Sayyid ʿAlī Muḥammad Šīrāzī ( en persan), né le à Chiraz et mort fusillé le à Tabriz, est un marchand et chef religieux iranien fondateur du babisme. En 1844, il déclare être une manifestation nouvelle de Dieu et le mahdi (ou al-qāʾim) attendu par les musulmans. Il se donna dès lors le titre de Báb (), qui signifie « porte » en arabe.

L’apparition du Báb et de son message s’inscrivent dans un contexte de bouleversements sociaux, politiques et religieux en Iran. Ses enseignements, qui incluent des réformes spirituelles, sociales et légales novatrices, remettent en cause les normes établies du clergé chiite et suscitent un engouement parmi divers groupes sociaux. Cependant, cette popularité entraîne une répression sévère de la part des autorités religieuses et gouvernementales, aboutissant à son arrestation, sa détention prolongée et, finalement, son exécution publique à Tabriz en 1850, à l'âge de 30 ans.

Le Báb a composé de nombreuses lettres et livres dans lesquels il a présenté les idées d'un nouvel ordre social et la promesse de l'arrivée prochaine d'un nouveau messager divin. Les bahá'ís le revendiquent comme prédécesseur de leur propre religion. Bahâ’u’lláh, le prophète fondateur de la religion baha’ie, était un de ses disciples et annonça être la réalisation de sa prophétie concernant et .

Biographie Premières années Ali Muhammad est né le ( Muharram 1235 de l'Hégire) à Chiraz. Son père, un riche marchand de Chiraz, mourut assez tôt après sa naissance et l'enfant fut élevé par son oncle Hājī Mirzā Siyyid 'Ali, également marchand.

Il apprit à lire et écrire et fut envoyé dans une école religieuse (maktab) avec d'autres enfants de son âge : il faisait preuve d'excellence spirituelle et intellectuelle.

Entre l'âge de 15 et , il rejoint son oncle à Bushihr pour gérer l'affaire familiale et devint marchand Des références dans certains de ses premiers écrits suggèrent cependant qu'il n'aimait guère les affaires et qu'il se consacrait plutôt à l'étude de la littérature religieuse.

En 1842, à l'âge de 23 ans, suivant le souhait de sa mère, il retourna à Shiraz et épousa Khadījih-Bagum, une cousine au second degré, fille d'un marchand. Le couple eut un enfant, Ahmad, qui mourut rapidement.

Personnalité et apparence Le Báb est généralement décrit comme doux, précoce ou doué d'une grande intelligence. L'un de ses disciples contemporains l'a décrit comme suit :

Un médecin irlandais qui l'a soigné d'une bastonnade l'a décrit comme .

Mouvement shaykhi En 1790, plusieurs années avant la déclaration du Báb, Shaykh Ahmad (1753-1826) crea en Irak une école de pensée religieuse au sein de l’islam chiite. Ses disciples, connus sous le nom de Shaykhis, s'attendaient au retour imminent de la direction divine à travers l'apparition du Mahdi, de l'Imam caché, ou d'un adjoint de l'Imam caché. Shaykh Ahmad adopta une approche moins littérale des enseignements islamiques, en enseignant, par exemple, que ce n'est pas le corps matériel de Mahomet qui s'est envolé pendant son ascention (Mi'raj) et que la résurrection des morts était de nature spirituelle. Les idées de Shaykh Ahmad se sont entrechoquées avec celles des théologiens chiites orthodoxes de l'époque, et il a été déclaré infidèle en 1824.

Après la mort de Shaykh Ahmad, un de ses disciples, Siyyid Kazim Rashti (1793-1843), prit la direction de l'école. Il souligna l'importance de l'année 1260 AH (1844 après J.C.) comme date du retour du Mahdi, mille ans lunaires après la désaparition du douzième Imam. En 1841, le Báb partit en pèlerinage en Irak et y resta sept mois, principalement à Karbala et dans ses environs, où il assista à aux classes de Kazim Rashti. Avant son décès en , Kazim Rashti conseilla à ses partisans de quitter leurs foyers pour rechercher le Mahdi qui, selon ses prophéties, apparaîtrait bientôt.

Proclamation

La première expérience religieusement inspirée du Báb, dont sa femme Khadijeh fue témointe, eu lieu la soirée du . Suite à l'évênement, Khadijeh cru dans la révélation du Báb et fut donc la première à le faire.

