alt=Une petite fille dont on ne voit pas le visage tient une manette de console.|vignette|Une petite fille tenant une manette de console. Le sexisme dans le milieu du jeu vidéo désigne une discrimination par le genre, majoritairement au détriment des joueuses de jeux vidéo, par l'attribution de rôles, de comportements ou d'intérêts en fonction du genre. Il s'agit d'une discrimination systémique du monde du jeu vidéo, comme le racisme dans le milieu du jeu vidéo.
Le sexisme dans le milieu du jeu vidéo touche les professionnelles de l'industrie, créatrices de jeux ou joueuses compétitives, ainsi que les joueuses et les créatrices de contenus en ligne ou de déguisements, ou cosplays. Il se présente sous la forme de harcèlement, d'insultes, ou encore d'une différence de salaires et de stéréotypes sur le niveau des joueuses. Le sexisme peut aussi toucher les joueurs masculins, dont la virilité sera niée et qui seront surtout victimes d'homophobie.
Si le sexisme dans le milieu du jeu vidéo trouve son origine dans les débuts de l'industrie, il reste d'actualité avec des événements comme la controverse du Gamergate en 2014. Différentes solutions à l'échelle individuelle, d'une entreprise ou, dans certains cas, sous la forme de lois sont mises en place pour en réduire l'étendue et la gravité.
Formes de sexisme Professionnelles de l'industrie vidéoludique
Au sein des studios de jeu vidéo alt=Zoë Quinn qui sourit|vignette|Zoë Quinn, développeuse de jeux vidéo et victime principale de la controverse du Gamergate.
Les femmes travaillant dans l'industrie vidéoludique constatent que leur travail est mal considéré par leurs collègues masculins. Elles remarquent une différence de salaire avec ces derniers (25,3 % d'écart au bénéfice des hommes). De même, certaines personnes utilisent leur apparence ou leurs vêtements pour les discréditer, ou encore rejettent les designs de personnages féminins non hyper-sexualisés.. Pourtant, de 2009 à 2014, la présence des femmes dans le monde professionnel du jeu vidéo double et s'élève alors à 22 % de la population active de l'industrie.
La question du harcèlement au bureau est également régulièrement soulevée. D'autres formes de sexisme évoquées sont la priorité donnée aux hommes pour les promotions et le recrutement, l'insubordination des hommes sous le commandement d'une femme, le manque de volonté d'inclure des personnages féminins bien représentés dans les jeux vidéo, et une proportion énorme d'hommes blancs au sein des rôles à responsabilités. Un problème plus répandu est le fait que le milieu n'est pas accueillant envers les femmes : elles peuvent être invitées à des réunions qui sont en fait des rendez-vous, la cible de blagues discriminatoires, par exemple. Elles sont également souvent vues comme n'appartenant pas aux départements techniques, même quand c'est le cas. Ces départements sont parfois décorés avec des images à caractère érotique.
Les jeux qui cherchent à mettre en avant des personnes non hommes peuvent entraîner un harcèlement de leurs scénaristes et développeurs : c'est le cas de Amber Scott, scénariste du jeu Baldur's Gate: Siege of Dragonspear et harcelée en 2016. Elle a en effet inclus un personnage principal féminin et un personnage secondaire transgenre dans le jeu, en plus de se moquer de la controverse du Gamergate dans une réplique. En réponse à ces actions, elle est la cible d'une campagne de harcèlement et le jeu reçoit des retours négatifs en masse. Pendant le Gamergate, les développeuses Zoë Quinn et Brianna Wu, ainsi que la sociologue Anita Sarkeesian, sont victimes de harcèlement ciblé : une protection policière est parfois requise, ainsi que l'annulation d'événements où elles sont invitées.
