Henry Le Bailly [Le Baillif, de BaillyL’autorité de son nom est assez discutée : la BNF et le Grove’s Dictionary of Music penchent pour Le Bailly, tandis que Le Moël, Jurgens, Massip et Brossard optent pour de Bailly. Nous avons retenu ici l'autorité de la BNF.] (158? - 1637) est un chanteur, compositeur, joueur de luth et de lyre actif sous le règne de Louis XIII. Il fut de 1622 à sa mort (1637) surintendant de la musique de la chambre du roiIl existe à London BL : Ms. Eg. 2159, f. 5, une quittance sur vélin de 105 lt pour un mois de traitement, signée par Le Bailly le 2 avril 1634..
Biographie On ignore tout de sa jeunesse ; on suppose cependant qu’il est né dans la BrieIl possédait quelques terres à Farcy dans la Brie, et s’est retiré à Dammarie-les-Lys tout près de Melun, proche de quelques membres de sa famille. Les registres paroissiaux n’existent pas ou plus dans ces contrées. Cette hypothèse est faite par Lhuillier 1870 p. 17-18.. Les conditions de son apprentissage de la musique sont inconnues.
Au service de Henri IV Il parvient à Paris avant 1600 et se marie (à Paris ou ailleurs) avec Andrée Haché [Hache, Ache]. Le , il loue pour deux ans un petit corps d’hôtel en la rue des Bernardins : il est alors dit valet de chambre du roi et maître joueur de luthParis ANF : MC XVIII, 132, cité d'après Jurgens 1974 p. 125.. Sa femme meurt le et le suivant Le Bailly fait dresser son inventaire après décèsParis AN : MC, notaires Barbereau et Cressé (étude est en déficit aux ANF).. Le couple avait eu deux fils (Charles et Nicolas) et trois filles (Angéligue, Charlotte et Anne)Voir Brossard 1965 p. 15 et Jurgens 1967 p. 57.
On possède durant cette première décennie du d'autres traces de son activité musicale : il est retenu comme valet de chambre par Henry IV le , et l’acte de décès de sa femme le qualifie déjà de chantre du roiLe Bailly gardera son office de valet de chambre du roi jusqu’en 1623 environ : cf. Jurgens 1974 p. 125.. Il apparaît encore en 1610, à l’occasion des funérailles de son roi, dans la liste de distribution des habits de deuil aux musiciens du roiParis BNF (Mss.) : ms. fr. 18512, f. 202-206, cité d’après Le Moël 1954 p. 109. Le Moël remarque qu’il n’apparaît curieusement dans aucun état des musiciens du roi conservés entre 1609 et 1624..
Au service de Louis XIII Le , il épouse Claude Balifre, fille de Claude Balifre, chantre et valet de chambre de Henri IIIParis ANF : MC VII, 126.. Ce mariage a probablement accéléré sa carrière, dans la mesure où son beau-père était officier de la musique du roi depuis les années 1570, et où la famille était aisée (ce qui permettait d’acheter des offices supplémentaires). Les clauses du mariage sont heureuses : une rente annuelle de 312 lt, 6000 lt de joyaux, un logement et la prise en compte de l’entretien des enfants du premier lit de Henry, deux corps d’hôtel reçus contre une rente modérée, parmi ceux que Claude avait fait construire près de la rue des Petits-Champs, dans la « rue Balifre ».
Cinq enfants au moins naissent de cette union qui sont tous baptisés à l'église Saint-EustacheSur le détail, voir Brossard 1965 p. 13-14 ; voir aussi un arbre généalogique dans Jurgens 1967 p. 57. (le couple habitait rue des Bons-Enfants) : Charles II, baptisé le , Charlotte II (, morte jeune), Apollon (), Alexandre (, mort en 1638)Les parrain et marraine de l’enfant sont Alexandre de Vendôme, grand prieur de France, et Madeleine de Souvré, marquise de Sablé ; ces noms révèlent le milieu dans lequel Henry nouait ses connaissances., Charlotte encore (). Le , Mathias Balifre, frère de Claude, promettait à Henry de Bailly le versementParis ANF : MC XLV, 40, cité d’après Le Moël 1954 p. 110). d’une somme de 4800 lt pour renoncer à la succession de Claude Balifre le pèreMathias fit de même avec le peintre Daniel Dumonstier, mari de sa sœur aînée Geneviève..
