vignette|redresse=1.5|Alexandre le Grand fondant Alexandrie L'histoire d'Alexandrie commence avec sa fondation par Alexandre le Grand en 331 av. J.-C. Auparavant, se trouvaient déjà de grandes villes portuaires à l'est du futur emplacement d'Alexandrie, à l'ouest de la présente baie d'Aboukir. La branche du delta du Nil la plus à l'ouest existait encore à l'époque et était utilisée pour le transport de marchandises.
Après sa fondation, la ville devient le chef-lieu de la dynastie des Ptolémées d'Égypte et grandit rapidement pour devenir l'une des villes les plus importantes de l'époque hellénistique, dépassée seulement par Rome en grandeur et richesse.
Elle passe aux Arabes en 641 : une nouvelle capitale égyptienne, Fostat (al-Fustat), est fondée sur le Nil. Après sa perte de statut de capitale, Alexandrie tombe dans un long déclin jusque vers la fin du règne de l'Empire ottoman alors qu'elle n'est guère plus qu'un petit village de pêcheurs. Au début du , la ville est ravivée par Méhémet Ali, le vice-roi d'Égypte, dans le cadre d'un programme d'industrialisation.
La ville actuelle est un port principal du pays ainsi qu'un centre commercial, de tourisme et de transport. C'est une métropole industrielle, centre d'une région où sont raffinés ou produits pétrole, asphalte, textiles à base de coton, nourriture industrialisée, papier, matière plastiques et polystyrène.
Origine et période lagide
Fondée en 331 av. J.-C. par Alexandre le Grand, la cité a été durant l'époque hellénistique la plus grande ville du monde grec. Surnommée le « comptoir du monde » par StrabonA. Bernand, Alexandrie la Grande, Paris, Hachette, 1998, ., elle formait un pôle commercial majeur, aboutissant à la formation d'une population cosmopolite de l'ordre d'un demi-million d'habitants, presque inégalée durant l'AntiquitéC. Grandjean, G. Hoffmann, L. Capdetrey, J-Y. Carrez-Maratray, Le Monde hellénistique, Paris, Armand Colin, 2008, .. De plus, la ville était la capitale du pouvoir Lagide, ce qui lui donnait un rôle de premier plan dans la gestion administrative de l’Égypte et dans l'histoire de la dynastie ptolémaïque.
Ce n'est véritablement qu'à partir de (r. 283-246) qu'Alexandrie gagne ses lettres de noblesse avec le début de la construction de la bibliothèque et du Mouséion (musée), de l'Arsinoéion. Il fait également débuter les travaux du célèbre phare vers 290 sur l'île de Pharos (qui a donné son nom au monument) ; le bâtiment, premier de ce type dans le monde grec, a pour utilité première de permettre la navigation nocturne.
Domination romaine
Annexion
En 47 av. J.-C., les troupes de Jules César incendient la flotte d'Alexandrie ; le feu se propage aux entrepôts et selon différentes interprétations, celui-ci détruit une partie de la grande bibliothèque ou l'épargne. Octave Auguste met fin, après la bataille navale d'Actium en 30 av. J.-C., non seulement aux guerres civiles romaines (liquidation de Marc Antoine), mais aussi à l'indépendance égyptienne (jusqu'au ). La province est gouvernée par un préfet. Après les premiers temps de l'annexion, la ville semble avoir regagné de la prospérité du fait de la domination directe par le pouvoir impérial car le blé d'Égypte est essentiel pour les distributions à la plèbe romaine. C'est un important port militaire.
La guerre de Kitos (ou guerre des exilés, 115-117) perturbe tout l'Orient romain. Le général Quintus Marcius Turbo est chargé de la répression.
En 215, Caracalla visite la cité, et à la suite de satires, commande à ses troupes de tuer tous les hommes en âge de porter une arme. Cet ordre ne sera pas exécuté ; il aurait été matériellement difficile pour sa garde, certainement moins de , d'éliminer environ physiquement capables de se défendre.
En 215, l'empereur romain Caracalla visite le tombeau d'Alexandre, l'un des principaux monuments de la cité ; il essaye même sa cuirasse. Cependant en l'an 300, un auteur déclare que plus personne ne sait où est le tombeau d'Alexandre. Il semble difficile de comprendre comment une ville de , grand centre culturel, a pu oublier en deux générations où se trouvait son plus célèbre monument. Il ne semble pourtant pas que de très grands événements aient eu lieu à Alexandrie dans cette période (mais le est mal connu).
Fin de l'époque romaine (période byzantine)
En ce même , l'ancienne écriture hiéroglyphique égyptienne cesse d'être enseignée et comprise. L'usage de la momification disparaît également. Le christianisme semble donc avoir complètement effacé la mémoire égyptienne. De plus, entre 330 et 620, plusieurs séismes et tsunamis dévastateurs déciment la population. Un de ces tsunamis peut, selon l’une des hypothèses invoquées, être responsable de la destruction du célèbre phare d'Alexandrie. Le grand séisme du 21 juillet 365 en Crète a pu atteindre Alexandrie, mais sans provoquer de dommages sérieux comme en Libye et en Tunisie.
À la division de l'Empire romain, la ville fait partie de l'Empire byzantin. Alexandrie reste le centre administratif de la province. Le blé d'Égypte va alors à Constantinople et Rome doit s'approvisionner en Afrique du Nord. Pendant les , plusieurs famines affectent Alexandrie et le reste de l'Égypte, et le mécontentement de la population croît du fait que le blé sert surtout à nourrir le nord de l'empire. À partir de 540, la peste dite peste de Justinien ravage Alexandrie et le reste de l'Égypte pendant plusieurs décennies.
