Erik Satie, né le à Honfleur et mort le à Paris [Acte de décès à Paris , , vue 24/31.], est un compositeur et pianiste français.
Inclassable, associé un temps au symbolisme, il est reconnu comme précurseur de plusieurs mouvements, dont le néoclassicisme, le surréalisme, le minimalisme, la musique répétitive et le théâtre de l'absurde..
Biographie Jeunesse vignette|redresse|gauche|Maison Satie à Honfleur (Normandie). Né sous le nom d'Éric Alfred Leslie Satie, Erik Satie est le fils de Jane Leslie Anton, d'origine écossaise, et de Jules Alfred Satie, courtier maritime normand, élevé dans la religion anglicane. Il passe sa jeunesse entre la Normandie et ParisAnne Rey, Satie, Paris, Le Seuil, 1995 ( éd.), . En 1870, la famille Satie quitte Honfleur pour Paris où le père a été embauché comme traducteur. Après la mort de leur mère en 1872, Erik et son frère Conrad retournent à Honfleur chez leurs grands-parents paternels, avec qui ils deviennent pratiquants du catholicisme, tandis que leur sœur reste avec leur père à Paris. À la mort de leur grand-mère paternelle en 1878, ils reviennent vivre chez leur père à Paris. Ce dernier s'est remarié avec une femme de dix ans son aînée, Eugénie Barnetche, professeure de piano, qui apprend à son beau-fils les bases de l'instrument : .
En 1879, il entre pourtant au conservatoire de musique de Paris. Considéré comme dépourvu de talent, il est renvoyé après deux ans et demi de cours avant d'être réadmis, à la fin de 1885. C'est durant cette période qu'il compose sa première pièce pour piano connue, Allegro (1884). Faute de faire meilleure impression auprès de ses professeurs, il s'engage dans un régiment d'infanterie.
Après quelques semaines, constatant que l'armée ne lui convient pas, il se fait réformer après avoir exposé sa poitrine au froid de la nuit hivernale au point d'attraper une congestion pulmonaire.
Carrière En 1887, il s'installe à Montmartre et compose ses quatre Ogives pour piano, dont les partitions ne font apparaître aucune barre de mesure, caractéristique de nombreuses autres compositions. Il développe aussi très vite son style d'annotations de la manière d'interpréter ses œuvres.
À cette époque commence une longue amitié avec plusieurs poètes, comme Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine ou le poète romantique espagnol Contamine de Latour, avec qui il collaborera par la suite sur le ballet Uspud. Il fait éditer ses premières compositions par son père. En 1888, il compose ses trois Gymnopédies pour piano.
vignette|redresse|Portrait d'Erik Satie par Suzanne Valadon (1893). vignette|redresse|Erik Satie en 1909.
En 1890, il déménage au 6, rue Cortot, toujours à Montmartre, et fréquente le cabaret Le Chat noir où il fait la connaissance de Claude Debussy. En 1891, Satie s'intéresse à l'Ordre de la Rose-Croix catholique et esthétique du Temple et du Graal fondé par le « Sâr » Joséphin Peladan. En qualité informelle de maître de chapelle de cet ordre, il compose plusieurs œuvres dont les Sonneries de la Rose-Croix et Le Fils des Étoiles. Dans un élan mystique, il crée son église : et lance des anathèmes contre les . Il en est à la fois le trésorier, le grand-prêtre, mais surtout le seul fidèle. Contraint par cette réalité, il l'abandonne. Peu avant sa mort, il s'affirme catholique selon Jacques Maritain et communie des mains du Père Jean-Édouard Lamypréface du livre de Paul Biver, La vie du Père Lamy, apôtre et mystique., ami de Cocteau.
