Arthur Honegger, né le au Havre et mort le à , est un compositeur suisse, né en France et y ayant passé l'essentiel de sa vie.

Biographie Arthur Honegger naît le au Havre, dans une famille suisse originaire de Zurich et de confession protestante. Son père, Arthur Honegger, exerce la profession de négociant en café, sa mère, Julie Ulrich, joue du piano.. Sa famille baigne dans l'univers musical et il apprend le violon. Au duo mère-fils, se joint parfois un ami d'Arthur, également violoniste. Mais les œuvres pour deux violons et piano sont assez rares, et le jeune Arthur, qui admire Bach et Beethoven, est donc amené à composer pour cette formation des essais malhabiles. Il se lance également dans l'écriture d'un opéra et d'un oratorio.

Il s'inscrit au Conservatoire de Zurich en 1909-1910, et étudie le violon et la théorie musicale avec Willem de Boer et Lothar Kempter, puis il est élève en 1911 au Conservatoire de Paris, où il étudie le violon et rencontre Darius Milhaud et Jacques Ibert. Il est élève de Charles-Marie Widor et Vincent d'Indy. Il quitte le Conservatoire en 1918, ayant déjà composé des mélodies, son premier quatuor et un poème symphonique, Le Chant de Nigamon.

vignette|Plaque commémorative au Havre.

Très attaché au renouveau du répertoire, il est influencé par Igor Stravinsky, sur lequel il écrit un essai en 1939. Compositeur prolifique et désireux d'illustrer la transformation de la société, notamment par la technique ou le sport, Honegger écrit pour le théâtre, la radio et le cinéma aussi bien que pour la salle de concert : ballets, chansons, concertos, musique de chambre, musiques de films, opéras, oratorios, symphonies.

En 1921, il connaît le succès avec le Roi David, pièce de René Morax, qu'il transforme en oratorio en 1924. Son œuvre la plus célèbre, créée en 1923, est Pacific 231, premier de trois mouvements symphoniques et dédiée à la locomotive à vapeur éponyme. Les deux autres mouvements du triptyque s'intitulent Rugby et Mouvement symphonique .

Sa première symphonie date des années 1929-1930. Plus tard, durant l'Occupation, il compose ses Trois Poèmes (sur un texte de Claudel), ses Trois Psaumes et sa Symphonie pour orchestre à cordes et trompette ad libitum. Composée en 1941, ses mouvements évoquent la mort, le deuil, puis la libération. En parallèle il enseigne la composition à l'École normale de musique de Paris où il aura parmi ses élèves Yves Ramette, futur auteur de six symphonies. Sa Symphonie , intitulée liturgique, son oratorio Jeanne d'Arc au bûcher (1938) — d'après un texte de Paul Claudel — et son dramatique Roi David (1921) soulignent la religiosité de ce compositeur protestant. Durant la seconde moitié des années 30, il fera chez la famille Gosselin (au Manoir du Clap) une lecture de Jeanne au Bûcher. Parmi ses œuvres qui ont le plus compté pour lui, il citait aussi son opéra Antigone (1926).

Sa symphonie n° 3 (dite « Liturgique », 1946) est très liée aux années difficiles que le monde venait de vivre du fait de la mondiale. Chacun des trois mouvements comporte un sous-titre d'origine liturgique. Elle est composée comme suit : Dies iræ (« Jour de colère »), Allegro marcato ; De profundis clamavi (« Des profondeurs j'ai crié vers toi »), Adagio ; Dona nobis pacem (« Donne-nous la paix »), Andante.

En 1925, Arthur Honegger a une liaison avec la chanteuse d'opéra Claire Croiza, de laquelle naît un fils, Jean-Claude. En , il épouse la pianiste Andrée Vaurabourg (1894-1980) qu'il avait rencontrée au conservatoire de Paris en 1916 ; leur fille Pascale naît en 1932. Ils demeurent à Paris (tout en logeant dans des appartements séparés) durant la guerre, vivant notamment de commandes pour musique de film.

Sa quatrième symphonie est sous-titrée : Deliciæ Basiliensis (Les Délices de Bâle). La cinquième est dite Symphonie di tre re (« des trois ré », qui ponctuent chacun de ses trois mouvements).

