Le Club africain () ou Club Africain (abrégé en CA) est un club de football tunisien basé à Tunis. Le club est l'une des sections fondatrices du club omnisports homonyme, le Club africain, fondé en 1920 dans le quartier de Bab Jedid. Connu sous le surnom d'Al Ifriki, l'équipe de football première évolue en championnat de Tunisie.

C'est l'un des deux grands clubs de la capitale de la Tunisie, Tunis, avec l'Espérance sportive de Tunis (EST). Les derbys avec l'autre club sont des matchs d'une grande intensité, au cours desquels s'exacerbe la rivalité historique entre les deux clubs et leurs supporters.

Le Club africain détient des titres internationaux : une coupe des clubs champions africains, une coupe afro-asiatique des clubs, une coupe arabe des vainqueurs de coupe, une Ligue des champions arabes, deux coupes nord-africaine des clubs champions, trois coupes du Maghreb des clubs champions et une coupe du Maghreb des vainqueurs de coupe.

Sur le plan national, le Club africain a notamment remporté quatorze titres de champion mais aussi treize coupes et trois supercoupes de Tunisie.

Histoire Création

vignette|Arrêté autorisant le Club africain le 4 octobre 1920.

Le Club africain était prêt à exercer ses activités dès l'année 1919 mais ce qui en retarda le début était le nom qu'il allait prendre (Club islamique africain). En effet, ce nom a été contesté par les autorités du protectorat français car, à cette époque, tout club tunisien n'avait le droit d'exister qu'avec l'autorisation des autorités. Ce n'est donc que le que le club est officiellement autorisé à exercer ses activités., mais son itinéraire ne débute pas à cette date.

Le Club africain, comme l'affirment certains de ses pères fondateurs, est le prolongement naturel du Stade africain (association fondée en 1915 et dissoute en 1918) dont il conserve les couleurs, l'esprit, une partie du nom ainsi qu'un noyau de joueurs (particulièrement Mohamed Soudani). Ce dernier est d'ailleurs le président de la réunion constitutive du club qui est tenue dans un café de Bab Jedid appartenant à une famille désormais clubiste. Il est à signaler que le premier siège social du club est le Makhzen Essouf (dépôt de laine) qui est situé dans le quartier d'El Morkadh.

Dès sa présentation, la demande d'autorisation fait l'objet d'un chantage puisque l'agrément est soumis à trois conditions : la nomination à la tête du CA d'un président de nationalité française ; le changement des couleurs choisies (à savoir le rouge et le blanc) qui contraint le club à jouer sa première saison avec un maillot bleu ; le renoncement à l'emblème national (croissant et étoile).

Il s'agit alors de forcer les clubistes à se démarquer de toute référence au drapeau national et à s'aliéner tout son socle identitaire. Les termes de ce compromis sont catégoriquement refusés, surtout le premier point puisque son futur grand rival et voisin, l'EST fondé le , avait un président français, Louis Montassier.

Finalement, l'acharnement contraint les autorités de l'époque à céder et à accorder au Club africain une concession historique sur la nationalité tunisienne du président et l'emblème national qui désormais orne le maillot du club. Les pères fondateurs du club, beaucoup plus intransigeants, obtiennent finalement gain de cause et imposent un bureau directeur entièrement tunisien et présidé par Béchir Ben Mustapha.

Le premier bureau directeur se compose comme suit.. : Président : Béchir Ben Mustapha ; Vice-président : Jameleddine Bousnina ; Secrétaire général : Chedly Alwerfeli ; Secrétaire général adjoint : Abdelmajid Chahed ; Trésorier : Hassen Nouisseri ; Commission sportive : Mahmoud Malouche, Ezzedine Belhadj, Fradj Abdelwahed, Ahmed Zeglaoui, Fradj Abdelwahed et Ahmed Dhahak.

