Monstre du Valais est le surnom d'une ou de plusieurs bêtes féroces qui attaquent de nombreux troupeaux dans le canton du Valais, en Suisse, à partir d'. En partant du constat des troupeaux dévorés sur les alpages, la rumeur enfle. La presse suisse utilise le nom de . Parmi une multitude d'identités supposées, celles d'un lynx ou d'une ou plusieurs panthères dominent, soutenues par des témoignages très suivis. Cependant, le monstre du Valais semble avoir été un grand loup européen, abattu à Eischoll le .

L'affaire du monstre du Valais est étudiée dans le cadre des rumeurs contemporaines, offrant un éclairage sur le rapport humain avec la faune sauvage, et notamment les grands carnivores. Elle témoigne de la tendance de la population à imaginer la présence proche de félins dangereux, sur la base de la peur et des témoignages erronés. La bête abattue en 1947 atteste la présence ponctuelle de loups dans les Alpes, à une époque où l'espèce est censée avoir déserté la région.

Dénomination et sources La presse suisse a surnommé cet animal le « monstre du Valais », il est également connu sous le nom d'« animal mystérieux de la Loèche ».. L'affaire a surtout été commentée par l'abbé et naturaliste Ignace Mariétan, dans son Bulletin de la Murithienne. Les rapports de police, la presse locale, notamment le Nouvelliste valaisan, et le Journal et feuille d'avis du Valais, permettent de compléter la description de l'affaire.. D'après Anne Bachmann, reconstituer l'histoire du monstre du Valais se révèle difficile, car les sources d'époque ne concordent pas toutes. Ignace Mariétan relève des attaques que la presse ne mentionne pas, et vice-versa. Les datations et le nombre des victimes sont différents.

Histoire vignette|upright=1.5|Localisation des principales zones d'attaque du monstre du Valais. L'affaire du Valais passionne toute la Suisse en 1946 et 1947.. La police cantonale a recueilli l'essentiel des documents et pièces à conviction en rapport avec le « monstre ». Les recherches et l'élimination de la bête sont confiées au Service de la chasse.. Pendant des mois, l'échec des battues et le nombre de victimes animales domestiques remettent en cause la domination humaine sur cet espace naturel et sur la faune sauvage qui y vit..

Localisation des principales zones d'attaques recensées sur la carte ci-contre : Forêt de Finges Loèche Zinal Oberems Unterems Chandolin Ayer Illgraben (cône de déjection) Nanztal (alpage) Evolène Eisten Entre Gampel et Rarogne Tourtemagne Entre Loèche et Inden Eischoll

Contexte vignette|gauche|Région d'Oberems. L'affaire du « monstre du Valais » appartient aux rumeurs contemporaines de la bête féroce. Alors que ces affaires concernaient autrefois des animaux anthropophages, généralement des chiens et des loups, au , les « bêtes » sont de plus en plus souvent vues comme des félins, et se contentent généralement de tuer des animaux domestiques.. L'ampleur prise par l'affaire du monstre du Valais s'explique en partie par l'élimination passée des grands prédateurs carnivores en Suisse. Le loup disparaît du Valais à la fin du , l'ours et le lynx au début du . Les activités pastorales se sont déployées sans entrave. Les locaux ont perdu la connaissance des grands prédateurs, ce qui explique les nombreuses difficultés rencontrées pour les identifier et les chasser..

D'après Alexandre Scheurer, les habitants du Valais ont une .. Ils ont toujours nourri la peur du loup, en dépit du fait que les annales de la région n'enregistrent qu'une seule victime humaine due à un loup, un enfant en 1637.. Cette situation est très différente de celle de la France, où les mêmes annales imputent de très nombreuses victimes aux loups.. Deux attaques de lynx sont officiellement répertoriées dans la région (en 1770 et 1866), mais le félin n'est pas réputé pour s'en prendre à l'être humain. La plupart des blessures subies à cause d'attaques d'animaux résultent des situations de chasse..

