thumb|alt=couverture de la revue Weid Tales en (1934) figurant une aventure de Conan par Robert E. Howard|Couverture du magazine pulp américain Weird Tales d'août 1934 figurant une aventure de Conan par Robert E. Howard.
La fantasy (Prononciation en français de France standardisé retranscrite selon la norme API.), ou fantasie ( ; terme issu de l'anglais Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API. , « imagination ».), est un genre artistique et littéraire qui représente des phénomènes surnaturels imaginaires, généralement associés au mythe et souvent figurés par l'intervention ou l'emploi de la magie et de l'anachronisme.
La fantasy est distincte de la fantaisie musicale. Dans la fantasy, comme dans le merveilleux, le surnaturel est généralement accepté ou même exploité pour définir les règles d'un monde imaginaire et ne suscite pas nécessairement le doute ou la peur. Cette posture distingue la fantasy du fantastique, où le surnaturel perturbe les règles du monde habituel, de la science-fiction, qui imagine des progrès scientifiques ou techniques, et de l'horreur, où l'irrationnel suscite peur et angoisse.
Genre littéraire à l'origine, la fantasy recoupe les littératures de l'imaginaire et concerne aussi les autres arts.
Définition La Commission d'enrichissement de la langue française a adopté le terme « fantasie » comme traduction du mot anglais « » en la définissant de la manière suivante : , cette annonce est publiée dans le Journal officiel de la République française du .. De son côté, le Grand Dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française a proposé en 2003 le terme « merveilleux ».. En pratique, le mot anglais reste le plus utilisé, aux côtés de termes français recouvrant des domaines voisins mais non identiques, en particulier le merveilleux.
Dans son acception actuelle, le terme « fantasy » serait apparu pour la première fois aux États-Unis avec la revue The Magazine of Fantasy en 1949. Employé d'abord dans le domaine littéraire, il s'est étendu par la suite aux arts picturaux, au cinéma, aux jeux (jeu de rôle et jeu vidéo notamment) et à la musique.
Pour l'écrivain et éditeur André-François Ruaud, la fantasy peut être considérée comme un sous-genre du fantastique :
Marie-Cécile Guernier part quant à elle de la définition du dictionnaire historique Robert : « le mot fantasy se rapporte au mot ancien français fantasie regraphié fantaisie vers 1450. Issu du grec phantasia, “apparition”, “image qui s'offre à l'esprit”, “imagination”, puis du latin phantasia ou fantasia, “image, concept” […]. Il se rapproche aussi des mots dérivés des étymons : fantasme […], fantasmagorie, fantastique » ; puis de deux définitions de spécialistes du genre dont celle d'André-François Ruaud : « Une littérature qui se trouve dotée d'une dimension mythique et qui incorpore dans son récit un élément d'irrationnel au traitement non purement horrifique, notamment incarné par l'utilisation de la magie » pour souligner l'insuffisance des critères énoncés à définir la fantasy, qui est « bien plutôt une remise au goût du jour de la littérature d'imagination, entre merveilleux et fantastique, dont on peut repérer les étapes et les traces ».
Selon la chercheuse Anne Besson, qui s'appuie sur la tradition littéraire française distinguant merveilleux et fantastiqueComme Roger Caillois, Pierre-Georges Castex ou encore Tzvetan Todorov., la fantasy est une incarnation moderne et un prolongement du genre littéraire du merveilleux et n'est en aucun cas un sous-genre du fantastique. En effet, ce dernier se définit comme l'intrusion du surnaturel dans un cadre réaliste, autrement dit l'apparition de faits inexpliqués et théoriquement inexplicables dans un contexte connu du lecteur. Dans la fantasy, la magie ne pose pas question et les univers « surnaturels » sont acceptés comme naturels et rationnels par le lecteur.
De même, J. R. R. Tolkien, auteur fondamental du genre, inscrivait son œuvre dans ce qu'il appelait la « Faërie », sorte de conte de fée.
