Fayçal ben Hussein al-Hachimi (en arabe : ), né le à La Mecque et mort le à Berne, est, sous le nom de Fayçal , le premier roi d'Irak de 1921 à sa mort, après avoir été le premier et unique roi de Syrie du au . Il est le fils de Hussein ben Ali, chérif de La Mecque et roi du Hedjaz.
Fayçal a favorisé l'unité entre les musulmans sunnites et chiites, encourageant ainsi leur loyauté commune au panarabisme, avec l'objectif de créer un État arabe qui inclurait l'Irak, la Syrie et le reste du Croissant fertile. Parvenu au pouvoir, il a tenté de diversifier son administration en y incluant différents groupes ethniques et religieux.
Origines familiales et Jeunesse (1885-1908) Fayçal est né à La Mecque, alors contrôlée par l'Empire ottoman, dans l'actuelle Arabie saoudite. Il fait partie de la lignée hachémite qui remonterait au prophète Mahomet. Sa famille contrôle les lieux saints de l'islam de manière ininterrompue du à 1924 et retire de ce fait un grand prestige dans le monde musulman. Fayçal est le fils du chérif avec deux aînés : Ali (né en 1879) et Abdallah (né en 1882). Il a aussi un jeune demi-frère, Zaïed (né en 1898). Les rapports entre les enfants et leur père sont marqués par une extrême rigidité protocolaire. Il est fréquent que les enfants du chérif signent leurs correspondances par « Votre esclave » quand ils s'adressent à leur père.
Après une partie de son enfance passée au Hedjaz, il suit son père et ses frères quand son père Hussein est appelé, en 1892 à vivre en résidence surveillée à Constantinople par le sultan Abdulhammid II. Les raisons de cette invitation quelque peu forcée sont peu claires. Il semble que la Sublime Porte et ses fonctionnaires soupçonnaient Hussein de conspirer afin de renverser son oncle, l'émir Awn-al-Rafiq, alors chérif en titre. Il semble également que Hussein avait déjà tissé des liens avec certains officiers anglais en poste à Djeddah. Un agent du gouvernement d'Abdülhammid, Ratib Pacha, est envoyé au Hedjaz tirer cette affaire au clair. En , Hussein est formellement invité à se rendre à Constantinople.
Un an plus tard, en , Fayçal, ses frères, sa grand-mère maternelle et trente-deux femmes de la suite d'Hussein embarquent à Djeddah, à bord du Izzedine, en direction de la capitale ottomane. Le jeune Fayçal reçoit une éducation soignée à Constantinople, où Safwat al 'Awa, un lieutenant seconde classe d'origine damascène, est désigné par rescrit impérial pour être le tuteur de Fayçal. Ce précepteur a à cœur que les jeunes hachémites maîtrisent parfaitement le turc et leur interdit de s'exprimer en arabe devant lui.
vignette|À gauche Fayçal enfant avec ses frères et leur précepteur. Prise à Istanbul vers 1895.
Outre la géographie, l'arithmétique, l'histoire, Fayçal apprend également le français, et quelques rudiments d'anglais. Son père prend personnellement en charge son apprentissage de l'arabe, notamment à travers la lecture du Coran. Cependant, un diplômé de l'Université islamique d'Al-Azhar, Cheikh Muhammad Qadhib Alban, est désigné par son père pour l'élever dans la foi islamique. Il ne revient dans son pays natal que quand son père récupère son poste d'émir et chérif de La Mecque en 1908.
Premières expériences militaires au Hedjaz (1908-1912) Dès son retour, Hussein doit assumer sa charge de Chérif, consistant à assurer la sécurité des pèlerins vers la Mecque (souvent menacé par le brigandage des bédouins) mais aussi sécuriser les frontières sud et est du Hedjaz. À l'est, le sultan du Nejd adopte une politique expansionniste et au Sud, un prédicateur de la lignée des Idrissides, , se soulève contre les Ottomans et proclame un émirat autonome. Le Chérif Hussein ainsi que les puissances européennes présentes dans la région (Grande-Bretagne et Italie) s'inquiètent de cette déstabilisation.
