Le chômage est l'état d'une personne n’ayant pas d'emploi mais souhaitant travailler et recherchant un emploi. Un phénomène économique important, la définition du chômage comme l'explication de ses causes et de ses remèdes font l'objet de nombreux débats et controverses théoriques et statistiques.

Le chômage est souvent considéré comme résiduel et volontaire jusqu’au début du . Lors de la Grande Dépression des années 1930, le chômage devient par son ampleur un des problèmes sociaux et économiques les plus centraux des pays développés. La détermination du niveau de l’emploi devient également avec cette crise économique une des questions les plus fondamentales de la réflexion économique : des économistes comme Keynes affirment que l'équilibre de plein emploi n'est pas spontanément garanti mais que l'État a les moyens de rétablir le plein emploi.

Depuis la fin des Trente Glorieuses en 1973, les pays de l'Europe de l'Ouest ont pu voir réapparaître de façon plus régulière ou plus durable des niveaux de sous-emploi très élevés, associés à des phénomènes de nouvelle pauvreté, de précarité et d’exclusion. En tant que transformateur de la structure sociale de la société, bouleversant la vie des plus touchés, tout en suscitant l’inquiétude de nombreux actifs le chômage est revenu au premier plan du débat politique.

Ailleurs, dans les pays proches du plein emploi l'insuffisance quantitative ou qualitative de la main-d'œuvre constitue - par contraste et de manière symétrique - l'élément majeur du débat économique et politique.

Histoire Le chômage correspond donc initialement à une période récurrente d'entraves (ex sécheresse, tempête, chute de neige, inondation) à une activité de subsistance (ex agriculture) ou d'échange (ex transport fluvial) comme au bon fonctionnement de moyens techniques de transformation des matières liée à des conditions favorables et à la disponibilité de l'eau"Annales de l'agriculture française", Directeurs de publication: Louis Bouchard-Huzard (1784-1841), Alexandre-Henri Tessier (1741-1837), Bagot (cultivateur, puis médecin ordinaire aux armées), Louis-Augustin-Guillaume Bosc (1759-1828), Louis-André Londet (1825-…), Ed Bouchard-Huzard, Paris, 1810 p. 71 "Nouveau cours complet d'agriculture théorique et pratique, contenant la grande et la petite culture, l'économie rurale et domestique, la médecine vétérinaire, etc. ou Dictionnaire raisonné et universel d'agriculture", François Rozier, Parmentier, de l'Institut de France, Ed. Deterville, 1809, p. 378 Sur Larousse en ligne, le sens initial est en dernière position, ce qui illustre de manière significative l'oubli dans lequel tombe le sens initial comme étymologique du terme et amoindrit objectivement la pertinence académique des contenus du site Larousse en ligne puisqu'il ne propose aucune étymologie du terme : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/ch%c3%b4mage/15627?q=ch%c3%b4mage#15482.

En reprenant les exemples évoqués : la sécheresse provoquant les basses eaux, les pluies ou la fonte des neiges entraînant inondations, voire dommages entravant l'utilisation des moulins et biefs / canaux / arrivées d'eau, allant jusqu'à générer la famine entravant à son tour l'utilisation de la force de traction des animaux domestiques, etc.).

Ce n'est qu'à partir du avec l’avènement de l'industrialisation (utilisation poussée de la machine comme facteur de production) et les restructurations des moyens de subsistance puis de production, que le chômage prend une dimension sociologique, créant un nouveau contexte économique extrêmement distant de l'environnement jusque là quasiment naturel d'une civilisation donnée, et provoquant l'inactivité d'importants groupes d'êtres humains malgré leur capacité de travailDictionnaire étymologique Larousse, Paris, 1971..

Le défaut de considération de l'origine étymologique du terme en fausse l'analyse historique et a pour conséquence directe la confusion du chômage avec la pauvreté ayant pour effet fatal de classer le chômeur dans la catégorie la plus basse de l'échelle sociale, celle des « pauvres » indépendamment tant de son savoir-faire que de ses compétences. La preuve peut en être démontrée a contrario : dans un contexte d'autosuffisance, la notion de chômage au sens industriel ne peut pas exister.

Antiquité Dans l'Égypte et la Grèce antique, les gouvernants luttent contre la surpopulation que provoque l'essor de leur civilisation, en chargeant des profils compétents à la tête d'un groupe de volontaires « surnuméraires » créer des colonies, comme le firent les phocéenscf. Aristote « La Constitution de Marseille », dans Athénée, Deipnosophistes, livre XIII, fragment 576 "Les Phocéens, qui pratiquaient le commerce en Ionie fondèrent Massalia.".

