Deir el-Balah (en arabe دير البلح), anciennement Darum ou Daron, est une ville palestinienne située dans la bande de Gaza. Elle est située à mi-distance de la ville de Gaza et de Rafah. Elle est le chef-lieu du gouvernorat de Deir el-Balah. Siège d'une garnison égyptienne à l'Âge du Bronze, disputée entre croisés et Ayyoubides au Moyen Âge, entre Britanniques et Ottomans pendant la Première Guerre mondiale, elle est occupée par l'armée israélienne pendant les guerres israélo-arabes en 1956-1957 et de 1967 à 1994, et bombardée par les Israéliens pendant le conflit entre le Hamas et Israël depuis les années 2000. Les camps palestiniens de Deir el-Balah et de Maghazi, sont situés près de la ville.

Nom Deir el-Balah (arabe : دير البلح), « Couvent des palmiers dattiers », a été connue sous les noms de Deir Mar Jiryis (« Couvent de Saint Georges », saint chrétien très populaire dans la région), ou Deir al-Khidr, d'après un personnage surnaturel cité dans le Coran. Son nom médiéval de Darum ou Daron viendrait, selon Guillaume de Tyr, de « Domus Graecorum » (« Maison des Grecs » en latin) mais il est plus probable qu'il vient de l'hébreu « Darôm » (« le Sud »). En turc ottoman, elle est appelée « Deir Darum ». Le nom actuel ne s'impose qu'au Victor Guérin, Description géographique, historique et archéologique de la Palestine, 1868, p. 223-224 Moshe Sharon, Corpus Inscriptionum Arabicarum Palaestinae, D-F, vol. 3, Brill, 2004, p. 11-12..

Géographie vignette|gauche|La plage de Deir el-Balah en août 2010. Deir el-Balah est limitée à l'ouest par la Méditerranée, au nord par la municipalité de Gaza, au sud par celle de Khan Younès, à l'est par la route Salah ad-Din. Le centre-ville actuel est à 1,7 km à l'est de la mer et à 3 km au nord de l'ancien site de DarumMoshe Sharon, Corpus Inscriptionum Arabicarum Palaestinae, D-F, vol. 3, Brill, 2004, p. 11.. Le climat, chaud et sec, est celui du désert du SinaïBrendon C. Benz, Land before the Kingdom of Israel: A History of the Southern Levant and the People who Populated it, Eisenbrauns, 2021, ch. 1 .

Histoire Antiquité vignette|redresse=0.7|gauche|Sarcophage anthropoïde du - s. av. J.-C. trouvé à Deir el-Balah, musée Hecht, Haïfa. Deir el-Balah est un centre d'échanges actif vers la fin de l'Âge du Bronze entre l'Égypte du Nouvel Empire et les royaumes de Canaan. Comme la plupart des avant-postes égyptiens, il se trouve sur la route côtière, la Via Maris, et pouvait être approvisionné à la fois par mer et par terreCarolyn R. Higginbotham, Egyptianization and Elite Emulation in Ramesside Palestine, Brill, 2000, p. 127 . C'est un poste fortifié sur le « chemin d'Horus », la route stratégique qui relie l'Égypte à ses protectorats orientaux. L'occupation commence au dans la période d'Amarna ( dynastie) mais les principales phases correspondent aux (règne de ) et début de la dynastie, au tournant des Killebrew, 2006, Introduction.. Le site abrite un réservoir d'eau, des résidences destinées à l'élite et des ateliers d'artisans produisant, entre autres, des sarcophages. Le mobilier funéraire comprend des scarabées, des vases d'albâtre, des bijoux d'or et de cornaline, et indique des échanges avec les royaumes cananéens, la Grèce mycénienne et Chypre.

Avec le déclin de la puissance égyptienne, les Philistins occupent la région vers 1150 av. J.-C. Des fosses contenant des restes de poterie philistine ont été trouvéesAvraham Negen et Shimon Gibson, Archaeological Encyclopedia of the Holy Land, Continuum, 2001, p. 139..

Des Byzantins aux Ottomans Au , l'ermite Hilarion de Gaza établit sa première retraite près du site de Deir el-Balah avant de partir pour Chypre. Le monastère de Saint Hilarion est bâti à l'emplacement de sa cellule sous l'Empire romain d'Orient, au milieu des dunes littorales et à l'écart de l'agglomération. C'est un ensemble de m², d'architecture byzantine avec quelques réfections à l'époque omeyyade.

