Le péplum (mot latin peplum, emprunté au mot grec ancien signifiant ) est un genre cinématographique de fiction historique dont l'action se déroule dans l'Antiquité.

Le mot désigne les films historiques dont l'action se situe historiquement dans l'Antiquité et, en particulier, celle de la Rome antique, de la Grèce antique (et mythologique) et de l'Égypte antique. Il existe aussi des péplums bibliques basés sur l'Ancien ou le Nouveau Testament.

Si le premier film qui peut être associé au genre est le court-métrage Néron essayant des poisons sur des esclaves produit par les frères Lumière et réalisé par Georges Hatot ()Précisé par Claude Aziza et Hervé Dumont, invités de l'émission Deux mille ans d'histoire consacrée au et diffusée par France Inter le ., le mot n'a peut-être été employé, pour la première fois, qu'en référence au film La Tunique (). Selon le latiniste Claude Aziza, les recherches des occurrences du mot dans la presse et la littérature indiquent une apparition en 1963 dans un milieu cinéphile lié au metteur en scène Bertrand TavernierSource : émission Concordance des temps diffusée le par France Culture.. Ce dernier, dans son autobiographie "Mémoires interrompus", attribue le terme à Yves Martin, l'un des trois fondateurs du ciné-club Nickel Odéon.

Le péplum est, selon les points de vue, un genre bâtard ou total, un des premiers héritiers du théâtre classique et de l'opéraVoir l'adaptation de l'opéra de Verdi, Aïda en 1953, ou les propos de Claude d'Anna, réalisateur de Salomé dans Télérama , 19 juin 1986. ou un sous-genre du cinéma, proche des influences populaires (music-hall par Gérard Legrand dans Positif , février 1999, dossier : . ou bande dessinéecf. le récent 300 adapté de Frank Miller.). Sa place dans l'Histoire du cinéma (dès sa naissance) prouve son importance. À la fois noble (il traite de l'histoire, de la religion, utilise des auteurs tels que Homère ou Gustave Flaubert) et vulgaire (exploitant la violence et l'érotisme, voire le rire et l'invraisemblance), le genre antique est associé à l'épopée (pour les Américains, le péplum est une de ses catégories), à la comédie, au fantastique (fantômes, vampires, momies revenues à la vie…) et au merveilleux (dans son utilisation de la mythologie)Dans (Éditions Larousse, collection Reconnaître, 2000), Vincent Pinel inclut le péplum dans les catégories film d'art, film biographique, fantastique, film historique, série, star system, superproduction, théâtre filmé, film de truquages, l'exclut des catégories film d'action, film d'auteur, film d'aventures, film catastrophe, comédie, film érotique, merveilleux, film parodique, film politique, mais le rapproche du mélodrame, selon des sélections forcément arbitraires et partielles. Il crée en outre les sous-catégories super-péplum (partagé entre historique et superproduction) et ..

Origine du terme Selon Claude Aziza, la production de films sur l'Antiquité est internationale, en majorité française et italienne au temps du cinéma muet, puis presque exclusivement américaine et italienne. Elle va de l'épique au tragique, du film d'aventures au film d'horreur, de la fantasy au pastiche. Bref, une production dont les limites sont si floues que le terme maladroit de péplum inventé par les critiques de cinéma français dans les années 1960, a prétendu les englober..

Histoire

Péplums du cinéma muet

L’exemple français Le péplum apparaît en France à la fin du , dès les débuts du cinéma.