La Rome antique semble opposer lotium (le loisir, par extension loisiveté mais qui peut également décrire une sorte de retraite) au negotium (le commerce, par extension lexercice d'une profession). Le soudain afflux d'esclaves lié aux conquêtes, notamment au , provoque une surpopulation importante dans le berceau de l'Empire Romain, particulièrement à Rome. Par voie de conséquence, il est à l'origine de l'impossibilité de répartir les forces de travail dans les positions en nombre plus restreint, d'autant plus qu'elles ne disposaient pas nécessairement des compétences indispensables, que ce soit pour assurer l'équivalent de services à caractère public (ex aedilii, police, cursores, messagers, ou scribii, rédacteurs), qu'à caractère privé (ex aquarii, sitularii, porteurs d'eau ou aurifex, orfèvre). Les responsables romains durent répondre à cela, par le métayage de terres publiques (ager publicus)., le perfectionnement de l'approvisionnement en nourriture (apparition des agrariæ excubiæ ou stationes patrouilles jusqu'aux exploitations excentrées et relais sur les chemins) et du commerce et enfin le développement des jeux, soit la fameuse politique panem et circenses (lat. que l'on peut interpréter aujourd'hui par paix sociale grâce à du pain et des Jeux).

Moyen Âge. Au Moyen Âge, les préceptes catholiques conduisent à la construction des hospices pour y accueillir initialement, les populations ayant rempli leurs obligations de service armé et celles victimes des nombreux conflits à cette époque. Ces populations sont souvent blessées ou malades. Outre le développement d'un précurseur des services publics de santé et d'hygiène, ces hospices permettent aux moines de remplir leur devoir de charité. Ces structures imitent celles beaucoup plus modestes et discrètes que les confréries, jurandes et maîtrises entretiennent dans leurs statuts depuis l'Antiquité. Par la suite des structures mixtes, les Conseils de fabrique, s'organiseront au niveau des paroisses en bureau de charité.

Le mouvement protestant ajoute de l'efficacité au précepte de charité : le riche n'atteindra pas le salut par la charité, puisqu'elle crée une dépendance du pauvre à son égard. Il atteindra le salut par la responsabilité qui lui incombe de partager son savoir et ses valeurs avec les autres. Le dénominateur commun des individus étant la contribution personnelle, c'est par le travail que se fera le salut, dans tous les sens du terme. C'est pourquoi, les plus riches ont le devoir moral de faire travailler les plus pauvresAu XXe siècle, ignorant semble-t-il les fondements du protestantisme, une doctrine extrémiste « accusera » même la réforme protestante d'être à l'origine des « chômeurs », par distinction entre pauvres « méritants » (en qui elle voit des « chômeurs désirant travailler ») et « non méritants » (assimilés selon elle à des parasites oisifs) cf Martha Gilson, « Le Mouvement Social », , , 2011, ..

Ancien Régime Sous l'Ancien Régime, la progression de la pauvreté accroît la mendicité et le vagabondage, notamment dans les grandes villes. Au , plus exactement en 1526, le philosophe et humaniste Jean Louis Vivès estime dans son traité De subventione pauperum que la charité encourage les pauvres à ne pas chercher de travail. Il est le premier à proposer l'intervention de l'État pour mettre au travail les inactifs. Le pouvoir royal décide de prendre en charge la gestion de la pauvreté et a l'idée de regrouper les indigents dans des ateliers de charité ou Maisons du travail. Le principe traversera les siècles, et on le retrouve sous le règne de Louis XIV, au , notamment sous le règne de Louis XVI, à l'initiative de Turgot qui en 1787, fait passer les ateliers de charité sous la responsabilité des Assemblées provinciales.

Parallèlement au cours du , le pouvoir royal veut régler le problème du vagabondage en menant une politique d'enfermement systématique dans les hôpitaux générauxÉdit du roi portant établissement de l'hôpital général, Code de l’Hôpital général .. Cette politique d'internement forcé des pauvres a affecté l'ensemble des États européens. En Angleterre, dès 1575, un acte d'Elisabeth I institue des établissements visant « la punition des vagabonds et le soulagement des pauvres ». Les « Houses of Correction » qui auraient dû être présentes dans chaque comté vont laisser la place aux workhouses qui dans la seconde moitié du trouveront leur véritable expansion. Foucault note qu'en « quelques années, c'est tout un réseau qui a été jeté sur l'Europe ». Aux Provinces-Unies, en Italie, en Espagne, en Allemagne se créent également des lieux d'internement de même natureVoir Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique..

Révolution Le Décret d’Allarde et la Loi Le Chapelier en supprimant les corporations en 1791 favorisent l'embauche de paysans poussés dans les villes par l'exode ruralBernard Maris, « De la Loi Le Chapelier (1791) à la CMU (1999) : Le nouveau pacte social français », RL, mai 2011..

Industrialisation

La reconnaissance du chômage s'est produite lentement et s'est particulièrement développée au cours de la bureaucratisation et l'organisation scientifique du travail lors de la révolution industrielle. Mais c'est surtout le régime de Speenhamland (1795-1834) en Angleterre qui, en apportant une aide essentiellement alimentaire aux chômeurs et aux pauvres pour faire face à la hausse, parfois, insupportable du prix du blé à la suite, à la fois, des mauvaises récoltes et des corn laws (lois sur le blé) qui interdisaient l'importation du blé étranger, qui a permis de rendre le chômage plus supportable. Après la révolution de février 1848, les ateliers nationaux sont une organisation destinée à fournir du travail aux chômeurs parisiens.