Le débat sur l'énergie nucléaire est un des sujets du débat politique. Les politiques énergétiques sont différentes d'un pays à l'autre, la majorité des pays n'a jamais produit d'électricité issue de l'utilisation de l'énergie nucléaire, d'autres ont programmé une sortie du nucléaire civil, ou bien ont décidé un moratoire pour la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, ou même acté une interdiction d'exploitation ou d'importation d'électricité d'origine nucléaire dans leur législation. D'autres encore ont lancé un ou plusieurs projets de centrales nucléaires. Suivant les pays, des travaux de réalisation ou de démantèlement sont en cours.

La politique du nucléaire civil et sa place dans le mix énergétique font l'objet de réflexions à long terme et s’appuient sur l'arbitrage entre les risques, les conséquences sanitaires et environnementales, les implications socioéconomiques, les coûts, la gestion des déchets radioactifs, ainsi que les avantages et inconvénients associés à la production électronucléaire, particulièrement ses faibles émissions de gaz à effet de serre.

Thématiques et participants

Thématiques du débat Le débat sur l'énergie nucléaire porte sur plusieurs questions distinctes, qui impliquent essentiellement : les risques technologiques et environnementaux liés à l'industrie nucléaire (pollution radioactive) ; les risques liés au stockage et au traitement des déchets radioactifs (ceux-ci pouvant avoir une période radioactive de plusieurs milliers d'années) ; les conséquences d'un accident grave ou majeur menant à une catastrophe nucléaire depuis les précédents de Tchernobyl et de Fukushima ; les aspects politiques, problème de l'usage du secret dans des démocraties, légitimé pour des raisons de sécurité nationale ; question de géopolitique, de l'impact du nucléaire dans la politique énergétique des États, et donc de ses conséquences sur la croissance économique et la position politique ; les amalgames et la perméabilité entre nucléaire civil et nucléaire militaire (prolifération nucléaire) ; l’utilisation de l’énergie nucléaire pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, émissions quantifiées en équivalent ; la discussion économique sur le mix énergétique prenant en compte l'ensemble du coût du cycle de vie de l'énergie nucléaire comme des autres technologies ;

ainsi que : les risques liés au terrorisme ; les risques induits par une guerre ; le réchauffement des milieux ; les conséquences sur la structure des réseaux électriques dues à la taille et à la situation des unités de production ; les risques géopolitiques et de dépendance liés à l’approvisionnement en combustible (matières fissibles pour l’énergie nucléaire, charbon, gaz, pétrole). le risque stratégique d'un mur énergétique: l'âge moyen des réacteurs français est de 37,5 ans en 2023. La fin de vie simultanée de la plupart des réacteurs risque de faire plonger brutalement la production d'électricité française en quelques années. Pour réussir à sortir la France de sa dépendance aux énergies fossiles, et pour compenser la baisse de production, il faut construire rapidement des moyens de production décarbonés de substitution, les trois pistes les plus plausibles sont le nucléaire, l'éolien et le photovoltaïque. La fenêtre pour réussir à les construire à temps pour éviter ce mur énergétique se réduit chaque jour.

Les évolutions technologiques futures, visant à améliorer la production d’énergie d’origine nucléaire, font l’objet d’une thématique à part entière (nouvelles générations de réacteurs nucléaires).

Participants au débat Industriels du secteur Des industriels du secteur (Areva devenu Orano, Électricité de France, Toshiba-Westinghouse Electric, Mitsubishi Heavy Industries, etc.) exercent des actions de lobbying sur les pouvoirs publics visant à promouvoir l’énergie nucléaire (construction de nouveaux réacteurs, attribution de budgets de recherche…) comme de publicité à destination de l'opinion publique.

Organisations non gouvernementales nationales et internationales thumb|Logo antinucléaire dit « soleil souriant ». Des organisations non gouvernementales, nationales et internationales opposées à l’utilisation de l’énergie nucléaire (Greenpeace, Les Amis de la Terre, Réseau Sortir du nucléaire, WWF, etc.) exposent à l'opinion publique leurs conceptions quant aux risques nucléaires et au caractère non nécessaire de l'énergie nucléaire, afin de la mobiliser pour peser sur les États de sorte qu'ils restreignent son utilisation (fin de l’exploitation des centrales nucléaires en service ou de faire annuler les projets de nouveaux réacteurs nucléaires, en vue de la sortie du nucléaire civil).

Le débat de sortie du nucléaire a déjà été tranché par certains pays. En France, ce thème fait partie du débat mais a du mal à s'affirmer vu le poids du nucléaire dans le mix énergétique dans la production d'électricité. En , l'association négaWatt, utilisant le concept de négawatt, dessine un scénario pour atteindre la neutralité carbone autour de trois directions : sobriété, efficacité et renouvelables. Cela se traduit par les choix structurants, pas de construction de nouveau réacteur nucléaire, une consommation d’énergie divisée par deux, une production électrique 100 % issue des énergies renouvelables. Ce scénario prévoit la fermeture du dernier réacteur nucléaire en 2045. Cela nécessiterait à prioriser les besoins essentiels dans les usages individuels et collectifs. Il s’agit, par exemple, d’éliminer les gaspillages, de contenir l’étalement urbain, de préférer le vélo à la voiture…...