En , la chef de produit Alison Rapp est renvoyée de Nintendo après avoir été la cible de harcèlement en ligne de grande échelle en raison de la façon dont un jeu dont elle a été responsable a été localisé en Amérique du Nord. En effet, la version japonaise de Xenoblade Chronicles X incluait un réglage de la taille des seins d'un personnage : cette option est retirée de la version américaine du jeu, et bien que n'ayant pas pris part à la décision, elle est tenue pour responsable de ce changement. Le prétexte invoqué est qu'elle travaille en indépendant en dehors de ses heures de travail, ce qui est interdit par l'entreprise. Un des harceleurs l'a dénoncée à Nintendo de façon anonyme.
En après le suicide d'une employée du studio américain de jeux vidéo Activision Blizzard, cette entreprise fait l'objet d'une plainte mettant en cause la trop grande tolérance supposée de la direction à l'égard du harcèlement sexuel, du machisme et de discriminations à l'égard des femmes dans la gestion des carrières. Cette employée de l'entreprise avait été ciblée par une pornodivulgation mise en ligne par son manager. Deux mille employés d'Activision Blizzard ont alors signé une pétition protestant contre des méthodes de management qui n'apportent pas aux victimes de harcèlement un soutien suffisant, et un mouvement de grève a été organisé. De manière plus générale, c'est la culture Bro, culture sexiste répandue dans les milieux de la tech, qui est mise en accusation..
Au sein des milieux esportifs Dans le milieu de l'esport, les femmes reçoivent généralement moins d'opportunités et des salaires plus bas que les joueurs à niveau égal, et aucune femme ne fait partie des compétitifs les plus payés. Cette différence peut s'expliquer par le fait que les entreprises qui investissent dans les contrats de sponsoring le font souvent pour cibler un public masculin.. Elles sont très peu nombreuses dans les équipes professionnelles et dans la compétition à haut niveau, tandis que les spectatrices de jeu compétitif forment 15 à 30 % du total des spectateurs..
Les joueuses sont souvent la cible de commentaires sexistes lorsque leurs parties sont diffusées, que ce soit sur leur chaîne personnelle ou au cours d'événements compétitifs. Elles sont aussi accusées plus souvent de triche que les hommes du même niveau.
Les tournois de jeu vidéo sont très généralement mixtes, par exemple à l'ESports World Convention. Cependant, les femmes sont très rares dans les équipes mixtesKayane : « Il faut plus d'équipes mixtes dans le jeu vidéo », 20minutes.fr, 23 septembre 2021, par Assia Hamdi. Aux League of Legends Championship Series, il faut attendre trois ans pour la première qualification féminine au sein d'une équipe mixte, et la joueuse démissionne avant de jouer son premier match du championnat. Des équipes féminines existent dès la fondation de Frag Dolls en 2004..
Harcèlement et insultes
Envers les joueuses Les joueuses subissent remarques sexistes (« invitation » à retourner dans la cuisine), menaces (de viol ou de meurtre), insultes sexistes, propositions sexuelles et critiques sur la présence de femmes (qualifiées de « perturbantes » ou n'existant que pour « attirer l'attention »)., le tout pouvant tourner au harcèlement.. Les réactions négatives peuvent être hostiles ou, au contraire, consister en des avances sexuelles non demandées. Le simple fait de saluer tout le monde au début de la partie peut entraîner des insultes sexistes à l'attention de la joueuse. 63 % des joueuses affirment avoir reçu les insultes genrées en jouant.
Certaines joueuses sont aussi victimes de stalking, que ce soit en ligne ou hors ligne.
En 2012, une étude de l’université de l'Ohio montre que la même personne jouant en ligne à en utilisant deux profils différents (masculin et féminin) et des messages audio préenregistrés (d’homme et de femme) reçoit trois fois plus de commentaires négatifs avec le profil féminin, à performance identique. Plus généralement, une demande d'ajout aux contacts sera plus acceptée si elle vient d'une femme qui a fait des commentaires positifs ou d'un homme qui a fait des commentaires négatifs, suggérant là aussi un stéréotype de genre. Une étude plus approfondie met en évidence un lien entre les faibles performances d'un joueur masculin et la tendance à se montrer agressif envers une voix féminine.