Le , Satie se lie à l'artiste peintre Suzanne Valadon. Bien qu'il l'ait demandée en mariage en vain après leur première nuit, Valadon s'installe rue Cortot dans une chambre près de la sienne. Dans sa passion pour sa « Biqui », il rédige des notes enflammées sur « tout son être, ses beaux yeux, ses mains douces et ses pieds minuscules » et compose à son intention des Danses gothiques tandis qu'elle réalise son Portrait d'Erik Satie. Cinq mois plus tard, le , leur rupture brise Satie « avec une solitude glaciale remplissant la tête de vide et le cœur de tristesse ». Aucune autre relation sentimentale sérieuse et avouée ne lui est connue. Comme pour se punir lui-même, il compose Vexations, un thème construit à partir d'une mélodie courte, à propos de laquelle il note :
La même année, il fait la connaissance de Maurice Ravel, à propos duquel il écrira plus tard :
En 1895, il hérite d’une somme d'argent qui lui permet de faire imprimer ses partitions et de changer de style de vêtements. Il achète le même costume en sept exemplaires, de velours moutarde, gagnant à Paris le surnom de « Velvet Gentleman. ».
En 1896, tous ses moyens financiers ont fondu, il s'installe dans un logement moins coûteux, d'abord dans une chambre minuscule rue Cortot, puis en 1898, à Arcueil au 22, rue Cauchy dans la « Maison des Quatre Cheminées » (ainsi dénommée en référence à une boutique qui se trouvait au rez-de-chaussée) à au sud de Paris.
Cette chambre, sans eau ni éclairage, avait été, juste avant lui, occupée par un personnage étonnant d'Arcueil, le fantasque Bibi-la-Purée, André-Joseph Salis de son vrai nom, personnage excentrique de Montmartre et du Quartier Latin qui connaissait tous les artistes de son époque. Il est d'ailleurs fort probable que Satie l'ait connu à Montmartre avant qu'il ne lui reprenne son bail d'Arcueilsite de la ville d'Arcueil consulté le 29 avril 2016..
Le , il est témoin du mariage de Claude Debussy avec Marie Rosalie Texier.
Il reprend contact avec son frère Conrad et abandonne des idées religieuses auxquelles il ne s'intéressera plus avant les derniers mois de sa vie. Il surprend ses amis en s'inscrivant, en , à la Schola Cantorum de Vincent d'Indy pour y étudier le contrepoint classique avec Albert Roussel :
Devenu socialiste, il est employé au patronage laïc de la communauté d’Arcueil, il prend l’apparence du avec chapeau melon et canne. Au lendemain de l’assassinat de Jaurès, il exprime son indignation en s’inscrivant à la SFIO. Les avis diffèrent sur la réalité de son militantisme. Pas plus assidu aux réunions du parti socialiste qu’il ne l’avait été à celles du parti radical, il allait toujours s’asseoir très en retard au fond de la salle, pour repartir très discrètement au bout d’une demi-heure.. Lors de la scission, il suit le Parti communiste, mais les adhérents, , ont tôt fait de le lasser..
Parade En 1915, grâce à Valentine Gross, il fait la connaissance de Jean Cocteau avec qui il commence à travailler à partir de 1916, notamment au ballet Parade. Leur collaboration est fructueuse malgré quelques incompatibilités de caractère comme en témoigne leur correspondanceBruno Giner, Erik Satie. Parade : chronique épistolaire d'une création, Paris, Berg International, 2013..
Jean Poueigh, son ennemi numéro un, écrit comme critique musical à l'Ère nouvelle en . Il s'oppose virulemment à Satie qui lui envoie en retour, quelques cartes postales incendiaires, dont la plus célèbre fait mention de : . Ceci ayant été envoyé sur une carte postale sans enveloppe, donc susceptible d'avoir été lu par la concierge, Satie échappe de peu à une condamnation à une année de prison pour diffamation.
Le Groupe des Six Satie et Cocteau sont les pères spirituels du Groupe des Six, baptisé ainsi en 1920 par la presse, et composé de Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre : la salle Huyghens leur servit à partir de 1916, de lieu pour des performances.. Il fait également la connaissance, par l'intermédiaire de Picasso, d'autres peintres cubistes, comme Georges Braque, avec qui il travaille au Le Piège de Méduse, ainsi qu'à des projets qui ne verront pas le jour. En , la princesse Edmond de Polignac lui commande une œuvre : Socrate fut achevée au cours de l'année 1918.