Après la conquête musulmane du Levant au , la région du sud de la Palestine (Jund Filastin) est comprise dans le califat des Rachidoun. Le nom de Darum désigne alors la partie sud de cette région, sa capitale étant, selon les époques, à Beit Jibrin ou Hébron<ref>Robert Schick, The Christian Communities of Palestine From Byzantine to Islamic Rule, Darwin Press, 1995, p. 280.</ref>. Une inscription conservée dans la mosquée indique que Deir el-Balah a été donné comme fief par le calife fatimide al-Aziz Billah à son vizir Yaqub ibn Killis, mort en 990Moshe Sharon, Corpus Inscriptionum Arabicarum Palaestinae, D-F, vol. 3, Brill, 2004, p. 16.. Selon une tradition locale, cette mosquée, construite sur l'emplacement d'une ancienne église chrétienne, abritait la tombe du Khidr, personnage énigmatique mentionné dans le CoranC.R. Conder et H.H. Kitchener, The Survey of Western Palestine: Memoirs of the Topography, Orography, Hydrography, and Archaeology, vol. 3, London, Committee of the Palestine Exploration Fund, 1883, p. 247-248 . vignette|Richard Cœur de Lion combattant Saladin, carreau anglais, v. 1250. Pendant les croisades, Deir el-Balah, appelée le Daron par les croisés, est une position stratégique et un poste de douane entre le sultanat ayyoubide d'Égypte et le royaume de Jérusalem. Selon le chroniqueur Guillaume de Tyr, le roi Amaury de Jérusalem l'avait sommairement fortifiée avec une enceinte à quatre tours sans fossés ni barbacanes. En décembre 1170, Saladin vient l'assiéger : Amaury réunit une petite armée avec les chevaliers disponibles, les Templiers et le patriarche de Jérusalem portant la Vraie Croix, passe au travers des lignes musulmanes et vient se jeter dans la place. Saladin, voyant la forteresse bien défendue, abandonne le siège et tente de s'emparer de Gaza : il pille la ville basse mais échoue devant la citadelle et repart pour l'Égypte en longeant les remparts du Daron. Amaury rentre à Jérusalem en laissant sur place une forte garnison. Saladin ne prendra le Daron, abandonné par ses défenseurs, qu'après le désastre des croisés à la bataille de Hattin en 1187Moshe Sharon, Corpus Inscriptionum Arabicarum Palaestinae, D-F, vol. 3, Brill, 2004, p. 13.. Il en fait une puissante forteresse avec 17 tourelles. Pendant la troisième croisade, Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, vient l'assiéger en mai 1192 : il l'emporte après un siège rapide en utilisant les services d'artisans musulmans d'Alep, tailleurs de pierre ou mécaniciens, capturés au cours de la campagne ou loués à prix d'argent. Après l'échec de sa marche vers Jérusalem, n'ayant pas assez d'hommes pour la conserver, il la fait démanteler avant de l'abandonner lors du traité conclu avec Saladin le 2 septembre 1192. Les Ayyoubides commencent à la rebâtir mais le sultan Malik al-Aziz la fait de nouveau raser de crainte qu'elle ne serve de base à une nouvelle croisade : elle reste inhabitée jusqu'à la fin de la dynastie vers 1250. Le géographe Yaqout al-Rumi, en 1226, décrit son château en ruines et le prend pour une des villes maudites de la légende de LothGuy Le Strange, Palestine Under the Moslems: A Description of Syria and the Holy Land from A.D. 650 to 1500, Committee of the Palestine Exploration Fund, 1890, p. 437.. vignette|Bédouins au sud de Gaza, lithographie de Charles William Meredith van de Velde, 1850-1851. Sous le sultanat mamelouk, Deir el-Balah redevient une étape sur la route du courrier à cheval. Le bourg appartient à la province de Gaza et les sultans y font construire des ponts, des routes, des relais de poste et un caravansérail. La campagne environnante est renommée pour sa fertilité en blé, orge, ses dattiers, figuiers, melons et framboisesMariam Shahin, Palestine: A Guide, Interlink Books, 2005, p. 421-423.. La tribu arabe des campe autour de Deir el-Balah et de Gaza pendant la période mamelouke et ottomaneNicola A. Ziadeh, Urban Life In Syria Under the Early Mamluks, Greenwood, 1953, p. 45..