Attaques de l'été 1946 et hypothèse du lynx vignette|Le monstre du Valais est d'abord pris pour un lynx. La date de la première attaque n'est pas certaine : Ignace Mariétan la fait remonter au . La police enregistre les premières plaintes d'éleveurs le , et la presse ne mentionne rien avant juillet.. D'après Mariétan donc, 13 moutons sont égorgés près de la forêt de Finges le , alors qu'ils paissent sur des alpages.. Les premières accusations s'orientent sur un homme ou un chien. Un chien valaisan est abattu. Les poils de mouton retrouvés dans son tube digestif conduisent au classement de l'affaire, cité par .. Cela ne stoppe pas les attaques, car le même scénario se reproduit en mai, toujours près de Finges. Un chien est de nouveau accusé.

Les attaques prennent de l'ampleur en juillet, où des troupeaux (dont un comptant à La Souste) sont attaqués vers le 10 ou le 11, puis à nouveau les 18, 21 et 25 du moisNouvelliste valaisan du et Journal effeuille d'avis du Valais du , cités par .. Cette nouvelle série d'attaques suscite l'intérêt de la presse locale, qui interroge les habitants sur l'identité du prédateur. Les reporters recueillent des premiers avis et témoignages contradictoires. Le terme de « monstre » est employé pour désigner le carnivore inconnuNouvelliste valaisan des et , et des et , cités par .. La police cantonale et l'office de chasse de la Loèche organisent des battues, en pure perte. Le , des moutons égorgés sont retrouvés près de Zinal, témoignant d'une extension du terrain de chasse du « monstre ».. L'état des cadavres (présence de griffures) conduit à supposer que l'agresseur est un lynx et Nouvelliste valaisan des et , cités par ..

Le , un garde forestier témoigne avoir aperçu la bête près d'Oberems. Ce n'est d'après lui ni un chien ni un renard, mais un animal au pelage gris-noir, à la tête ronde et à la petite queue touffue. Deux autres témoignages recueillis le 11 et le situent l'animal dans la forêt de Finges et près d'OberemsRapport de la Police cantonale du et , cités par .. Une nouvelle battue à 22 chasseurs est organisée le dans la forêt de Finges. C'est un échec, car l'animal a changé de secteur, comme en témoigne la découverte d'un veau égorgé près d'Oberems le même jourRapport de la Police cantonale du et , cités par ..

Supposant que la bête se déplace en suivant un couloir, un poste de surveillance permanent est créé entre le val d'Anniviers et le val de Tourtemagne. Les observations entre Unterems et le val d'Anniviers les 15 et ne donnent rien, car la pluie a effacé les traces du prédateurRapport de la Police cantonale du cité par .. Cinq moutons sont tués le près de Chandolin. Un porc est attaqué à Ayer le . Des empreintes sont relevées près de l'Illgraben. Leur analyse « confirme » qu'il s'agirait d'un grand félin. Les autorités valaisannes font appel à un chasseur de lynx canadiens, qui pose des pièges et des appâts le Rapport de la Police cantonale du , cité par .. Elle sollicite aussi l'aide d'un dompteur du nom de Fernando. Pendant tout le mois d', la presse locale publie quotidiennement des articles sur le « monstre ». Des reporters suivent les policiers et chasseurs sur les lieux des massacres et pendant les battues. La médiatisation entraîne un afflux de témoignages et de courriers en provenance de toute la Suisse. Des sommes d'argent parfois importantes sont proposées en échange de la dépouille de l'animal, lorsqu'il aura été abattu..

