Le Ghetto de Hlybokaïe (en ) ou de Gloubokoïe (en ) ( — ) est un des ghettos de Biélorussie pendant la Seconde Guerre mondiale, un lieu de déplacement sous la contrainte des Juifs de la ville de Hlybokaïe dans le raïon de Hlybokaïe, Voblast de Vitebsk selon le processus de la Shoah en Biélorussie à l'époque de l'occupation des territoires de l'URSS par les forces armées du Troisième Reich durant la Seconde Guerre mondiale. En , un soulèvement violent se produisit dans le ghetto. Les Allemands incendièrent celui-ci, provoquant la mort de pratiquement tous les prisonniers. Seuls quelques-uns parvinrent à rejoindre les partisans dans les bois. En deux ans, dans ce ghetto les Allemands exterminèrent plus de Juifs. thumb|Glubokoïe (Région de Vitebsk) - synagogue 1956 par Anatoly Nalivaev

Communauté juive de Hlybokaïe En 1388, Vytautas le Grand, grand-prince de Lituanie autorisa les Juifs à s'installer sur ses terres, garantissant la sécurité, la liberté de commerce, la liberté religieuse. Des Juifs sont mentionnés à Hlybokaïe au milieu du . Au les Juifs disent être membres de la communauté Loubavitch. La population juive atteint en 1897 (70 % de la population totale) et personnes en 1921 (63 % de la population).

Au début de la Seconde Guerre mondiale la population de la ville s'élevait à habitants, dont Juifs, soit 50 %. Depuis 1929, date à laquelle la population juive n'était que de ce chiffre s'était accru du fait du développement du commerce dans les années 1930, mais également, du fait de l'afflux de réfugiés à la suite de l'invasion de la Pologne par les Allemands, le . Il faut par ailleurs tenir compte de l'afflux dans la petite ville des Juifs des nombreux villages et hameaux environnants chassés vers le ghetto par les Allemands.

Occupation de Hlybokaïe et création du ghetto

À la veille de la Seconde Guerre mondiale les Juifs représentaient 50 % de la population de Hlybokaïe, sur plus de habitantsС. Голесник. (C.Golesnik) Спасшийся из ада (Sauvés de l'enfer)(selon d'autres données plus de personnes. L'afflux des réfugiés, à la suite de l'invasion de la Pologne en pose des problèmes d'évaluation précise des habitants en 1941.)Д. Берникович.(Bernikovitch) «Марш жизни» 70 лет спустя (Marche de la vie il y a 70 ans).

Hlybokaïe fut occupée par les forces allemandes de la Wehrmacht pendant 3 ans : du jusqu'au Периоды оккупации населенных пунктов Беларуси (périodes d'occupation des lieux de peuplement de la Biélorussie) Убийство евреев в Глубоком и в других местечках (Долгиново, Кривичи)(Assassinat de juifs à Hlybokaïe et en d'autres endroits). thumb|Synagogue de Hloubokaïe en 1916 Avant l'occupation allemande, les fonctionnaires soviétiques avaient appris le début de la guerre, et avaient réquisitionné tous les moyens de transport possible pour quitter la ville, sans essayer d'apporter de l'aide aux gens pour qu'ils évacuent, ni de prévenir les juifs du danger mortel qu'ils couraient. Seul un nombre limité de familles juives quitta la ville à pied, et le reste, une écrasante majorité décida de rester. De plus, beaucoup avaient un souvenir positif des Allemands de l'époque de la Première Guerre mondiale et ne parvenaient pas à croire qu'ils eussent changé à un point tel qu'ils fussent devenus capables des pires atrocités(В. Едидович, Г. Гольдман.(V.Edidovitch, G Goldman) Глубокое.

Après l'occupation, la ville fut transformée en centre de District du Reichskommissariat Ostland et y furent établis : les bureaux de l'administration, une garnison allemande et des entrepôts militaires История города Глубокое(Histoire de la ville de Gloubokoïe).