Un site, nommé Fat, Ugly or Slutty, recense des insultes reçues par des femmes alors qu'elles jouent à des jeux vidéo en ligne.
Envers les cosplayeuses alt=Miduki Hoshina déguisée en Tifa Lockhart|vignette|Miduki Hoshina cosplayant dans le rôle de Tifa Lockhart au Tokyo Game Show en septembre 2014. Les femmes qui font du cosplay peuvent être victimes de harcèlement : c'est par exemple le cas de Christine Sprankle, une cosplayeuse de Magic : L'Assemblée qui a choisi de mettre fin à son activité en raison du harcèlement subi.
Le problème de sexisme dans le cosplay découle directement de la représentation des genres dans les jeux vidéo : les personnages féminins portent souvent des vêtements moulants et peu couvrants, et les cosplayeuses qui décident de les incarner doivent faire de même pour une représentation fidèle. Certaines cosplayeuses s'interdisent donc une partie des costumes pour ne pas s'attirer de remarques ou comportements sexistes ni de harcèlement sexuel. En 2013, le New York Comic Con est suivi de pour harcèlement sexuel, un nombre qui descend à 8 l'année suivante et se stabilise à une douzaine chaque année après 2015. En dehors des conventions en personne, les cosplayeuses peuvent recevoir des insultes misogynes sur les réseaux sociaux, surtout Instagram, et des propositions à caractère sexuel dans leurs messages privés.
Envers les streameuses Les joueuses partageant leurs sessions de jeu sur des plates-formes comme Twitch peuvent être harcelées par des spectateurs ou par d'autres personnes. Rejoignant le cliché de la , une catégorie de streameuses surnommées les sont accusées de solliciter les compliments ou les insultes des gens en échange de donations. Elles s'habillent bien, se maquillent et arborent parfois un important décolleté, d'où le surnom de la catégorie ; on leur reproche entre autres de passer plus de temps devant la caméra que de temps à jouer, par exemple avec des longues pauses entre chaque partie.
Si certaines streameuses s'appuient effectivement ouvertement sur ce modèle de rentabilité, le reproche s'étend rapidement à toute femme qui streame. Quelques affirment avoir fait le choix de gagner de l'argent en étant objectifiées, .
Les femmes streamant sur Twitch ont tendance à plus modérer leur chaîne, et le chat en place a tendance à inclure plus de messages à caractère social, de type ou (des demandes automatiques d'ajout à une playlist). Les messages des chats sur les chaînes parlent plus du physique de la joueuse chez les femmes et du jeu lui-même chez les hommes.
En 2019, la streameuse française Maghla aurait fait un burnout en raison de sa charge de travail et des vagues de harcèlement qu'elle affirme subir sur les réseaux sociaux.. Harcelée et menacée de viol par la communauté d'Inoxtag, après s'être publiquement opposée aux propos sexistes de ce dernier lors de Z Event 2021, la streameuse Ultia a porté plainte pour cyberharcèlement en ..
Stéréotypes sur le niveau des joueuses Les femmes peuvent être considérées comme des intruses : on considère qu'elles ne jouent pas aux jeux vidéo, ou bien uniquement à des jeux dits (Les Sims, les jeux musicaux ou casual), alors qu'elles constituent 48 % du total des joueurs aux États-Unis. Elles sont ainsi victimes de comportements désobligeants : leur capacité à jouer est remise en question (manette enlevée des mains, conseils de s'orienter vers des jeux ) et elles sont parfois prises pour des booth babes, que ce soit dans les conventions ou les magasins de jeux vidéo. Cela s'applique aux simples joueuses, mais aussi aux développeuses ou aux journalistes, y compris lorsqu'elles sont invitées pour intervenir dans une conférence ou présenter un jeu....