Hypothèse de la panthère vignette|Jeune panthère dans l'herbe. L'affaire prend une nouvelle tournure avec le témoignage du dompteur Fernando, le . Il certifie avoir reconnu une jeune panthèreRapport de la police cantonale du et , cités par .. Déduisant que cet animal hypothétique doit être né dans la nature, la police cantonale communique qu'elle recherche une famille de panthères (un couple et trois petits), probablement échappée d'un zoo italien à la suite d'un bombardement pendant la Seconde Guerre mondiale. La mobilisation se renforce, car en plus de l'ouverture de la chasse le , les chasseurs sont motivés par la prime de offerte pour chacune de ces bêtes... De grandes battues sont organisées, et des cages avec appâts vivants (dont une contient un vieil âne.) sont déposées dans l'Illgrabenrapport de la police cantonale du et , cités par ..

Les 7 et , plusieurs témoins disent avoir vu entre 3 et 5 animaux carnivores rôder autour des appâts. Un employé de cirque certifie qu'il y a au moins un puma et Nouvelliste valaisan du , cités par .. L'institut de zoologie de l'université de Lausanne reçoit des moulages d'empreintes. Son directeur ne confirme pas l'hypothèse d'une panthère, mais estime qu'il pourrait s'agir d'un grand félin, s'étonnant néanmoins qu'un animal gardé un temps en captivité échappe depuis si longtemps aux battues et Journal et feuille d'avis du Valais du , cités par .. Bien que le nombre d'animaux domestiques victimes soit en baisse, l'impuissance apparente des autorités valaisannes crée une tension parmi la populationNouvelliste valaisan du , cité par ..

Le service de la chasse organise une grande battue qui rassemble 70 chasseurs le , un jour de pluie diluvienne, entre le val de Tourtemagne, l'Illgraben et la forêt de Finges, sans résultat. Deux attaques sont signalées dans le val d'Hérens les 3 et Rapport de la Police cantonale du ; ; Nouvelliste valaisan des , et ; Journal et feuille d'avis du Valais du . Cités par ., sur l'alpage de Nantzal (au-dessus de Visperterminen) une semaine plus tard, puis à nouveau dans le Val d'Hérens entre le 21 et le . D'après Anne Bachmann, l'échec des battues s'explique en grande partie par l'organisation de celles-ci. Elles sont lancées dans la région où l'animal vient de faire une victime, alors qu'il s'est très probablement déjà déplacé..

Les troupeaux sont redescendus des alpages vers la plaine en octobre et novembre. Cela donne lieu à une vague d'attaques et d'observations imprécises des « fauves », au plus près des habitations. Trois attaques sont répertoriées début novembre dans la région de Viège, une quatrième fin novembre près des HaudèresRapport de la police cantonale du et , cités par .. Jean Maistre, un chasseur d'Evolène, suggère dans son rapport de battue que l'un des monstres serait un puma. Ces observations près des habitations augmentent l'angoisse parmi la population, comme en témoignent les articles de l'époqueNouvelliste valaisan des , et , cités par ..

L'hypothèse de la panthère ou du puma s'effondre peu à peu avec l'arrivée de l'hiver. Les naturalistes s'étonnent que les attaques continuent, car la baisse des températures aurait dû pousser les fauves à quitter la région pour un climat plus clément.. Les spécialistes de la chasse au grand félin sont bredouilles. La police cantonale progresse dans ses investigations. Aucun félin évadé d'un zoo n'est signalé en Italie, à part deux lions échappés d'un zoo italien à Bologne, qui ont été rapidement retrouvés et abattus. Aucune attaque de grande ampleur sur troupeau n'étant signalée côté italien, un colonel italien suggère à la police valaisanne de rechercher plutôt un loup, un chien-loup, un ours ou un renard..

Tassement provisoire de l'affaire vignette|Vue sur le val de Zinal pendant l'été. Quelques animaux de rente sont attaqués début décembre à Eisten, et entre Gampel et Rarogne. La police cantonale augmente la prime pour chaque à le . Toute personne titulaire d'un permis de chasse valable pour l'année 1946 est en droit de participer à la traque. Le , un chasseur annonce avoir tué un animal carnivore dangereux à Eischoll, qui se révèle n'être qu'un gros renardNouvelliste valaisan du , cité par ..