Dès que la ville fut prise, les Allemands fusillèrent des membres en vue de la communauté juive; quant aux autres Juifs, même les enfants, les Allemands commencèrent à les forcer par la contrainte à des travaux pour la plupart au-dessus de leurs forces. De plus, les Allemands se moquaient continuellement des Juifs, souvent ils les battaient jusqu'à ce qu'ils perdent connaissance et les obligeaient à exercer des fonctions humiliantes et odieuses comme : marcher à quatre pattes, baiser les chaussures des Allemands, etc. Ils poussaient les Juifs sous les réservoirs d'eau et par temps froid renversaient de l'eau sur eux. Après le travail, ils obligeaient aussi des Juifs à nager tout habillés dans le lac de la ville. En les Allemands fusillèrent encore 42 Juifs.

En (selon d'autres sources le Г. Розинский. Восстание в Глубокском гетто (soulèvement dans le ghetto de Gloubokaïe)), les Allemands mirent en œuvre une étape de la Solution finale hitlérienne, avec l'aide des membres de la Collaboration biélorusse pendant la Seconde Guerre mondiale en établissant un ghetto, sur les places K.Marx, Engels, Armée rouge, Chkalov, et des PartisansКнига:Справочник о местах принудительного содержания гражданского населения на оккупированной территории Беларуси 1941-1944 (livre- recueil sur les emplacements de maintien forcés de civils en Biélorussie occupée 1941-1944).

Suivant un ordre insultant du commissaire du territoire, tous les Juifs furent obligés de déménager dans le ghetto dans un délai de 30 minutes. Avec l'autorisation spéciale d'une commission de magistrats, il fut permis aux Juifs de prendre avec eux quelques affaires ; quant à ce qui avait de la valeur : meubles, vêtements, objets de valeurs, bétail, il leur était interdit de les emporter dans le ghetto. Suivant les témoignages des témoins de ce déménagement : « Les Juifs portèrent leurs pauvres affaires dans le camp qui leur était assigné : le ghetto. Dans les rues des bruits, des cris, une bousculade incroyable. La Police, de son côté, maintenait l'ordre, battait les gens à coups de crosses, de bâtons, et de tout ce qui lui tombait sous la main ».

Pour contrôler la réalisation de leurs ordres et l'organisation du travail obligatoire, les Allemands créèrent dans le ghetto un « conseil juif », le judenrat, et choisirent Gerchon Lederman pour le dirigerВ. Едидович, Г. Гольдман. Глубокое. История о рождении и гибели одного из старейших еврейских ишувов Восточной Европы. V.Edidovitch, G. Goldman (Histoire de la vie et de la mort d'un des plus anciens Yichouv d'Europe de l'Est. Ce dernier, prenant en compte le pragmatisme des Allemands, essayait de rendre le travail des prisonniers du ghetto le plus rentable possible, ne sachant pas encore que suivant le plan allemand de la « Solution finale » il fallait exterminer tous les Juifs sans exception.

Juifs de Gloubokoïe et d'autres villages proches furent chassés à l'intérieur du ghetto. left|thumb|Stèle à la mémoire du Ghetto de Gloubokoïe : « Notre douleur ne s'éteint pas, le souvenir est sacré ».

Conditions de vie dans le ghetto

Tous les Juifs en âge de travailler furent inscrits sur des listes, avec l'obligation de réaliser les travaux les plus lourds. Pour la moindre « infraction » ou pour n'avoir pas rempli des normes exagérées fixées pour un travail déterminé, ils étaient battus et tués. De même quand ils osaient marcher sur le trottoir, ou lorsque leur étoile jaune était, ne fût-ce que décousue. La punition la plus répandue était la condamnation à 80 à 125 coups de fouet ; après quoi les rares survivants se voyaient tirés par les cheveux, battus sur la tête avec un bâton.

