upright|thumb|Calendrier 1907, Aleardo Villa upright|thumb|Calendrier 1897. La femme blonde, Alfons Mucha

La collection JOB est une production d'œuvres graphiques constituée de calendriers, affiches et cartes postales à vocation publicitaire pour la fabrique de papier à cigarettes JOB. De caractère artistique, elle est illustrée par des peintres et affichistes de renom, principalement lors de la période Art nouveau.

Les propriétaires de la marque JOB, petits-enfants et alliés du fondateur Jean Bardou, sont des industriels et mécènes. Dès 1895 et jusque pendant la grande guerre, ils obtiennent la contribution de nombreux artistes, souvent leurs amis proches, pour faire la publicité du papier à cigarettes. Des peintres et illustrateurs, représentant les principaux courants artistiques de l'époque, allant du peintre pompier Paul Jean Gervais au moderniste catalan Ramon Casas, de l'orientaliste Georges Rochegrosse à l'humoriste montmartrois Charles Léandre, et aussi Jane Atché apportent leur concours. Cette collection de sera connue du grand public par les tirages de calendriers ou affiches et très largement diffusée en cartes postales tant en France qu'à l'étranger. Les deux plus célèbres productions La femme blonde et La femme brune d'Alfons Mucha rencontrent un immense succès et sont, aujourd'hui encore, très recherchées des collectionneurs.

À côté de cette production bien référencée, d'autres œuvres ne bénéficient pas du moyen de grande diffusion offert par la carte postale, soit qu'elles sont restées au stade d'ébauche, comme les soldats imaginés par Henri de Toulouse-Lautrec soit qu'elles ne font l'objet que de rares affiches, comme les espagnoles de Gaspar Camps. Les biographies récentes des artistes, les collections d'affiches conservées dans les musées, permettent de tenter de reconstituer l'exhaustivité de la collection jusque dans les années 1920 où la création deviendra très sporadique. Plus tard, des artistes, influencés par la création JOB et l'Art nouveau, remettront à l'honneur certaines affiches. Ainsi, dans les années 1960, une affiche JOB de Mucha sera réinterprétée avec effet psychédélique, et en 2008 l'artiste stuckiste Paul Harvey proposera une nouvelle version des affiches publicitaires de la marque.

La collection JOB constitue un exemple significatif du « mariage de l'Art et de l'Industrie », un des fondements de l'Art nouveau, dans le domaine des Arts graphiques.

JOB, publicité et création artistique Art nouveau

Publicité et Art nouveau upright|thumb|Affiche 1898. La femme brune, Alfons Mucha Aux alentours de 1900, l'Art nouveau, comme la carte postale sont à leur apogée. C'est une période de renouvellement fondamental des arts ; la nature et la femme-fleur sont, à l'instar du japonisme, source d'inspiration des artistes.

Les peintres, même les gloires de l'académisme, ne rechignent pas à participer aux nombreux concours d'affiches et de cartes postales éditées en grande série, c'est l'heure des collections : Lefèvre-Utile, La Meuse, Nestlé, Byrrh… Les milliers d'affiches de la célèbre Chérette du dessinateur Jules Chéret, ancêtre de la Pin-up, tapissent les murs de Paris ouvrant la voie à Alfons Mucha et aux nombreux peintres dont la femme sera la source d'inspiration principale.

Les imprimeurs, à partir des projets des artistes, utilisent le procédé de reproduction en chromolithographie, technique d’impression en quadrichromie, développé en 1839 par Godefroy Engelmann. L’emploi des trois couleurs primaires (bleu, jaune, rouge), auxquelles on ajoute le noir, permet d’obtenir toutes les teintes et nuances possibles.

Grâce à cette collaboration, l'Art nouveau, via les reproductions en formats réduits sur papier, se démocratise et entre dans tous les foyers. La publicité artistique et les cartes postales illustrent bien la vocation de l'Art nouveau, voulu comme un « art pour tous » et un mariage de l'Art et de l'Industrie. Même s'il ne s'agit pour Paul Éluard que de « la petite monnaie de l’art », elles donnent « parfois l’idée de l’or ».

