thumb|Bundesarchiv Bild 101I- 138-1083-26, Russie, Moguilev, Zwangsarbeit von Juden

Le Ghetto de Moguilev — (—1943) (en ) — est un emplacement de déportation des Juifs de la ville de Moguilev (en russe : Могилёв, en biélorusse : Магілёў, Mahiliow) et des environs, selon un processus de poursuite et d'extermination des Juifs appelé l'Holocauste (Holocauste en Biélorussie), pendant la période d'occupation du territoire biélorusse par les forces d'occupation du Troisième Reich durant la Seconde Guerre mondiale.

Suivant le recensement de la population de 1939, la ville de Moguilev comptait juifs — 19,83 % de la population totale Distribution of the Jewish population of the USSR 1939 / edit. Mordechai Altshuler. — Jerusalem, 1993. — P. 39.. Le chiffre approximatif des victimes de ce ghetto fut de dix à douze mille morts.

Occupation de Moguilev

La ville de Moguilev est située dans la partie nord-est de la Biélorussie. L'armée allemande se rapproche de Moscou distante encore de . L'invasion allemande du territoire (l'opération Barbarossa débute le ), a pris quelques semaines, si bien que, contrairement à ce qui se passa dans les villes situées plus au sud et à l'ouest, beaucoup de Juifs avaient pu évacuer avant l'occupation de la ville et une partie des hommes s'était engagée dans les rangs de l'Armée rouge. Le nombre exact de Juifs qui sont restés à Moguilev jusqu'à l'arrivée des Allemands n'est donc pas établi avec précision.

Le , la ville fut prise par les forces allemandes et son occupation se poursuivit durant deux ans et onze mois : jusqu'au Периоды оккупации населенных пунктов Беларуси. Le pouvoir d'occupation fut partagé entre la Kommandantur locale (Ortskommandantur I/292 major Krantz -майор Кранц) et la Kommandantur de département (Feldskommandantur 191 colonel Yachtvitz - (en russe : полковник Ячвиц), cette dernière ayant autorité sur la première. Par la suite elles furent remplacées par l'Ortskommandantur I/843 en 1942—1943, puis par l'Ortskommandantur I/906 en 1943 et encore la Feldskommandantur 813 en —1943. À Moguilev même, se trouvait la résidence des chefs des Schutzstaffel (SS) et de la police de la zone « Russie-centrale » : l'Obergruppenfuhrer SS Erich von dem Bach-Zelewski et l'état-major de l'arrière-front Groupe d'armées Centre, que dirigeait le général Max von SchenckendorffПамяць. Магiлёу / рэдкал.: Г. П. Пашкоу (гал. рэд.) i iнш.; уклад. Б. П. Гардзееу, М. П. Хобатау; маст. Э. Э. Жакевiч. — Мінск : Беларуская Энцыклапедыя, 1998. — С. 223. .

Avant la création du ghetto

Depuis le début de l'occupation, dans le cadre de la solution finale, des mesures de discrimination furent prises immédiatement à l'égard des Juifs de Moguilev. Le couvre-feu fut instauré avec l'interdiction de se trouver dans la rue après 17 heures. Les Juifs étaient obligés de porter sur la poitrine et sur le dos un tissu en forme d'étoile à six branches Étoile jaune. Il était interdit aux Juifs de marcher sur les trottoirs. Ils étaient affectés à des travaux pénibles et lourds. La population locale se voyait interdire d'entrer en contact avec les juifs et surtout de leur vendre de la nourriture.

