Les Goths ou Gots (prononciation : [go]Et [ɔstʁɔgo], [vizigo].) sont un peuple germanique qui prend une importance historique pendant la période des grandes invasions de la fin de l'Antiquité pour disparaître historiquement au . Engagés à maintes reprises dans des guerres contre ou avec Rome (et même, dans les périodes troublées, avec une faction romaine contre une autre), ils sont des acteurs importants dans la chute de l'Empire romain d'Occident.
L'origine des Goths est mal connue et controversée. Au , formant un seul peuple, ils sont présents dans la région des actuelles Ukraine et Biélorussie. Vers 235, ils apparaissent pour la première fois aux yeux romains et pillent en 238 Histria, aux bouches du Danube. En 332, ils concluent un traité avec l'Empire romain qui en fait des fœderati (« fédérés ») sur le territoire au nord du Danube. Le christianisme leur est prêché par Ulfila à partir des années 340, sous la forme de l'arianisme, et s'impose progressivement. En 367, ils fournissent des contingents au prétendant impérial Procope, ce qui provoque une guerre qu'ils perdent mais débouche sur un traité avec l'Empire en 370. Sous la pression des Huns, vers 375, ils demandent et obtiennent le droit de franchir le Danube, et pénètrent dans l'Empire d'Orient par l'actuelle Roumanie.
Le groupe qui sera désigné comme les Ostrogoths (ou aussi Greutinges ou Greuthunges) est installé en Pannonie et ne bouge qu'un siècle plus tard vers l'Italie dont ils s'emparent en 488 sous la conduite de Théodoric le Grand. Le royaume ostrogoth d'Italie s'effondre très vite, en 553, sous l'assaut des troupes de l'empereur Justinien.
D'autre part, le groupe qui sera désigné comme les Wisigoths (ou aussi Tervinges) s'impose par les armes : vainqueurs en 378 de l'armée romaine lors de la très importante bataille d'Andrinople pendant laquelle l'empereur Valens est tué au combat, ils redeviennent également des fédérés de Rome en 382 et sont envoyés en campagne vers l'ouest par Théodose, ce qui les fait migrer par la Grèce, la côte dalmate et l'Italie (pillant Rome en 410). Honorius leur accorde par le fœdus de 418 leur propre royaume en Aquitaine. Un siècle après, ils sont vaincus par les Francs de Clovis et, repoussés vers l'Espagne, ils déplacent leur capitale à Tolède. Le royaume de Tolède durera deux siècles avant d'être détruit par la Conquête musulmane de l'Hispanie qui commence en 711. Les Wisigoths laissent derrière eux le noyau de la future Reconquista dans les Asturies (où Pélage rallie les Astures, quelques nobles wisigoths et une population wisigothe fuyant les musulmans), et une place de choix dans l'imaginaire espagnol...
Introduction Sources thumb|right|285x285px|Edictum Theodorici regis. Fragment. 512.
Les sources concernant les Goths sont très lacunairesL'article « Goths » du Reallexikon der Germanischen Altertumskunde présente un panorama sommaire. Wolfram et Heather sont un peu plus détaillés.. Les Getica de Jordanès (), reprenant l'Histoire des Goths de Cassiodore (début ), sont une source importante, mais les informations qu'il apporte doivent être appréhendées avec prudence. Ammien Marcellin est la meilleure source sur la période s'étendant de l'écrasement du royaume greutunge à la bataille d'Andrinople en 378. Zosime et les fragments de diverses œuvres d'historiens comme Olympiodore de Thèbes ou les Consularia Constantinopolitana n'apportent que des éclaircissements ponctuels sur les développements ultérieurs. Procope de Césarée livre une histoire détaillée des guerres gothes de l'empereur Justinien.
On peut ajouter pour l'Espagne la chronique d'Hydace de Chaves, ainsi que diverses histoires ecclésiastiques, entre autres celles de Sozomène ou de Paul Orose : Historiae adversum Paganos, et les Variae de Cassiodore, ainsi que la chronique de Jean de Biclar et l'œuvre historique d'Isidore de Séville : Historia de regibus Gothorum, Vandalorum et Suevorum. On peut aussi noter les lettres du gallo-romain Sidoine Apollinaire, qui apportent un éclairage sur le royaume wisigoth de Toulouse et les relations entre les Goths et les Romains. L'archéologie apporte en outre des informations essentielles, en particulier en ce qui concerne les premiers temps de l'histoire des Goths.