La première équipe officielle en 1920 se compose comme suit : Gardiens : Béchir Ben Amor et Manoubi Houari ; Défenseurs : Jameldine Bousnia, Mohamed Machouch et Mahmoud Malouche (C) ; Milieux de terrain : Hassen Gaddour, Hassen Nouisseri, Ahmed Mistaoui et Mohamed Ayed ; Attaquants : Abderrahmen Kalfat, Larbi Ben Yemina, Ahmed Zeglaoui et Ahmed Dhahak.

Résistance et développement (1920-1945)

vignette|gauche|Équipe en 1934-1935.

Malgré une genèse difficile, le club use de l'esprit sportif pour mobiliser et encadrer la jeunesse dans une perspective anticolonialiste.. Pendant cette période, et malgré la modestie de ses moyens et les contraintes de son environnement, il poursuit son développement, tout en contribuant à l'enracinement de la culture nationale, à la création de La Rachidia et à la formation d'un théâtre tunisien, le club disposant de sa propre troupe théâtrale dès les années 1930 et organisant le premier des manifestations culturelles et artistiques. Il accorde par ailleurs la gratuité d'entrée au stade aux femmes dès les années 1930.

Le club résiste aussi à certaines velléités d'accaparement, comme la tentative avortée de Habib Bourguiba, en 1934, de le fusionner avec l'EST.

Dans le même temps, le club enregistre des acquis sportifs tels que l'accession en première division en 1937, où il continue d'évoluer sans discontinuité.

Premiers titres (1945-1960)

gauche|vignette|Équipe vainqueur du championnat 1946-1947. vignette|Équipe vainqueur du championnat 1947-1948.

Le Club africain gagne son premier titre de champion lors de la saison 1946-1947.. Lors de la dernière journée de ce championnat, le , il joue contre son rival de toujours, l'Espérance sportive ; le match se termine sur un score vierge, mais c'est suffisant pour que le CA remporte le titre. La saison suivante, le club réitère cette performance en remportant son second championnat, cette fois-ci face à l'Étoile sportive du Sahel.

Le Club africain prend également part aux éditions de la coupe ainsi que du championnat d'Afrique du Nord, mais se trouve incapable d'en remporter une face à la concurrence imposée par les grands clubs algériens et marocains de l'époque. En championnat avec l'émergence du Club sportif de Hammam Lif (CSHL), il se trouve incapable de gagner des titres pendant plusieurs saisons et doit se contenter des seconds rôles.

En 1956, avec l'indépendance du pays, le club accède pour la première fois de son histoire à la finale de la coupe de Tunisie, mais s'incline 3-1 face au Stade tunisien (ST)... Il termine troisième du championnat à huit points du CSHL. La saison suivante, le Club africain termine quatrième, avec seulement neuf victoires en , et se fait éliminer dès les premiers tours en coupe de Tunisie. La saison 1957-1958 est encore pire vu que le CA termine sixième. Cette baisse de régime pousse ses dirigeants à recruter l'entraîneur Fabio Roccheggiani, réputé être un grand formateur. Cette stratégie de long terme permet au CA d'améliorer peu à peu sa situation.

Âge d'or (1960-1980)

vignette|Équipe vainqueur du championnat 1963-1964.

C'est la période durant laquelle le Club africain, le vent en poupe, récolte la majorité de ses trophées sur les plans national et régional.

Tout commence avec la conquête du championnat durant la saison 1963-1964, le premier titre remporté après l'indépendance, gagné avec un effectif composé de jeunes joueurs comme Tahar Chaïbi, Mohamed Salah Jedidi et Sadok Sassi..

vignette|gauche|Équipe du doublé de la saison 1966-1967.

La saison suivante, le club se contente d'une seconde place en championnat avec au compteur (treize victoires, sept nuls et deux défaites), à un point du leader, mais sauve sa saison avec la coupe de Tunisie face à l'Avenir sportif de La Marsa (ASM), une première.

En 1966-1967, il remporte le championnat avec (quinze victoires, six nuls et une défaite), soit huit points devant le vice-champion, l'Étoile sportive du Sahel (ESS), qu'il bat 2-0 après prolongations en finale de la coupe, remportant ainsi pour la première fois de son histoire le doublé championnat-coupe. Cette saison est toutefois ternie par le décès de l'entraîneur Roccheggiani. peu avant la fin de la compétition. Lors de la saison 1967-1968, le CA gagne la coupe face au Sfax railway sport mais termine second en championnat face à ce même club.