La mesure la plus importante et la plus lourde de conséquence, qui fut prise par les nazis à Moguilev, au début du mois d', est l'enregistrement de la population. Le judenrat prit une part active à cette mesure de contrainte autoritaire en constituant un « comité juif ». Le recensement des Juifs de Moguilev fut effectué par un président et trois membres du comité juif ; personnes furent enregistréesРомановский, Д. Сколько евреев погибло в промышленных городах Восточной Белоруссии в начале немецкой оккупации (июнь-декабрь 1941 г.) // Вестник Еврейского Университета в Москве, 2000. — . — С. 163—164.. Dans un communiqué donné par le maire de Moguilev (Felitsine) aux forces d'occupations, il est affirmé que l'enregistrement des juifs de la ville avait été organisé à partir du par le Judenrat. Le chiffre qui ressortit de ce dénombrement ne reflète pas la situation réelleГ. Р. Винница. Холокост на оккупированной территории Восточной Беларуси в 1941—1945 годах. — Мн., 2011, стр. 288—295 , car au moment où se déroulait la l'aviation allemande bombarda la ville à plusieurs reprises, et beaucoup de juifs, restés en vie, abandonnèrent leur maison. De plus une partie de la population juive de Moguilev se cacha, ne souhaitant pas tomber volontairement aux mains des nazis.

Création du ghetto thumb|left|350px|Déplacement des Juifs dans le ghetto en juin 1941.

Dès les premiers jours de l'occupation, les Allemands se mirent à la recherche des Juifs de la « première catégorie ». Les nazis considéraient comme tels ceux qui étaient capables d'organiser une résistance, en étant membres actifs dans la lutte contre le fascisme. C'est pourquoi les nazis les exécutèrent immédiatement. Ainsi, en , le groupe de sécurité des Sicherheitsdienst et les Einsatzgruppen (Commandant : le docteur Bradchif)) exécutèrent 80 juifs Klein, P. Die Einsatzgruppen in der besetzten Sowjetunnion 1941/42. — Berlin, 1997. — S. 159.. Parmi ceux-ci les militants de parti Astrov et Khavkine, le directeur de l'entreprise Rosenberg.

La deuxième catégorie de Juifs se composait du reste de la population juive ; elle fut conduite vers l'isolement du reste de la population. Le apparut sur les murs l'obligation, signée par le chef de la municipalité, le maire Felitsine, exprimée en ces termes : « Par ordre de Monsieur le commandant de la ville de Moguilev, toutes les personnes de nationalité juive des deux sexes ont l'obligation dans les 24 heures de quitter les limites de la ville et de déménager dans la zone du GHETTO. Les personnes qui n'auront pas respecté cet ordre dans le délai donné, seront emmenées de force par la police et leurs biens seront confisqués »Государственный архив Могилевской области. — Фонд 260. — Oпись 1. — Дело 15. — Лист 14..

Les Juifs de Moguilev furent conduits par la rue Grajdanskaïa (en russe : Гражданская улица), dans le quartier de la ville dénommé Podnikol Répertoire des lieux de résidence forcée de populations civiles en Biélorussie de 1941 à 1944 - Справочник о местах принудительного содержания гражданского населения на оккупированной территории Беларуси 1941-1944.. En outre, avaient été ajoutés au nombre des premiers, des Juifs des villages de Varotychiny et de Kniajitz (villages du raion de Moguilev)Свидетельство Базыленко К. П. // Государственный архив Российской Федерации (ГАРФ). — Фонд 7021. — Оп. 88. — Д. 43. — Л. 111..

En , le ghetto fut transféré sur les bords de la rivière entre le marché Bykhovsk et la rue Vilenska (actuelle rue Lazarenko). C'est le maire de la ville, Félitsine, qui choisit l'emplacement. Le transfert vers celui-ci eut lieu probablement le . La responsabilité de l'exécution de l'ordonnance de l'isolation des Juifs dans cet endroit fut confiée au Judenrat : « le comité juif répondra du déplacement de la population juive dans les délais prescrits. Le non-respect de cette ordonnance sera sévèrement puni »Приказ по гороскому управлению г. Могилева. 23 сентября 1941 года // Государственный архив Могилевской области. — Фонд 260. — Оп.1. — Д. 15. — Л. 71-72.. Les occupants obligèrent le comité juif à payer les frais du déménagement dans le ghetto, soit la somme de roubles dans les 24 heures. Les nazis ajoutèrent encore au ghetto 108 Juifs de Selets, après les avoir traqués dans quelques maisons de la rue VilenskaИз воспоминаний Цейтлина Н. А. // Гибель местечек Могилевщины / сост.: И. М. Шендерович, А. Л. Литин. — Могилев: МГУ им. А. А. Кулешова, 2005. — С. 25..