Étymologies Un élément, got-, gut-, qui semble revenir à la fois dans les noms des Goths, des Götar et des Gutar, indique toutefois qu'il s'agit d'une origine commune probable. Elle est issue du gotique / giutan, en néerlandais gieten, en allemand giessen, « verser ».. Diverses significations du nom ont été suggérées, y compris « déverseurs », « les gens », « les hommes », « les gens qui vivent là où la rivière a son débouché »., « les épandeurs de graines » ou « les fils de Gaut ». Jordanes écrit que l'ancêtre des Goths s'appelait Gapt (proto-germanique : *Gaut). Gaut est une des épithètes d'Odin, présente dans les branches ostiques et nordiques (vieux norrois Gautr)., et les Geats / Gauts ont dérivé leur ethnonyme de ce nom. Les Geats / Gauts et les Lombards et des peuples anglo-saxons ont également revendiqué être les descendants de Gaut..
Tervinges est l'équivalent de « gens de la forêt », du gotique triu qui signifie « arbre ». Vesi est une appellation flatteuse qu'ils s'attribuaient eux-mêmes, dont le sens évoque la notion d'« élite ».
En ce qui concerne les Ostrogoths, il existe essentiellement deux formes de noms : Ostrogot(h)i, Ostrogotae et Greutungi, dont les variantes sont Greothingi, Grutungi, ou Grauthungi, que l'on peut interpréter comme « habitants des steppes » ou « habitants des côtes de galets ».. La racine greut- est probablement liée au vieil anglais greot, qui signifie « gravier, terre ».. Cela est étayé par des preuves que les descripteurs géographiques étaient couramment utilisés pour distinguer les personnes vivant au nord de la mer Noire à la fois avant et après la colonisation gothique et par le manque de preuves d'une date antérieure pour la paire de noms Tervingi-Greuthungi à la fin du troisième siècle..
La plus ancienne forme qui soit parvenue du mot « ostrogoth » est Austrogoti, citée dans lHistoire Auguste, Vita Claudii 6,2Étude d'ethnonymie exhaustive : .. Il s'agit d'une autodénomination provenant du dévoiement d'un lexème transmis par Wulfila, un mot composé : Austra-gutans. L'élément Austra- remonte peut-être au germanique commun *austra (apparenté au vieux norrois austr, « vers l'est »), dont la forme réduite est *austa (« est »), qui a donné l'anglais east, le vieux haut allemand ôst, et avec un suffixe -nō : *austan, à l'origine du vieil anglais ēastan, l'allemand Osten. La base de ce mot germanique est le thème indo-européen *aus qui a donné, entre autres, le latin aurōra (« aurore »). ; cependant, selon certains, le sens de « Goths du levant », c'est-à-dire « Goth de l'Est », ne peut pas être prouvé étymologiquement.. D'autres sens comme « les Goths resplendissants du soleil levant » relèvent d'une exagération du sens à partir de l'étymologie supposée. Il est possible aussi d'y voir la déesse germanique, dont le nom est attesté en vieil anglais, Eostrae. C'était une déesse de la lumière, dont le nom est basé sur le même étymon germanique *austa que le précédent et dont le jour de célébration, eostre, en vieil anglais, a été remplacé par la fête de Pâques lors de la christianisation des Germains, d'où l'anglais easter, l'allemand Ostern (forme plurielle à l'origine).. Par ailleurs, les Goths ont emprunté le latin d'église pascha, sous la forme pāska (apparentée au néerlandais pasen et au suédois påsk). Les dénominations Vesigoti et Ostrogothi auraient glissé vers le sens de « Goths de l’ouest » et « Goths de l’est » du fait des écrits de Cassiodore, un haut fonctionnaire romain au service du roi Théodoric le Grand, au début du .
Chronologie de l’histoire des Goths vignette|250px|Reconstruction d'une maison de la culture de Wielbark.|alt= vignette|Chronologies comparées.
Vers l'an 1 : arrivée des Goths dans le nord de la Pologne. Vers l'an 3 à 50 : installation des Goths sur les rives de la Vistule. Vers 180 : installation des Goths sur les rives de la mer Noire. Vers 200 : constitution de l’empire des Goths sur les bords de la mer Noire.