Après Georges Hatot (en 1898–1899), la première réalisatrice, Alice Guy, innove dans le choix des sujets en tournant plusieurs scènes de la vie et de la Passion de Jésus Christ. L'ensemble de ces bobineaux, vendus séparément, constitue le premier péplum véritable du cinéma.. Le succès commercial de cet ouvrage inspire aussitôt d’autres productions concurrentes. En 1906, Alice Guy complètera les différents épisodes par une production à gros budget pour l'époque, La Vie du Christ, avec 300 figurants et 25 tableaux, d'une longueur totale de plus de de film. Elle reçoit les félicitations de son patron, Léon Gaumont, et une médaille de la ville de Milan. Dans l'écurie concurrente Pathé, Ferdinand Zecca s'impose en chef de file. Il signe Quo vadis ? en 1902 (d'après le célèbre roman du Polonais Henryk Sienkiewicz, prix Nobel de littérature) d'une durée d'à peine trois minutesPositif , février 1999, dossier « le péplum italien » réuni par Claude Aziza et Jean A. Gili., deux versions de Samson et Dalila en 1902 et 1908, La Passion en 1903, Messaline en 1910 avec Henri Andréani, ancien assistant de Gaston Velle également responsable de Samson en 1908, David et Goliath en 1910, Saül et David (dont l'attribution est plus douteuse), Moïse sauvé des eaux en 1911, Absalon en 1912, La Fille de Jephté et La Reine de Saba en 1913… Deux assistants de Ferdinand Zecca s'illustrent encore dans le genre : Lucien Nonguet avec La Vie et la Passion de Jésus-Christ de 1902 à 1905, et Gaston Velle avec Au temps des Pharaons en 1910. Albert Capellani, autre réalisateur de la firme, signe son propre Samson (1908).

Chez Gaumont, Louis Feuillade, maître du serial, mis en place par Alice Guy qui part produire aux États-Unis, réalise Le Fils de Locuste en 1911, Androclès et le Lion en 1912 et L'Agonie de Byzance en 1913. Tout ceci n'a que valeur d'exemples parmi d'autres. Le catalogue Gaumont compte ainsi des dizaines de courts métrages entre 1898 et 1919 dont les titres se réfèrent explicitement à l'antiquité. On relève les noms de Léonce Perret (La Fille de Jephté d'après un scénario d'Abel Gance) et Maurice Mariaud (Cléopâtre)Gaumont, 90 ans de cinéma, Éditions Ramsay/Cinémathèque française, 1986.. Au sein du même studio, Émile Cohl utilise des techniques d'animation de pointe pour Les Douze Travaux d'Hercule et Hérodiade de Victorin Jasset (1910) est présenté comme un « grand film artistique ». Sachant qu'en règle générale, les films historiques sont assimilés à des films artistiques, par opposition aux séries (comédies, policiers, westerns...)« Louis Feuillade le précurseur » par Philippe d'Hugues et « Le Dieu cinéma » par Renée Carl (interprète de Judith de Feuillade) dans Gaumont, 90 ans de cinéma, 1986..

À côté de ces productions déjà industrielles, l'œuvre de Georges Méliès (par exemple Néron et Locuste en 1907) relève d'une production indépendante et artisanaleDictionnaire Larousse du cinéma français..

À l'époque, Le Film d'art, société fondée par les frères Laffitte, exerce une forte influence, notamment sur le cinéma hexagonal. Le directeur artistique André Calmettes signe pour sa part Britannicus en 1908 et sa propre adaptation de Quo vadis ? en 1910 (film perduPositif , février 1999.).

La révolution italienne vignette|Décors du « Temple de Moloch » dans Cabiria de Giovanni Pastrone (1914). À l'époque du film muet, le cinéma italien réinvente le péplum en créant une Antiquité mythique et mythologique réaliste par les moyens utilisés et donne ses lettres de noblesse au cinéma tout entier, lançant de longs métrages à gros budgets, créant la superproduction. L'Italie, dominée par la gauche libérale et les idées du Risorgimento, place cette production au service de l'édification nationale. Dans ce contexte, le péplum muet à l'italienne est un retour aux sources évoquant la première unification de la Péninsule, . Dans le même temps, le péplum invente le cinéma moderne par ses innovations techniques. Ainsi, le péplum italien occupe la première place au rang mondial avec, en 1909, Néron de Luigi Maggi (marqué par la peinture néo-classique) avec Alberto Capozzi, produit par Arturo Ambrosio et, dans les années 1910, les productions notables de deux réalisateurs : vignette|Cabiria (1914). Enrico Guazzoni, réalisateur d'Agrippine en 1911 produit par la Cines, utilisant avec brio panoramique et hors-champ, et surtout du gigantesque Quo vadis? (1912) ; Giovanni Pastrone, réalisateur de La Chute de Troie (1911) et surtout de Cabiria (1914), inspiré de Tite-Live, auquel participe l'écrivain Gabriele D'AnnunzioJean Tulard, Dictionnaire des réalisateurs., bénéficiant d'un budget mirobolant : un million de lires or, vingt fois le budget moyen d'un film de l'époque, qui permet notamment la construction de l'imposant temple carthaginois dans les studios de Turin.