Il est critique musical et professeur à l'École normale de musique de Paris. Il est également l'un des membres du groupe des Six, avec Georges Auric, Louis Durey, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre. Outre les Six, il a fréquenté Paul Claudel, Jean Cocteau, Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Pierre Louÿs, Pablo Picasso, Erik Satie, Jean-Louis Barrault et Paul Valéry, dont certains lui ont fourni des sujets pour ses œuvres.

vignette|droite|Tombe au cimetière Saint-Vincent.

Il est inhumé avec son épouse à Paris au cimetière Saint-Vincent.

Honegger, critique au Comœdia Honegger resta à Paris pendant la guerre, il réussit à faire jouer ses œuvres, fut critique musical au Comœdia et en même temps membre du Front national des musiciensAu fil des années, il en mentionne d'autres membres : Chailley, Delvincourt, Désormière, Münch, Poulenc et Roland-Manuel dans ses articles., jusqu'à ce qu'il en soit expulsé en raison de fautes comme le voyage à Vienne (pour le Festival MozartProgramme annoncé par Comœdia en ), sa participation à une réception donnée par un haut responsable de la propagande culturelle à l'ambassade d'Allemagne à ParisIl s'agit sans doute de la réception au Ritz organisée par Heinz Schmidtke, chef de la section de propagande en France, donnée en l'honneur de "à laquelle assistaient diverses personnalités du monde musical parisien" (Le Matin 6 février 1942) . Drewes était à la tête de la Division X (chargée de la musique) du Reichsministerium für Volksaufklärung und Propaganda, et des "critiques positives de la musique allemande contemporaine de Hans Pfitzner, Werner Egk et Richard Strauss", qui jetaient le doute sur sa fidélitéLettre de Darius Milhaud à Alexandre Tansman, 1945, citée, puis commentée, par Erin K. Maher : Darius Milhaud In The United States, 1940–71: Transatlantic Constructions Of Musical Identity (Thèse de doctorat, Chapel Hill, 2016). ) Pour l'article d'Honegger sur Palestrina, de Pfizner, voir Comœdia du 4 avril 1942 ; pour celui sur Peer Gynt de Egk, numéro du 9 octobre 1943. S'appuyant sur un article de Sandrine Grandgambe, Karine Le Bail (La musique au pas, page 78) signale que ces œuvres de Strauss, Pfitzner et Egk avaient été imposées à l'Opéra, à un moment où les Allemands avaient porté le taux de répertoire allemand de 20% en 1939-1940 à 31%..

Après le numéro du , Honegger ne publia plus dans le Comœdia, jusqu'au . Ce silence pourrait correspondre au moment où il fut exclu du FNM, après quoi il n'intervint plus que cinq fois. Dans son article du il tenta d'expliquer ce qu'il avait essayé de faire à Comœdia, et admit son échec : "J'ai essayé d'intéresser les auditeurs de concerts aux compositeurs qui parlent la langue de leur époque, j'ai tenté d'exciter leur curiosité en faveur d'œuvres moins connues et peut-être injustement délaissées." Ce sont presque exclusivement les jeunes musiciens français qu'il a défendus : " J'ai surtout voulu montrer qu'à côté des grands maîtres classiques allemands il y avait maintenant une admirable école française digne d'être écoutée et qui maintient haut le renom et la gloire de ce pays."

Il en voulait aux musiciens responsables de programmes, et aux auditeurs aussi : "Le quatuor Bouillon donne les quatuors de Jacques Dupont, J. Rivier, J. Ibert et ne remplit qu'à demi la salle Gaveau. Dans dix ans, trois mille personnes vous donneront des détails sur cette première audition du quatuor d'Ibert qu'ils auront admiré les premiers. (Tout le monde applaudissait à la première de Pelléas)". Il rappelle qu'il a par le passé déconseillé aux jeunes de devenir compositeurs (numéro du ), ajoute qu'il se sent coupable d'avoir donné des cours de composition, et conclut qu'il vaut mieux qu'il cesse de publier dans Comœdia.