Toutefois, compte tenu de la troisième loi de Clarke, selon laquelle Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magieArthur C. Clarke, « Hazards of Prophecy : The Failure of Imagination », dans Profiles of the Future, 1962., la frontière entre fantasy et science-fiction est d'autant plus malaisée à définir que certains auteurs de SF, comme Poul Anderson ou Robert A. Heinlein, se sont amusés à bâtir des univers autour de cette ambiguïté.
Le point commun de nombreux romans de fantasy est qu'ils se déroulent dans des mondes parallèles, ou dans des contextes qui peuvent éventuellement s'interpréter comme un lointain passé oublié (s'inspirant du Moyen Âge ou de l'Antiquité, voire de la Préhistoire), avec leurs créatures imaginaires, leurs mythes, leurs épopées et leur magie. Ce n'est cependant pas le cas de tous les sous-genres de la fantasy., puisque la fantasy urbaine se caractérise par un ancrage fort dans un monde contemporain, et que l'on parle de science fantasy ou de space fantasy pour certains univers mêlant un niveau technologique futuriste à des thèmes propres à la fantasy. On parle aussi de médiéval-fantastique (parfois abrégé en « med-fan ») ou de « fantasy médiévale » pour les récits présentant des univers mythiques de type médiéval où cohabitent généralement héros, guerriers, magie et sorcellerie, mêlant aux cultures anciennes des éléments surnaturels.
Histoire de la fantasy
Origines thumb|left|alt=|Saint Georges pourfendant le dragon, tableau de Paolo Uccello, : un épisode hagiographique devenu un cliché des récits de fantasy. On a souvent fait remonter par erreur la naissance de la fantasy aux œuvres littéraires de l'Antiquité traitant de sujets mythologiques, tels que l'Épopée de Gilgamesh en Mésopotamie ancienne, lIliade et lOdyssée en Grèce antique, ou le Mahâbhârata en Inde ancienne, ou encore les sagas nordiques et islandaises comme les Eddas. On en recherche également les débuts dans les œuvres contenant du merveilleux élaborées pendant le Moyen Âge occidental (comme la matière de Bretagne consacrée à la légende arthurienne, le roman de chevalerie, la chanson de geste ou l'épopée anglo-saxonne Beowulf et le récit gallois Mabinogion), oriental (les contes persans des Mille et Une Nuits) ou asiatique (Le Dit du Genji japonais, et plus tard le roman chinois Le Voyage en Occident). Une autre grande source de merveilleux ancien se trouve dans les textes sacrés, en particulier la Bible, le Coran et le Tanakh, et le genre de l'hagiographie (notamment la Légende dorée de Jacques de Voragine au ). Cependant, remonter si loin dans le temps pose un problème, car, à ces époques, les notions de fiction et d'Histoire et les rapports qu'elles entretenaient n'étaient pas les mêmes qu'aux époques plus récentes : il est donc plus prudent de ne parler de fantasy qu'à partir du moment où le récit et la part de merveilleux qu'il contient forment clairement une fiction à but divertissant, et cela même si ces textes anciens eux-mêmes, lus par le lecteur contemporain, peuvent provoquer le même genre d'impressions à la lecture que des fictions plus récentes. En revanche, les auteurs et artistes de fantasy aiment à voir dans ces auteurs anciens des précurseurs, et il est très fréquent qu'ils puisent leur inspiration dans de telles œuvres et se réclament de l'imaginaire qu'elles véhiculent.
La vogue du conte à partir de la Renaissance et ses réécritures littéraires, parfois précieuses, en particulier en France au , peuvent être considérées comme faisant partie d'un mouvement plus vaste qui, à long terme, aboutit à la fantasy contemporaine. Il convient cependant de distinguer la forme du conte de la plupart des récits de fantasy, qui optent plutôt pour le roman, la suite romanesque ou la nouvelle, lorsqu'ils n'utilisent pas des supports différents comme l'illustration, le cinéma ou les jeux. Les entreprises de collecte des contes populaires et l'intérêt croissant pour le folklore et sa préservation, qui donnent lieu à des collectes comme Le Cabinet des fées à la fin du et aux collectes régionales des folkloristes aux (François-Marie Luzel, Paul Sébillot), peuvent également être considérés comme annonçant la naissance et le succès de la fantasy. Les contes de cette époque ne relèvent pas eux-mêmes de la fantasy mais lui fournissent une de ses principales sources d'inspiration.