220 : des Goths, installés dans la steppe pontique, envahissent par mer l’Asie Mineure et la péninsule des Balkans. 238 : des Goths franchissent le Danube et pillent la colonie grecque d'Histria. Malgré le paiement d’un tribut, les Romains échouent à persuader les Goths et Carpes (peuple dace) de se retirer de la province de Mésie. 247 : début officiel des invasions gothiques. 250 : dans les Balkans, les Carpes entrent en Dacie romaine et les Goths en Mésie. 257 : les Goths traversent à nouveau la mer Noire pour en ravager les côtes méridionales. 267 : les Goths pillent la Thrace, la Macédoine et la Grèce. 269 : victoire romaine de Naissus qui met un frein aux invasions gothiques. 272 : l'Empire romain abandonne la Dacie aux Carpes, aux Gépides et aux Goths. Fin du : séparation des Tervinges (à l'ouest du Tyras, actuelles Moldavie et Roumanie) et des Greutunges (à l'est, actuelle Ukraine).
Premières décennies du : développement du royaume des Greutunges entre le Tyras et le Tanaïs, voire au-delà vers l'est. 332 : victoire de Constantin ; conclusion d’un traité de fédération entre les Tervinges et Constantin. 334 : les Tervinges protègent l'Empire romain contre une invasion vandale dans le bassin du moyen-Danube (actuelle Hongrie). 341 : Wulfila nommé évêque des Goths ; début de la prédication du christianisme (sous sa version arienne) chez les Tervinges. 363 : fin de la dynastie constantinienne (mort de l'empereur Julien) ; soutien d’Athanaric à l’usurpateur Procope. 369 : victoire de l’empereur Valentinien ; division des Tervinges entre Athanaric (fidèle à la mythologie germanique) et Fritigern (chrétien arien). 369 : création d’un alphabet gotique par Ulfila. vignette|Théodoric, roi des Ostrogoths, et son rival Odoacre représentés dans la Chronique de Nuremberg. 375 : soumission des Greutunges par les Huns qui atteignent ensuite le pays des Tervinges ; les Greutunges, en général intégrés dans l'empire hunnique, sont appelés Ostrogoths. 376 : les Tervinges (Fritigern) traversent le Danube et entrent dans l’Empire romain ; ils sont appelés Wisigoths. 378 : bataille d’Andrinople : mort de l’empereur Valens ; avènement de . 382 : second traité de fédération entre les Wisigoths (Fritigern) et Théodose. 391 : rébellion, puis soumission d’Alaric, un des chefs des Wisigoths fédérés.
401-403 : incursion d'Alaric en Italie (Milan) et début de la guerre des Goths (401-413) : il est repoussé en Mésie par Stilicon. 405 : incursion d’un groupe ostrogoth (Radagaise) en Italie (Florence) ; ils sont vaincus par Stilicon. 408 : mort de Stilicon ; Alaric est de nouveau en Italie. 410 : prise et sac de Rome par Alaric, qui meurt la même année ; les Wisigoths passent en Gaule. 413 : établissement des Wisigoths en Aquitaine comme fédérés (royaume wisigoth de Toulouse). 476 : fin de l’Empire d’Occident ; le Skire Odoacre devient roi d’Italie. 488 : l’Ostrogoth Théodoric le Grand, au service de l’empereur d’Orient Zénon, vainc Odoacre et devient roi d’Italie.
au 507 : défaite des Wisigoths face au Franc Clovis à Vouillé ; fin du royaume de Toulouse et repli des Wisigoths en Espagne, sous le protectorat de Théodoric. 512 : publication de l’Edictum Theodorici, code pour les Romains et les Goths. 526 : mort de Théodoric ; établissement du royaume wisigoth de Tolède. 531 : Histoire des Goths de l’écrivain latin Cassiodore, conseiller de Théodoric. 535 : la reconquête de l’Italie par Bélisaire au service de l’empereur d’Orient Justinien commence : début de ce que les historiens nomment l’« Italie byzantine ». 553 : fin du royaume ostrogoth d’Italie. 561 : dernier soulèvement de Goths d’Italie contre l’empire romain d’Orient à Brescia et Vérone.