Famille Bardou, industriels et mécènes upright|thumb|left|Calendrier 1904 Paul Gervais

La promotion des produits comme le papier à cigarettes, passe par la « réclame » : on achète mieux ce que l’on voit ou croit voir. Tel est le cas des publicités pour le papier à cigarettes JOB de la famille Bardou.

Dans la deuxième moitié du , Pierre Bardou-Job fait des ateliers de fabrication de papier à cigarettes créés par son père Jean Bardou, une grande manufacture. Industriel fortuné et mécène, une partie de ses biens est constituée de collections artistiques. Après sa mort en 1892, ses trois enfants, Camille, Justin et Jeanne, par alliance avec des notables locaux, forment la société Pierre Bardou-Job en mémoire de leur père. Elle est constituée par Justin Bardou-Job, Charles Ducup de St Paul, époux de Camille, et Jules Pams, époux de Jeanne. En témoignage de cette époque, il existe un projet de publicité à la gouache d'Alfons Mucha montrant une variante de la femme blonde, habillée de bleu sur fond noir, le mot JOB inscrit en rouge en arrière-plan. Au-dessus du dessin figure le nom Pierre Bardou-Job, l'adresse du siège social de Perpignan et en dessous celle d'un exploitant de Toulouse.

Ainsi, les Bardou et leurs alliés, notamment les Pams et Ducup de Saint Paul, en industriels avisés mais aussi mécènes aux goûts raffinés, demandent à leurs amis artistes d'illustrer par des publicités les productions de la firme de papier à cigarettes. Les relations entre cette famille et les peintres de renom sont étroites : Georges de Feure passe ses vacances avec les Bardou-Pams, Paul Jean Gervais et Alfons Mucha sont dans le cercle proche. Plus encore, le calendrier d'Edgar Maxence de 1901, la femme rousse à l'orchidée, tableau symboliste dont l'original est au musée d'Orsay, représente le portrait de Jeanne, la fille de Pierre Job-Bardou.

Outre des Bouisset, Meunier, Chéret et le déjà célèbre Mucha, ils arrivent ainsi à obtenir le concours de nombreux artistes. En tout, une trentaine de peintres et dessinateurs de premier ou second plan vont collaborer à la création publicitaire de la marque entre 1895 et 1925.

Collection Art nouveau JOB upright|thumb|Affiche 1900 Louis Vallet.

Par le biais des revues artistiques Art nouveau, des salons et surtout les nombreux concours d'affiches, la notoriété des artistes s'établit et les commandes se passent. Ainsi, en 1896 a lieu à Reims une importante exposition d’affiches artistiques françaises et étrangères à laquelle ont pris part les plus grands illustrateurs de l'époque. Le catalogue de annonce « la description des 1690 plus belles affiches (…) et les portraits de 48 des principaux artistes. ». En effet, Alfons Mucha côtoie la jeune Jane Atché, Firmin Bouisset ou encore Henri de Toulouse-Lautrec. Le projet de ce dernier n’est pas retenu, tandis que celui de Jane Atché est récupéré par la société JOB au prix de quelques modifications.

Entre 1895 et 1916, trente-deux œuvres, pour ne citer que celles reproduites en cartes postales, sont ainsi signées des plus grands noms de l'époque. Éditées le plus souvent en calendriers, reproduites, devant leur succès, dès 1903 en cartes postales, elles sont vendues ou données en cadeau de fin d'année aux ouvriers des usines de la marque. La femme blonde imaginée par Mucha en 1896 obtient un énorme succès, l'affiche est vendue en édition populaire à et en tirage de luxe. En plus des tirages papier, les illustrations sont reproduites sur divers supports, comme des boîtes à tabac ou à cigarettes en tôle lithographiée. À ces bien référencées, s'ajoutent une quinzaine d'autres créations, curieusement peu répertoriées, telle l'affiche de Louis Vallet (vers 1900), l'affiche de Manuel Orazi (vers 1900) et deux affiches, au moins, de Gaspar Camps (vers 1915), pour ne citer que des artistes de renom.