La date officielle de la déclaration de ʿAlí Muḥammad de sa mission est la nuit du . Ce jour-là Mullá Husayn, un des disciples de Siyyid Kazim Rashti, tout juste arrivé à Shiraz après avoir veillé pendant 40 jours dans une mosquée, fut invité par le jeune marchand chez lui. Mullá Husayn lui parla de sa recherche du Promis, selon les instructions de Kazim Rashti, et ʿAlí Muḥammad prétendit être ce Promis. Il répondit de manière satisfaisante à toutes les questions de Mullá Husayn et écrivit en sa présence, avec une extrême rapidité, un long commentaire sur Sourate de Joseph, connu sous le nom de Qayyúmu'l-Asmáʼ et considéré comme la première œuvre révélée du Báb. Lors de cette nuit, il prit aussi le titre de Báb (« La porte »). Mullá Husayn fut le premier à accepter les affirmations du Báb. La date a été adoptée comme jour saint bahá'í et marque le début de son calendrier, ainsi que l'initiation d'un nouveau cycle prophétique et du mouvement religieux réformateur et millénariste, le babisme.

Lettres du Vivant Mullā Husayn fut le premier disciple du Báb. En cinq mois, dix-sept autres disciples de Kazim Rashti reconnurent le Báb comme une manifestation de Dieu. Ces dix-huit disciples devinrent plus tard connus sous le nom de « Lettres du Vivant ». Parmi eux se trouvait une femme, Fátimih Zarrín Táj Barag͟háni, une poète, qui reçut plus tard le nom de Táhirih, ce qui signifie « la Pure ».

Voyages et emprisonnement Après avoir été reconnu par ses dix-huit disciples, le Bāb et son Quddūs, une des Lettres du Vivant, partirent pour un pèlerinage à La Mecque et Médine, lieux saints de l'islam. Arrivé à la Mecque, À la Kaaba de La Mecque, le Báb prétendit publiquement être le Qa'im promis. Il écrivit aussi au Chérif de La Mecque, lui expliquant sa mission. À la fin du pèlerinage, le Báb et Quddús retournèrent à Bushehr, en Perse, où ils se virent pour la dernière fois.

Le Báb demanda a Quddús de le devancer à Shiraz et de commencer à proclamer sa mission. Cela attira l'attention du gouverneur, Husayn Khan, qui arrêta, tortura et expulsa Quddús de la ville. Il fit arrêter et convoqua le Báb à Chiraz en . L'Imam-Jum'ih de Shiraz (imam de la prère du vendredi) l'interrogea sur ses affirmations. Le Báb nia être le représentant du Qá'im (promis de l'Islam) ou un de ses intermédiaire auprès des fidèles et, demandé à le faire, répéta plus tard la même chose devant une congrégation à la mosquée Vakil.

Le Báb fut assigné en résidence surveillée chez son oncle jusqu'à ce qu'une épidémie de choléra éclate dans la ville en . À sa libération, le Bāb parti pour Ispahan. Là, beaucoup sont venus le voir chez l'Imam-Jum'ih de la ville, qui avait gagné son amitié. Après une réunion informelle au cours de laquelle le Báb débattait avec le clergé local et montrait sa rapidité à produire des vers de façon instantanée, sa popularité monta en flèche.

Après la mort de Manouchehr Khan Gorji, le gouverneur d'Ispahan qui soutenait le Báb, le shah Mohammad Chah Qadjar, de nouveau sous la pression du clergé chiite, ordonna au Báb en de se présenter à Téhéran. Cependant, à la fin du voyage, l'escorte s'arrêta à peu de distance de Téhéran. Après avoir passé plusieurs mois dans un camp à l'extérieur de Téhéran, et avant que le Báb puisse rencontrer le Shah, le Premier ministre Haji Mirza Aqasi envoya le Báb à Tabriz, dans le nord-ouest du pays, où il fut confiné et empêché de recevoir toute visite.

Après 40 jours à Tabriz, le Báb fut transféré à la forteresse de Makou dans la province iranienne d'Azerbaïdjan, près de la frontière turque. Pendant son incarcération, le Báb commença son œuvre la plus importante, le Bayán persan, qui resta inachevée. En raison des pressions du gouvernement russe et de la popularité grandissante du Báb à Maku, le gouverneur de Maku lui-même se convertissant, le premier ministre le transféra à la forteresse de Chihriq en .