Le territoire du ghetto fut gardé par la gendarmerie et par des policiers auxiliaires biélorusses favorables à la collaboration. La clôture du ghetto de Moguilev dut être installée par les prisonniers eux-mêmes : « Le Ghetto juif, après la fin des déménagements devra être enclos provisoirement de fil de fer barbelé. Et, ensuite, sous la direction de l'administration de la ville, la population juive l'entourera de palissades en bois ». Après la fermeture du ghetto, il fut interdit d'en sortir : « À la porte du Ghetto devait figurer le panneau d'interdiction suivant : "Localité habitée par des juifs". L'entrée est interdite aux non-juifs ». Le ghetto de Moguilev, était donc un ghetto de type fermé.

Après le déménagement dans le ghetto, les nazis obligèrent le judenrat à transmettre dans les trois jours à la municipalité des renseignements sur les Juifs qui s'étaient échappés et qui se trouvaient hors des lieux d'isolement dans le ghetto.

Selon plusieurs témoins, outre le ghetto de Podnikol, près de la Doubrovenka, il existait encore un autre endroit de concentration de Juifs, qui se trouvait sur un terrain enclos, près de l'actuel hôtel « Moguilev ». Il peut être classé comme point de rassemblement des victimes condamnées à être fusillées. Les détentions de longue durée, elles, se faisaient à l'usine (« Строммашина »).

Les forces d'occupation obligèrent le judenrat de Moguilev à prendre une quinzaine d'hommes à titre de police juiveEreignismeldung UdSSR Nr. 125 // Bundesarchiv Berlin.-R 58/218.-В. 293. . .

thumb|Bundesarchiv Bild 101I-138-1083-20, Russland, Mogilew, Zwangsarbeit von Juden

Conditions de vie dans le ghetto

Le régime de maintien par la force des Juifs dans le ghetto fut terriblement cruel. Dans chaque maison de la Doubrovenka s'entassaient jusqu'à 40-60 personnes. Les produits alimentaires manquaient. Tous les prisonniers aptes au travail étaient contraints d'effectuer des travaux physiquement lourds.

Le but des occupants était d'humilier et d'offenser pour détruire les sentiments patriotiques des prisonniers du ghetto. Les jeunes Juifs étaient sans cesse battus et matraqués, quant aux vieux, on se moquait d'eux en leur coupant barbes et moustaches.

Les fusillades se poursuivaient sans arrêt. 337 Juifs furent ainsi exécutés, sous l'accusation de « comportement insolent »Klein, P. Die Einsatzgruppen inder Besetzten Sowjetunnion 1941/42. — Berlin, 1997. — S. 230.. Deux Juifs furent tués parce qu'ils ne portaient pas l'étoile jaune, deux autres encore furent exécutés comme agents du NKVD, trois furent fusillés après la découverte sur eux de substances explosives, quatre pour refus de travailler, huit furent exécutés pour « incitation et propagande ».

Destruction du ghetto

La seule réclusion dans le ghetto entrainait déjà la mort des Juifs. Les gens étaient fusillés devant leurs propres maisons. « À Moguilev les juifs tentèrent aussi de saboter le déménagement vers le ghetto. 113 Juifs furent tués pour cette raison ».

En , les occupants organisèrent deux « actions » (c'est par cet euphémisme que les nazis appelaient leurs organisations de massacres de masses) pour la destruction du ghetto de Doubrovenka. Le premier massacre de masse, la première « action » eut lieu les 2-. Les exécuteurs de Juifs furent l'Einsatzgruppen, les bataillons de police 316e et , et aussi le ukrainien de protection actif dans la Collaboration biélorusse pendant la Seconde Guerre mondiale et le détachement « Waldenburg », qui tuèrent JuifsGerlach, Ch. Kalkulierte morde. Die deutsche Wirtschafts und Vernichtungspolitik in Weißrussland 1941 bis 1944. — Hamburg, 1999. — S. 588—590. . Parmi eux, 65 furent tués directement dans le ghetto le . Si bien qu'il restait encore personnes au début du refoulement dans l'usine de « Dimitrov ». Celles-ci furent fusillées le au cimetière juif de Machekovsk.