Comme dans beaucoup de domaines de la vie au Moyen Âge, nous ne disposons que de très peu de sources pour étudier le mobilier médiéval. Si les sources iconographiques sont relativement nombreuses tout au long de la période, les sources archéologiques font elles cruellement défaut notamment pour la période allant jusqu'au pour laquelle il n'a été retrouvé que quatre ou cinq objets.

Alors que le mobilier paysan reste simple, les seigneurs nomades (car voyageant de résidence en résidence et devant faire face aux nombreuses guerres féodales) utilisent des meubles transportables dont l'élément de base est le coffre, qui sert de rangement et d'archebanc (coffre à couvercle plat utilisé comme banc). Tout le mobilier se démonte, se déplace par d’ingénieux systèmes et est transporté par un convoi de « sommiers » (bêtes de somme chargées de coffres) qui précède le seigneur en voyageLa vie quotidienne dans un château au , Dossier pédagogique Château de Langeais. Périodes Les historiens définissent arbitrairement le Moyen Âge comme la période s'étalant du : Haut Moyen Âge du (476 chute de Rome) au Mérovingiens au Carolingiens au (843) Bas Moyen Âge et Art roman au milieu du Art gothique au milieu du dans certaines régions se termine déjà au

Le fut une période de grands changements à tous les points de vue (politique, culturel, architecture…). Le mobilier a aussi évolué, ainsi que son importance domestique. Cela explique que l'on ait retrouvé beaucoup plus de meubles à partir de cette date.

Styles précédents ou préexistants

Le mobilier médiéval semble rompre partiellement avec la tradition mobilière latine. Toutefois, on remarque une certaine continuité pour le mobilier princier. Le trône de Dagobert, par exemple, est d'inspiration classique de par sa forme en X du siège curule. De plus, durant tout le haut Moyen Âge, l'art en général et le mobilier en particulier subissent aussi l'influence des cultures barbares, notamment wisigothes et franques.

Esthétique Principale caractéristique : l'ornementation thumb|Armoire liturgique d'Aubazine L'ornementation du mobilier médiéval s'inspire de l'architecture du moment. Les coffres et armoires de la période romane sont décorés d'arcs en plein cintre (armoire d'Aubazine) tandis que les meubles de la période gothique arborent des fenestrages ouvragés (décors de fenêtres sculptées) caractéristiques de cette architecture.

Durant la période romane, les meubles fastueux sont rarement en bois apparent : leur ornementation se limite souvent à un gainage de cuir peint et repoussé, voire de toile peinte et appliquée. Cela explique en partie que l'on ait retrouvé si peu de meubles de cette époque, car une fois le cuir racorni ou la toile passée, le meuble n'offre plus d'intérêt décoratif, d'autant plus que sa forme est passée de mode, et finit donc en bois de chauffage.

Les pentures en fer forgé, aux formes souvent curvilinéaires, qui servaient d'abord à renforcer le meuble, se sont petit à petit transformées en ornement à part entière, au point que l'on dit parfois que le meuble est à cette époque plus une œuvre de ferronnerie que de charpenterie. Les serrures sont aussi un élément important de la décoration des meubles, et ce jusqu'à la fin de la Renaissance.

Le mobilier est souvent peint, à des fins décoratives mais aussi de finition et de protection du bois.

Le gainage de cuir à l'époque romane fut progressivement remplacé par du velours ou de la peau faisant ressortir la découpe des pentures et serrures. Au , il donna naissance à une mode (d'abord en Bourgogne et en Flandres, puis dans toute l'Europe) : les panneaux en « parchemin plissé » ou « plis de serviette », comme sur la cathèdre représentée en début d'article. Cet ornement s'inspire des formes que prend le cuir en se racornissant. .

motifs à rinceaux (spirales) sur les coffres dès le motifs en plis de serviette décoration flamboyante en forme d'arc brisé souvent sur fenestrage à orbe voie.