Procès à Tabriz En , le Báb fut amené de Chihriq à Tabriz pour y être jugé pour apostasie devant un jury composé de membre du clergé islamique. En chemin, il passa 10 jours dans la ville d'Urmia, lors desquels a été réalisé le seul portrait connu de lui. Une copie a ensuite été envoyée à Baháʼu'lláh et est conservée dans les archives internationales du Centre mondial bahá'í.

Le procès, auquel assista le prince héritier Nassereddine, eut lieu en et impliqua de nombreux membres du clergé local. Ils interrogèrent le Báb sur la nature de ses affirmations, de ses enseignements, et exigèrent qu'il produise des miracles pour prouver son autorité divine. Ils lui ont conseillé de renoncer à ses affirmations. Les rapports varient, mais une réponse coincide dans les neuf sources de témoins oculaires, où le Báb déclare : « Je suis cette personne que vous attendez depuis mille ans ».

Exécution vignette|Mausolée du Báb

Peloton d'exécution Le , Muhammad Shah décéda, et Nasseredine Shah accéda au trône. En 1850, le nouveau premier ministre, Amir Kabir, ordonna l'exécution du Báb : il fut amené à Tabriz, où il était censé être fusillé. La nuit précédant l'exécution, alors qu'on l'amenait à sa cellule, un jeune Babi, Muhammad-Ali (prénommé Anis) se jeta à ses pieds et demanda à mourir avec lui. L'homme fut immédiatement arrêté et emprisonné avec le Báb.

Le matin du (28 Sha'ban 1266 AH), le Báb fut emmené dans la cour de la caserne où il était emprisonné. Le Báb et Anis furent suspendus à un mur et un grand peloton d'exécution se prépara à tirer. Des milliers de personnes se rassemblèrent pour assister à son exécution. De nombreux témoins oculaires, notamment ceux de diplomates occidentaux, relatent le résultat. L'ordre fut donné de tirer. Les récits diffèrent sur les détails, mais tous s'accordent sur le fait que la première volée n'a pas réussi à tuer le Báb; les balles ont plutôt coupé la corde qui les suspendait au mur. Un deuxième peloton d'exécution fut amené et un deuxième ordre de tirer fut donné. Cette fois, le Báb fut tué. Les restes du Báb et d'Anis furent jetés dans un fossé à l'extérieur de la ville afin que les chiens les dévorent.

Enterrement Cet acte fut condamné par Justin Sheil, alors ministre britannique à Téhéran.

Les restes du Báb furent clandestinement sauvés par une poignée de Babis puis cachés. Bien plut tard, les restes furent secrètement transportés selon les instructions de Baháʼu'lláh puis de ʿAbdu'l-Baha via Ispahan, Kirmanshah, Bagdad, Damas, Beyrouth, puis par la mer jusqu'à Acre en 1899. Le , les restes du Báb furent enterrés dans le sanctuaire du Báb, érigé à cet effet par 'Abdu'l-Baha, sur le mont Carmel, dans l'actuelle Haïfa, en Israël. A l'heure actuelle, le sanctuaire se trouve dans un complexe de terrasses et jardins completés en 2001, formant partie du Centre mondial bahá'í et ouvert aux visiteurs.

Enseignements et héritage Un point fondamental de ses enseignements est l'accent mis sur l'avènement d'une figure messianique, qu'il appelle fréquemment . Le Báb discute systématiquement de sa propre révélation et de ses lois dans le contexte de ce chiffre promis. Contrairement aux religions précédentes où les références aux figures promises n'étaient qu'occasionnelles et suggérées par des allusions, l'objectif principal du Bayan, le livre mère de la dispensation Bábí, est de préparer la voie à « celui que Dieu rendra manifeste ».

Au cœur des enseignements du Báb se trouve un appel à la réconciliation de tous les membres de la famille humaine, marquant l'avènement d'une nouvelle étape dans l'histoire humaine: . Le Báb a ainsi mis l'accent sur une perspective éthique universelle, y compris l'impératif moral de ne faire aucune distinction entre croyants et non-croyants et de reconnaître les besoins objectifs des autres. L’intention de ces enseignements était de jeter les bases .