Enrico Guazzoni pour sa part dirigea également Judas Maccabée en 1911, Ramsès, où figure la divine Francesca Bertini, Messaline en 1922 avec Rina De Liguoro. Giovanni Pastrone, lui, réalise et interprète Jules César en 1909, et dirige Maciste athlète en 1918.

Si beaucoup de films muets italiens ont été perdus ou détruits, il ne faut pas sous-estimer l'ampleur et la qualité de cette production. Entre autres : La Rivale (Scene di vita di Pompei) de Gerolamo Lo Savio, Martyrs pompéïens et la première version complète de L'Odyssée par Giuseppe De Liguoro, Ione, ou les derniers jours de Pompéi d'Enrico Vidali. Quo vadis? (1912), Cabiria, puis (1916) du producteur Giulio Antamoro (réalisateur de Ursus l'année suivante et de La Fanciulla di Pompei en 1925) ont un retentissement international.

Maciste et Ursus vignette|droite|upright=1|Bartolomeo Pagano incarnant Maciste dans Maciste en enfer en 1926. Dans Cabiria, on découvre le personnage de Maciste, interprété par Bartolomeo Pagano. Ce personnage fera l'objet de nombreux films (plus de 20 entre 1915 et 1926) dont la plupart sont situés à une époque contemporaine comme Maciste chasseur alpin (1916) ou encore Maciste contre le cheikh (1926) ; on croise ainsi Maciste médium, somnambule, amoureux ou empereur, tous interprétés par Bartolomeo Pagano... Ce phénomène de vampirisation du genre historique par le muscle se reproduira dans les années 1960. De la même manière, Bruto Castellani est Ursus, personnage issu du roman Quo vadis ?, grâce à Enrico Guazzoni. Définitivement associé à ce géant, Bruto Castellani le jouera de nouveau, à 40 ans passés, dans Quo vadis ? de Gabriele D'Annunzio et Georg Jacoby (1924) — avec le grand Emil Jannings dans le rôle du cruel Néron. Bruto Castellani s'illustrera aussi dans Marc-Antoine et Cléopâtre (1913), Jules César (1914, avec Amleto Palermi dans le rôle-titre), Fabiola (1918, rôle de Vercingétorix) — tous signés Enrico Guazzoni — et La Sainte Bible (1920, rôle de Caïn).

Les excès de l'industrie cinématographique italienne découragent le public, gavé d'Antiquité. Les Derniers Jours de Pompéi (1926) dirigé par Carmine Gallone et Amleto Palermi pour un budget de sept millions de lires (avec figurants) essuie ainsi un échec.

Ce premier âge d'or du péplum italien prend fin au milieu des années 1920 avec l'arrivée au pouvoir de Benito Mussolini.

Hollywood Sidney Olcott adapte dès 1907 le roman du général Lewis Wallace Ben-Hur et en 1908 met en scène David et Goliath. Dans le même temps, Edwin S. Porter supervise pour Edison Nero and the Burning of Rome et Vitagraph produit Way of Cross.

vignette|gauche|upright=1.5|Une scène d’Intolérance de David W. Griffith (1916).