Il garda ensuite le silence jusqu'au , pour un hommage chaleureux à l'auteur de Scemo, Alfred Bachelet, mort le ; réapparut le (pour demander que l'Opéra-Comique mette à son programme les œuvres de Guy Ropartz, Sylvio Lazzari, Gabriel Dupont, Henri Rabaud ou Déodat de Séverac), puis le et finalement le , pour le dernier numéro de Comœdia, dans lequel il se réjouit : "Au mois de , la radiodiffusion nationale a commencé une série d'auditions publiques consacrées à la musique française" : Berlioz, Lalo, Chabrier, Fauré, Debussy, Ravel sont déjà passés ou annoncés, et Honegger espère y entendre des contemporains : Roussel et Florent Schmitt, Ibert, Claude Delvincourt, Poulenc, Messiaen, etc. Il était conscient de chanter toujours la même antienne.

Dans l'article précédent, du , il rendit un bel hommage à Claude Delvincourt, au moment où l'Opéra commençait à travailler son Lucifer ou Le Mystère de Caïn (finalement créé à l’Opéra de Paris seulement en 1948). Honegger rappela que "Directeur du Conservatoire depuis trois ans, Claude Delvincourt s'est attaché à améliorer le sort des élèves en un temps où les conditions matérielles sont plus difficiles que jamais pour les jeunes. Il le fait avec une foi, une abnégation qui lui vaudront le respect et la reconnaissance de tous." (Delvincourt avait créé l’Orchestre des Cadets du Conservatoire pour éviter que les élèves soient envoyés au S.T.O. Leur premier concert eut lieu le , sous la direction de Roger Désormières. À la fin de l’année 1944 les étudiants concernés par le S.T.O. et Delvincourt lui-même durent disparaître).

En sus de ces nombreux articles écrits pour défendre obstinément les jeunes musiciens français et demander qu'on fasse moins de place aux œuvres qui envahissaient les salles de concert depuis trop longtemps, symphonies de Beethoven et autres TannhaüserAprès avoir entendu L'Enfer d'Yves Nat, il notait dans le numéro du 23 mai 1942 que, même s'il était déçu par le manque d'originalité de la pièce, la jouer "a plus d'importance pour la musique qu'un festival Beethoven supplémentaire. La vie musicale est la recherche d’œuvres nouvelles et non pas la répétition des vieilles pages connues, si géniales soient-elles."

La semaine suivante, après avoir assisté au concert de l'Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par Clemens Krauss, il regrette que l'exécution d'œuvres ressassées donne lieu à une recherche de la perfection qui finit par trahir l'esprit de l'œuvre : "C'est trop bien rodé avec un peu trop d'huile.", Honegger fournit à Comœdia quelques articles sur des musiciens allemands contemporains. Lorsqu'il parle () du Festival Beethoven, c'est essentiellement pour louer le talent de Charles Münch et des exécutants, et de Marguerite Long qui a joué en première partie. Il montre plus de réserve quelques jours plus tard (le ) quand il rend compte du concert du donné par l'Orchestre de chambre de Berlin à la salle de l'ancien Conservatoire, dans le cadre de la Semaine Mozart : il mélange louanges et critiques à l'adresse de Wilhelm Kempff et de Hans von Benda.

Dans le numéro du , Honegger écrivit sur Palestrina, l'opéra de Hans Pfitzner qui était monté à Paris : il exprima un point de vue mitigé et conclut en disant qu'il aimerait savoir comment réagirait le public allemand si la Pénélope de Fauré lui était présentée.

Lorsqu'il entendit Une vie de héros et Till Eulenspiegel (de Richard Strauss), il ne put éviter de faire quelques compliments, mais il termina son article () en envoyant les spectateurs écouter … de la musique nouvelle française : il y avait justement un concert de Pierre Bernac et Poulenc, avec des premières auditionsDes œuvres de Georges Auric, Louis Beydts, Marcel Delannoy, Claude Delvincourt, Jean Françaix, Jacques Ibert, Maurice Jaubert, André Jolivet et Henri Sauguet. C'est Arthur Hoérée qui rendit compte de ce récital dans le numéro du 20 juin.

Après avoir assisté à la création française de Joan de Zarissa (de Werner Egk), il réserva ses louanges () à Lifar, le "choréauteur" (qui avait créé le ballet à Berlin, et eut quelques soucis au moment de l'épuration).