Citation du texte « De la justice sommaire et cruelle à l'égard des Juifs du ghetto de Gloubokoïe… » : La nourriture : , par travailleur, de pain contenant de la sciure, de la farine d'avoine, du verre pilé, du sable et d'autres saletés. Ceux qui n'accomplissaient pas de travail étaient privés de ces rations misérables. Il recevaient aussi de la viande avariée : pour 7 jours, de céréales par semaine. C'était cela la ration avec laquelle ceux qui travaillaient devaient survivre et maintenir en vie leur famille.

Un des fonctionnaires occupants faisait preuve d'un sadisme bien particulier à l'égard des prisonniers du ghetto. C'était un certain Vitvisky, habitant Gloubokoïe qui était passé dans le camp des occupants allemands. La police parmi laquelle on trouvait des collaborateurs biélorusses, baltes, polonais et ukrainiens de l'ouest tuait chaque jour des dizaines de Juifs dans la zone appelée l'« aéroport ».

Les Juifs étaient obligés de vivre dans des locaux exigus, habités par quelques familles, dans un espace réduit avec une seule chambre. Ils ne disposaient d'habitude comme meubles, que d'une petite table et d'un banc. Ils dormaient à même le sol, tous ensemble dans la même pièce.

Les Allemands obligeaient les artisans à travailler gratuitement dans plusieurs ateliers, tandis que les Juifs non qualifiés étaient utilisés pour les travaux lourds et sales, les enfants étaient obligés de travailler comme débardeurs, d'approvisionner en bois de chauffage, de travailler comme domestiques.

Citation du document « Sur la justice sommaire et brutale à l'égard des juifs du ghetto de Gloubokoïe… » : Pour ceux qui se trouvaient dans le camp les conditions de vie créées étaient horribles : exténués par les conditions du travail pratiqué de 14 à 16 heures par jour et qui dépassait les forces : comme porter des poutres sur les épaules sur une distance de , transporter de pierres et des briques à la main, scier des morceaux de glace nu-pied, les ramener à main nue sur la berge sans moyen de portage, moudre le grain à la main du fait que le moulin à vapeur ne fonctionnait pas, pomper de l'eau au moyen d'une courroie là où il faudrait atteler un cheval, tirer du sable et du gravier avec un simple plateau pour réparer les routes, utiliser un harnais spécial pour porter une dizaine de poutres de maison sur plus d'un kilomètre, utiliser les Juifs pour évacuer les bombes aériennes non explosées hors de la ville, le nettoyage des latrines et le ramassage des ordures, à la main, sans outillage (pour être même ensuite photographié), le nettoyage des conduits de cheminées...

Les autorités allemandes autorisaient, sous contrôle très strict, la mise à disposition de chaque famille, quel que soit le nombre des membres de celle-ci, d'un maximum de de farine et de grain. Quand Osher Gorman fut trouvé en possession d'une quantité de farine dépassant celle autorisée, ils furent conduits lui, sa femme, ses enfants et ses parents aux abords de la ville, obligés de creuser eux-mêmes leurs tombes, puis furent tous tués. Sholom Tsentsiper connut le même sort pour le même « crime ».

Au début du ghetto, il fut permis aux Juifs de passer deux heures par jour au marché pour faire leurs achats. Il leur était toutefois interdit d'acheter du sel, du beurre, de la viande, des œufs et du lait. Bientôt la fréquentation du marché leur fut interdite sous peine de mort.

Il était interdit aux prisonniers du ghetto de communiquer avec les paysans locaux, sous peine de mort. Mais, malgré ces menaces de mort, il existait des contacts avec ces paysans qui passaient des produits dans le ghetto pour leurs amis. Un paysan du nom de Chebeko apportait secrètement, chaque jour, du lait pour les mères malades de ses amis juifs. Un autre du nom de Grishkevitch apportait des légumes pour quelques familles juives.