La saison suivante, il termine une nouvelle fois second — cette fois-ci à cinq points du Club sportif sfaxien (CSS) — et gagne la coupe face à l'Espérance sportive de Tunis (EST) qu'il affronte pour la première fois en finale de la coupe.

vignette|Équipe du doublé de la saison 1972-1973.

En 1969-1970, la coupe est à nouveau gagnée face à l'ASM, mais le championnat est perdu au détriment de l'EST. En , le Club africain remporte la coupe du Maghreb des vainqueurs de coupe, devenant ainsi le premier club tunisien à gagner un titre international en ayant tout d'abord battu l'USM Alger en demi-finale par le score de 1-0, puis l'ASM en finale par le score de 2-0. Mais il termine deuxième du championnat malgré une défense qui n'encaisse que huit buts ; il se fait éliminer en coupe dès le premier tour, mettant fin à une série de quatre coupes consécutives (un record). En 1971-1972, le CA renoue avec les titres nationaux en gagnant sa sixième coupe de Tunisie, prenant ainsi sa revanche face au ST qui l'avait battu dans la finale de 1956 ; il termine vice-champion à trois points de l'ESS. Avec la nomination de Jamel Eddine Bouabsa comme entraîneur, le Club africain remporte son second doublé en 1972-1973 : le sacre face au champion de la saison précédente et la coupe face à l'ASM.

Toujours dans la continuité, le CA remporte le championnat en 1973-1974, mais assez difficilement, et ce, malgré une attaque qui marque à quarante reprises et une défense qui n'encaisse que (meilleure défense) ; il gagne en , lors de cette même saison, sa première coupe du Maghreb des clubs champions. Les joueurs ont raison des Algériens de la Jeunesse sportive de Kabylie en les battant 2-0 à Alger, en hommage à leur camarade Ezzedine Belhassine, décédé la veille du match dans sa chambre d'hôtel.

La saison suivante, ils perdent le championnat au détriment de l'EST et la coupe au détriment de l'ESS mais remportent une nouvelle fois la coupe du Maghreb des clubs champions en , à Casablanca, face au Raja de Béni Mellal. Ils rééditent la même performance en , à Tunis, face à l'équipe du MC Alger qu'ils parviennent à battre lors d'une séance de tirs au but (4-2 pour le CA), malgré la nette domination des Algériens en cours de match.

vignette|Équipe vainqueur de la coupe du Maghreb des clubs champions 1976.

L'équipe égale ainsi le Chabab Riadhi Belouizdad au nombre d'éditions gagnées (trois) et devient la plus titrée à l'échelle maghrébine. Lors de la saison 1975-1976, le club termine troisième en championnat, mais remporte sa huitième coupe aux tirs au but, face à l'EST. En 1976-1977, malgré une attaque qui a marqué et une défense qui n'en a encaissé que vingt (meilleure défense), le CA perd le titre face à la Jeunesse sportive kairouanaise et rate la coupe en demi-finale face au CSS. En 1977-1978, il doit une nouvelle fois se contenter d'une seconde place, à cinq points du CSS, mais voit cinq de ses joueurs sélectionnés avec l'équipe nationale pour la coupe du monde de 1978 : Mokhtar Naili, Sadok Sassi, Kamel Chebli, Mohamed Ali Ben Moussa et Nejib Ghommidh. Le CA gagne à nouveau le titre en 1978-1979, le ST terminant à un point derrière. En 1979-1980, avec des joueurs comme Naili, Chebli, Néjib Abada et Moussa, et André Nagy comme entraîneur, il gagne une nouvelle fois le championnat, cette fois-ci face à l'EST, et n'encaisse que sept buts lors des du championnat (un record national). Cette moisson de titres est due principalement à des joueurs formés au sein du club et à un grand esprit de solidarité qui unit les joueurs.

Période de sécheresse (1980-1990)