Mobilier et décoration d'intérieur Meubles courants thumb|Coffre du .

Le mobilier roman est de construction sommaire. Il est formé de panneaux massifs assemblés par des traverses entaillées clouées, des pentures ou par tenons et mortaises. Le mobilier gothique reste massif et austère, généralement de forme rectilinéaire. Il évolue à partir du : des panneaux de bois de faible épaisseur sont assemblés par des rainures et languettes et une coupe d'onglet, ils sont encadrés par un bâti massif formé de montants et de traverses toujours assemblés par tenons et mortaisesHistoire du mobilier : La période gothique.

Coffre Au , le coffre est sur pieds avec pentures décorées de motifs à rinceaux (décor de feuillages, fruits et animaux). Nommé « arche », il sert à ranger les « archives » ; nommé « arche-banc », avec parfois un dossier et des accotoirs, il sert à s'asseoir. au , le coffre est recouvert d'une tablette et sert de table; il possède des décorations flamboyantes avec fenestrage à orbe voie comme les arcs brisés en accolade.

Chez les paysans, le coffre nommé huche sert à la fois de rangement et de banc Les femmes du Poitou au Moyen Âge, Isabelle Soulard .

Table La table est une planche sur tréteaux, d'où l'expression « dresser la table ».

Lit Le lit est très large (car on dort à plusieurs) mais court (car ).

Structure en châlit assemblé en queue d'aronde

Dais en bois

Entouré de courtines Le terme doit son nom à l'enceinte de château fort ; à partir du , on les appellera rideaux.

Banc Le banc est le plus souvent recouvert d'étoffe.

Dressoir Le dressoir est une prolongation de la layette (coffre avec tiroir sans poignée). Il comporte un soubassement et des pieds, un espace de rangement dans la partie supérieure avec vantail à porte. Les panneaux sont décorés de plis de serviette et de quadrilobes.

Nouveaux meubles

À partir du milieu du , le mobilier se diversifie et devient de plus en plus luxueux, à mesure qu'augmentent les fortunes des commerçants urbains et des hommes de cour.

C'est à cette époque que sont créés de nombreux types de meuble dont certains sont encore utilisés de nos jours.

Crédence En relevant le coffre à hauteur d'homme et en plaçant des portes en façade, par souci d'ergonomie, on obtint la crédence. Ce meuble prit une utilité particulière. Installé dans la salle à manger, il servait à mettre sous clef les aliments, en attente d'être servis après qu'on les eût goûtés pour rechercher d'éventuels poisons. C'est de cette pratique que vient l'expression « faire crédence ». De meuble utilitaire, elle est devenue un meuble d'apparat et servait à présenter la vaisselle. C'est l'ancêtre de nos vaisseliers et buffets modernes.

Chayère / cathèdre La chayère, ou cathèdre, est un siège du , d'abord réservé aux rois, puis aux ecclésiastiques. Il comporte un marchepied et, en guise de décoration, des oculus et des arcades. On trouve des représentations de la chayère du roi Dagobert. Au , elle se transforme progressivement en chaire.

Chaire La chaire () est un siège en bois à haut dossier et aux accotoirs pleins, réservée au maître de maison. Elle est sans dais jusqu'au .

Faudesteuil Le faudesteuil est une sorte de tabouret.

Matériaux

Au Moyen Âge, le choix d'un matériau dépend autant de considérations techniques et économiques que de la charge symbolique du matériau. Par exemple, le noyer ne fut utilisé que très tardivement malgré ses avantages certains, en particulier pour la sculpture, du fait de sa connotation négative : en effet, il s'agit d'un arbre très toxique pour les autres végétaux.

Les essences les plus employées étaient le chêne et le sapin, ainsi que les espèces indigènes du lieu de fabrication du meuble (fruitiers, tilleul, aulne, châtaignier, frêne…).

Le peuplier, qui sera plus tard très employé pour des meubles de qualité inférieure, n'existe pas encore en Europe.