Les forces d'Al-Idrissi mettent le siège devant Abha, seulement défendue par une petite garnison turque. Les Ottomans se résolvent à demander le soutien militaire de Hussein pour lever le siège. Le , Hussein, ainsi que ses deux fils cadets, Abdallah et Fayçal, partent à la tête d'une colonne de soldats pour venir au secours des assiégés. Fayçal commande la cavalerie.
Les forces turco-hedjaziennes sont prises dans une embuscade dans la localité de Quz et souffrent des pertes importantes mais remportent quelques jours plus tard une importante victoire contre les rebelles. Le , Hussein, Fayçal et Abdallah font une entrée triomphale dans Abha et sont acclamés à Taëf au mois d'août. Vers la fin de la campagne militaire, Fayçal contracte une forme grave de la malaria, ce qui l'affaiblit pour plusieurs mois.
Député du Hedjaz au parlement ottoman (1912) La politique ottomane : Après une défaite électorale lors d'une législative partielle à Constantinople, le parti nationaliste turc, Parti union et progrès, voyant sa popularité menacée prend l'initiative de convoquer des législatives anticipées en , à peine trois ans après celles de 1908. Les Jeunes-Turcs investissent toute la puissance de l'appareil partisan mais également de la puissance de l’État ottoman pour s'assurer une victoire massive. Les commentateurs anglophones baptisent cette élection . Le Comité rafle sur 275 après une campagne féroce, centrée sur le débat autour de la décentralisation (le Parti union et progrès est d'orientation centralisatrice, tandis que l' promeut un transfert de compétence vers les régions), la place de la norme islamique dans la société ainsi que la place des minorités dans le système constitutionnel.
Grâce au soutien des notables locaux et l'influence de son père, alors Chérif de la Mecque, Fayçal devient, à , député pour la circonscription de Djeddah, avec son frère Abdallah (député de La Mecque). Leur rôle consiste essentiellement à tenir leur père au courant de l'actualité politique à Constantinople et prendre le pouls de l'opinion publique : Thomas Edward Lawrence déclare à ce sujet :
Situation du Hedjaz par rapport à la Sublime Porte Au début du , le chérif, même s'il jouit d'une grande autonomie vis-à-vis du pouvoir de Constantinople craint de plus en plus les velléités centralisatrices de la politique des Jeunes-Turcs arrivés au pouvoir en 1908. Le projet d'une extension de la ligne de chemin de fer du Hedjaz jusqu'à La Mecque (dont le terminus originel est Médine) pousse Hussein à entrer en contact avec les nationalistes syriens de Damas et les Anglais du Bureau arabe du Caire.
Fayçal est désigné pour représenter secrètement son père lors des réunions avec les Syriens. En route vers Constantinople, il s'arrête le à Damas, reçu par Nasib Al-Bakri, qui le met en relation avec Al-Fatat et Al-Ahd (deux sociétés secrètes nationalistes). Cette entrevue marque le début d'une alliance entre le chérif et les nationalistes connu sous le nom de « Protocole de Damas ». Fayçal quitte Damas en trompant Djemal Pacha (meneur de l'armée ottomane pendant la Première Guerre mondiale) et lui promettant la venue de chameliers hedjazis.
Le , après la découverte par les Ottomans de la correspondance Hussein-MacMahon, le chérif déclenche la révolte arabe (la thawra), symboliquement marquée par un coup de fusil tiré en l'air à La Mecque, conclusion d'un discours qui attaque les mesures laïcisantes prises par le Comité union et progrès (CUP). Fayçal, dans l'organisation du nouveau gouvernement du Hedjaz, reçoit le ministère de l'Intérieur, tandis que son frère Ali devient Premier ministre et Abdallah ministre des Affaires étrangères.
