
Un décorateur de théâtre et de ballet demandé Pour le ballet La Boutique fantasque, de Diaghilev, animateur des Ballets russes, joué à Londres en , il crée des marionnettes mécaniquesUne photographie Photograph of Boutique Fantasque, n.d, Library of Congress, Washington DC.. La création a lieu à Londres, cette expérience l'amène à concevoir de nombreux décors et costumes de ballets pendant les années 1920 et 1930 pour la scène.. Pendant la guerre, il a créé des masques avec des boîtes et des coquillages ; en 1919 les costumes et décors pour L’Annonce faite à Marie de Paul Claudel, pour une tournée en Scandinavie. En 1924, il participe au premier film de Jean Renoir, La Fille de l'eau, dans le rôle du patron du café, avec Catherine Hessling en vedette et dont il a fait le portrait. En 1926, il dessine les décors pour le ballet Jack in the Box, musique d’Erik Satie pour les Ballets russes (Serge Grigoriev's photo album/scrapbook, Library of Congress, Washington, USA). Il réalise les décors pour les ballets : La Concurrence, en 1932, Les Fastes et Les Songes, en 1933, dont il a écrit les arguments. Au total, ..
Il renouvelle son contrat avec la galerie Kahnweiler en 1920. En 1922, il expose ses tableaux à Stockholm, à Berlin, Munich et à New York. Paul Guillaume devient son marchand attitré en 1923. Sa réputation grandit encore lorsqu'il reçoit le prix Carnegie en 1928 pour le tableau La Chasse et continue à exposer dans le monde entier : à Londres, Berlin, Francfort, Düsseldorf, New York et Cincinnati. Entre 1925 et 1928, les prix des tableaux de Derain passent de à François Chaubet, Histoire intellectuelle de l'entre-deux-guerres. Culture et politique, Nouveau Monde Éditions, Paris, 2006.. Célèbre figure des Années folles, cet homme de haute taille (), collectionne les voituresIl était considéré comme un fou du volant et deux de ses amies meurent carbonisées dans une course poursuite effrénée avec lui, dans Le Populaire, 6 novembre 1929. (les Bugatti), les châteaux (à Chailly-en-Bière, à Parouzeau) et les relations avec les femmesChristiane Duparc, « Les infidélités d'André Derain », L'Express, 24 novembre 1994..