Les métaux sont aussi très présents : l'acier pour la construction, le ferrage et le renfort des meubles, le cuivre, l'étain, la feuille d'or, et les émaux pour l'ornementation du mobilier princier ou cultuel.

On note aussi l'utilisation de l'ivoire pour des petits objets ou accessoires (valves de miroir, peignes, coffrets, châsses, reliquaires) mais aussi parfois pour des meubles entiers comme le trône de Saint-Maximin (). Les meubles peuvent aussi être gainés de cuir ou recouverts d'étoffes qui en sont l'ornementation principale.

Techniques et outillage

Comme beaucoup d'objets de cette époque, le mobilier médiéval a souffert de nombreux préjugés (on a même pu lire au début du que les meubles à tenons et mortaises représentés sur les enluminures n'étaient que des vues d'artiste et ne pouvaient être réalisés avec les techniques d'époque) et il faut attendre la seconde moitié du pour voir des études sérieuses réalisées sur les sources documentaires, iconographiques et surtout archéologiques.

Les techniques

L'étude des meubles qui nous sont parvenus et de l'iconographie ont révélé deux grands types de construction ainsi que des techniques plus marginales :

à pentures : de fortes barres de fer cloutées renforcent les assemblages à plat-joint et tourillons, les têtes de clous participent à la décoration. Ce type de construction est caractéristique des périodes romane et gothique précoce. à tenon et mortaise : cet assemblage est connu depuis l'Antiquité; il est resté utilisé durant tout le Haut Moyen Âge comme en témoigne le pupitre de Sainte Radegonde daté très officiellement du . Puis vient une période où le peu de pièces archéologiques ne nous permet pas de dresser une histoire précise de l'utilisation du tenon et de la mortaise, mais où cet assemblage semble moins utilisé. On le trouve sporadiquement notamment dans une série de coffres alpestres en sapin datés du , puis il semble réapparaître à la fin du où il est utilisé pour la fabrication de l'armoire d'Aubazine. En fait, il est peu concevable que cet assemblage ait été réinventé ex nihilo au , et même s'il semble que l'assemblage à plat joint ait dominé la fabrication des meubles domestiques, les tenon et mortaise ont très sûrement subsisté jusqu'à cette époque. Il sera ensuite très populaire au et surtout au . Associé au panneau embrevé en rainure, il permet une utilisation plus rationnelle du bois, et un allègement important des meubles de cette époque.

l'assemblage des bâtis de coffres à queue d'aronde se répand tout à la fin du , mais cette technique était déjà utilisée antérieurement pour des assemblages d'éléments de meuble, comme les portes de l'armoire d'Aubazine. On peut citer aussi d'autres techniques de fabrication plus marginales et plus rustiques, comme le creusement de troncs entiers pour réaliser des coffres ou des sièges, ou des caisses faites de planches maintenues par de la corde.

Sur les buffets et le dais des chaires, on retrouve des clefs.

Les outils

Les sources sont ici plus nombreuses et permettent de se faire une idée très précise de la caisse à outils du charpentier médiéval. Les images de Saint Joseph constituent une source inépuisable de représentations d'outils du Moyen Âge. On aperçoit dans l'exemple ci-contre : un marteau, des tenailles, une gouge, une doloire (petite hache), une boîte à chevilles, un vilebrequin, une scie à bois, un couteau et une tarière. On peut aussi remarquer que Joseph travaille assis.

Les pièces d'archéologie nous donnent aussi de précieux renseignements pour peu que l'on décrypte les traces laissées par les outils ; citons par exemple deux des meubles emblématiques de l'époque : Sur le pupitre de Sainte Radegonde daté du , on a relevé des traces de pointe à tracer, de trusquin, de rabot, de scie à bois et de ciseaux. Sur l'armoire d'Aubazine, datant de la fin du , on trouve des traces de pointe à tracer, de compas, de trusquin, d'outil à rainure, de mèche cuillère, de rabot et de scie à chantourner, de gouge de tournage.