En 1919, il est en contact avec Tristan Tzara qui lui fait connaître d'autres dadaïstes comme Francis Picabia, André Derain, Marcel Duchamp, Man Ray avec lequel il fabrique son premier dès leur première rencontre. Au commencement de l'année 1922, Satie prend le parti de Tzara dans le différend entre Tzara et André Breton au sujet de la nature vraie de l'art d'avant-garde, tout en parvenant à maintenir des relations amicales dans les deux camps. Henri-Pierre Roché aurait dû lui organiser une tournée américaine : le projet avorte.
En 1923, il est l'inspirateur de l'école d'Arcueil, groupe informel composé d'Henri Cliquet-Pleyel, Roger Désormière, Maxime Jacob et Henri Sauguet. Ce groupe ne survit pas à la mort du « Maître d’Arcueil ».
Mort vignette|Sépulture d'Erik Satie (cimetière d'Arcueil) fleurie pour le de sa naissance. Satie tombe malade au début de 1925. Le comte Étienne de Beaumont le fait hospitaliser dans la chambre qui lui est réservée à l'année à l'hôpital Saint-Joseph. L'écrivain surréaliste Pierre de Massot lui rend visite et lui présente le philosophe Jacques Maritain, auquel il déclareJacques Maritain, préface du livre de Paul Biver le Père Lamy, apôtre et mystique https://www.librairiedialogues.fr/livre/1421957-le-pere-lamy-apotre-et-mystique-paul-biver-ed-du-serviteur, en regardant le crucifix, qu'il n'espère « qu'en celui-là », et qu'au surplus il changera de vie après sa guérison, mais « pas tout de suite, pour ne pas scandaliser mes amis ».
Le , après plusieurs années de consommation excessive d'alcool (surtout d'absinthe), Erik Satie meurt à sur son lit d'hôpitalOrnella Volta, Erik Satie : Correspondance presque complète, Fayard/IMEC, 2000, . d'une cirrhoseErik-satie.com, Chronologie Satie de Anne Rey, Seuil que l'on dit soigneusement cultivéeEncyclopédie Larousse, Dictionnaire de la musique.. Il est enterré au cimetière d'Arcueil, la dernière ville où il ait eu un domicile ; il y vécut de 1898 à 1925. Parmi les rares personnalités artistiques suivant le convoi mortuaire figurait le peintre Jean Pierné (1891-1974), fils du compositeur et chef d'orchestre Gabriel Pierné (1863-1937).
Pauvreté L'anecdote la plus connue concernant Satie est probablement celle relative à ce que ses amis trouvèrent lorsque, à sa mort, ils pénétrèrent dans son studio d'ArcueilLe studio d'Erik Satie sur arcueilhistoire.fr., auquel Satie refusait l'accès à quiconque. Ils y trouvèrent deux pianos complètement désaccordés et attachés ensemble, remplis de correspondances non ouvertes (auxquelles il avait toutefois en partie répondu) et derrière lesquels ont été retrouvées des partitions jusqu'alors inédites, comme celle de l'opéra Geneviève de Brabant qu'il pensait avoir perdue. Dans un placard, une collection de parapluies et de faux cols. Et dans l'armoire, des costumes de velours gris identiques au sempiternel costume que Satie portait toujours : il les avait fait faire d'avance et en prenait un nouveau lorsque le précédent commençait à être trop usé.
L'état du studio révélait la pauvreté dans laquelle avait vécu Satie : ne pouvant vivre de ses talents de musicien, il ne se plaignait pas ou très peu. Quant à demander une aide financière à ses proches, c'était chose encore plus rare et plus difficile pour lui. Il n'allait pratiquement jamais demander de l'aide à ses amis, lui qui était pourtant très entouré.
Quelques rares proches se doutaient de sa situation. Ce n'est qu'à sa mort, en découvrant l'appartement, qu'ils prirent conscience de la misère dans laquelle il vivait, et qu'il surnommait « la petite fille aux grands yeux verts ».
Satie et l'humour vignette|redresse|Projet de buste (autoportrait), 1913. (Paul Landormy, 1943).
« Erik Satie vécut emmitouflé dans son ironie. », déclare l'historien musicologue Roland de Candé, dans son Nouveau Dictionnaire de la musique. En effet, Satie est souvent qualifié d'ironique, ce qui fait considérer la relation complexe qui existait entre Satie lui-même et l'humour. ..