Le thème récurrent de la collection est la femme, avec souvent une cigarette à la main et dont les volutes de fumée ou l'arrière-plan indiquent . La femme qui fume est certes une femme libérée, mais dans la société conservatrice de l'époque ce n'est pas un signe de classe. Dans son livre France fin de siècle Eugen Weber écrit « les femmes qui fument sont des femmes de bas étage ou des criminelles » et dans les années 1890, les femmes respectables qui fument sont considérées comme « soit des excentriques soit des féministes revendiquant l'égalité des sexes ». Si la femme blonde de Mucha reprend ce stéréotype d'une femme écervelée aux yeux mi-clos se laissant enivrer par les plaisirs futiles, Jane Atché est au contraire considérée comme une des premières artistes à avoir présenté la femme fumant de JOB sous des traits valorisants et non d'une femme légère ouvrant la voie aux femmes à bien d’autres conquêtes.

Illustrateurs upright|thumb|Affiche 1914 Leonetto Cappiello.

Souvent scrupuleusement conservés dans les greniers après usage de l'éphéméride, les calendriers sont oubliés après guerre lorsque la mode change et parce que l'on voulait effacer des mémoires les tragédies passées. Abandonnés, souvent détruits, quelques-uns ressortent aujourd'hui, en plus ou moins bon état, pour une deuxième vie. Parfois même, des piles entières sont retrouvées dans les stocks des anciens dépositaires. Les représentants des afficheurs, en habiles commerciaux ayant pu convaincre le client qu'un tirage en plusieurs milliers d'exemplaires coûtait « à peine plus cher » que celui nécessaire, ont aussi, sans le vouloir, contribué à la pérennité de l'œuvre. Dans tout ce laps de temps, c'est également grâce aux nombreux cartophiles essayant de reconstituer la collection JOB que la mémoire a pu être gardée, d'autant plus que les cartes portent généralement les références du calendrier ou de l'affiche qu'elles reproduisent. Ainsi la mémoire est, en grande partie, sauve.

Des peintres et dessinateurs célèbres ont participé à la collection JOB :

Sans oublier les projets non publiés : Soldat fumant sa pipe de Henri de Toulouse-Lautrec et une série de quatre femmes qui fument de Georges de Feure.

À côté de ces grands noms, d'autres illustrateurs ont participé à la production de la collection : upright|thumb|Calendrier 1898 Daniel Hernández Angelo Asti (1847-1903), école française. D'ascendance italienne, né à Paris où il réalise la majorité de son œuvre. Peintre de genre et de portraits, il expose régulièrement au salon à partir de 1890. S'il est connu pour ses tableaux de femmes, dans des attitudes rêveuses ou « glamour », il l'est encore plus des cartophiles pour son énorme production de cartes postales. Julien Duvocelle (1873-1961), école française. Il expose régulièrement au salon à partir de 1897 et obtient, dès cette époque, des distinctions dont une médaille de bronze lors de l'exposition universelle de 1900. Peintre de portraits, sa contribution d'affichiste et d'illustrateur de cartes postales est plus confidentielle. Lluís Graner (1863-1929), école espagnole. Ce peintre est connu pour ses dessins et illustrations d'affiches. Membre de la Société nationale des beaux-arts, il obtient une mention lors de l'Exposition universelle de 1889. Ses œuvres sont exposées au Musée national d'art de Catalogne. Joseph Granié (1861-1915), école française. Élève de Jean-Léon Gérôme, ce peintre commence sa carrière à Toulouse avant son installation à Paris. Artiste de talent, il se distingue par l'éclectisme de son œuvre. Il expose plusieurs fois au Salon des artistes français des sujets variés. Les musées, de Toulouse et Paris, conservent quelques-unes de ses œuvres, tel le Portrait d'Yvette Guilbert (Musée d'Orsay). Gabriel Hervé (1868-1942), école française. Né en Charente, peintre de portrait et de genre. Il est, à partir de 1903, Sociétaire des Artistes français.