On l’observe, à plusieurs reprises, payer les dettes du couple formé par sa fille Anne et Roland de Normandin, écuyer, sieur de La Grille, prévôt des maréchaux de Melun et de NemoursIls s’étaient mariés en 1627 ; Henry leur avait transféré le 7 octobre 1632 la propriété d’une de ses maisons en remplacement d’une rente annuelle de 1500 lt promise aux mariés : voir MC VII, 21, cité d’après Jurgens 1967 p. 588. ; ainsi il paye quelques dettes à un marchand de soie et le rachète pour 6 400 lt une rente de 400 lt qu’il leur versaitDétail des actes dans Le Moël 1954 p. 116 ; analyse de l’acte de 1636 dans Jurgens 1974 p. 128. Sur la vie dispendieuse de Roland de Normandin, voir aussi un acte de sauvegarde du 31 mai 1630 passé par Henry de Bailly, destiné à les empêcher de dissiper leurs biens (Paris ANF : MC Y 171 f. 77-79, insinuation au Châtelet de Paris, transcrite dans Écorcheville 1907 p. 8..
Henry investit dans des terrains à bâtir en 1615 et complète ses possessions avec les baux de plusieurs corps d’hôtel acquis en 1625 après la mort de son beau-père Claude Balifre, dans le quartier de la rue des Petits-Champs et de la rue Balifre, où son beau-père avait investiParis ANF : MC VII, 126, cité d’après Le Moël 1954 p. 117.. En 1636, il possédait au moins sept maisons à Paris, notamment rue BalifreVoir Jurgens 1974 p. 128..
Enfin, il possédait des terres en Brie : une maison de campagne sise à « Belle-Ombre » [Bellombre], des terres et des vignes dont on suppose qu’il lui venaient de famille et qu’il agrandit ici ou là entre 1621 et 1631Références dans Le Moël 1954 p. 118. Le détail est donné dans la Déclaration des hérittages appartenant à Henry de Bailly… (Dammarie-lès-Lys, Archives Départementales de Seine-et-Marne : H 580, n° 177 f. 173), transcrit dans Le Moël 1954 p. 188-190..
De Bailly est dit « noble homme » à partir de au plus tard. Il est inhumé le , toujours paroisse Saint-Eustache. Son inventaire après décès est connuParis ANF : MC VII, 26 ; transcription partielle dans Le Moël 1954 p. 191-206 et dans Jurgens 1967 p. 58-61. ; sa femme le suit le .
La musique Le Journal de Jean Héroard précise en plusieurs endroits que Le Bailly chantait ou jouait souvent en présence du jeune Louis XIII, pour l’endormir ou le distraireVoir notamment Paris BNF : ms. fr. 4025, f. 103v, cité d’après McGowan 1978 p. 88 n. 18.. De 1610, lorsqu’il entre au service de Louis XIII, à 1622 environ, il est cité souvent, sa voix étant considérée comme une des plus belles du temps et sa participation à plusieurs ballets de cour ayant laissé des souvenirs admiratifs.
Peut-être le roi s’est-il plus tard souvenu des moments de sa jeunesse, quand il accorde en 1622 à Le Bailly la surintendance de la musique de sa Chambre, pour un semestre, en succession de Michel Fabry mort cette année (l’autre semestre était en les mains d’Antoine BoëssetLa cession de la charge de Fabry à Le Bailly date du 25 avril 1622 ; elle s’est consentie pour 15000 lt : voir Jurgens 1974 p. 126.. Probablement pris par les tâches de gestion que sa nouvelle charge implique, Le Bailly devient alors moins présent dans les chroniques et dans les publications.
Le , il vend à Paul Auget la survivance de sa charge contre 15 000 ltMC, II, 115 ; transcription dans Le Moël 1954 p. 170-174. La signature de Le Bailly au bas de cet acte est reproduite dans Jurgens 1967 p. 65. dont la moitié payée comptant et l’autre à ses héritiers dans l’année qui suivrait son décès.
Son inventaire après décès révèle, au milieu d’un mobilier bourgeois, un grand théorbe, une grande lyre de bois de cyprès, un guitaron, une guitare et un « petit luth façon de théorbe ».