En 1596, Gaza est le chef-lieu d'un sandjak (district) de la Syrie ottomane. Le recensement à Deir el-Balah dénombre 175 familles musulmanes et 125 familles chrétiennesW.-D. Hütteroth et K. Abdulfattah, Historical Geography of Palestine, Transjordan and Southern Syria in the Late 16th Century, Erlanger Geographische Arbeiten, vol. 5., p. 144.. Au , les Ottomans doivent disputer le contrôle de la région aux Tarabay, une lignée d'émirs bédouins bien implantés en Galilée. Avec le concours des émirs druzes , les Ottomans expulsent les Tarabay qui se réfugient, les uns en Syrie et au Liban, les autres dans des villages sédentaires vers Sakhnin, Jénine, Tulkarem, Gaza, Deir el-Balah et El-Arish.

En 1868, le voyageur français Victor Guérin décrit Deir el-Balah, le « Couvent du Dattier », comme un village de 350 habitants, établi sur une petite hauteur, entouré de palmiers dattiers qui lui donnent son nom.

Des Britanniques aux Israéliens vignette|gauche|Train-hôpital britannique à Deir el-Balah après le bombardement du dispensaire par l'aviation allemande en mai 1917. En 1917, pendant la campagne du Sinaï et de la Palestine, la Force expéditionnaire britannique basée en Égypte construit un chemin de fer traversant le Sinaï qui s'arrête, dans un premier temps, à Deir el-Balah. En novembre 1917, à l'issue de la troisième bataille de Gaza, le général britannique Edmund Allenby fait construire deux grands cimetières militaires à Deir el-Balah et Gaza, et prolonger le chemin de fer pour préparer la prise de Jérusalem en décembre 1917Jean-Pierre Filiu, Histoire de Gaza, Fayard, 2012, ch. « Le gouvernement militaire » . Les Égyptiens de lEgyptian Labour Corps, travailleurs prêtés par le sultan Hussein Kamal sous tutelle britannique, sont employés à porter les rails, construire les installations, transporter les blessés ; une fois, le novembre 1917, déguisés en soldats, ils sont envoyés le long de la plage pour faire croire aux soldats ottomans que les Britanniques ont débarqué sur leurs arrières, p. 88..

Sous le mandat britannique en Palestine (1920-1948), les cimetières militaires britanniques dont celui de Deir el-Balah sont aménagés dans le style monumental, p. 62..

La guerre israélo-arabe de 1948-1949 se termine par l'occupation de la bande de Gaza par l'Égypte. Pour les habitants de Deir el-Balah, c'est une période de relative prospérité : la nappe phréatique permet de développer la culture des agrumes.

En novembre 1956, au début de la guerre de Suez, la bande de Gaza est occupée temporairement par l'armée israélienne. Le futur journaliste palestinien Abdel Bari Atwan raconte comment, alors âgé de 6 ans, il a vu les soldats israéliens faire irruption dans la ville : les habitants sont terrifiés par des nouvelles de massacres dans les villes voisines. Son père a juste le temps de faire dissimuler son fusil avant d'être arrêté, battu à coups de crosse et conduit avec d'autres prisonniers sur un terrain vague qui servait habituellement au football. Les captifs croient qu'ils vont être fusillés quand un officier israélien arrive en Jeep et ordonne aux soldats de se retirer.. vignette|redresse=0.7|Patrouille israélienne pendant la première intifada, 4 mars 1988. Après la guerre des Six Jours de 1967, la bande de Gaza est occupée par l'armée israélienne. La nécropole antique est en partie pillée et une part de son contenu aboutit au musée d’Israël à Jérusalem. Le général Moshe Dayan, ministre de la Défense d'Israël, en 1971, fait enlever illégalement non moins de 22 sarcophages. Entre 1972 et 1982, l'archéologue israélienne convainc non sans mal Moshe Dayan de lui confier la fouille régulière du site : le général, d'abord réticent, finit par l'appuyer et aplanir ses difficultés avec l'autorité militaire et les habitants. Elle explore un important cimetière de l'Âge du Bronze témoignant des contacts entre l'Égypte pharaonique et les royaumes cananéens. L'aire principale occupe m² : tonnes de sable de dune sont déblayées et vendues pour dégager le site.