Littérature vignette|gauche|alt=Première page de La Plaine étincelante, au titre enluminé et à la première page à l'encre rouge et noire.|Première page du roman de William Morris La Plaine étincelante dans sa réédition de 1894, élaborée par Morris dans sa maison d'édition Kelmscott Press et illustrée par Walter Crane.
La période à laquelle les critiques s'accordent tous à voir naître la fantasy est le , avec l'auteur écossais George MacDonald (Phantastes en 1858, The Princess and the Goblin en 1872) ou encore avec l'écrivain, peintre et architecte William Morris (La Plaine étincelante en 1891, The Wood Beyond the World en 1894, La Source au bout du monde en 1896) dont l'œuvre a influencé Tolkien. Dans le même temps, la musique classique s'empare de thèmes relevant du merveilleux inspirés du folklore et des mythologies, ce qui donne naissance à des œuvres qui serviront à leur tour d'inspirations fortes aux auteurs de fantasy. L'une des œuvres les plus marquantes de cette tendance est la tétralogie de Richard Wagner L'Anneau du Nibelung (1869), qui s'inspire de la mythologie germanique et de la mythologie nordique.
Au , ce style commence à toucher un public plus large. En France, le roman Les Centaures d'André Lichtenberger, paru en 1904, met en scène une préhistoire alternative où centaures, tritons et faunes cohabitent avec les premiers hommes ; le roman est rattaché à l'époque au genre du fantastique avant d'être considéré a posteriori comme un précurseur de la fantasy. La littérature britannique produit des romans comme Le Serpent Ouroboros d'E. R. Eddison (1922) ou La Fille du roi des elfes (The King of Elfland's Daughter) de lord Dunsany (1924). L'une des premières romancières à aborder le genre est Hope Mirrlees avec Lud-en-Brume (1926). Les années 1930 voient L'Épée dans la pierre de T. H. White, qui s'inspire de la légende arthurienne (le roman est plus tard adapté par les studios Disney en un film d'animation, Merlin l'enchanteur, en 1963). Les années 1940 et 1950 voient s'épanouir l'œuvre de Mervyn Peake, à la fois poète, illustrateur, peintre et romancier, connu principalement pour sa suite romanesque Ghormenghast qui se déroule dans un immense château.
Dans le même temps, aux États-Unis, les revues pulp apparaissent dans les années 1890 et se multiplient au début du : elles publient d'innombrables nouvelles et romans en épisodes appartenant à tous les genres de littératures de l'imaginaire. À partir de 1915 apparaissent des pulps spécialisés dans l'un ou l'autre genre ; l'un de ceux qui se consacrent le plus à la fantasy est Weird Tales, qui paraît de 1923 à 1954 et publie en particulier les nouvelles du cycle de Conan le Barbare de Robert E. Howard, l'un des pères fondateurs de lheroic fantasy. C'est aussi dans les revues pulp que Howard Phillips Lovecraft, principalement nouvelliste, publie la plupart de ses textes ; beaucoup relèvent du fantastique ou de l'horreur cosmique, mais quelques-uns sont proches de la fantasy. Clark Ashton Smith, proche de Lovecraft, écrit davantage dans ce genre. La fantasy américaine connaît également des romancières comme Evangeline Walton (qui ne connaît le succès qu'après 1945) avec son cycle des Mabinogion. En Australie, la romancière Pamela L. Travers publie en 1934 l'histoire d'une gouvernante magicienne, Mary Poppins, destinée initialement à un jeune lectorat.
vignette|J. R. R. Tolkien, auteur britannique du Seigneur des Anneaux, ici en 1925.