Œuvres Œuvres sacrées
Un motet Super flumina Babylonis est cité par Lhuillier 1870 p. 8, sans source citée. Un court motet Laudate Dominum omnes gentes pour une voix et tablature de lyreIl s'agit ici de la viola bastarda, sorte de viole de gambe avec un grand nombre de cordes et un accord particulier destiné à faciliter l'accompagnement du chant. L'inventaire après décès de Le Bailly en cite une ; elle est reproduite dans Mersenne à la page citée., publié dans l’Harmonie universelle de Marin Mersenne en 1636 (p. 207 du Livre quatrième des Instrumens à cordes et reprise p. 53 de ses Harmonicorum instrumentorum libri IV.
Œuvres profanes Le Bailly a participé à plusieurs ballets de cour, comme chanteur ou acteur, et a composé quelques airs à cette occasion : Carrousel du sur la Place royaleVoir La Continuation du Mercure françois…, 1615, p. 3, cité d’après Le Moël 1954 p. 114.. Trois airs de ballet pour voix et luth (dont une passacaille espagnole) sont publiés dans les Airs de différents auteurs, mis en tablature par Gabriel Bataille, cinquième livre (Paris : Pierre I Ballard, 1614. RISM 1614, Guillo 2003 n° 1614-C). Ils sont extraits du Ballet de la folie de la même année. Deux airs de ballet pour voix et luth sont publiés dans les Airs de différents auteurs mis en tablature de luth par Gabrielle Bataille, sixième livre (Paris : Pierre I Ballard, 1615. RISM 1615, Guillo 2003 n° 1615-A). Ils sont extraits respectivement du Ballet de Madame (dit aussi Ballet du triomphe de Minerve (, et Le Bailly l’a chanté) et du Ballet de M. le Prince [de Condé], Sur sa participation dans ces deux ballets de 1615, voir Paris BNF (Mss.) : ms. fr. 24357, f. 183, cité d’après Le Moël 1954 p. 114.. Ces deux airs sont repris à voix seule et sans nom d’auteur dans les Airs de cour et de différents auteurs [livre premier] (Paris : Pierre I Ballard, 1615. RISM 1615, Guillo 2003 n° 1615-B). Trois autres airs sont publiés dans le Recueil des plus beaux airs publié par Jacques Mangeant (Caen, 1615). Il chante lors du Ballet de la délivrance de Renaud, en . Et de même lors du Ballet de Monsieur le Prince, au carnaval de 1622. En 1636, Mersenne publie une diminution de Le Bailly sur le second couplet de l’air d’Antoine Boësset N’espérez plus mes yeux de revoir en ces lieux. Elle figure à la page 411 du Livre sixiesme de l’art de bien chanter de son Harmonie universelle. Pour un commentaire sur cet exemple, voir aussi Durosoir 1991 p. 145-146.
Réception Finalement, Le Bailly est passé à la postérité pour son chant : sa voix merveilleuse donnait « tous les jours ... des estonnements nouveaux à ceux qui l’entendent » ; Mersenne le nomme l’Orphée de la France (à propos de son motet avec lyre cité plus haut) et le cite sept fois dans son Harmonie universelle de 1636, pour la justesse de ses intervalles, la précision de sa prononciation des paroles ou l'élégance de ses diminutionsVoir le dépouillement de Jacques Szpirglas dans http://jacques.szpirglas.pagesperso-orange.fr/IndexMersenne.html.. En 1668, Bertrand de Bacilly le cite encore dans ses Remarques curieuses sur l’art de bien chanter comme celui « à qui l’on doit la première invention des passages et diminutions » (ce propos est d’ailleurs repris par Jean-Laurent Le Cerf de La Viéville en 1705).
Notes
Bibliographie Yolande de Brossard, Musiciens de Paris 1535-1792 d'après le fichier Laborde, Paris : Picard, 1965. Georgie Durosoir, L'Air de cour en France (1571-1655), Liège : Mardaga, 1991. Jules Écorcheville, Actes d'état civil de musiciens insinués au Châtelet de Paris, Paris : L. M. Fortin, 1907. Laurent Guillo, Pierre I Ballard et Robert III Ballard, imprimeurs du roy pour la musique (1599-1673). Sprimont et Versailles : 2003. 2 vol. Madeleine Jurgens, Documents du Minutier central concernant l’histoire de la musique (1600-1650). Tome premier [études I – X], Paris : 1967. Madeleine Jurgens, Documents du Minutier central concernant l’histoire de la musique (1600-1650). Tome second [études XI– XX], Paris : 1974. Michel Le Moël, Recherches sur la musique du roi et plusieurs de ses grands officiers de 1600 à 1660. Thèse de l'École des Chartes, 1954.