Déclenchement et rôle dans la révolte arabe (juin 1916-octobre 1918) alt=Revue des troupes chérifiennes au présence de Fayçal. Camp de Gouéra. Mars 1918|vignette|Revue des troupes chérifiennes. Camp de Gouéra. Mars 1918 C'est lui qui mène la révolte arabe contre les forces ottomanes, démarrée en . Au départ, l'influence de la révolte ne dépasse pas le cadre de la péninsule arabique et se limite à des escarmouches avec les Ottomans et une guérilla dans le désert. La stratégie militaire des révoltés arabes est initialement le fait de Hussein, qui n'a pas à proprement parler de compétences militaires. Cinq mois après le début de la Révolte, une conférence se tient à Djeddah en réunissant Fayçal, son frère Ali, Aziz al-Misri, Nouri Saïd et des représentants des armées françaises et britanniques. Cette conférence acte la montée en puissance de Fayçal dans le dispositif militaire de la Révolte, qui prend progressivement la tête des opérations et de la stratégie. À cette époque, les Ottomans contrôlent Médine qui est solidement défendue par Fekri Pacha et deux bataillons d'infanterie turque. La ville ne se rend qu'à la fin de la guerre en 1918.
La révolte prend une dimension géopolitique de premier plan avec la prise d'Akaba en 1917 où Aouda Abou Tayi (sheik de la tribu des Taoueihas) joue un rôle déterminant sous la direction et les conseils du lieutenant Thomas Edwards Lawrence, envoyé par le Bureau des Affaires arabes anglais. En , la prise d'Alep par les forces chérifiennes marque la fin de la campagne du Moyen-Orient et permet à Fayçal de revendiquer la création du grand royaume arabe promis par les Britanniques.
Gouvernement arabe de Damas et action diplomatique (octobre 1918-mars 1920) Prise de Damas et création du gouvernement arabe de Syrie Après la campagne de Palestine, qui voit les forces alliées (hachémites et britanniques) remonter vers le nord, en prenant en Jérusalem, Fayçal participe à la prise de Damas et fait son entrée dans la ville deux jours après les Britanniques et les troupes arabes, le . Sur le plan stratégique, laisser les Hachémites rentrer les premiers dans Damas est sans importance, mais cet élément est capital sur le plan diplomatique car il met en difficulté les Français pour faire valoir ultérieurement leurs prétentions sur la Syrie et le Liban, relativement aux accords Sykes-Picot. Le Royaume-Uni souhaite réviser les accords conclus en 1916 pour obtenir dans leur zone d'influence Mossoul (en raison des grandes réserves pétrolifères de cette région) et la Palestine censée servir de glacis protecteur pour l’Égypte et le canal de Suez passé depuis 1882 sous contrôle britannique).
Il défile accompagné de arabes dans les rues de Damas, sous les vivats d'une foule en liesse. Réuni à l'hôtel Victoria avec Allenby et Lawrence, il apprend là la future mise sous tutelle de la région. Alors qu'il avait été mis au courant des grandes lignes des accords Sykes-Picot par Lawrence, il se récuse violemment déclarant : . Dès le , il annonce la création du gouvernement civil de Damas qui existe de cette date jusqu'à la bataille de Khan Mayssaloun. Il se compose (entre autres) de Rida El-Sohl (ministre de l'Intérieur), Farès al-Khoury (ministre des Finances), Sati al Housri (ministre de l'Éducation). L'ensemble du gouvernement de Damas est composé d'hommes acquis à l'idée nationale arabe. Sous son gouvernement naît, le , une Académie de la langue arabe à Damas.
Sur toute la période de son « gouvernement », Fayçal effectue deux longs séjours en Europe afin de promouvoir l'indépendance arabe aux yeux des puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale, d'abord de à (où il est entendu à la conférence de la Paix de Paris), puis de à .
Premier séjour en Europe (novembre 1918 – avril 1919)