Christianisation vignette|Icône d'Athanase d'Alexandrie. Avec la christianisation de l'Égypte, Alexandrie devient un centre culturel et religieux important. Arius, prêtre d'Alexandrie et formulateur de l'arianisme, et Athanase d'Alexandrie, proche du pouvoir de , s'opposent sur la nature du Christ. De plus en plus, au cours du , la ville se rapproche du reste de l'Égypte et peu à peu, décline en population et en splendeur. Dans toute la province les impôts sont écrasants et bien des contribuables abandonnent leurs biens et se font ermites dans le désert ou entrent dans des monastères pour échapper au percepteur.
Vers 120, les gnostiques gagnent AlexandrieJean Doresse, Histoire des religions, tome 2, La Pléiade, ., autour de Basilide, Carpocrate et Valentin (Valentinus ou Valentinius). Valentin se rend à Rome, où sa gnose voile ses mythes orientaux d’une exégèse philosophique mêlée de christianisme. À Rome, des sectes fortement influencées par les éléments orientaux continuent d’affluer.
Pour les chrétiens l'avènement de l'empereur Dioclétien en 284 inaugure l'ère des Martyrs avec la persécution de Dioclétien (303-313).
Au , les persécutions des païens atteignent un nouveau niveau d'intensité. Temples et statues sont détruits dans tout l'Empire, les rites païens sont interdits et punissables de mort, les bibliothèques sont fermées. En 391, donne l'ordre de détruire tous les temples. Le patriarche Théophile d'Alexandrie s'attèle à cette tache dans la ville. . Hypatie, brillante mathématicienne et philosophe néoplatonicienne est assassinée en 415 par des chrétiens jaloux de son succès. Ces événements marquent le déclin de l'école d'Alexandrie, dont les savants et une partie des savoirs sont progressivement recueillis par Constantinople qui devient à son tour le principal foyer des sciences et de la culture.
Les quartiers Brucheum et juifs sont détruits au et leurs monuments centraux, le sérapéum et le Mouseîon, tombent en ruine. La vie s'organise alors autour du Sérapéum et du Césaréum transformés en églises. Les quartiers du Pharos et de l'Heptastade regagnent de la population et restent intacts.
La conquête arabe
vignette|redresse=1.5|La région du Bilad el-Cham n'est que le point de départ de l'expansion arabe.
Alexandrie est conquise par les Perses en 616 par , roi de Perse. La ville est récupérée par l'empire vers 630. En 640, le général arabe Amr ibn al-As entreprend un siège d'une quarantaine de mois. La cité n'obtient aucune aide de Constantinople : l'empereur Héraclius meurt et le nouvel empereur qui ne règne que quatre mois, laisse le pouvoir à son fils de onze ans. En novembre 641, Alexandrie, évacuée par les Grecs, est livrée par le patriarche Cyrus aux troupes de ‘Amr. C'est à cette époque que la bibliothèque d'Alexandrie aurait été détruite, soit qu'elle ait été incendiée parce que les connaissances qui s'y trouvaient étaient en contradiction avec le Coran, soit abandonnée et livrée au pillage. Malgré une vaine tentative de reconquête byzantine en 645, la ville restera désormais sous domination arabe. Les Grecs qui partent d’Égypte étant surtout des commerçants, le régime de la propriété du sol n’est pas modifié, et les Arabes reçoivent une solde surtout en nature. Ils assurent une garde par rotation à Alexandrie face à la mer et à Khirbeta face au désert. 'Amr écrit au calife Omar ibn al-Khattâb qu'il a pris une cité contenant : , , d'huile fraîche, , qui paient tribut, ou lieu de divertissement.
Avec les Arabes disparaît pratiquement l'ancienne langue égyptienne, ainsi que le savoir antique amassé dans la cité, en particulier à la bibliothèque d'Alexandrie. La langue grecque disparaîtra totalement d'Alexandrie, et du reste de l'Égypte, vers l'an 1050.
Destruction de la bibliothèque d'Alexandrie vignette|L'évêque d'Alexandrie Theophilus, une bible en main, se tenant debout triomphalement sur le Sérapéum. Le dieu Sarapis est représenté couronné à l'intérieur du temple (en bas de l'image). Illustration en marge d'une chronique écrite à Alexandrie au début du .
Malgré les limites des sources, les historiens estiment en effet généralement qu'Alexandrie fut détruite lors des invasions arabes du sur ordre du calife Omar, qui aurait écrit à son général 'Amr, incertain sur l'attitude à tenir envers la bibliothèque : . « Amr ordonna donc de distribuer les livres aux bains d'Alexandrie et de les utiliser comme combustibles pour le chauffage ; il fallut six mois pour les brûler », raconte lbn Al-Qifti au dans son Histoire des sagesbbf.enssib.fr Martine Poulain, Compte-rendu, de Vie et destin de l'ancienne Bibliothèque d'Alexandrie, Paris, UNESCO, 1992, in Bibliothèque du bibliothécaire, BBF 1994, t. 39 .
La période médiévale
La période médiévale d'Alexandrie reste peu étudiée. La ville a été décrite par les auteurs contemporains arabes. Maïmonide y fait étape avant de se rendre au Caire et Saladin y fonde un waqf, une fondation de main morte, au : le document de fondation, l'un des plus anciens de son genre, fut retrouvé il y a peu de temps dans des archives de la ville, qui se trouvent désormais au Caire. Alexandrie fut investie par les forces de la cinquième croisade (1217–1221) et fut pillée lors de la croisade d'Alexandrie (1365).