Certains écologistes sont favorables à l'utilisation de l'énergie nucléaire... Elles s'efforcent de faire valoir les avantages écologiques de l'énergie nucléaire. D'autres organisations soutiennent le nucléaire civil, comme la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), qui informe et produit des analyses sur l'énergie nucléaire depuis 1972 et promeut un « écomodernisme » présentant le nucléaire comme « un allié durable de la transition énergétique mondiale »L’éco-modernisme, une troisième voie pour l’énergie du futur ?, Société française d'énergie nucléaire, 22 mai 2017., ou la Société nucléaire européenne, qui se donne pour objectif de promouvoir et de contribuer à l'avancement de la science et du génie liés à une utilisation pacifique de l'énergie nucléaire.

États France En France, il s'agit surtout : de la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC) ; de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et de son appui l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) ; du Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN). ; de l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST)..

Le débat a aussi été porté en France à la CFDT par Bernard Laponche, polytechnicien (1957) et docteur ès sciences (physique des réacteurs nucléaires)Bernard LAPONCHE , energie.lexpansion.com (consulté en mai 2016)., qui a participé à l'élaboration des premières centrales nucléaires françaises au Commissariat à l'énergie atomique, de 1961 à 1973.

États-Unis Aux États-Unis, il s'agit de la Commission de régulation nucléaire ( ou NRC) qui est l'agence indépendante du gouvernement des États-Unis, fondée par la loi de réorganisation de l'énergie () en 1974 et ouverte en 1975.

Japon Au Japon, il s'agit actuellement de la nouvelle Autorité de réglementation du nucléaire créée le à la suite de l'accident nucléaire de Fukushima.

Organisations, agences et institutions internationales Des organisations internationales telles l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ou l’Agence pour l'énergie nucléaire (AEN) ont pour objectif officiel de promouvoir les usages pacifiques de l’énergie nucléaire (à travers des actions d’information, de communication, etc.) et limiter ses usages militaires (contrôle du respect du Traité de non-prolifération nucléaire), et d’organiser la coopération (normalisation des règles de sûreté nucléaire, recherche et développement conjointe, etc.) entre les différents pays. L'eurodéputée Rebecca Harms (Alliance 90 / Les Verts) a accusé l'AIEA de partialité et critique notamment, parmi d'autres personnalités ou organisations, son contrôle de la communication de l'Organisation mondiale de la santé (OMS)., se déclarant en faveur d'une indépendance de cette dernière par souci de la neutralité de l'expertise sur le sujet de la santéAnniversaire de Tchernobyl : une arme dans la guerre du lobbying sur le nucléaire, EurActiv, 26 avril 2006..

Associations locales

Des associations locales, constituées par des riverains des centrales nucléaires pour défendre leur environnement local (par exemple Stop Golfech en Tarn-et-Garonne, le Comité pour la sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin, Médiane en Provence, Virage énergie Nord-Pas-de-Calais) se soucient des conséquences de la pollution radioactive sur l'agriculture et la santé.

Autres D’autres acteurs, favorables ou non à l'énergie nucléaire, participent au débat : de nombreuses associations nationales ou locales (Nimby), des organismes de recherche, des experts, des citoyens, des syndicats et partis politiques, etc.

De manière informelle, un mouvement pro-nucléaire mettant en jeu de nombreux acteurs (industriels, technocrates, organisations étatiques, associations d'experts, associations écologiques…) s'implique dans le débat en avançant les arguments pronucléaires.

Risques liés au nucléaire Introduction L’appréciation des risques liés à l’industrie nucléaire, en particulier de ce qui conduirait à un accident nucléaire grave, constitue un thème central du débat. Comme l'écrivent Jean-Claude Debeir, Jean-Paul Deléage et Daniel Hémery dans leur ouvrage d'histoire de l'énergie « l'aléatoire industriel […] ne naît pas avec l'électronucléaire, mais avec lui, il atteint à l'excessif et à l'incalculable »Jean-Claude Debeir, Jean-Paul Deléage et Daniel Hémery, Les servitudes de la puissance, Flammarion, coll. nouvelle bibliothèque scientifique, 1986, ..

Le risque d’accident nucléaire grave ou d’un autre problème impliquant l’industrie nucléaire (détournement à des fins militaires notamment) est universellement reconnu et le débat porte d’une part sur l’évaluation de sa probabilité et, d'autre part, sur la gravité des conséquences. L’évaluation combinée de ces deux facteurs offre une perception globale du risque. Ces débats tournent donc autour de la formulation du principe de précaution et de la prévention des risques.

En France le principe de précaution, inscrit dans la Charte de l'environnement (2004), a valeur constitutionnelle.

Jean-Claude Debeir, Jean-Paul Deléage et Daniel Hémery écrivent dans leur ouvrage : « le nucléaire déplace les risques, avec lui ce sont les cycles écologiques qui peuvent se trouver contaminés sans que l'on puisse agir sur cette contamination. Même si la probabilité de l'accident est très réduite, le nucléaire introduit dans l'histoire humaine la notion de risque majeur. Ce n'est plus seulement une population statistique définissable qui est concernée mais, potentiellement, l'espèce elle-même »Jean-Claude Debeir, Jean-Paul Deléage et Daniel Hémery, Les servitudes de la puissance, Flammarion, coll. nouvelle bibliothèque scientifique, 1986, .. C'est également le sentiment de Jacques Ellul qui soutient que « la question de la possibilité du risque technologique majeur éclipse celle de sa probabilité »Jacques Ellul, Le Bluff technologique (1988), éd. Hachette, coll. Pluriel, 2004, .. Pour ces auteurs, le principe de précaution exige donc la prévention des risques liés au nucléaire en raison de la possibilité, même faible, d'une catastrophe nucléaire.

Cette perception globale, suivant qu’elle amènera à considérer le risque comme acceptable ou non, constitue une ligne de démarcation majeure entre partisans et opposants à l'énergie nucléaire.

Études sur la perception des risques en France